Publié le 1 Janvier 2013

Nouveau-site-Internet_carrouselHP.jpg

 

Bonne Année à tous et à toutes,

 

Depuis le 1er Janvier 2013 :

 

Parole En Archipel lance un nouveau site Internet ! www.parolenarchipel.com.

   

Ce nouveau site est doté d'un nouveau visuel épuré et actuel qui présente une information organisée pour favoriser un repérage plus facile. Une navigation davantage intuitive simplifie la recherche de l'internaute et lui permet de trouver l'information désirée plus rapidement.

 

Bref, pour l'internaute, l'expérience est grandement améliorée pour une navigation et une recherche optimale.

 

Vous pouvez visiter le nouveau site et faire une souscription par e-mail pour nous suivre et être notifié par e-mail des nouvelles publications.

 

Bienvenue !

Meilleurs voeux !

 

PAROLE EN ARCHIPEL

 

www.parolenarchipel.com

 

3 1-copie-1

DIRIGEZ-VOUS À : WWW.PAROLENARCHIPEL.COM

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

Publié le 20 Décembre 2012

163196 168595549849629 100000975563981 324938 1209565 nPar Samuel F. DAUPHIN    
,
«Où va le monde» ? Quand j’ai lu le titre du texte de Thélyson Orélien, je souriais tout en faisant oui avec ma tête. Ça me rappelle le titre du texte «Où va le roman» du célèbre romancier Jacques S. Alexis, publié dans Présence Africaine, dans le cadre d’un débat autour des conditions du roman national chez les peuples noirs.
,
J’ai aimé le titre sans que j’aie lu le texte en entier. Ce n’est pas mon habitude d’aimer le titre d’un texte sans que j’aie lu la suite, d’aimer le contenant sans que j’aie goûté au contenu. Chose étrange. À dire vrai, le titre du texte de Thélyson Orélien m’a attrapé comme un tigre attrapant sa proie. Et je ne pouvais que sourire lorsque j’ai senti que j’ai été attrapé par un titre. Voilà la raison qui a provoqué mon sourire. Quand j’ai fini de lire le texte, ce dernier a laissé un gout neuf sur mes lèvres.  
 ,
C’est un unique et vif dans tous ses détails. Une ellipse poétique s’empare de moi après la lecture intégrale.  
  
Le mot “manuel” utilisé dans texte m’a arrêté dans la lecture pour me faire penser à deux choses. D’abord, au héros “Manuel” de Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain, qui mourut pour que l’entente soit faite dans son village. Deuxièmement, à la signification d’une façon plus large du mot “manuel”. Manuel, adjectif qualificatif de main. Personne n’ignore ce  que  représentent les mains dans l’activité humaine.
 
Elles sont les premiers outils du travailleur. Sans elles, pas d’écriture, pas de production, pas d’évolution, pas de transformation etc. Elles sont primordiales pour l’humain. Les mains, l’homme et la femme en ont besoin pour se défendre contre l’ennemi offenseur. Pour ma part, ce mot renforce le charme du texte. Et je salue grandement le talent luminescent de Thélyson Orélien s’attachant au destin de la littérature.
 
Ce qui m’a frappé le plus, c’est la poésie qui danse sans cesse dans le texte. Poésie rare et qui pourrait ensoleiller et réveiller la nuit. Thélyson ramène avec tant de soin la poésie à la source de la beauté, à l’origine de l’art. J’aime éperdument le texte, pourquoi ne pas l’avouer. Certes, j’aime aussi l’enfance du texte. Inventée ou pas, peu importe. Une enfance à la fois émouvante et sensible aux écrits, aux choses n’ayant que pour finalité de muscler l’esprit de l’homme.
     
Il importe de lire et relire soigneusement le texte de Thélyson. Mon amour pour le texte est vaste. Les mots me manquent à mieux l’expliquer. Je souri encore.
 
 
Samuel F. DAUPHIN
Port-au-Prince, 14 décembre 2012 

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

Publié le 18 Décembre 2012

http://graphics8.nytimes.com/images/2012/11/16/timestopics/gaza-strip/gaza-strip-sfSpan.jpg 

 

Méfie-toi de Gaza

Et de ses blessures hantées

Par le sable mouvant

Il est rituel chez eux

Que des poèmes cagoulés de supplice amers

Enfantent des promesses de sang sur les murs 

 

En guise d’écriteaux 

Quelle est cette langue

Que nous parlons

En épousant la mort ?

Enfant de mauvaise lune

Tes rêves appuyés sur la gâchette

Ne prolongeront pas tes bras

Hélas !

 

Tu es venue au monde 

A l’ère truquée

Il ne reste aucun mystère

Sous la monté des vagues

L’arme qui tue

Sera condamnée par défaut d’être métal

Et le meurtrier déguisé

En franc-tireur 

 

Nous vivons des marges obscènes

En décadence apocalyptique

Des regrets pour la moisson du jour

Nous sommes au temps des cicatrices

Et la nuit a déjà fait sa preuve

Dans nos deuils

Gaza de Port-au-Prince

Gaza de Lybie

Gaza de partout 

 

Les chars ont brulées les arbres

Jusqu'à retarder l’aube

Tandis que des cœurs battants

Sous des projectiles 

Comme une grenouille qui voit sa fin

Sur des chansons de mauvaises haleines

Méfie-toi de Gaza

Et des autres paradis

Décolorés par les grands journaux.

 

Anderson Dovilas

Extrait de Memoire d'outre-monde

 

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

Publié le 11 Décembre 2012

32375_539304539414655_1369366105_n.jpg 

Matouchca Démézier est une jeune militante haïtienne des conditions féminines.

 

Cet article est lié à un fait d'actualité de société haïtienne.

 

Par Matouchca Démézier  

 

Il n'est jamais facile de parler de ce qu'on a vécu, trop humiliant de raconter certaines choses qui bloquent et qui rongent à l'intérieur, trop dur de revivre ce que de toutes ses forces on voudrait oublier. Comment raconter ce qu'on aimerait avoir, le pouvoir de remonter le temps et de tout effacer ? Comment vaincre sa honte, sa souffrance, sa peur, le qu'en dira-t-on, le pourquoi c'est moi ? Le c'est peut-être ma faute ? Pour oser se rebeller, se blinder contre le machiste d'une société qui vous juge en coupable, vous pointe du doigt, et trouver le courage de parler, de dire ce qu'on a vécu ? Ce courage, j'en connais qui l'on eut, qui ont été capable de dénoncer leurs agresseurs et garder la tête haute en dépit de ceux qui se sont érigés en juges de moralité.

Le 6 juillet 2005 un décret publié dans Le Moniteur du 11 août 2005, modifiant le régime des agressions sexuelles et éliminant en la matière les discriminations contre les femmes dans le Code Pénal a marqué un tournant dans le système pénal Haïtien. Pourtant, au regard de l'évolution des choses, on en viendrait à croire que cette avancé n'aura pas servi a changé grand-chose de la vision machiste qu'a notre société sur le sujet. En témoigne ce scandale qui secoue le pays depuis plusieurs semaines et tient en haleine, à la manière d'un feuilleton télévisé, la majeure partie des citoyens qui chaque jour attend un rebondissement dans le prochain épisode du jeu à la recherche de la vérité.  

 

Je ne vais pas m'étendre sur un sujet qui d'un camp à l'autre est rempli de zone d'ombre, de maquillage pour arriver à ses fins et prouver que l'autre a menti. Car, cela ne m'avancerait en rien. Mais, je veux profiter de ce que ce sujet soit d'actualité pour encourager ceux qui se taisent à parler.

 

Le viol par définition est  un « rapport sexuel imposé à quelqu'un par la violence, obtenu par la contrainte, qui constitue pénalement un crime »,  il s’agit d’un acte sexuel non consenti, que ce soit au sein d’un couple ou autre. Pourtant, en dépit de tout ce qu'il y a eu d'avancer juridique pour contrecarrer cette agression sexuelle, on en est encore au point où peu de personnes agressées sexuellement se décident à parler et à demander de l'aide. Parce que, notre société n'est pas des plus enclines à croire qu'une personne qui se dit violée soit la victime et non l'inverse. Car, à la minute où cette personne brave la honte, la peur, l'humiliation, pour oser dénoncer son agresseur, comme des vautours la société lui tombe dessus : Elle l'a bien cherché, que faisait elle là ? Elle est une dévergondée, cela n'arrive pas aux filles de bien, c'était son partenaire comment peut-il y avoir viol... D'où le silence de ces personnes qui n'osent pas dénoncer, que dis-je, qui préfère essayer de ne plus y penser et chercher à tenter d'oublier et à se guérir toute seule par peur d'être mise au banc de la société.

 

Au cours des semaines ou le scandale a éclaté j'ai entendu plein de réaction, mais j'ai été sidérée d'entendre à la radio un ancien commissaire du gouvernement dire qu'il lui arrivait de classer des dossiers de viol sans suite à partir de certaines questions, entres autres : L'avez-vous griffé ? Mordu ? Avez-vous à un moment ou à un autre crier ? As-tu à un moment quelconque ressenti du plaisir ? Si la prétendue victimes répond "NON" à ces questions et "OUI" à la dernière,  il n'y a pas matière à poursuite. AFFAIRE CLASSEE ! Dommage, je ne pouvais pas questionner ce fameux ancien commissaire du gouvernement, car, je lui aurais demandé ce qu'il fait de la peur qui quand elle est assez forte devient paralysante. Et, quand on est paralysé par la peur on ne peut que subir passivement l'acte ignoble dont on est l'objet.

En dépit de tout cet à priori, certaines personnes ont eu le courage de casser les tabous et de parler, de demander justice et réparation. Dans une société machiste comme la nôtre la victoire n'est pas un acquis facile, mais elles ont compris que se taire n'est pas la meilleure option et qu'en faisant cela elle protège un dangereux maniaque qui à n'importe quel moment peut recommencer. Aussi, quelles que soient les circonstances de l'agression, dites-vous que vous n'êtes pas coupable de ce qui est arrivé. Vous n'avez pas en avoir honte. Autant que possible ne restez pas seule, ne refouler pas tout à l'intérieur, ne protéger pas ces détraqués par votre silence, chercher de l'aide: appeler la police, consulter un médecin, conserver vos vêtements s'ils sont déchirés, garder tout ce qui pourrait constituer une preuve, s'il y a une poursuite judiciaire, et qui contribuerait à la condamnation de l'agresseur afin que justice soit rendu. Ne perd jamais de vu que votre révolte soit légitime : LA HONTE PLUS JAMAIS DANS LE CAMP DES VICTIMES.    

   

Matouchca Démézier

Pour rentrer en contact avec l'auteure : mama24@gmail.com 

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

Publié le 10 Décembre 2012

(Yon ti mòso nan menmwa pou finisman etid teyat nan konsèvatwa lavil Pari)  

 

 35686_404864481838_2784169_n.jpgSi yon bon jou chak grenn direktè-teyat te fè kòmkwè yo se Jezikri, yo t ap louvri bra yo bay chak grenn aktèz, chak grenn aktè, yo t ap di : « Swiv mwen ! Bliye sa w ye. Bliye sa w pa vle ye. Bliye non manman w, non papa w, siyati w. Bliye tout bagay pou w sa tounen –transfòme-  tout lòt kalte moun, pou w sa pote kwa lòt siyati, lòt reyalite lavi sou do w… »

 

Direktè-teyat sa yo t ap tou bay, san yo pa konnen, kisa ki teyat. Yo t ap bay sa, sou de chèz, nan pi bèl fason sila ki Mèteseyè nan teyat pa janmè bay.

     

Parabòl direktè-teyat sa yo ta va voye n al fè tèt nou travay pou jwenn ki premye koulè bouji ki liminen toutbon sou tèt yon sanmba. Yo ta va sove nanm fè-bèl nou. Anba gwo kout mirak, yo ta va leve-byen-vivan fòm teyat popilè a ki fin mouri nan divès peyi sou latè beni.

 

Nou ta va konprann atò : tout sa yon aktè aprann lakay manman ak papa, tou sa li aprann nan lasosyete reyini, sou ban legliz ak anba peristil, yo kab sèvi sèlman kankou yon kouch poud-boujwa ou mete sou chak bò-figi yon marabou ki te deja byen bèl depi anvan sa a.

 

Se yon ti diplis. Anyen ankò.

 

Yon aktè k ap degaje l sou yon senn-teyat sipoze voye al bwachat tout bèl konesans, tout bèl fraz grandèt ekri nan liv, tout bèl fraz resitasyon sou tablo.

 

Sou yon senn-teyat se sèl van-vid ki dwe rete anndan aktè a. Van-vid sila se li menm ki va rale mennen vini tout fòs moman an. Li desann fòs sila nan fenfon zantray aktè a. Van-vid sila rale tout fòs lavi ki nan lèzè, li rale l desann.

 

Yon aktè se tankou yon sèvitè lwa. Sèvitè a rive anba peristil san pyès anyen nan tèt li. Kit sèvitè a se avoka, enjenyè, agwonòm, politisyen, chomeko... Anvan tout bagay koumanse, li mete yon  vid chita anndan l, yon van-vid. San sa a, lespri vodou an pa fouti desann nan tèt li. Paske pa gen lwa pou enjenyè oswa pou chomeko. Tout lwa se lwa. Lwa monte chwal li jan l vle.

 

Pou teyat se menm kout baton : peristil aktè a se senn-teyat li, selebrasyon ak sekrè pou konvoke lespri yo se tèks-teyat nan tèt li. Lè sa, aktè a pa sesi-sela ankò, aktè a pa ni nèg ki pi fò lekòl la, ni nèg ki pi bèl gason an, ni nèg ki pi konn pale franse an.

 

Konn pale franse pa vle di konn fè teyat (Sa pa vle di atis nonplis). Anpil franse, anpil Kebekwa, anpil Bèlj ki maton nan pwòp lang peyi yo, yo pa konn yat nan teyat. Teyat te la depi anvan lang franse te egziste. Teyat te la depi anvan tout lang-pale te egziste. Pèp ki te viv an premye sou latè, tout te konn benyen nan basen teyat la, depi anvan yo te melanje kò yo ak lot pèp, depi anvan lòt pèp te vin debake sou tè pa yo, pou fòse yo sèvi ak yon lòt kilti, ak yon lòt lang. Genyen moun ki va di teyat premye pèp sa yo te konn fè an se pa menm teyat n ap fè jounen jodi a. Mwen pa p batay! Sèlman m ap di: sa yo te konn fè an se te teyat. Bon jan teyat ki rele teyat. Teyat ki pa rete ak teyat.

 

Bon jan aktè a se sila ki rive fè mistè teyat la djayi nan tèt li menm jan mistè ginen yo konn djayi nan tèt yon hounsi-kanzo.

 

Bèl konesans pa fouti leve eskranp figi yon kreyasyon atistik. Sa pa sifi okenn. Teyat pa lasyans!

 

Bon jan aktè a, lè li gen yon pyès-teyat ekri sou papye douvan zye l, li sipoze sèvi ak fòs lanati ki sou li an pou li kase chenn moun-save lotè a. Lotè ki ekri pyès teyat, kont-chante, pwezi…panko janm lotè toutotan okenn bon dizè, okenn bon komedyen, bon sanmba-mizik pa voye ekriti li yo monte tankou tout bèl pale, tout bèl chante anfas yon gwoup moun. Tout literati ki dodomeya anndan liv se literati zonbi.

 

Kidonk, aktè-teyat ak sanmba se yo menm ki fè literati goute sèl, se yo menm ki bay ekriti moun-save lavi.

 

Se pi gwo erè aktè-teyat te ka fè lè yo kite latranblad pran yo douvan ekriti gwo zotobre-literati mete chita sou fèy papye; jouk yo rive pèdi pwòp konprann yo, pwòp foli yo, pwòp gade, santi, manyen yo, douvan ekriti sila.

 

Se pi gwo erè tou deseri de gwo lotè toujou fè, lè yo kanpe an kwa, lè yo rele pinga sou aktè ak direktè-teyat ki vin pwoche travay literati yo.

 

Aba tout lotè ki mande pou ekriti yo soti jan yo vle li an (Jan y ap tann li an) sou yon senn-teyat. Yo se lotè kolon!

 

Yon atis-teyat se tankou yon jwè-foutbòl ki gen yon balon nan pye l. L ap Mennen balon li jan pou l mennen l nan kan lòt ekip la. Pyès mak-fabrik balon foutbòl pa fouti di l men kouman pou li woule balon sila.

 

Dènye esperyans-teyat mwen fè avèk yon direktè pyès-teyat ki soti nan peyi Dayiti te voye m al reflechi sou sa atis-teyat dwe chache toutbon lè yo deside fè teyat. Mwen te vin konprann byen vit gen anpil atis-espektak ki panko lib-e-libè vre pou yo ta fè yon teyat ki rele yo chèmèt chèmètrès. Oswa yon kreyasyon atistik ki pou ta janbe lanmè pou rive jwenn lòt pèp, lòt nasyon.

Tout jan se te yon esperyans malouk!

 

San mwen pa pè di sa: lè lakoloni makonnen zo sèvèl yon nonm jouk nan kiltirèl, jouk nan atistik, nonm sila pa fouti rive donnen yon Bòb Male, li pa fouti rive donnen yon Ti Manno, yon Velo wa ka (gwo tambourinè peyi Gwadloup), yon Eme Sezè, yon Feliks Moriso Lewa, Yon Lobo Dyabavadra….Yon nèg lib !

 

Menm si se sa nonm sila ap chache. Donmaj li donmaje !

 

Se gwo donmaj !

 

Moun sa yo mwen sot site pi wo a, yo te demele yo kou mèt Jan-Jak pou pote vini kreyasyon atistik granmoun ! Yo te respekte tout lòt pèp, tout lòt kilti. Men yo pa t restavèk pyès lòt pèp, pyès lòt kilti. Pyès lòt pèp, pyès lòt kilti pa t fouti ba yo barikad lè pou yo te deplòtonnen met deyò kalte-moun yo te ye a. Se sa yon atis. Atistik se libète !

     

“Yo fè, yo fè, yo voye ban nou. An nou fè voye ba yo tou”.- Koupe Klouwe

 

Menm jan ak nèg lib mwen sot pale de yo talè a, yon bon grenn atis dwe travay pou pote vini yon zouti atistik tou nèf pou epòk li an ki va sèvi tou pou lòt epòk k ap vini yo. Li fèt pou kreye yon zouti atistik ki pi fò pase pwòp tèt li. Yon zouti ki sonnen pi byen pase non li ak siyati li. Se misyon li sou latè. Li pa genyen lòt ankò.

 

Pou sa pi byen konnen kisa yon atis-teyat ta dwe ap chache lè li deside fè teyat, fòk n al dèyè konnen kisa yon piblik-teyat ap chache lè li deside al gad teyat.

 

Lè yon piblik fè deplasman, li peye plas-teyat li, li chita san bri san kont. Kisa li vin wè ?

Piblik lan pa vin wè moun k ap pale franse. Li pa vin wè moun ki fò nan woule « R » anba ti gòjèt. Li pa vin wè moun k ap « fè teyat ».

 

Li pa vin wè lavi nonplis. M ap di non non e non ! Li pa vin wè lareyalite.

 

Piblik lan vin wè yon fòs, yon bagay ki pi fò pase lavi. Li vin wè lavi yon lòt jan. Li vin pran sant pafen yon lareyalite ki pa chita anndan lareyalite toutbon an. Yon pafen ki soti anndan yon lòt pafen. Piblik lan vin wè bon nanm li k ap fofile monte kite lavi atè. Dèyè nèt!

 

Nan yon sal-teyat, moun yo vin bay menm kout-zye yo te bay, yon jou konsa, nan tan timoun-piti yo.Yo vin wete nan men atis la premye gout dlo ranplisay basen lavi yo.

 

 

Manno Vilsen (Emmanuel Vilsaint)

Lavil Pari, 2012

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

Publié le 8 Décembre 2012

Dans un article, Néhémy Pierre jeune poète, a essayé de mesurer le fondement de la légitimité des biens culturels à travers certaines instances et certaines structures de la culture haïtienne. Il soutient qu’aucune légitimité ne peut venir d’institutions matériellement démunies en plus d’être sous la dépendance la plus totale. Ainsi, par son texte, l’auteur d’Emmuré et de Mots Epars (ré)active-t-il un sujet de grande importance pour tout jeune artiste. Intéressé par la problématique, je trouve utile et motivant d’apporter une pierre, aussi petite soit-elle, à la construction du débat.  J’ai à cet effet, choisi d’aborder dans le sens de la construction de la légitimité culturelle en rapport à la perception sociale projetée sur les biens culturels.   

 

N’en déplaise aux auteurs d’Haïti, une traversée littéraire, aujourd’hui comme au 19e siècle, l’histoire de la littérature haïtienne est en soi une recherche vaine de l'autonomie et de la légitimité par rapport à la littérature française. Il serait tentant de dire dans ce cas que le centre n’est plus apprécié en tant que tel puisque la périphérie qu’il objective et postule ne le perçoit plus comme centre.  Mais les quêteurs peinent à réaliser ce rêve. Car la dépendance de la littérature haïtienne dite francophone - donc périphérique à l'égard de celle de l’ancienne métropole - est telle que toute reconnaissance passe par Paris, le centre de la francophonie. Les «auteurs [haïtiens], nous dit Dany Laferrière, attendent que la France leur tende la main pour publier un livre chez Grasset ou chez Gallimard ». Les littéraires haïtiens ne peuvent évidemment pas dans une position inférieure s'imposer. Si donc la légitimité se fonde aussi sur des réseaux relationnels, force est de constater que dans le cas d’Haïti ce réseautage conduit à l’aliénation pure et simple de nos biens culturels (producteurs et productions).  Or, pour qu’un bien culturel soit légitime, il lui faut s’inscrire dans une pratique culturelle qui n’est pas restavèk. La nôtre l’est-elle jusqu’à quel point ?

 

En vertu de quoi institue-t-on une aune culturelle ? Et jusqu’à quel point cette aune s’insère-t-elle dans le rapport conflictuel qui nourrit la société haïtienne ? Il faut dire que l’évaluation de la qualité ou de la valeur artistique des biens culturels s’organise sur des bases « intuititionnables » (du j’aime/du j’aime pas) ou sur des bases claniques. Ces dernières m’intéressent beaucoup plus. Certains acteurs de l’espace culturel décident de considérer telle ou telle œuvre/ tel ou tel artiste comme « le nec plus ultra » à avoir réalisé les principes qui organisent leur « champ » (espace de confrontation continuelle) d’activités. Certes, il y a ce qu’on appelle la légitimité rationnelle, qui s’appuie sur la loi. Mais de cette pratique-là viennent deux autres types de légitimité : traditionnelle et charismatique. La légitimité est dite traditionnelle si le bien culturel consacré « mobilise [certains] procédés esthétiques, s’il reconduit des présupposés artistiques reconnus pour évidents, et charismatique si le bien culturel est indissociable d’un écrivain ou d’une personne exemplaire [auteurs connus, critique, spécialiste réputé, grande maison d’édition…] qui l’aurait écrit, publié ou commenté ». Le type prépondérant chez nous serait le modèle charismatique. En effet, si c’est telle ou telle personnalité du champ publie ou commente telle ou telle œuvre, cette dernière sera jugée bonne ou mauvaise. Dès lors, pour comprendre le mécanisme de légitimation en Haïti, il faut questionner sérieusement les modes et les modèles opératoires de reconnaissance et découvrir les dieux qui définissent les critères de salut d’un bien culturel.

 

Contesté certes, mais un monde de l’art existe bel et bien en Haïti et il fonctionne à l’image de l’État, l’État marron : Un État restavèk [et/ou] démissionnaire.  C’est un fait que les jeunes artistes ne doivent ni ignorer ni prendre à la légère. Car ce monde, malgré sa faiblesse constatée et criée, fonde, perpétue ou conteste à l’heure actuelle le statut de certains biens culturels (producteurs et productions, matériels ou immatériels) et s’efforce d’assurer à d’autres une certaine visibilité (condition nécessaire et parfois suffisante pour leur légitimation, du moins temporaire). Ce qui revient à dire que l’instance de légitimité ne garantit pas l’objectivité : elle consacre des « préjugés », donc des « abus », des « erreurs » … Ses outils de travail, si divers soient-ils, sont à priori discriminatoires. Penser la légitimité dans le contexte actuel revient d’une part à interroger les mythes légitimateurs, le champ symbolique, les acteurs de légitimation, d’autre part, à (ré) configurer les formes incorporées (un nouvel habitus), à (ré)définir les formes objectivées (comment s’approprier les biens culturels), à (ré)fonder les formes institutionnalisées (maison d’édition et tous les organes de réception) et le marché (du moins de l’intérieur) des productions de biens culturels. Vaste projet générationnel !

 

Penser la légitimation des biens culturels est une action politique par excellence. Car la culture suppose avant tout une reconnaissance sociale et un partage du symbolique. Ainsi, dans le domaine de la politique (telle qu’on le pense aujourd’hui), comme dans celui de la création culturelle, tout acte ou toute pratique sociale se fonde sur une approbation consensuelle. Or, le consensus est un état mouvant dans le temps et dans l’espace. Aujourd’hui, avec le « changement de géographie littéraire », une nouvelle production littéraire se met en place et de nouveaux groupes se dessinent dans le paysage littéraire haïtien, travaillent et demandent à être reconnus au sein de la hiérarchie culturelle. De là est né le mouvement que certains appellent « malaise » ou « conflit générationnel ». Ce n’est, à mon avis, ni ceci ni cela. Je dirais plutôt que c’est la preuve que l’espace culturel est en très bonne santé mis à part qu’il faut le « déchaîner ».  

 

La culture (comme lieu de l’objectivation sociale du talent, comme accumulation du capital symbolique, comme socialisation ou essentialisation du talent) est un espace de pouvoir : intellectuel, économique et politique. Ainsi cet espace est-il devenu un théâtre de l’ascension sociale, un lieu où l’héritage se perpétuerait.  D’où une lutte constante et renouvelée. Autant dire ici que la légitimité est la fille d’un désir de pouvoir et d’une lutte.  Effectivement, le royaume de la culture, en Haïti tout comme partout ailleurs, est semblable au royaume des cieux. Il est forcé. Seuls les violents (compétents [ ?], originaux [ ?] et riches,   pour le moins) finiront par s’en emparer. A en croire les propos de Claude Sainnécharles en effet, avec Trouillot et Castera qui sont à la fois Legba et Saint-Pierre parce qu’ils détiendraient le « capital culturel », les jeunes élus peinent à y entrer sous prétexte qu’ils ne produisent, esthétiquement, que des œuvres beaucoup plus près du mot de Cambronne  que de la littérature (une autre façon- plus arrogante- de dire que les jeunes écrivains qui échappent à leur dictat n’ont pas d'habitus). Mais puisqu’il y a changement de géographie constaté dans la littérature haïtienne, laquelle des deux cultures sera hégémonique et l’autre sous-culture dans les jours les plus proches ? Y aura-t-il continuité ou cohabitation pacifique ?

 

La légitimité, née de la difficile coexistence entre l’histoire et le progrès, entre le passé et le futur, est une matérialisation de la foi. Ouvrir le royaume de la culture à cette nouvelle aire géographique dont parle Néhémy c’est pour les « anciens garants ?» premièrement s’exposer au danger. Et le plus grand des dangers est la conquête de l’espace légitimateur par les jeunes. Voilà pourquoi les garants de cet ordre n’ont qu’une seule stratégie : cimenter l’espace culturelle pour ne pas être perturbés. Qui plus est, l’ouverture de ce territoire amorce d’une part une phase dans le processus de démystification de l’ancien système et d’autre part, une expulsion des anciens démons de l’espace divin-naturel qu’est la culture.

 

Penser la légitimité, c’est enfin penser la « durée ». En ce sens, il s’impose de recourir à la conception historiciste des biens culturels. Un bien culturel peut rester immuable aussi longtemps qu’il sert les idéologies ou les régimes dominants et répond aux exigences d’un goût littéraire, à la mentalité d’une civilisation ou d’une communauté d’hommes et de femmes. Mais aussi, ce bien-là peut sortir du canon et même tomber dans l’oubli.  En un sens, la valeur/le statut d’un bien culturel dépend toujours de l’idée que l’on se fait à chaque période de l’art ; elle dépend de chaque conception qu’une génération a des valeurs culturelles. Ainsi, la postérité doit-elle constamment interroger la mémoire culturelle pour pouvoir comprendre la notion d’oubli, de continuité ou de rupture dans les mécanismes de (ré)production des biens de la culture. Mais il est de fait que toute nouvelle donne doit nécessairement se bâtir sur les dépouilles de la précédente. Voilà pourquoi la légitimité d’un groupe qui se présente souvent comme un absolu ou, du moins, comme un statu quo, est, par nature, relative et remplaçable.

 

     

Tetzner Leny Bien Aimé

 


Cf. Néhémy Pierre, Comment devient-on écrivain en Haïti aujourd’hui ?

J’entends par l’expression ‘’bien culturel’’, l’ensemble des productions matérielles ou immatérielles, de la société haïtienne. Ainsi, comme l’a définie l’UNESCO dans la Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles (26 juillet- 6 aout 1982), la culture est cette enveloppe qui « englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les traditions et les croyances ». Puisque toute culture repose sur des valeurs, elle est une projection humaine susceptible de varier notamment en fonction des aléas de l’histoire. Ce qui veut dire de fait que la culture tout comme les biens culturels ne sont pas « idéologiquement inertes» d’autant plus que les perceptions de certains artistes haïtiens se confrontent à d’autres croyances préalablement établis. C’est par ailleurs ce qui fonde, par exemple, cet œcuménisme culturel au sein de la francophonie/francité.

Cf. propos de Dany Laferrière dans son interview avec Ghila Sroka sous le titre « De la francophonie et autres considérations… », In littérature @ Ile en ile. Voir aussi Tribune juive, Vol. 16, no 5, août 1999, pp. 8-16.

 Cf. Jérôme David, « La marche des temps : sociologie de la littérature et historicité des œuvres », CONTEXTES [En ligne], 7 | 2010, mis en ligne le 03 juin 2010, consulté le 05 août 2012. URL : http://contextes.revues.org/4647 ; DOI : 10.4000/contextes.4647. En effet, toute la réflexion de ce paragraphe s’inspire du texte de J. David.              

L’expression est empruntée à Leslie Jen-Robert Péan dans son ouvrage titré « Haïti: économie politique de la corruption. L’État marron, 1870-1915 ».

  Cf. son article Contre l’impertinence Casterienne et Trouillotienne.

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

Publié le 4 Décembre 2012

Le 5 décembre 1492, Christophe Colomb arriva dans une grande île de la Mer des Caraïbes, appelée ''Haïti, Quisqueya ou Bohio'' par les Amérindiens. Il installa son premier campement sur cette île qui devint le laboratoire du système d’exploitation du nouveau continent. Cette date marque donc le début du saccage des civilisations amérindiennes, toujours présentes dans nos mémoires !
, 
http://historiennimois.files.wordpress.com/2012/06/decouverte-amerique.jpg
 
Pour tous les gens merveilleux que j’ai rencontrés au Fenua    
 
Cela s’est passé le 17 mai 2006, vers 20h30. Le Salon du livre de Tahiti ouvrait ses portes le lendemain. Les invités étaient reçus par l’équipe de la revue Litterama’ohi à la Maison de la culture: rencontre sympathique, atmosphère simple et détendue, ambiance conviviale. Nous fîmes connaissance, reçûmes des exemplaires de l’édition spéciale de la revue pour souligner cette cinquième édition du Salon et eûmes droit à un slam d’un jeune poète calédonien, Paul Wamo. J’eus l’occasion de goûter pour la première fois au pain à la noix de coco et le plaisir d’échanger avec des écrivains, de la Polynésie bien sûr, mais aussi de la Nouvelle-Calédonie, de la Nouvelle-Zélande, des Îles Fidji, de la Réunion, de la Martinique et du Canada. Au moment du retour, quelques uns d’entre nous, attirés par la musique, décidèrent d’aller jeter un coup d’œil au spectacle qui avait lieu sur la grande scène voisine et purent ainsi assister à la fin d’une répétition d’un ballet de la troupe Maanau.    
 
Je l’ai tout de suite reconnue quand elle a fait le tour de la grande scène de la Toa’ta en disant un de ses dits de Fleur d’or. Avec leurs costumes somptueux et leurs coiffures richement parées, les membres de la troupe auraient aussi bien pu être Incas, Mayas ou Aztèques. Moi, je savais qu’ils n’étaient pas uniquement Maho’is, mais qu’ils étaient également Taïnos d’Ayiti-Quisqueya-Bohio et que leur seule présence annonçait la surprise de sa venue. Je l’ai tout de suite reconnue à son intensité et à sa douceur, à sa détermination et à sa sensualité. Flamme majestueuse à l’aura d’autorité, je l’ai vue faire le tour de la grande scène pour leur dire et nous dire, dans une langue inconnue mais si claire, l’amour et la révolte, la fierté et l’orgueil, la tendresse et l’audace, l’urgence et la résistance.    
 
Ia ora na, Anacaona, Ia ora na.
 
Et j’ai fermé les yeux un instant, et j’ai vu ses ancêtres s’installer dans l’île sans marée promise à leurs maraes, l’île unique où l’influence de la lune est annulée, point nodal où se rejoignent les lignes cotidales, nœud de résonance, onde stationnaire, point amphidromique, l’île lumière, l’île perle du collier oasien, Eden fleuri et parfumé réservé par Oro, gran mèt la, pour l’épanouissement et le bonheur de leurs familles. Mais, vinrent des temps de disette et de famine, temps de divisions et de querelles, temps de deuils et de guerres sans quartier. Et j’ai vu des familles entières embarquer à bord de grandes pirogues doubles, en emportant tout ce qu’il leur était possible d’emporter. Et j’ai vu la longue caravane, s’engager dans l’ouverture du récif, quitter le lagon turquoise et s’élancer sans peur à la conquête de l’horizon. Je les ai vus quitter les terres des yeux, chevaucher les dunes d’écume du grand désert marin, et naviguer des semaines et des semaines, guidés par les caprices du vent sur la crête des vagues et les dessins étoilés de la voûte céleste. Je les ai vus sillonner le silence mystique de cette immense basilique, goûter à ce vide qui porte l'exigence de l'âme au plus haut point, regarder en face des forces qui nous dépassent et voyager jusqu’au bout d’eux-mêmes.    
 
Certains s’arrêtèrent en chemin pour habiter et féconder de tikis d’autres chapelets d’oasis du grand désert mer marin. Les autres poursuivirent leur route d’eau jusqu’à la découverte d’un monde fascinant, un continent vierge de toute empreinte humaine, une terre qui n’avait même pas connu d’hominiens, un milieu pur. Durant des millions d’années, des margouillats géants et des iguanes surdimensionnés l’avaient parcouru sans relâche et y avaient régné sans partage. Un morceau de soleil tombé des cieux les en avait effacés pour l’offrir intact, riche d’une flore et d’une faune encore à apprivoiser, au génie créateur des ancêtres d’Anacaona. Et ils brûlèrent leurs grandes pirogues doubles sur les rives de leur découverte et les plaines qui se renouvellent à perte de vue, et les montagnes qui s’élancent à l’assaut du ciel, et les forêts qui laissent à peine pénétrer la lumière du soleil, devinrent leurs nouveaux temples. Et les enfants des petits enfants de leurs arrières petits enfants enfantèrent à leur tour et créèrent quelques unes des plus belles civilisations que l’humanité n’ait jamais connues.    
 
Sur les bords du lac des pumas de pierre, oasis liquide tout en haut dans la grande cordillère, là où l’on peut naviguer la tête dans les nuages, là où le roseau des montagnes sert à fabriquer des motus flottants, là où le condor n’atterrit que sur la face des plus grands précipices, ils mirent au monde la fille et le fils du Soleil et nommèrent leur île berceau en souvenir de l’île lumière. Ils couvrirent leur patriarche de feuilles d’or et le transformèrent en un véritable tiki vivant, un soleil immortel, que certains appelleront plus tard El Dorado. Dans leurs somptueuses constructions reliées par un impressionnant réseau routier, ils s’élancèrent à l’assaut des cimes du savoir dans le domaine médical, le travail de la pierre et l’agriculture. Et sans recourir à l’écriture, à l’aide de simples nœuds dans des cordelettes multicolores, ils purent constituer d’imposantes archives pour conserver et transmettre leur science et leur sens de l’organisation. Plus au nord, au sein du monde du jaguar, dans un majestueux écrin de verdure striée de rivières ondoyantes, ils érigeront une grande stèle autour de laquelle se développera "le lieu des échos". Et Tikal devint la perle d’une éblouissante culture qui portera aux plus hauts sommets les connaissances humaines dans l'architecture, l'écriture, les sciences et les mathématiques. Et pour faciliter les échanges d’énergie avec le cosmos, ils élevèrent les plus imposantes pyramides de cette jeune terre, plus hautes que la brume qui enveloppe la crête des plus grands arbres de cet océan végétal. Et ils s’enfoncèrent, et se perdirent, dans le labyrinthe qui conduit aux secrets les plus intimes du temps.    
 
Encore plus au nord, après deux siècles d’errance sur les terres désertiques, ils se fixèrent, comme le leur avait prescrit le soleil, autour du rocher où ils virent l’aigle dévorer un serpent sur un cactus. Ils asséchèrent les marécages avoisinants et sur ce haut plateau à l’ombre des volcans, à l’endroit exact où le soleil et la lune s’élevèrent dans les cieux et où naquirent les dieux, ils édifièrent Tenochtitlán, la plus belle ville du monde, la cité lacustre aux milles canaux et aux mille jardins flottants, qui pendant cinq siècles, sera la plus grande capitale religieuse et culturelle, mais aussi le plus grand centre économique et politique du Nouveau Monde. Ils en firent un véritable microcosme de l’univers, l’expression exemplaire de la totalité de leur vision du monde. Et par des rituels sanglants, ils entreprirent de repousser à jamais les assauts du néant. Mais c’est dans l’arc-en-mer insulaire qui relie les deux parties de ce nouveau monde qu’ils purent enfin retrouver les plus grandes constructions jamais réalisées par des êtres vivants à la surface de la planète. Ils revirent la prodigieuse diversité biologique des récifs coralliens et l’azur turquoise des lagons aux eaux calmes. Et c’est sur la grande terre montagneuse au centre de ce chapelet d’îles qu’ils entreprirent d’édifier une société vouée à l’expression artistique, basée sur la paix et la parfaite harmonie avec la nature. Et c’est dans ce nouvel Eden fleuri et parfumé, dans l’île perle de ce nouveau collier oasien, que s’épanouit la Fleur d’or, maîtresse de la danse, de la poésie et de la musique, celle qui par son charisme devint la lumière des Taïnos, l’inoubliable reine du Xaragua, à la destinée légendaire et bouleversante.    
 
Ia ora na Anacaona, Ia ora na.
 
Mais le malheur frappa encore. Emmené par un vent mauvais, il arriva d’un monde ancien, par la route d’eau de l’autre grand désert marin. Un matin comme les autres, il arriva sans s’annoncer dans le vert des eaux tranquilles, sous les traits d’évadés du royaume des morts, rongés par l’avidité et la cupidité. Et ce furent de nouveau temps de carnages et de pillages, temps de désolations et de souffrances. Le Xaragua d’Anacaona, le plus grand des cinq royaumes de la grande île montagneuse, continua à opposer résistance même après la chute de ses voisins. Et Anacaona poursuivit la lutte contre les envahisseurs même après la mort de son époux et celle de son frère. Mais pour sauver ce qui pouvait encore être sauvé de son monde, elle accepta de faire la part du feu et de sceller un armistice avec ces rescapés de l’enfer. Mais ni les intrigues de cour, ni les accrochages avec les Caraïbes, ne l’avaient préparé à tant de duplicité chez un adversaire. La grande fête qu’elle avait organisée et à laquelle elle avait convié tous les dignitaires de son caciquat pour rencontrer leurs nouveaux alliés, la grande fête qui devait célébrer le pacte de paix devint le théâtre du plus grand carnage jamais vu dans cette partie du monde. La tuerie fut si effroyable que l’odeur du sang traversa l’océan et de tous les recoins de l’ancien continent, d’autres meutes accoururent pour participer à la curée.    
 
La vague affreuse submergea d’abord les îles émeraude du collier oasien puis frappa de plein fouet tout le nouveau monde, engloutissant temples et palais, sciences et connaissance, arts et cultures, beauté et raffinement. Elle n’épargna aucun recoin et emporta les peuples de l’aire du condor ainsi que ceux du monde du jaguar et ceux du royaume de l’aigle, piégés par leurs mythes qui les portèrent à voir les nouveaux venus comme des dieux et qui ne réalisèrent leur erreur fatale que bien trop tard ! La lame infâme atteignit même ceux des grandes plaines aux immenses troupeaux de bisons, ceux-là qui avaient rencontré d’autres hommes venus par un pont de glace tout au nord du continent. Et dans son mouvement de reflux, elle alla frapper le berceau même de l’humanité, de l’autre côté du grand océan, lui arracha ses filles et ses fils cuits par le soleil et les emporta, d’abord dans l’île perle du collier oasien puis dans tout le Nouveau monde.    
 
Ces nouveaux venus purent côtoyer durant quelques temps les derniers descendants d’Anacaona, qui partagèrent avec eux leur culture. Ils en conservent jusqu’à ce jour, même s’ils n’en sont pas toujours conscients, des fragments que l’on peut retrouver dans leur musique, leurs danses, leur alimentation, leur artisanat, leur religion et même dans la nouvelle langue qu’ils développèrent..
 
Il fallut à ces hommes d’ébène trois siècles pour arriver à secouer leur joug. Lors des dernières batailles, c’est le cri de guerre d’Anacaona qu’ils reprirent à l’unisson et qui retentit sur toute la grande île montagneuse: Aya bombe ! Mourir plutôt qu’être asservis! Et au lendemain de leur victoire, ils se souvinrent de la reine mythique. Et ils se souvinrent de ces marrons qui les avaient accueillis dans leurs premiers mouvements de révolte et avaient partagé avec eux leur expérience de lutte et ils redonnèrent à l’île perle son nom originel. Cela s’est passé il y a deux siècles mais leur combat se poursuit encore, car, « dèyè mòn, gen lòt mòn », « derrière une montagne, il y a encore d’autres montagnes ».    
 
De retour à Montréal, j’ai appris par les journaux qu’on avait vu Anacaona à Miami, sur la scène du Jackie Gleason Theater of Performing Arts dans le cadre d’un ballet présenté par la troupe de l’Académie de danse RMT venue spécialement de Port-au-Prince. Puis je l’ai revue sous les traits d’une voisine originaire du Panama et je l’ai croisée à l’Université, avec cette fois le visage d’une jeune Abenakie. Enfin, lors d’un bref séjour en Haïti, j’ai appris qu’elle était devenue une divinité du panthéon vaudou et qu’elle apparaissait parfois aux abords des cascades de l’île.
 
Je suis maintenant certain que je n’ai pas rêvé devant la grande scène de la Toa’ta, et qu’elle est bel et bien revenue.
 
Ia ora na, Anacaona. Ia ora na!
 
Mais au fond, n’avait-elle pas toujours été présente ?
     
     
Jean-Claude Icart
 
PS : Une première version de ce texte a paru dans la revue Litterama’ohi, Papeete, novembre 2006   

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

Publié le 1 Décembre 2012

 

Barcelona,  Février 2011.

 

Encore une fois, je pris plaisir à kodaker Ange.

 

Sa tête plaquée-collée sur chaque cliché dans une prétention de réalité surgissante non encore baptisée ni classée dans le regard métaphorique contemporain. Sous un bleu vif, je sortis de mes murs. J’écoutai parler dedans moi la sage voix tissée de folle résonnance. Je suivis les sentiers de la déchirure intérieure universelle, sûre de rendre encore plus bestiale une douce animosité.

 

Je sus dès les premiers instants de ce prétentieux exercice auquel je me suis prêté avec tant de frivolité, qu’il alla tout simplement faire de ma mémoire un confluent du passé et du présent. Un infini avenir.

 

D’où peut conduire le refus hypocrite de se laisser agripper aux enracinements d’outre-terre? A quoi bon un déplacement, une transplantation du corps et de l’esprit, s’ils ne conduisent nullement à un passage entre un rien et un remplissage d’âme, s’ils ne remplissent pas les vides d’un trop-plein de lumière éclatante, bouleversante.

 

J’ai une envie subite de puiser, jusqu’à trouver gain de cause à bord de ma poésie en dérive, dans les expériences pour le moins tumultueuses des coopérants internationaux, des « mamans bon-cœur » du troisième âge qui s’empressent de faire thérapie de leur vie dans le sud-pathologie. Eux au moins, dans tout le délice que sécrète une « bonne coopération »,  font jaillir intarissablement ce dont ils ne se savaient pas détenteurs.

 

Barcelona révéla en moi un caractère lumière exprimé dans l’étrange composition de mes clichés. Mes doigts vagabondèrent sur toute la surface tactile de mon Kodak.  

 

Objectif Ange :

 

Ange-Sagrada Familia, Ange-Guel, Ange-Casa Mila, Ange-Rambla, Ange-Port Vell, Ange-Picasso, Ange-Mirò, Ange-Gaudi, Ange-Ange, Ange…Ange…Ange…

 

Folitude totale !

 

Une folitude – dirait l’homme de scène David Mézy – nous chevaucha tous deux. Celle de nos amours enjambeuses de temps et d’espace.

 

Nous habitons une démesure de temps et d’espace. L’imprévu. L’improbable. Nous appartenons au tumulte capricieux du jour où chacune de nos actions, chacun de nos déplacements sont en vérité sans datation, sans mesures de longueur.

 

Progression aucune !

 

Une simple date, c’est fait pour garder une simple trace de nos vouloirs incessants, nos grandeurs et nos actes manqués. Car, il arrive parfois, qu’un échec construit tel jour, déformé longtemps après, provoque une grandeur de dignité, parce qu’il semble après coup que le temps dans une apparence inerte est devenu l’ellipse même de cet « échec ».

 

Cette activité intense, incessante qu’est notre action, -notre déplacement- est bien plus forte que le temps.

 

Nous est-il arrivé de voyager pour voyager ?

 

Pour Ange et moi ce ne fut point un voyage. Plutôt, une traversée. Un enjambement. Comme un passage, sans perception temporelle ni mesures de distances, de France à Transe, d’hiver au Cap-Vert.

 

On ne fait pas un pays. Une ville, ça ne se fait pas ! Je n’ai pas fait Barcelona. Barcelona a fait de moi quelqu’un. J’ai eu, de sa vie, un surcroît de vies. Tout comme on peut absorber, pour mieux se définir et se rejoindre, quelques autres vies juxtaposées, à chaque pays découvert, à chaque ville, chaque ruelle, chaque habitant.

 

On n’en sort jamais avec une simple cervelle !  

 

Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui, a dit Montaigne.

 

Aujourd’hui, Ange, pour tester ma foi de poète, me demande de remémorer l’odeur de brise des soirs sur l’avenue diagonale. Le cri de nos émerveillements, subjugués face à la folie Gaudi.  La couleur des courbes de Picasso. Le grand goût dans le ventre que nous donnèrent les délices envitrinés. Elle veut par-dessus tout m’entendre, en chantant, réciter les lignes de nos conquêtes catalanes.

 

Ange, mon Ange. Voici tout ce que mon silence peut te répondre :

 

Chaude Catalane, tu glissas sous ma langue un léger goût de sel.

Comme dans une pressante volonté de raffermir des tripes tressées.

En moi, tu t’éternisas, en dehors de tout temps.

Tu m’injectas le venin savoureux de ta capitale saline dont le faîte frôle l’intemporel.

  

 

Emmanuel Vilsaint  

Auteur, comédien

Rédacteur à Parole en Archipel

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

Publié le 27 Novembre 2012

http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/suffrage_universel/images/experience.jpg

« Expérience ». Lithographie satirique en couleur dessinée par Féodal.    

 

 

AUTRUI PEUT-IL PARTAGER MON EXPÉRIENCE ?

 

Nous avons chacun notre propre expérience. Mais cette expérience subjective peut-elle être bien inscrite en chacun de nous sans l’existence de l’autre ? Se pose le problème de ma capacité à communiquer à autrui mon expérience et sa capacité à cerner cette expérience que je veux partager avec lui. L’expérience de l’autre nous parait compréhensible parce que nous avons le sentiment d’être fait de la même matière ou substance que l’autre. Comment pouvons-nous justifier que les expériences perçues par chacun de nous dans notre propre boite ou dans notre propre enveloppe corporelle sont les mêmes ? Et si la connaissance se fonde uniquement sur l’expérience, comment peut-on partager une quelconque expérience si l’autre ne l’a pas fait ?

 

Chacun de nous a la capacité par le biais d’une configuration intérieure d’avoir un rapport avec une réalité interne en nous et une réalité externe. Un article indéfini est utilisé ici devant le nom commun réalité parce qu’il n’est pas évident de justifier que chacun de nous partage par l’entremise des sens la même réalité. Il s’agit à ce moment d’établir de quelle manière une expérience peut être la même pour tous. Car si c’est elle qui est bien le fondement des connaissances générales, il faut bien qu’on la rende universelle quelque part. Notre rapport à l’expérience correspond à celle du scarabée dans la boite de Wittgenstein, imaginons que chaque personne possède une petite boite avec un scarabée observé là-dedans, mais personne n’a le droit de regarder dans la boite de l’autre, nous déduisons tous que ce qui est dans la boite est appelé scarabée, cependant qui nous dit qu’il s’agit du même animal ?

 

C’est comme la douleur dans un corps, nous avons chacun notre propre expérience du corps et nous l’appelons communément douleur parce qu’il n’y a pas de langage privé, seul on ne pourrait ne pas décider du terme, à ce moment partageons-nous l’expérience de la douleur ? Wittgenstein nous dit que : « Si on construit la grammaire de l’expression de la sensation sur le modèle de « l’objet et sa désignation’, l’objet perd toute pertinence et n’est plus pris en considération. »

 

Les empiristes postulent que seule l’expérience est capable de nous donner la connaissance d’un objet. L’expérience telle que la décrivent plusieurs philosophes empiristes tels que Locke se fait par le biais de la sensation et de la réflexion. C’est le passage primordial par lequel la connaissance nous atteint et il est indéniable que chaque homme a cette capacité de sentir et de réfléchir, c’est ce qui constitue l’entendement et le degré de connaissances est basé sur le degré de coordination entre elles.

 

Il n’y a selon les empiristes pas d’idées innées. Kant oppose les connaissances indépendantes de l’expérience, a priori, à celles postérieures à l’expérience a posteriori. L’universalité est selon Kant le critère certain d’une connaissance pure. Si nous avons de telles connaissances ou intuitions innées, cela veut dire que toutes les expériences que nous partageons demeurent dans le même cadre celles de l’espace-temps. Mais nous pouvons toujours douter de tout et par solipsisme affirmer que la seule réalité est celle du sujet. Il s’agit de clarifier sur quelle base l’expérience se partage.

 

Pour évoluer, avoir une connaissance synthétique, il faut être imbus de l’expérience a posteriori sauf si nous admettons l’existence comme Kant de jugement synthétique a priori dont nous pourrions faire la réflexion dans l’exercice de la géométrie par exemple. L’enseignant qui tient à faire progresser son élève ne lui fait généralement pas subir l’expérience directe de ce qu’il lui enseigne, mais lui communique par le langage des énoncés synthétiques d’histoire par exemple « Georges V souverain de 1910 à 1936 ». On peut considérer cela comme un véritable partage d’une donnée empirique, on pourrait considérer cela comme la résolution de la problématique sauf qu’il y a le langage et la vérité de son contenu, l’énoncé observationnel et l’énoncé théorique.

 

Pour éviter toute mauvaise confusion, clarifions que le mot expérience englobe trois significations admises de convention. On dit d’abord que l’expérience est une dimension du vécu humain qui nous met en rapport avec la réalité extérieure à nous, le monde, l’ensemble des êtres et des choses que nous éprouvons et qui nous permettent d’élargir nos connaissances, cette expérience est aussi intérieure quand nous faisons l’expérience de nos sensations intérieures diverses. L’expérience en tant que savoir acquit dans la confrontation avec notre vie, avec les autres êtres, atteinte dans l’épuisement et la fatigue, cette expérience est synonyme de sagesse. Et il y a au final l’expérience provoquée comme dans les observations scientifiques qui visent à justifier ou non une hypothèse, au 19e siècle cette signification a été placée sous le néologisme d’expérimentation.

 

En tant qu’une connaissance est une croyance vraie et justifiée, la simple observation d’un phénomène ne nous permet pas de justifier qu’elle puisse appartenir au domaine de la connaissance, là encore il faudra la confirmer ou la réfuter. Qu’est-ce qui reste donc disponible pour la diffusion de l’expérience ? Les empiristes et les vérificationnistes défendent que pour qu’une assertion soit dite vraie ou fausse il faille qu’elle soit vérifiable par l’expérience sensorielle sinon elle est analytique ou n’a pas de sens. Les énoncés scientifiques fonctionnent ainsi, sur la reproductibilité des expérimentations, l’observation répétée et sous différents angles de vue qui constitue une preuve. Avoir pris une information, un concept général de la réalité ne nous permettrait pas, nous hommes inexpérimentés d’avoir une connaissance supérieure à celui qui a fait l’expérience directe de ce concept.

 

Nous prenons l’exemple de l’enseignant face à son élève pour mieux illustrer les possibilités d’échange de l’expérience. L’enseignant est similaire à l’homme d’art d’Aristote qui possède une connaissance théorique des évènements, la théorie nait lorsque d’une multitude de notions expérimentales se dégage un seul jugement universel, qui est plus respecté que ceux qui en ont fait l’expérience directe pour sa connaissance plus élargie. Si un élève nous parle de la période où Georges V était roi et que nous lui demandons de justifier cette expérience, il nous répond tout simplement que c’est le professeur qui l’a enseigné. Nous poursuivons notre enquête et nous constatons que l’enseignant l’a tiré d’une phrase d’un livre d’histoire, ainsi nous aboutissons à un enchainement théorique sans fin censé nous faire aboutir à une connaissance induite de l’expérience, les populations qui ont vécu à l’époque de Georges V n’ont elles-mêmes pour la plupart pas fait une expérience véritablement directe que Georges V était roi de 1910 à 1936 et tenter de justifier que cet énoncé a exactement été retransmis au cours du temps amène d’autres difficultés, l’enchainement des savoirs acquis de l’expérience vient ainsi à être partagés par convention.

 

Mais de convention, l’expérience qui se communique est-elle vraie sous la forme et égale pour tous ? Le plus souvent, les animaux que nous sommes, attachés à nos sensations évoquons avec certitude des inférences inductives, les cygnes que nous avons observés maintes fois dans le lac sont tous blancs, donc tous les cygnes sont universellement blancs, or cela ne justifie pas qu’un cygne noir ne vienne faire irruption dans la belle histoire. C’est ce que défend Popper dans sa Logique de la découverte scientifique. Le savoir adopté par les scientifiques selon Popper se base sur des théories empiriquement testables à partir de la méthode déductive de contrôle en opposition à la méthode inductive. On en déduit des hypothèses et tant qu’elles résistent aux tests, elles sont corroborées et les résultats de l’expérience sont acceptés par l’ensemble de la communauté scientifique.

 

L’expérience immédiate tant elle peut nous paraitre réelle, cela ne justifie donc pas qu’on puisse la partager. Se pose aussi le problème du pouvoir, de la capacité innée d’autrui à cerner mon expérience. Illustré par le problème de Molyneux diffusé par Locke dans son Essai sur l’entendement humain, l’aveugle ne peut avoir l’expérience d’avoir vu la tour Eiffel pardonnez-moi le pléonasme, et ne peut ainsi en aucun cas par tous les moyens que je puisse passer pour l’expliquer avoir la même conception que la mienne, un daltonien n’a pas et ne peut pas avoir la même perception que moi de la couleur des feuilles des arbres.

 

Tout de même l’expérience est d’abord partagée, c’est ce qui nous fait dire que nous avons une conception d’une même réalité, hormis les cas spécifiques comme ceux de la vue, chez l’aveugle et le daltonien, les cases de la réalité ne seraient certifiables sans cette expérience partagée sinon on serait condamné au solipsisme, au scepticisme, au doute permanent de notre extériorité.

 

Comme dans l’exemple du canard-lapin de Wittgenstein repris par Kuhn, c’est le contexte collectif à un instant t qui fait que les scientifiques partagent la même représentation du monde. Qu’ils voient unanimement une facette, métaphoriquement un canard ou un lapin et non les autres. C’est la considération collective et non personnelle qui nous assure individuellement l’expérience sphérique de la terre, la division de notre temps par les chiffres de l’horloge et du calendrier, qu’au final Georges V était roi de 1910 à 1936.

 

La réalité ainsi assujettie à l’expérience n’est pas objective, mais bien intersubjective. Nous pouvons démontrer cela par l’exemple de la science qui est un domaine de recherche du savoir pour la plupart basé sur l’observation, l’expérimentation, et qui est cycliquement révolutionnée, les paradigmes changent et sont incommensurables, la relativité d’Einstein questionne même la structure euclidienne de l’espace qui nous semblait si évidente. L’expérience s’épuise donc ainsi, notre regard porté sur la réalité. D’autres expériences ne réfutent pas seulement les expériences précédentes, mais remplacent aussi leur cadre. Les notions de notre expérience sont psychologiquement inscrites en nous par notre entourage et nos sens ne font que nous indiquer ce que la société nous a montré.

 

Surtout qu’une expérience comme nous l’a démontré, Duhem ne peut être admise hors de son cadre théorique et qu’une expérience cruciale ne détruit pas une hypothèse, mais provoque un choix entre théories, l’optique de Newton et celle d’Huygens selon l’exemple. « Il est donc impossible d’imaginer une expérience concrète qui puisse être interprétée dans le système euclidien qui ne puisse pas l’être dans le système de lobatchevskien, de sorte que je puis conclure : aucune expérience ne sera jamais en contradiction avec le postulatum d’Euclide, en revanche aucune expérience ne sera jamais en contradiction avec le postulatum de Lobatchevski » nous dit Henri Poincaré. Autrement dit aucune expérience n’est fausse au sein de son cadre partagé par les autres, de la théorie admise communément.

 

Nous avons donc admis que soumis à la même réalité nous partageons toutes les mêmes expériences, cependant étant séparés par différents corps nous ne pouvons ne pas justifier en se basant sur la communication que ce que nous ressentons de manière individuelle correspond aux conventions du langage, aux mots douleur, grandeur, etc. « Dans la culture de l’affection et des pensées, dont l’expérience constitue la teneur du retour à soi, il ne faut voir que le ressac du monde, le retour à soi étant retour du monde à soi » nous dit Jocelyn Besnoit. Ainsi l’homme n’est pas une statue reconstruisant seul le monde à partir de l’odeur d’une rose et ses expériences ne s’inscrivent pas dans le cadre d’intuitions spatio-temporelles, mais bien dans le contexte social des ensembles d’expériences admises collectivement. Il est certain qu’autrui peut partager mon expérience puisque nous le faisons dans le même cadre, et ce n’est qu’ainsi en relation avec le cadre dans lequel nous effectuons nos expériences qu’il peut justifier et s’assurer que son expérience personnelle est communément admise pour vraie et cela non seulement en science, mais aussi de manière générale.

 

 

Fabian Charles, Paris-Sorbonne

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

Publié le 27 Novembre 2012

http://actiphysetc.files.wordpress.com/2011/03/tx-creole-ecole257.jpg?w=600

 

Le mois d’octobre a été sacré Mois de la langue et de la culture créoles à Montréal, au Canada. Ce qui coïncide paradoxalement au sommet de la francophonie à Kinshasa en République Démocratique du Congo. Des débats et des questions ont été soulevés et continuent à être soulevés autour de la langue créole. Des politiques linguistiques à une Révolution culturelle, nous avons jugé bon de les mettre en œuvre. Cependant, nous risquons de passer à côté de la question fondamentale, à savoir si le créole haïtien est menacé de disparition.


Nous sommes tous d’accord que les langues sont mortelles. Et d’après Claude Hagège, linguiste français, environ 25 langues meurent chaque année. Ce chiffre est alarmant voire inquiétant pour toutes les langues du monde. Les langues ne meurent  pas en raison de leur vieillesse, car il y a des langues qui ont vécu à peu près un siècle. C’est le cas du Gothique. La durée de vie moyenne d’une langue serait estimée à 3 500 ans environ. Cependant, seules les langues fortes parviennent à vivre plus de 4 000 ans. Par forte il faut entendre non pas une force qualitative mais quantitative. Une langue forte ou faible serait caractérisée par le nombre de locuteurs et par son expansion dans le monde.


Le créole haïtien est classé dans la liste des langues à protection assurée, en raison de ses millions de locuteurs. Toutefois, ce classement ferme les yeux sur des problèmes internes, culturels et pédagogiques. Ce qui ne veut pas dire que le créole soit une langue, à court terme,  en voie d’extinction, comme c’est le cas pour plusieurs d’autres langues. Mais, la protection du créole haïtien n’est pas si assurée qu’on le croit.

 

De la longévité des langues

 

Pour mieux comprendre l’état du créole haïtien, essayons de rappeler ce qui rend une langue vitale du point de vue théorique et de placer la langue créole dans son contexte. D’après les travaux du professeur Jacques Leclerc, ancien professeur à l’Université Laval, beaucoup de facteurs contribuent à la vitalité d’une langue. (La longévité étant naturellement dépendante de la vitalité). Ainsi, ce qui rend vital une langue n’est autre que le nombre ou la puissance de ses locuteurs (facteur démographique), l’état de la production, de la demande et de la richesse du pays (facteur économique), l’abondance de sa culture (facteur culturel), son armée (facteur militaire) et autres…


En quoi la taille de la population ou le taux de croissance naturel de la population affecte la vitalité d’une langue ?


Une langue est considérée comme morte quand elle n’est plus parlée ou quand son usage ne se fait plus dans la communication sociale. Il est tout à fait évident qu’à mesure que le nombre de locuteurs augmente, la probabilité pour que cette langue soit morte diminue (vice versa). C’est un critère de classement des langues en danger ou en voie d’extinction. Et c’est aussi le critère de la force (comme nous l’entendons dans cet article) d’une langue. Cependant, ce critère peut bien cacher une réalité macabre. Le créole haïtien, avec ses  millions de locuteurs et le taux de croissance naturel de la population avoisinant les 2 ‰ doit être surveillé. Les obstacles à l’interprétation de ces chiffres sont le système éducatif et l’éducation familiale des enfants. En Haïti, pays bilingue, le créole est vu comme la langue des illettrés, des sots, du peuple. Des sa rentrée à l’école l’Haïtien est forcé d’oublier, de négliger ou de renier sa langue maternelle. On se souvient des journées entières passées à genou ou des autres punitions que je n’ose citer ici pour avoir prononcé en classe un simple mot créole. C’est la conception du »tout ce qui est dit en créole est une bêtise. » Ainsi, le système éducatif fabrique, et souvent très mal, des ennemis du créole qui, plus tard refuseront de parler cette langue pour passer pour des intellectuels. Ce processus, parfois est mis en marche dès la naissance de l’enfant. Dans les classes moyennes et bourgeoises, les parents s’efforcent à ce que la langue maternelle des enfants soit le français. On peut facilement comprendre que c’est le peuple ou la masse qui sauvegarde notre patrimoine linguistique. Mais cette masse, enverra ses enfants à l’école. Ils passeront dans le moule du système éducatif et feront comme la classe moyenne, de telle sorte que la société se développe ou s’éduque au détriment du créole. La disparition du créole haïtien serait donc le coût d’opportunité du développement ; ce à quoi on renonce pour parvenir à ce développement.


Cette démonstration, si simple qu’elle soit, nous montre que paradoxalement  l’accroissement de la population ne saurait déboucher sur la longévité de la langue créole à long terme. Au contraire, il le tue.


Un second facteur de longévité de la langue est le facteur économique.


A mesure que la production, la demande domestique et la richesse des habitants d’un pays augmentent, il assure l’expansion et la longévité de sa langue maternelle. Si le pays accuse une bonne production et développe de nouveaux produits par le biais du progrès technique, les étrangers pourront être intéressés par ces produits pour leur consommation. Et ces produits auront une posologie ou un mode d’emploi (c’est selon) écrit dans la langue maternelle, n’ayant pas été développés initialement pour des étrangers. Il est donc fondamental à un étranger d’être attiré par cette langue en vue d’utiliser ou de consommer le produit. Ainsi, en vendant ce produit, le pays vend son patrimoine linguistique. C’est ce qui s’est passé aux Etats Unis, qui fait que l’anglais est une langue aussi puissante. Depuis les années 90, le progrès technique a joué en faveur de l’économie américaine, donc de la production et aussi de la langue anglaise. Et c’est le même schéma pour la demande domestique et la richesse mais dans le sens contraire. La demande domestique est intimement liée à la richesse des habitants dans le sens qu’elle doit être solvable pour être considérée comme telle. La demande est donc la volonté d’acquérir un produit mais aussi le pouvoir de l’acquérir. Si un pays a une forte demande (solvable), les produits étrangers risqueront d’être fabriqués pour lui, dans sa langue maternelle. Ainsi, les produits fabriqués en Chine portent l’empreinte du « Made in China », or la Chine n’est pas un pays anglophone. Pourquoi les marques déposées et le lieu de provenance des produits s’écrivent en Anglais fort souvent ?


Ce qui montre clairement que l’expansion de la langue, donc sa longévité, dépend d’un facteur économique.


Mais où en est Haïti et son créole ?


Le PIB réel (Production en volume) d’Haïti est relativement faible. Soit 9 956 millions de dollars US. Et notre capacité de développer de nouveaux produits est faible également car il n’y a jamais eu de politiques économiques valorisant le capital humain qui pourraient déboucher sur le progrès technique. Avec une faible demande et un revenu per capita d’1 dollar US par jour, nous ne parviendrons pas à charmer les producteurs étrangers. A-t-on jamais vu d’ordinateurs en créole !? C’est alarmant ! Car l’expansion linguistique est un jeu à somme nulle. Ce qui veut dire que quand une langue gagne du terrain, une autre en perd. Et la France l’a bien compris, en organisant son sommet en RDC… Heureusement qu’il n’y a pas que le facteur économique ; facteur qui nous fait grandement défaut.


Un autre facteur est le facteur culturel, qui pourrait ressembler au facteur économique, mais ici nous sommes dans la production du livre, cinématographique et dans l’alphabétisme… On est tous d’accord qu’une augmentation de la production littéraire, cinématographique et scientifique augmente la probabilité de tomber sur un chef-d’œuvre ou sur une étude d’une grande importance. Et cette œuvre, quand elle est écrite dans la langue maternelle, attirera les étrangers, même s’il y aurait des traducteurs, curieux de puiser dans les versions d’origine. Cela créerait un lien affectif avec la langue. Il arrive que des pays ou des langues possèdent un certain monopole de la production scientifique, comme c’est le cas pour l’anglais, car les Etats Unis ont à eux seuls publiés près de 300 000 livres en 2010 dans leur langue officielle.

 

La publication en créole en Haïti est faible. En Science ou dans les Universités les thèses ou mémoires sont écrits en français, et tous les livres de Science aussi. L’université assure la longévité de la langue française au détriment du créole et de toutes autres langues minoritaires.


De 1804 à 1950, on a recensé pas plus d’une trentaine de publications en créole sur 4312 livres publiés, selon Max Bissainte. Et de 1970 à 1975 on en avait déjà publié plus d’une trentaine. Le changement se fait sentir. Et on assiste aujourd’hui à une floraison de textes créoles. Toutefois, il y a relativement une forte publication en français. On peut citer quelques publications récentes en créole. Ce sont, pour la plupart, des recueils de poèmes des poètes qui militent pour le changement et la valorisation du créole : Aganmafwezay de Manno Ejèn, Pase m yon kou foli d’Euphèle Milcé, Epi oun jou konsa tèt pastè bab pati de Louis-Philippe Dalembert, Fas doub lanmὸ et Nan dans fanm de Bonel Auguste, toute la pléiade de recueils en créole de Georges Castera, Goyad Legede de Jeudinema, Souf douvanjou d’André Fouad, Lenglensou de Jean Watson Charles, Liminasyon d’Anderson Dovilas… Il y en a assez pour ne pas pouvoir les mentionner tous mais, ce n’est pas assez par rapport à cette floraison d’œuvres écrites en français.


Le dernier facteur est le facteur militaire. Toutefois, on ne va pas miser sur ce facteur, qui n’estt pas trop humaniste. Cependant, il faut rappeler que les conquêtes depuis l’Antiquité, les Croisades au Moyen Age et la colonisation étaient de sûrs moyens d’expansion de la langue. Aujourd’hui, on ne saurait penser à ces atrocités. Même si on y pensait, à quoi cela nous servirait-il ? Il n’existe pas d’armée en Haïti.


En substance, on a vu qu’Haïti ne satisfait pas aux critères d’expansion et de longévité de la langue. Le créole serait donc menacé de disparition à plus ou moins long terme.

 

Mais, comment meurent les langues ?

 

Il faut penser à cette question quand on s’aperçoit que le créole haïtien est sur le chemin de la mort.

 

De la mort des langues

 

La mort des langues est une conséquence de la prépondérance des autres langues. C’est-à-dire qu’à mesure qu’une langue s’étend, une autre ou des autres deviennent de plus en plus menacées. Une langue est menacée, selon Jacques Leclerc, « quand elle perd sont état d’expansion, quand elle perd ses fonctions de communication dans la vie sociale ». Comme on l’a vu plus haut, le créole haïtien n’a pas perdu son expansion, il l’a ratée. Il n’y a jamais eu, ici, de politiques linguistiques expansionnistes. Et la situation est grave. Il s’agit d’une mise à mort d’une langue, d’un linguicide, pour reprendre le mot de Claude Hagège. Et on commence à sentir les premiers signes de la mort de la langue. Le premier signe, pour le professeur Leclerc est « quand un peuple commence à ne plus utiliser sa langue, quand il l’abandonne pour la remplacer par une autre qu’il estime plus rentable ». Ainsi, nous sommes déjà entrés dans le processus de la mort de la langue créole.


Le créole haïtien risque de mourir par transition sans qu’aucunes politiques linguistiques du côté de l’Etat, des Universités, des écoles ne soient mises en place On reconnait le créole haïtien dans le schéma fait par Jacques Leclerc pour décrire cette forme de mort de la langue :

 

«  L’assimilation commence avec le bilinguisme systématique de l’Elite sociale pendant que la masse demeure unilingue. Les villes évoluent ensuite vers un bilinguisme grandissant, tandis que le bilinguisme gagne les zones rurales. Lors de la dernière étape, celles-ci passent massivement à l’unilinguisme tout en ne laissant subsister que quelques ilots de bilingues »

 

Et ensuite… Ensuite quoi ? C’est la mort de la langue !


Qui ne reconnait pas le créole haïtien dans ce schéma ? Dans quelques siècles ce processus pourrait arriver à sa fin et Haïti pourrait devenir un pays unilingue, parfaitement francophone, si nous n’envisageons aucune  politique  pour freiner ce malheur. On ne peut pas fêter le créole, les bras croisés, quand d’autres pays mènent des politiques agressives pour assurer la longévité de leur langue au détriment de notre patrimoine linguistique sans lequel nous n’existons point.

 

 

Webert CHARLES

 


 

Références :


Hagège, Claude, Halte à la mort des langues, Ed. Odile Jacob. 2001

Bissainte, Max, Dictionnaire de bibliographie haïtienne 1951

Leclerc, Jacques, Aménagement linguistique dans le monde, tlfq.ulaval.ca.

Mezilas, Glodel, La trajectoire du français et du créole en Haïti. www.tanbou.com

Perspective/Userbrook

Globometer.com

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien