J’écoute

Publié le 30 Septembre 2009


Artiste peintre
Haïtien autodidacte
Loin de ressasser regrets, chagrins et peines
mon âme plus sage se meut vers un monde bien plus agréable
écouter la nature, ses voix qui parfois se déchaînent
partager ses jours et ses nuits de manière inexorable

Au cœur mon pays, au cœur mon «lakay», j’écoute la vie,
le chant du coq qui, comme le clairon à l'aube, sonne le réveil
J’écoute le rossignol dont le chant varié et harmonieux
berce chagrins et douleurs durant les nuits de veille

J’écoute le son du lambi qui appelle à la combite
le bruit du tambour qui bat dans le cœur du village
qui résonne dans chaque corps d’Haïtien gouverneur de rosée
messager mystique de révolte, de liberté et d’amour

J’écoute les cantiques qui expriment notre syncrétisme religieux
nos vers, nos rêves, nos revers, partout sur les racines des arbres
les chansons sacrées qui transmettent nos valeurs traditionnelles
et aussi notre sang dans les veines de nos nouveau-nés

J’écoute le silence de la nuit m’affirmant ton amour
Cette nuit noire et profonde qui cache ton doux visage.
J’écoute celle connue comme bonne conseillère et je dis
avec Sartre : «La nuit qui abolit tout, fatigues et passions»

J’écoute la symphonie de belles fleurs, nées dans des alcôves d’amour
La rose, cette puissante souveraine, jamais détrônée.
Les violettes de Parme et celles odorantes symboles de la modestie.
Mornes, plaines, plantes, arbres et rochers, tous nous parlent.

J’écoute le ciel qui pleure, le tonnerre qui gronde, la voix de Dieu
la pluie qui tombe, le ruissellement de l’Eau sur les vitres
de la fenêtre de ma chambre, comme des larmes profuses
J’écoute la mer, le clapotis des vagues, le gazouillis du ruisseau

J’écoute les plaintes de ma Terre natale, où mon nombril est resté
Ses cris stridents qui dévoilent bien de tourments et de malheurs
Ses tremblements, ses éboulements, son érosion, sa révolte
J’écoute tous ces bruits qui expriment une colère universelle

J’écoute le bruit du Feu, source de chaleur et de lumière
Les courroux dévastateurs allumés par Vulcain ou Ogou
La «soupe Jouroumou» de l’indépendance qui mijote à petit feu
J‘écoute ton regard chaud dont l’étincelle m’a embrasée d’amour

J’écoute le Vent qui transporte jusqu’à moi tes moindres soupirs
comme des bouffées d’air frais, dans cet immense désert
J’écoute ces mots simples, et affectueux si souvent répétés:
«Jamais je ne changerai à ton égard» promesse réciproque.

J’écoute les Astres et je médite sur leur influence sur les hommes
Le Soleil émetteur d’énergie qui illumine et réchauffe la terre,
J’écoute la Lune, reine de la nuit qui reçoit sa lumière du Soleil,
la scintillation des étoiles, clignotant au loin, dans le firmament

J’écoute Morphée, et dans ses bras, je me remets à toi.
Toutes ces voix, toutes ces joies, tous ces mots, tous ces bruits
qui grâce à Dieu me font penser à la réalité de mon existence
et de tant de rêves... Je les enferme dans mon cœur et
je laisse passer le temps...
Marlène Racine-Toussaint

Rédigé par Parole en Archipel

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