CORCYRA et autres textes de Grèce...

Publié le 22 Août 2010

 Arnaud Delcorte

 

Lire Arnaud Delcorte c'est oser aller à la rencontre des garçons sauvages et des mots fauves qu'on ne rencontre que si l'on ose se perdre dans ces contrées où seuls s'aventurent ceux qui n'ont plus rien à perdre parce qu'ils pensent qu'ils ont déjà tout risqué et tout perdu. [ ] Rixes de chiens jamais cyniques il ne s'agit que de jouer sérieusement à s'aimer et l'on n'abdique pas tant que l'autre acquiesce. Ce sera partout dans le monde si le monde dit oui. On portera l'amour à sa boutonnière et l'on dira « tu » dans toutes les langues si l'autre sourit.  Francis Ricard.

 

Arnaud Delcorte est né en juin 1970 près de Charleroi en Belgique. Il est professeur de physique à l'Université catholique de Louvain et aux facultés universitaires St Louis, à Bruxelles. Plusieurs de ses textes ont été publiés dans la revue « Sources » de la maison de la poésie de Namur, dans la « Revue d'Arts de Littérature et de Musique » (RALM) et dans la revue de poésie mauricienne « Point-Barre ». Son premier recueil, « Le Goût de l'azur cru », est sorti chez « Le Chasseur Abstrait », en 2009. Mondes Francophones

 


 

 

 

CORCYRA

 

 

Devant Corcyra soufflent les esprits du manque

Nafsika hébergea Ulysse lorsqu'il y fit naufrage

Les Dieux et les nymphes s'y épousèrent

Enchevêtrement de verdeurs et de rocs

Pétrification des ébats fondateurs

Leurs corps ensommeillés leurs jambes détroits gisants

Leurs langues de terre blonde leurs gorges déshydratées

Les Dieux et les nymphes s'y marièrent

Les pins les oliviers les vignes sucre et or

Les daurades par milliers dans l'étendue

Et nous progéniture tutélaire au regard bleu

 

 

 

AURORES

 

Il y a un air de renaissance ici

Une brume du fond des âges qui s'accroche

Une vague invariablement fécondatrice

Un suint d'or issu des mamelons verdoyants

Comme une lascivité aux aubes de jasmin et de lait

Une invitation

Dans le creuset des divinités l'ensemencement opère

 

 

 

AMANTS

 

Je déroule dans l'air les entrelacs transparents du rêve

Nues dans la chambre comme sur un écran tes jambes me narguent

Moitié de corps aux fruits brulants tu te retournes amant

Avant que j'ai pu saisir de ma langue le goût du ciel

 

 

 

LE MONDE

 

J'erre aux quatre coins du monde byzantin

Je parcours les océans les rivages acryliques

J'écume les paysages les soirs l'intérieur des garçons

Pour toi j'erre sans attache blanc et sans peine

Pourtant je le sais quoi que je fasse où que j'aille

Tu n'es n'étais ni ne sera

 

 

 

JUNKY

 

Cowboy Hilfiger laminaire de peau omoplates en cœur

Lombes langues chaos concavement décérébré

Dorsale jaillissant de taille Mexican buffalo

Denim souillures de pisse aiguilles et roaches

KO joue contre ciel tu gis toi JUNKY

 

 

 

BAR

 

L'abyssale nourriture des âmes

Au reflux d'un comptoir

Je sirote un mojito et un autre

Et un autre

Longs glissements sans parole

Phylactères mielleux d'idées suaves

Tu hausses les épaules exhale aspire

Les B-boys en tank tops et sans top

Aiguillages de muscles filasses lueurs

Sous les sombres éclairages

Je sirote un mojito et un autre

Et je tombe

 

 

 

LULLABY

 

Today I've seen

A rat in a bar

A cat in a bra

A rat in a cat in a bra

 

Today I've seen

A map in a can

A man in a cap

A map in a man in a cap

 

Today I've seen

A cop in a toy

A boy in a hood

A cop in a boy in a hood

 

Today I've seen

A roach in a bed

A babe in a couch

A roach in a babe in a couch

 

Today I've seen

A moth in a sock

A sock in a mouth

A moth in a sock in a mouth

 

Today I've seen

An ax in a clock

A cork in an ass

An ax in a cock in an arse

 

 

 

EVIDENCES

 

Pourquoi nier l'attraction des grands fjords

L'appel éculé du large qui dévoile les sourires carnassiers

Nous sommes enfants d'un rayon d'un battement

D'un son sur les tams-tams de l'air aux tympans

D'une onde rampant dans l'azur devenu marine

Marine à chaque retour de balancier le rythme

L'ivresse loin des alcools des cocaïnes transit de molécules

Dans notre souffle dans nos artères à chaque bon jour

Se relever et au premier soulèvement de paupières savoir

Pourquoi nier l'attraction des grands fjords

 

 

 

CHER ARTHUR

 

Brillante Erythrée je vous envie mon cher Arthur

Quand du dessous de mon oreiller ne sortent que des chimères

De papier je vous envie et je vous suis sur le ponton fragile

Vais-je tomber ou me fondre aux canopées de vos amazones

M'amouracher de vos Indiens de vos Javanais de vos Gallas

Bien sûr ça bien sûr et je compterai encore sur vous pour m'en tirer

Car le plongeon pour lui seul en vaut la chandelle et je resterai nu

Dans l'air car même l'air recèle ce secret que nous avons cherché

Sans le trouver dans les enivrements les feux les tyrannies de vivre 

 

 

 

FUTURE

 

Aucune lande ne couvera le ciel

Pas de firmaments gallois pas d'Erynnies

Oblitérées les rumeurs de sainteté

Des hélices moirées remplaceront les plumages des piques noires les ailerons

Le grand miroir nourricier sera devenu laque amère

Diffractant un jour rouge

Pas un avion pas une tour pour avaler l'air lourd l'air lent

Méthane

Cendres

Sulfures

Aucune présence d'homme à célébrer

Enterrés les rires jusqu'au souvenir des plaisirs terrestres

 

 

 

CITES

 

Amlar Asnellor Rocanam vibrantes cités

Où ne perce aucun soleil je marche sans croiser âme

Au parvis de vos basiliques calcédoine affèterie

Les hommes ici se parent de corolles et de gemmes

Les filles infanticides de boucles oblongues et labiales

Mais pour l'heure ils prient et se terrent car du ciel incertain

Derrière l'œillère des vents on entend un grondement de fin du monde

 

 

 

VIE

 

Les hommes traversent deux fois la vie

L'une et l'autre dans le mystère ébloui des formes de la pensée

Accouchant et revenant respectivement des ouïes des visions

Ils trament et enchevêtrent les sens les insignifiances

Yeux ouverts et fermés

Respectivement

 

Les hommes traversent deux fois la vie

Fiers et sans haine dans le défilement des âges

De la pensée

Instruisant et détruisant sans trop savoir effectivement distinguer

Quel est quoi

Ils enfilent les heures d'amour les heures du vide

Effectivement

 

Ils trament et enchevêtrent les sens les insignifiances

Abasourdis devant tant d'étoiles

Devant tant de terres tant de fers d'égorgements

Devant tant de luxuriance des formes de la pensée

Devant et derrière les paupières

D'égorgements

 

Les hommes traversent deux fois la vie

Corps orichalque dans la nuit

Ils enfilent les heures d'amour les heures du vide

De la pensée

Fragiles halos balayant vaguement la nuit devant

Presque nuit dans la nuit

Respectivement 

 

AD - 20.8.2010

 

Par: Arnaud Delcorte

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Rédigé par Parole en Archipel

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