Entre le sphinx en feu d'énigme et le testament des solitudes

Publié le 23 Avril 2012

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Entre l’appréhension de la vie en spirale et un désespoir vidé de tout sentiment excessif se situent deux œuvres, l’une à l’opposé de l’autre dans le style et dans le tempérament des auteurs. L’un est un démiurge vantard et honnête qui s’applique beaucoup plus à se compléter spirituellement à l’aide de la page qu'à partager une impression de la réalité avec le lecteur. L’autre est bien ancré dans le réel à la manière du torrent des écrivains haïtiens actuels.

Le testament des solitudes fait place à une écriture à la fois retenue et dépouillée de sentiments, l’auteur ne fait qu’un constat imaginaire à la manière d’un Dany Laférrière mais s’enfonce encore plus dans une description du dedans résumée par la première phrase : les terres ont l’air sans borne ici. Tout donne ici une impression d’infini désertique, de savane qu’Emmelie Prophète refuse d’oublier. Une terre où même la guerre ne veut rien dire où on est obligé d’être des vivants passifs. Une écriture quand même vidée de tout jugement ou engagement littéraire qui évite l'arbitraire des yeux des lecteurs qui pour la plupart cherchent souvent une thématique, une soi-disant objectivité conventionnelle des sentiments.

 

Encore une histoire de femme comptée par trois générations qui sont le squelette sous la chair du pays, le féminisme ébauché par tant de livres et tant d’écrivains haïtiens tels que Emmelie Prophète, Yanick Lahens et Pierre Clitandre une histoire de souffrance inextricable au soi. Mais ces mêmes écrivains, par peur de saleté et par envie extrême de maniaque pudeur nous fait perdre malgré tout le goût de suif que nous a présenté la fameuse Niña Estrellita.

Voici pourquoi notre cher Franketienne traîne autant dans la fange. Par esprit de révolte franche face à toute utilisation de gant pour modeler la littérature, elle doit être dite avec des mains non lavées in contrario d’un James Noël ''Je suis celui qui se lave les mains avant d'écrire...'' qu'il a lui-même introduit.

La littérature est l’espace où tout se dit, où l’on peut enfin discuter des goûts et des couleurs. Et Frankétienne parle d’un oiseau couleur de peur qui s’obstine à voler avec un sexe bien érigé pour un avenir fantasmagorique d'Haïti tout en s’interrogeant sur la base de la littérature en inventant des mots, une langue pour donner une identité nouvelle à d’autres pays, ce qui donne à son écriture une étiquette éclectique capable d’être promue par l'Unesco en faveur de la paix des pays unis. Mais ce grimoire que le génie de Frankétienne fructifie est souvent trop abstrait et trop obscur pour le commun des mortels, il nous repousse. 

Deux textes d’écrivains qui ont peut-être fini de découvrir leur manière d’écrire et qui écrivent du brouillon ou du soigné, qu’importe. Pour que les mots fassent vivre des événements nouveaux.-

Fabian Charles

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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