Haïti délibérée de Jean Morisset, un essai de Parole en Îles-Monde

Publié le 25 Août 2012

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Par Estelle Cambe
 
Un an a passé depuis la parution d’Haïti délibérée de Jean Morisset chez Mémoire d’encrier. Cet essai de voyage a certes fait quelques vagues mais pas assez de sel à mon goût. La Grande bibliothèque du Québec a tenté en vain de s’en emparer, il s’est enfui des archives nationales.
Affichant une humeur débonnaire avec, à ses pieds, un pot de peinture et un ballon tagué, il a fait le mur en direction du large, grimpé sur le bastingage et mis les voiles sur Hispaniola. Je l’ai aperçu lors d’une séance de signature à la fondation Africa America et me suis demandée si le monde avait réalisé de quoi il s’agissait. Pouvait-on vraiment s’imaginer ce que c’était ?
 
Certainement pas un bouquin jetable, abandonné sur la plage après une trop forte exposition au soleil. Plutôt un objet-marchandise livré par voie fluviale, parmi les bouteilles de rhum, la mélasse et les peaux tannées. Un trésor qui s’échange entre le Nord et le Sud dans la cale d’un navire. Comment ne pas métaphoriser ou sémaphoriser l’aventure géopoétique de Jean Morisset, passeur de gué avant de textes, aux aguets d’une lumière toujours miroitante ?
 
Dans ce livre où on l’on navigue entre les pôles, la géographie devient une cosmogonie identitaire. Elle remonte aux rêves de l’enfance et au souvenir des ancêtres coureurs des bois et des mers qui ont traversé les Amériques en faisant sauter les barricades et autres pylônes électriques. Morisset libre penseur procède du libre voyageur, portant ses pas de géant d’un bout à l’autre du continent, bien au-dessus des lois, des découpages administratifs et des barrières mentales.
 
À la recherche de son autre moi, il a trouvé en Haïti des visages frères et une langue sœur, un vocable commun, des noms de familles dans les annuaires téléphoniques où figure le sien.  Confidences et témoignages, anecdotes et analyses rapprochent dans ce livre les univers créole et métis canadien. On y assiste au mouvement d’une double réverbération adressée aux autochtonies renaissantes. Haïti et le Québec ont tissé leurs destinées entre Port-au-Prince et Côte-des-neiges à Montréal. Dans les cafés et les restaurants du tout-monde, les écrivains ont rallumé les étoiles et fait renaître l’espoir d’entendre et de revoir cette belle amour humaine.-
  
Estelle Cambe.-
 

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Estelle Cambe a étudié à Paris, voyagé et enseigné en France, en Angleterre et en Espagne. En 2011, elle soutient une thèse de doctorat à l’Université du Québec à Montréal sur la Postérité de Louis Riel ou L’émergence d’une littérature de l’Ouest canadien dans la francophonie nord-américaine. Elle a publié un article sur Le soleil du lac qui se couche de J.R. Léveillé et donné une conférence sur la figure du Métis dans l’œuvre de Paul Savoie à l’Université de Saint-Boniface où elle poursuit des recherches en anthropologie sur les Métis et le métissage.


     
   
Publications :
  • «Critique institutionnelle d’un roman du Manitoba français : Le soleil du lac qui se couche de J.R. Léveillé», Loxias, revue de littérature française et comparée, n°30, Université de Nice, août 2010. En ligne.
  • «La figure du Métis canadien dans l’œuvre de Paul Savoie», Études canadiennes/Canadian Studies (France), n°71, 2011, p. 46-57.
  • « Les Métis, l'oralité et l'institution littéraire de l'Ouest canadien », Les institutions littéraires en question dans les francophonies canadiennes, Québec, Université Laval/ CEFAN. En préparation.
  • La construction identitaire du Métis dans la littérature franco-canadienne, Université Saint-Boniface, Chaire de recherche sur l'identité métisse, stage postdoctoral. En préparation.
Conférences :
  • « Lieux et production artistique : le cas du Manitoba », Table ronde sur l’imaginaire du Nord, organisé par Daniel Chartier, Université du Québec à Montréal, 29 octobre 2010.
  • « Figure historique et figuration imaginaire du Métis chez Paul Savoie », Acfas-Manitoba, midi-conférence, Université de Saint-Boniface, 22 septembre 2011.
  • « Stratégies d’écriture et institutions dans l’Ouest : entre résistance et accommodement », Les institutions littéraires en question dans les francophonies canadiennes, organisé par Benoit Doyon-Gosselin, Université Laval, 20-22 octobre 2011.
  • « La culture orale des Métis et la littérature franco-manitobaine », Les identités autochtones, organisé par Alain Beaulieu, Université du Québec à Montréal, 2-3 mai 2012.

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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