Haïti | La peine... capitale

Publié le 5 Mai 2012

 

Le DevoirLio Kiefer, Voyager avec Lio Kiefer

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Photo : Le Musée du Panthéon national haïtien, le MUPANAH

 

Au début, on se dit que la misère n’entraîne peut-être pas spécialement la misère. Au début. En entrant à Port-au-Prince, on se dit que certes, il y a encore des pierres à ramasser, des tentes et abris à enlever et que le palais présidentiel et la cathédrale étaient aussi visés. Des enfants jouent à cache-cache derrière des barils. Port-au-Prince se ramasse, au centre et dans quelques quartiers aussi. La vie continue… un peu comme avant la Grande Peine. 


Au Québec, j’ai entendu plus de 100 fois que la communauté haïtienne en étant une résiliente. Je n’en suis pas si sûr. 

Pour faire court, la résilience consiste le plus souvent à subir un événement terrible (génocide, torture, viol, catastrophe naturelle) de continuer à vivre (souvent en mieux) de ne pas vraiment oublier, mais de résister grâce à des qualités individuelles ou des opportunités de l’environnement. C’est à dire un mieux vivre, un mieux sentir. La résilience serait le résultat de multiples processus qui viennent interrompre des trajectoires négatives.

http://www.hpnhaiti.com/site/images/stories/food/num1.%20digi.jpgCe soir à Port-au-Prince, il commence à pleuvoir et il n’y a presque personne dans les rues. Quelques parapluies aux couleurs du mécène local, Digicel abritent des imperturbables qui vendent des cuisses de poulets américains boucanés ou des chaussures de cinquième pied.

Oui, j’ai vu aujourd’hui des enfants en costume d’école qui visitaient le Musée du Panthéon national haïtien, le MUPANAH, et qui chahutaient devant l’ancre de la Santa Maria de Colomb ou qui chatouillaient des notes devant les photos des présidents échus, déchus, mal vus…

Les plus jeunes filles portaient de jolies boucles dans des cheveux bien tressés ou bien lissés.

Oui, j’ai vu des ados qui rappaient du pied, le casque sur les oreilles.

Mais aussi des entrées de banques qui supportaient de longues files. Et des guichets automatiques où seules des Américaines au teint très blanc avaient le rire comme NIP.
Et plus je marchais, je rencontrais des placettes où des quidams pas trop égarés n’avaient aucun NIP de secours, au bord de demi-tentes ou de demi-abris.

Résilience? Plutôt résistance de toujours, abstinence du lendemain, survivance du quotidien et pour certains, délivrance de demain. Pour d’autres, ce seront des mortalités en sursis. 

Nourriture

Mais ce soir, en tant que touriste subventionné, je n’avais pas de goût pour du poulet yankee ou de spaghetti hot dog. Je suis entré manger au Quartier Latin. 

Pas de la grande bouffe, mais de l’ambiance. Une jeune femme du groupe Kayel mélodiait jazz, créole et Cabrel, devant un parterre de personnes bien mises. Une ou deux femmes légèrement vêtues, de race très blanche, se débrayaient les bras, en mouvances lascives.

Un homme seul, frappait du pied… Le personnage qui connaît tout le monde, mais qui boit seul. 

Quartier Latin est tenu par des Hollandaises, Saskia et Myriam Padberg. On y va pour la soirée proposée; salsa, reggae, jazz, poésie… Et la clientèle se fait autour d’expatriés, de familles d’expatriés, de personnel d’ambassades, de faiseurs d’ONG, de la diaspora et de quelques étudiants en arts et en philo de bonne famille. Téléphone: 3460 3326



Dans le coin de Pétionville, il y a également le Papaye, qui propose une cuisine chino, franco, italiano, créole, cuisine fusion dans un décor bon chic bon genre. Des tarifs similaires à ceux de Montréal; gratin de coquille Saint-Jacques à 13 $, tartare de thon ou carpaccio de bœuf ou de dorade à 12 $, et la salade de gésiers s’envole à 10 $. On change les menus 2 fois par mois. 

Champagne à l’avenant, avec la même clientèle que le Quartier Latin, mais en costume de scène. Et un lézard intelligent qui se tient au-dessous du néon, au-dessus du bar. Pas pour se chauffer mais pour attendre les papillons et les gober. Un resto dans le resto. Seul hic au programme, la présence assez serrée de jeunes femmes en tenue très courte ou légère accompagnant des sexagénaires qui ne sont pas leurs papas. Téléphone: 3558 2707

Pour faire une comparaison hâtive, Pieton Ville se situerait entre le Plateau et Outremont.

Liste de restos à Port-au-Prince 


Hôtels

http://i82.photobucket.com/albums/j257/francois_03/karibehotel1.gifJe vous parle des hôtels que j’ai visités ou que je connais. L’ancien Holiday Inn est devenu le Paza, situé derrière le champ de Mars. Un hôtel qu’on pourrait classé comme un 3 étoiles. Petit déjeûner sous forme de buffet avec œufs sous toutes formes, saucisses, yogourts et fruits.

Accès wifi gratuit dans toutes les chambres et suites, quand tout fonctionne. Eau à débit cabotin et à chaleurs caractérielles. Distributeur de billets à la sortie du Plaza.  

haiti.jpgLe Karibeon 
dit ici que c’est le meilleur établissement de la ville. Si vous ouvrez les yeux sans savoir où vous vous trouvez, vous pouvez être n’importe où dans les Caraïbes. C’est l’hôtel d’affaires par excellence, avec cohorte de gens très sérieux. Pour les vacances, cela peut être une alternative possible. Les chambres et les suites sont dans la lignée d’un 4 étoiles étoiles un peu gonflé. C’est sobre et cosy. Accès Wifi gratuit.


On songe ici a agrandir l’établissement.

En dehors du fait que des vedettes hollywoodiennes et Oprah qui y ont déjà séjourné dans la suite dite présidentielle, c’est un lieu quelque peu surréaliste. Deux étages avec moult chambres et une terrasse énorme à 1000 $ la nuit, mais avec le petit déjeuner. Et vue imprenable sur trois lieux d’exception que sont Jalousie, Juvena et Morne l’Hôpital,  trois bidonvilles accotés à la colline. Un peu indécent.

Bonne cuisine si j’en juge l’assortiment «cocktailisé » qu’on nous a servis. 

 L'Hôtel Oloffson :  un hôtel qu’on pense s’être arrêté dans les années 1960. Une jolie construction, un petit jardin avec statues vaudous, une petite piscine, et des jeudis soirs sous le signe de RAM, avec le proprio comme chanteur. Wifi disponible. Cuisine internationale et locale.

*Liste des Hôtels de Port-au-Prince  

* Petits détails d’importance. Les hôtels ne changent que des dollars américains et des euros. Et la cigarette et le cigare sont permis presque partout. Marque de cigarette la plus connue: Comme il Faut…

Achats

Le commerce ici en est un de la rue. Pour des souvenirs qui se ressemblent, les vendeurs de toiles de peintures créoles et sculptures diverses se font la nique pas très loin du Plaza.

image--3-.jpgEt il y a les vendeuses qui ont le sens du timing. On les appelle les Filles d’à propos. Quand il pleut, elles embarquent des parapluies sur leurs têtes. Quand il fait un gros soleil, les lunettes de soleil, la Saint-Valentin, les cœurs, etc. Plein de mini Wal-Mart à 2 pattes, en temps réel. Restos ambulants à bord de Tap Tap.

Une galerie d’art qui fait dans le recyclage d’objets et de pierres, avec école et centre de formation en tissage, peinture, sculpture et broderies: La galerie Men Nou (avec nos mains, ou nous voilà). Dirigée par Ruth et Ira Rowenthal (l’homme seul du Quartier Latin) 


Tours de ville à pied ou en voiture

C’est l’Agence Citadelle qui assure notre transport dans le pays et qui fait dans le tourisme de loisirs, d’affaires et qui transporte également ONG et autres visiteurs. Un chauffeur surpercool: Zéphirin. 

Une guide avec plein d’histoires du quotidien: Dominique Wagner, qui est pharmacienne et qui, dans sa pharmacie, peut changer des dollars canadiens.

Des sourires, des rires, mais encore un beaucoup de peine. Nous sommes dans la capitale.

 

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Source : Le Devoir

 

Rédigé par Parole en Archipel

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