Info | Haïti en IntranQu’îllités

Publié le 30 Juin 2012

 

Edition : Revues & Cie | Médiapart

Élaboré par James Noël et Pascale Monnin en Haïti, le luxuriant numéro inaugural de la revue Intranqu’îllités, annoncé dès janvier sur notre site, est arrivé à bon port. Adossée à l’association Passagers des Vents, première structure de résidence artistique et littéraire sur l’île, la revue fourmille de contributions qui sont de véritables fanaux d’espérance sur le long et étroit chemin qui doit nécessairement ramener Haïti au « foyer de la mondialité », selon le vœu de l’aîné René Depestre.  

Mediapart s’est pleinement associé à ce véritable manifeste littéraire et artistique que représente ce 1er numéro de la revue Intranqu’îllités en publiant (voir ici) l’hommage qui y est rendu à Jacques Stephen Alexis. Mémoire vive, ce dossier rassemble des lettres écrites par des auteurs contemporains à leur fille ou fils, réel ou imaginaire, sur le modèle de la lettre adressée par Jacques Stephen Alexis à sa fille Florence en 1955 de Cuba, avant qu'il ne fût assassiné par les hommes de main de Duvalier père. Cette même lettre que Dany Laferrière a récemment évoquée lors de l’émission « Des kiwis et des hommes », le 12 juin dernier, sur Radio Canada en ces termes : « J’ai eu l’occasion de rencontrer sa fille, Florence Alexis, récemment à Bruxelles et à Saint-Malo qui m'a dit combien cette lettre l'avait marquée. Cette lettre, écrite à cette petite fille de trois ans, a hanté sa vie. Elle n’a fait que penser à ce clou, c’est-à-dire son intelligence, qui pourrait se rouiller et qui pourrait finir par rouiller son cœur, c’est-à-dire l’empêcher d’aimer. Elle a été pour elle une sorte de chemin pour la vie. »

J. S. Alexis avec Françoise et leur fille FlorenceJ. S. Alexis avec Françoise et leur fille Florence© Gérald Bloncourt

Dans le sillage de la figure tutélaire d'Alexis, sur uneligne de crête faisant « la part belle aux imaginaires du monde », la revue égrène un chapelet de rubriques qui rendent compte de tous les rapports rêvés à la vie par-delà les séismes de l'Histoire, redevables à l'écriture. Et ce, des promesses de l'invention à la nécessité d'éveiller les consciences d'une société civile déshéritée en Haïti. Ainsi, « De la poésie avant toute chose » y figure un nécessaire ressourcement à des individualités créatrices de l'île et d'ailleurs (Ananda Devi, René Depestre, Davertige, Hubbert Haddad, José Manuel Fajardo, Dany Laferrière, Lyonel Trouillot, Yahia Belaskri, Makenzy Orcel, Marvin Victor, Patrick Chamoiseau, Boris Gamaleya, Bruno Doucey, Michel Le Bris, Frankétienne, Yanick Lahens...) ; la rubrique « En temps et lieux », sur les traces de la toujours précieuse Emmelie Prophète, s’attache à l’apprentissage de la lecture, à la vie du livre en Haïti ; la superbement dénommée « Coq-à-l’âne » (dans les pas du défricheur d'âmes Michel Monnin...) vante les rencontres insulaires inoubliables que prolongent des portraits in vivo d’artistes contemporains et une présentation détaillée de l’action concrète de Passagers des Vents en Haïti. 

Et avant de boucler ce tour du monde d'un pied ferme, à Port-Salut, dans le sud de l'île,Intranqu’îllités prend soin de dispenser à la ronde les trésors de découvertes visuelles (tableaux, dessins, sculptures, installations...) de l'ensorcelante fontaine de Jouvence de l'art de tout un peuple. 

Voici un extrait de l’« entrée en matière » concoctée pour ce numéro par James Noël :

« Pour répondre à nos envies, nos pulsions “intranquilles”, nous préférons substituer au mot revue, le mot rêve. En réalité, l’art ne semble respirer et rayonner que dans l’étrangeté des rêves, de ceux qui, paradoxalement, ne font pas de quartier au sommeil. Nous ne dirons jamais assez notre organique et impérieux besoin d’utopies. Dans le commerce intime qu’entretient le créateur avec l’utopie, il est une ligne de faille qui produit quelque chose comme un tremblement de l’esprit, entre l’angoisse qui précède la création et le jaillissement jubilatoire de l’œuvre. D’aucuns parlent de miracles. Ce moment mystérieux trouve tout artiste dans la jalouse condition d’un démuni grandiose.

Pascale Monnin, "L'ange sacrifié", installation

Pascale Monnin, "L'ange sacrifié", installation© Pascale Monnin

« Où vont tous ces mots, tous ces mondes qui nous traversent dans nos déraillements divers, sans que nous nous donnions le temps, ni la peine de les accoucher ? Où se cachent ces pépites, ces éclairs de rêverie qui métamorphosent et diffusent nos idées noires en feux d’artifices et pulvérisent notre bon sens, pour foutre le camp aussi sec, aussitôt qu'ils nous sont apparus ? Une idée qui passe en éclair surprend toujours par sa force de frappe et nous éclaire avec brio sur notre incapacité à nous en dessaisir. Comment faire, comment procéder pour charrier avec nous les bijoux sonores de langue, sans risquer notre peau de mineur qui rêve de remonter en surface, paré de mille signes et de preuves d’identifiables merveilles. Il faudrait posséder la foi et la légèreté insoutenable d’un rêveur à gages. »

 

Revue Intranqu’îllité   

•    En librairie en France : le no 1, 102 p. / 20 euros. La liste des librairies ici.
•    Pour vous procurer le pdf en ligne (10 euros) ou le numéro “papier” (30 euros frais de port inclus), cliquer ici.
•    Pour entrer en contact avec l'association : passagersdesvents@gmail.com.

Sources : Revues & Cie | Médiapart

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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