Jusqu’à nouvel ordre

Publié le 14 Septembre 2012

pROTEST.jpg

Alexis Denuy (auteur du livre Les Protestes). Naît à Paris où il vit actuellement, a habité à Barcelone et Montréal, a publié plusieurs livres: Prends ça! (1995), Les Protestes (2009), Existe (2010) ainsi que régulièrement dans des revues (Empreintes, Mortibus, Sik, Borborygmes, Hippocampe, A verse, 104 larevue, Sitaudis, D'ici là, le Zaporogue, Docks, Décharge). On peut l'entendre lire ses textes lors d'interventions en public.-

 


 

Mosaïque

 

Tel contient de sa bouche le dernier témoignage, il a goût de l’enfance - un roi doré de légende que je conserve pieusement - les injures du temps, crachats, glaviots, ne savent que grandir les souvenirs héroïques. On ne croit ni au droit ni à la justice des eunuques, pilules dorées des marchands de guimauve. Les majuscules éclatantes de leurs journaux, explosifs, confits de vie pleutre, sont ramassées dans un sac. On y attache pas plus de prix qu’aux vies des mouches qui dansent en rond sur le plafond. On s’incline deux trois fois courtoisement devant la divine courtoisie, la nature des choses révélée par - on est réveillé par l’histoire.

 

On se bat volontiers pour l’amour de la gloire, pour l’idéal inaccessible, échappons au projet mécanique, mégot grillé de la démence. Ils ont une collection d’images exotiques, d’insectes, accrochée sur leurs manteaux fameux - mon oncle était politisé, il cultivait cette folie douce, tapis de prière criblé de chiures, recouvert de mousses, fougères, sueurs, fards, cages à mouche.

 

On se tord, on se racle, on se torche au parfum de la brise, qu’on s’enivre ! La vie, l’avenir, appartiennent aux marchands, faites donner la flûte en mémoire des anciens poètes ravissants. Coups de bambou, sérénades persillées sur un plateau d’argent, dans un quadrilatère aux murailles de têtes hérissées de menaces et de piques, les centres culturels se dressent, fosses d'aisances autour du palais. Cambrés devant cette joyeuse cité, l’ennemi.

 

Mais on ignore la mythologie. Combat pour la cause, tonnerre, foudre, échos, on n’y voit pas grand chose, chapeau de paille sur la tête, on renverse les cartes, le poisson est éventré, les canons font une brèche dans le rempart, les flûtistes continuent leur air traînant, on est hissés sur les terrasses.

 

 


  

Jusqu’à nouvel ordre

 

Malgré les repères encadrant nos intérieurs décorés, au terme de nos grands voyages, devant la troupe réunie. Quoi qu’ils tendent des pièges, qu’ils mentent, une nuit, les gens font silence.

 

Les sons forts m'effraient moins que les sons qu’on entend à peine. Même les cris de bêtes ne m'effraient pas, celui-ci était plutôt chanté. Les gens font du sur-place, c’est pour ça qu’ils repensent à l’instinct. Il y une minute, nous étions encore par ici. Le futur est presque à portée, derrière la porte de la pièce, il attend en sommeillant, prêt à se réveiller d’un bond, quand il entendra l’ultrason.

 

On voulait partir en voyage. On a tout préparé pour venir vous retrouver. On se tourne avec facilité, le volume poussé à zéro. Se reculer pour sauter plus haut. Ils se divertissent en musique et puis craquent, j’utilise leurs pinceaux pour me maquiller et quand il n’y a plus besoin de masque, tout se déchire et j’apparais. Le gâteau ? Ils l’ont raté. Il n’a même pas le goût du chocolat. Fais moi chaud ! Feu, depuis les doigts. Je vais devoir te secouer. Il y a demain aussi mais on fera tout aujourd’hui. Oui, j'écris ceci, mais je pense vraiment à autre chose. J’espère que tu m’as bien entendu, normalement, oui - ça sonne.

 

Fais nous quelque chose. Refais-le. Non, pas le même, une autre chose arrivera. ça passera tellement vite, je donne du soleil, j’allais dire, moi, ça aurait pu me réveiller. Une pensée heurte, que j’ai pensé tout haut, on se serait forcément retourné dessus. ça repasse tellement vite, on surveille l’arrivée, on se serait forcément retourné. On serait retombé dessus.

 

ça se pense tout seul et personne ne peut l’arrêter, même si on ne peut pas tout faire entrer, autant de monde dans un si petit espace, ça peut-être une grande idée et personne ne peut la faire reculer.

 

C’était pour la ballade et pour voir de plus près les objets, en passant d’une idée à l’autre, par des ressentis partiels qu’on pourrait dire presque rien, y compris la matière de toute chose, ses dimensions dans la peinture, ils veulent que se soit une norme, officialiser tout, le moindre geste. Dans le dernier tableau, celui qui était en train, c’est sûrement une chance. ça doit être, c’est une chance. Des sages au milieu des hommes ? J’en avais tout autour de moi, c’est mon fantôme qui fait ça, je n’ai pas dit autre chose que.

 

C’est marqué dessus, si c’est le tournant d’une époque, c’est parce que ça devient vrai. Avec le printemps qui revient, il est nécessaire qu’il soit là, je voulais la gorgée plus haute, je me suis vu presque le faire, j’avais cru les touches assez grandes, on est tout ce qui se passe autour.



 

La deuxième fois

 

Ils nous ont appris qu’on était morts de fatigue. Leur vieille locomotive traîne des wagons pleins de sable, ce sont leurs idées épouvantables qui s’éloignent lentement. Au bout des bois, la fumée entraîne les feuilles avec le ciel. Est-ce qu’on ne va pas marcher sur la tête ? Mon rêve ira en prison, il m’accompagnera et me soignera. Dans les longues nuits sans sommeil.

 

Quel calme, c’est délicieux, maintenant qu’on a résolu d’aller mieux la joie se manifeste. Je tiendrai ma promesse, nous irons sûr et certain, les anciens et les nouveaux. Le grand air m’avait fait du bien, ouvert l’appétit et je m’enfuis en riant.

 

Je crois que j’ai trouvé un bon coin. Nous n’en chercherons pas d’autres. Repoussons la mort, c’est tout ce qu’il y a à tenter. Ici nous devons constater l’horrible emprise, nuage d’orage au dessus des moutons. On trouve à la mort, un abcès : c’est la mémoire qui n’a pas crevé. C’est elle qui sème et propage, chaque jour, d’anciennes erreurs et favorise leur progression.

 

J’ai foi en la validité universelle de l’espoir. Une leçon consacrée à la vie. On est maintenu à l’arrière plan. Quand on veut délivrer sa voix, on le fait.

 

Nous disions - un coup de coude : on nous impose un silence ! Une ombre tombe, quelqu’un nous a fait dans l’oeil. Qui tousse ? un autre le pousse. On fait le tour de la meule, un air pincé nous montre qu’il a entendu la musique. Flûte, flûte, trois fois flûte, au pire à l’aller. Au mieux au retour ? ça alors, je le ressens en riant, on est content d’être là. On ne peut pas souffrir puisqu’effectivement, il y a de la vie, essayez, je viens de la flairer partout,  je te demande pardon, je suis impossible, je sais, rien ne peut me consoler. Ne pas faire l’histoire, ce n’est pas très gai pour moi.

 

On sait rire et plaisanter. Je devine que rire est l'offense la plus cruelle qu’on puisse leur  infliger, je ne sais rien, je sais tout - je devine. J’ai déjà dit.

 


 

Gardien de la beauté

 

Pour dépasser la vie, prenez par ici. On mène le bal. Ils étaient tous contre nous. Il faut faire plus difficile que la dernière fois, se défendre à contre courant, obstacles venant du monde entier. En lisant à travers les lignes, si nous devions résumer en quelques mots - un code capable d’engager toute la vie.

 

Bref.

 

Accélérer le mouvement, vers la destruction des anciennes parenthèses. Pendant un temps très long la négativité, la passivité, ont été des comportements prédominants qui ont guidé toutes les conduites. Ils ont dicté tous les rapports. Quand on se sera séparé d’eux, on sera bien. Discrètement on aura été filmé parce qu’on sait qu’on n’a pas le droit.

 

J’ai vraiment hésité mais bon dieu, qu’est-ce que j’en aurais fait d’autre, moi, de ma liberté ? Je te donnerais une bonne poignée de main, une bonne chaleur, j’aime bien notre façon d’appliquer les couleurs. Oui, j’aime bien la technique. C’est ce que je pensais en regardant l’organisation de ce genre de choses, on se retrouve loin d’un endroit qu’on a fuit, on arrive à se savourer à nouveau, les jours passent dans l’ombre d’un soleil souriant.

 

C’était agréable, la promenade dans ce grand fracas d’oiseau, la lumière sur les grands espaces vides, les gazons ancestraux d’où surgissent les siècles crevés. Autrefois, on savait de bien jolies danses, mélodies délicieuses - on avait quelques beaux usages, les soirs de magie où le soleil descend quand les bouquets d’artifice essaient de fixer l’heure tendre, plus loin une robe, plus près un sourire. Plus près un sourire, toujours de loin on s’en rappelle, après le jour.

 

 

Alexis Denuy

auteur du livre Les Protestes

  

Vidéo présentant le livre Les Protestes d'Alexis Denuy sorti en mars 2009.

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

Repost 0