L’Anonymat ou la poésie paradoxale

Publié le 1 Septembre 2012

 

Anonymat-et-signature_large-copie-1.jpgPoète sans âge, mais aussi sans nom, si l’État Civil avait donné son aval, la preuve en est, le titre de son livre qu’il nous présente ici : «Anonymat»  avec ce A privatif de son identité.

 

Sans âge, sans nom, avec une dangereuse fascination pour le Non Être. 

 

Poésie paradoxale comme l’est son auteur, mais aussi faisant allusion à cet état particulier du sommeil au cours  duquel les rêves dont on se souvient se produisent. Fabian Charles esquivant les questions concernant son âge, s’est par là même, auto proclamé «venu d’une autre planète.»

 

On pourrait imaginer que l’auteur dans une sorte de rêve éveillé, accueille des images que l’on croirait issues d’un tableau de Salvador Dali :

 

Le portrait d’une souris

Marche sur un verre d’alcool

Ton clitoris

Envahit les chênes 

 

Ou de René Magritte :

 

Indigné je resterai

De ces capitalistes qui ont la cravate nouée

Jusqu’à leur

Pomme d’Adam 

  

Ici le symbolisme rejoint le politique sans équivoque. L’auteur nous donne les clés de son œuvre qui peut paraître déroutante de prime abord :

 

J’ai vécu la décroissance des idées

Du rêve

Pour ensuite traverser le génocide du réel 

 

C’est par le biais de l’imaginaire que Fabian Charles, rejoint la révolte des poètes de sa génération, révolte qui est l’apanage de la jeunesse. Il l’exprime d’ailleurs d’une manière violente :

 

Madame la Présidente

Veuillez détacher les lames de rasoir

De votre sexe

Pour la naissance d’un monde propre 

 

Le sexe n’est pas le propos essentiel de Fabian Charles, bien qu’il l’évoque souvent de manière tendre ou inattendue . Il est pour lui lié à la naissance :

 

Je n’existe pas

moi-mâle

d’origine mâle 

 

Suis-je cet être entre le néant et l’absolu 

la révolution de mon identité propre 

 

En posant les questions de l’existence, de l’identité, il y répond aussitôt :

 

Vous savez je suis du temps

de la grande flotte haïtienne

 

en rupture avec le passé

Le temps coincé dans les chaînes de l’esclavage 

 

Serait-ce l’un des explications du tourment existentiel de l’auteur. Car la seule façon de nier, d’effacer un héritage trop lourd, d’oublier une histoire nationale particulièrement déchirante, est le refus de la vie, le regret d’être présent au monde.

 

Combien de fois serai-je poète sans issues

Confus

Captif d’une araignée cérébrale

 

je meurs de n’être pas né 

 

Qui évoque étrangement :

 

Je meurs de ne pas mourir

Je vis sans vivre pour moi 

 

Du poète mystique, et religieux : Saint Jean de la Croix

 

Après l’approche que j’ai tenté de faire d’un poète du 21 ème siècle, qui ouvre la voie avec la force d’un langage, où la profusion des mots et des images, sert une  pensée précise et incisive, je vous invite à poursuivre seuls la découverte de cette œuvre un peu hors normes.

 

Il vous faudra grâce à la riche mosaïque que Fabian Charles vous propose, recomposer ses thèmes : historiques, et  socio-politiques entre autres

- cerner ses désirs les plus secrets

- réfléchir à ses aphorismes,

- déterminer le sens de ses traits fulgurants d’un néo-surréalisme venu de l’autre bout du monde.

 

De ce poète sensible et tendre, fragile mais  libre , de toutes les fibres de son corps, vous saurez qu’il dénonce les travers de notre temps, les outrances, les souffrances qui en résultent. Il le fait avec élégance, hésitation parfois , comme un peintre qui suspend son pinceau pour donner les dernières touches à son œuvre.

 

Alors la liberté qu’il prend parfois avec le sens, n’est que le reflet du miroir désaxé  du monde contemporain auquel nous ne pouvons nous soustraire, ni apporter de réponse.


Vous vous apercevrez enfin  que tout s’inscrit, brisures de pierres multicolores, dans cet ANONYMAT magistral, intemporel, qui nous laisse un message universel.

 

 

                                                                     Denise Bernhardt

                                                              Sociétaire des Poètes Français 

                                                             Montmorency le 1er Septembre 2012 

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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