La honte plus jamais dans le camp des victimes

Publié le 11 Décembre 2012

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Matouchca Démézier est une jeune militante haïtienne des conditions féminines.

 

Cet article est lié à un fait d'actualité de société haïtienne.

 

Par Matouchca Démézier  

 

Il n'est jamais facile de parler de ce qu'on a vécu, trop humiliant de raconter certaines choses qui bloquent et qui rongent à l'intérieur, trop dur de revivre ce que de toutes ses forces on voudrait oublier. Comment raconter ce qu'on aimerait avoir, le pouvoir de remonter le temps et de tout effacer ? Comment vaincre sa honte, sa souffrance, sa peur, le qu'en dira-t-on, le pourquoi c'est moi ? Le c'est peut-être ma faute ? Pour oser se rebeller, se blinder contre le machiste d'une société qui vous juge en coupable, vous pointe du doigt, et trouver le courage de parler, de dire ce qu'on a vécu ? Ce courage, j'en connais qui l'on eut, qui ont été capable de dénoncer leurs agresseurs et garder la tête haute en dépit de ceux qui se sont érigés en juges de moralité.

Le 6 juillet 2005 un décret publié dans Le Moniteur du 11 août 2005, modifiant le régime des agressions sexuelles et éliminant en la matière les discriminations contre les femmes dans le Code Pénal a marqué un tournant dans le système pénal Haïtien. Pourtant, au regard de l'évolution des choses, on en viendrait à croire que cette avancé n'aura pas servi a changé grand-chose de la vision machiste qu'a notre société sur le sujet. En témoigne ce scandale qui secoue le pays depuis plusieurs semaines et tient en haleine, à la manière d'un feuilleton télévisé, la majeure partie des citoyens qui chaque jour attend un rebondissement dans le prochain épisode du jeu à la recherche de la vérité.  

 

Je ne vais pas m'étendre sur un sujet qui d'un camp à l'autre est rempli de zone d'ombre, de maquillage pour arriver à ses fins et prouver que l'autre a menti. Car, cela ne m'avancerait en rien. Mais, je veux profiter de ce que ce sujet soit d'actualité pour encourager ceux qui se taisent à parler.

 

Le viol par définition est  un « rapport sexuel imposé à quelqu'un par la violence, obtenu par la contrainte, qui constitue pénalement un crime »,  il s’agit d’un acte sexuel non consenti, que ce soit au sein d’un couple ou autre. Pourtant, en dépit de tout ce qu'il y a eu d'avancer juridique pour contrecarrer cette agression sexuelle, on en est encore au point où peu de personnes agressées sexuellement se décident à parler et à demander de l'aide. Parce que, notre société n'est pas des plus enclines à croire qu'une personne qui se dit violée soit la victime et non l'inverse. Car, à la minute où cette personne brave la honte, la peur, l'humiliation, pour oser dénoncer son agresseur, comme des vautours la société lui tombe dessus : Elle l'a bien cherché, que faisait elle là ? Elle est une dévergondée, cela n'arrive pas aux filles de bien, c'était son partenaire comment peut-il y avoir viol... D'où le silence de ces personnes qui n'osent pas dénoncer, que dis-je, qui préfère essayer de ne plus y penser et chercher à tenter d'oublier et à se guérir toute seule par peur d'être mise au banc de la société.

 

Au cours des semaines ou le scandale a éclaté j'ai entendu plein de réaction, mais j'ai été sidérée d'entendre à la radio un ancien commissaire du gouvernement dire qu'il lui arrivait de classer des dossiers de viol sans suite à partir de certaines questions, entres autres : L'avez-vous griffé ? Mordu ? Avez-vous à un moment ou à un autre crier ? As-tu à un moment quelconque ressenti du plaisir ? Si la prétendue victimes répond "NON" à ces questions et "OUI" à la dernière,  il n'y a pas matière à poursuite. AFFAIRE CLASSEE ! Dommage, je ne pouvais pas questionner ce fameux ancien commissaire du gouvernement, car, je lui aurais demandé ce qu'il fait de la peur qui quand elle est assez forte devient paralysante. Et, quand on est paralysé par la peur on ne peut que subir passivement l'acte ignoble dont on est l'objet.

En dépit de tout cet à priori, certaines personnes ont eu le courage de casser les tabous et de parler, de demander justice et réparation. Dans une société machiste comme la nôtre la victoire n'est pas un acquis facile, mais elles ont compris que se taire n'est pas la meilleure option et qu'en faisant cela elle protège un dangereux maniaque qui à n'importe quel moment peut recommencer. Aussi, quelles que soient les circonstances de l'agression, dites-vous que vous n'êtes pas coupable de ce qui est arrivé. Vous n'avez pas en avoir honte. Autant que possible ne restez pas seule, ne refouler pas tout à l'intérieur, ne protéger pas ces détraqués par votre silence, chercher de l'aide: appeler la police, consulter un médecin, conserver vos vêtements s'ils sont déchirés, garder tout ce qui pourrait constituer une preuve, s'il y a une poursuite judiciaire, et qui contribuerait à la condamnation de l'agresseur afin que justice soit rendu. Ne perd jamais de vu que votre révolte soit légitime : LA HONTE PLUS JAMAIS DANS LE CAMP DES VICTIMES.    

   

Matouchca Démézier

Pour rentrer en contact avec l'auteure : mama24@gmail.com 

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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