La poésie serait parole d'espoir malgré tout

Publié le 10 Septembre 2012

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  © Photo : Archives LaPresse - 10e Marché de la poésie de Montréal 


 

Dtous les côtés, il me revient un son de cloche. Un son de cloche dont il m'est pénible de me faire ici l'écho. Ayant beaucoup aimé. Aimant encore beaucoup les plaisirs que cette cloche condamne. Mais c'est à chaque instant que j'entends dire autour de moi : « Je ne lis plus de poésies ». Répété par tant de bouches dignes de considération ou d'estime, cela finit par impressionner fâcheusement des poètes de mon espèce qui ne poursuivent guère dans la force des mots que leur agrément. Et voilà que maintenant mon ami, le libraire de la Côte-des-Neiges me confirme l'arrêt en le déplorant : « Faut-il donc se résigner à ne vendre que de rares recueils de poésies, me dit-il avec amertume » « Les gens ne lisent plus de poésies » Je m'efforce de le réassurer, car si j'interroge, si je pousse davantage ceux qui viennent de prononcer cette condamnation, j'apprendrais qu'ils ne délaissent pas la beauté, les images et le pouvoir incantatoire des mots pour se jeter dans les voyages, les émotions et les imaginations.

 

Je n'ai pas manqué de demander sur mon chemin ce qu'ils cherchaient dans leurs lectures - d'un usage plus relevé sans doute, plus sérieux - et je n'ai laissé d'être un peu surpris d'apprendre qu'ils n'aspiraient à satisfaire dans leurs lectures que le goût de l'aventure et du dépaysement qu'offre totalement la poésie, la vraie, la bonne, en somme brimée par la vie courante dont la satisfaction faisait jusque là le principal attrait. La réalité c'est donc que nos contemporains en sont réduits à chercher séparément dans trois genres différents ce que la poésie avait pour objet essentiel de leur fournir dans le même ouvrage et qui constituait proprement le message poétique. Cette constatation ne m'a pas fait le plus grand bien, je l'avoue, ne me rassurant sur moi même, car il est toujours pénible de se croire une exception, mais elle m'a apporté un brin de consolation en ce qui concerne certaines poésies d'hier. 


Il est clair que sous quelques prétextes d'esthétique ou de style, la poésie est devenue, à part des exceptions, la proie de certains discoureurs ou de néophytes. Mais attention ! Il ne faut surtout pas confondre un jeune à un néophyte, car on met longtemps pour devenir jeune nous dit Picasso. Cela tient peut-être à ce qui est aussi le domaine quasi exclusif de ceux qui tendent à tout ramener à la forme qui leur est plus naturellement propre que celle d'un méthode établi. On comprend que le public s'en détourne et refuse d'entrer dans un jeu qui n'est pas le sien et qui n'a plus rien de commun avec l'aventure qu'il recherche. Il se jette vers d'autres livres ou d'autres genres littéraires qui malgré les étiquettes parlent davantage à son imagination et à son coeur.


La vie moderne est pleine de discours, notre temps quotidien en est de plus en plus encombré. Je vois que les ateliers, les bureaux, les boutiques, les rues sont pleines de beaux raisonneurs qui ont chacun leur explication de la crise, leur plan de réforme, leurs vues générales et définitives sur le monde. C'est une conséquence inévitable des régimes en place. Mais qu'au moins ceux et celles qui ont pris la charge de nous amuser ne nous entraînent pas dans les mêmes errements et ne viennent pas nous accabler de leur rhétorique quand il nous faudrait des émotions. Dans une de mes discutions toujours fructueuses, progressistes et approfondies avec des lecteurs de La Parole En Îles-Monde (Parole En Archipel), une lectrice me dit ceci : « Je ne suis pas poète, mais je pense que si j'en étais une, la poésie aurait pour moi plusieurs utilités: Tout d'abord, probablement comme dans tout type d'art, il y a dans un poème le moyen de faire passer un message, qu'il soit présenté sous la forme d'une métaphore, qu'il soit engagé ou non. Cela peut être également une invitation au voyage, qui nous emmène dans un ailleurs inexploré. Je trouve personnellement que la poésie sert principalement à procurer/transmettre des émotions au lecteur »Oui Amélie, tu as tout à fait raison, l'une des principales missions de la poésie c'est se transmettre des émotions. 


Il y a bien proprement la difficulté et le secret peut-être de ce que des personnes appellent défaillance  de la poésie moderne (si on peut vraiment appeler cela défaillance, du fait que les poètes font moins d'argent). On dirait des fois que la poésie a été fait pour les poètes qu'à chaque fois que je rencontre une personne lire ou acheter un recueil de poésie à la librairie de mon ami, je dis : voici un poète. Et cette poésie est là pour faire sentir et ramener à cette personne des émotions. Et ayant beaucoup aimé. Aimant encore beaucoup les émotions fortesil faut continuer de se rencontrer dans les cafés littéraires, les marchés de poésie, les nuits de poésie, les cabarets littéraires et les marathons de lectures pour ramener le chant qui peut narguer le son de cloche qui a comme pour but à lui seul de tout monopoliser. J'ai le désir de revoir un autre Tranströmer 


Et Puisque j'existe, j'ai le droit de penser que la poésie est loin d'avoir pour intention d'enfiler des idées et des raisonnements pour les assembler en un faisceau qui se tienne où seulement les poètes y sont entraînés. Elle répond aussi à des besoins personnels et sociaux de la société actuelle dans laquelle nous vivons, elle permet aussi de réfléchir aux thèmes universels. C'est aussi un moyen de communication et de fraternisation entre les peuples. La poésie est également une arme contre la violence et les guerres ! Cocteau disait : la poésie dévoile, dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement. Et moi je ne me fatigue toujours pas de répéter : la poésie serait parole d'espoir, malgré tout. De tous les avatars que nous traversons durant notre passage terrestre, que restera-t-il sinon ces paroles mille fois enroulées et déroulées, et quelques gestes qui nourriront les légendes ? Elle peut être aussi ce coquillage où résonne la musique du monde. Une épiphanie par essence. Le lieu d'une véritable incantation et de charmes, où l'intimité peut devenir cette charnière de l'identité.


J'ai recueilli à ce sujet les confidences d'un de mes amis poètes, un peu plus âgé que nous, qui passe à toute vitesse de la poésie au roman, qui avec son talent de jeune romancier et selon toute vraisemblance va réussir brillamment dans le genre romanesque, «je croise les doigts en son nom et je lui souhaite que du succès», j'eus la joie de pouvoir le féliciter de sa persévérance, parce qu'il voyait bien justement, indépendamment de ses passeurs, où gîtait le lièvre. Ce jeune écrivain, quand il commençait à se sentir le goût des fictions, m'avouait toute la peine qu'il se donnait et sa surprise de trouver plus de rigueur dans les faits que dans les idées, tant de résistance pour assembler et plier à quelque vraisemblance les actions et les sentiments. Ce sont les actions ou les faits d'une vie osée, les sentiments d'une existence qui a de quoi à étonner les gens, mais écris sous une plume qui n'oublie pas sa poésie. Il est toujours bon d'être poète avant de devenir romancier. Mais à ce jeune homme il reste beaucoup à apprendre.  

 

Dans un livre ancien intitulé Débats rempli des plus nobles soucis de l'art, et dont je compte recommencer la lecture que je recommande à tous, son auteur Henri Massis, figure majeure de la scène intellectuelle française au commencement du XXème siècle indique bien la cause de cette désaffection du public à la poésie face au roman. Il faut bien prévoir que le lecteur s'en écarta aussi longtemps qu'il trouvera cette impression de désert ou de flanc battu, suivant que sa nature est plus sensible au vide qu'il constate ou à l'effort qu'il devine.


Massis l'inventeur du pathétique des idées et d'un certain romanesque de l'histoire rappelle dans son ouvrage l'exemple de Barrès et la nécessité de ces hautes préoccupations spirituelles et morales qui n'est plus de mise aujourd'hui et que nos écrivains semblent avoir perdues. Le vrai dans les plus grandes comme dans les plus petites choses me paraît inaccessible, sinon aux poètes dans leurs jeux, aux romanciers dans leurs histoires. Pour moi, je dois avouer que comme dans la poésie, j'ai trouvé dans le roman comme dans les essais savants quelques-unes des meilleures joies de mon existence qui ne se plaît pas seulement qu'au images du passé, du temps où tout ce que nous aimons avait encore de l'importance, où les jours nous paraissaient moins bousculés et que la paix suffisante pour se plaire à ces divertissements de l'esprit étaient de plus en plus de saison.- 

 


Thélyson Orélien

blogueur, chroniqueur et poète

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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