Néocolonialisme et littérature dans les pays du sud

Publié le 21 Septembre 2012

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© Écrivains francophones en Afrique, aux Antilles et dans les Caraïbes de passage à Paris, (Image TV5 Monde)

 

Regard sur la Francophonie et les rapports Afrique-caraïbe

 

Les faits restent déterminants et visibles dans les perspectives sociétales, ils ont aussi leurs rôles à jouer en tant qu’entité indissociable aux concepts. France-Afrique, Francophonie, littérature-monde etc. n’est autre que pour dire, que les barons de l’histoire qui sont toujours intervenus sur la pensée et le devenir des autres ne veulent pas perdre la main-mise à l’heure de l’accélération technologique. On s’en souvient très bien du Commonwealth. Aujourd’hui Haïti est placé au cœur d’une Francophonie qui représente ce que la France aurait pu laisser à ces colonies, en termes d’institution (je parle de la langue). Tandis que bien au contraire, cette première redevance historique montre de préférence, l’échec des rapports existant entre colonisant et colonisées.


On se demande est-ce juste de faire référence à l’histoire quand il faut analyser les relations France-Haïti et France-Afrique  ? Il est évident et même plausible de remonter le passé pour comprendre qu’aujourd’hui ces beaux mots ne sont que des falsifications d’une réalité à laquelle l’hégémonie apparaît invisible et déterminante. Et comprendre tout cela, revient à questionner l’essence même de la Francophonie. Je vais tenter à partir de deux préoccupations. En ce sens, je dirais ne serait-il pas mieux de parler de deux types de Francophonie  : La Francophonie littéraire et la Francophonie politique.

 

La Francophonie littéraire

 

La Francophonie littéraire donne l’opportunité à des pays non francophones d’intégrés cette communauté, en passant par leurs écrivains et par certains œuvres majeurs produits traduits en français. Dans ces pays là littérature est beaucoup plus francophone que le peuple, parce que si on veut parler d’une population francophone, on aura à citer en général le nom de quelques grands auteurs pour justifier la Francophonie de ces nations. Et nous pouvons même prendre à titre d’exemple les pays du Maghreb (Rachid Boudejra, Tahar Benjelloun, Abdelatif Laâbi). Aussi le protectorat de l’Etat Français qui existe au Maroc depuis 1912 a suffi pour justifier la présence de cette zone au sein de cette famille. Dans ce cas, peut-on parler de l’existence d’une littérature sur commande  ? Ou du moins d’une littérature avec une double visée, les élites du terroir et les relations avec l’extérieur (assaut contre l’impérialisme)  ? Parce que si la Francophonie n’a rien apporté au peuple en termes d’agir sur les effets immédiat de langage. Elle a permis aux intellectuels engagés de critiquer ouvertement le néocolonialisme et de conscientiser les gens en même temps par un message indirect sur la crise identitaire. Un problème que l’Afrique doit résoudre ainsi que la Caraïbes. Le seul fait que leurs  œuvres ont été acceptées, permet aux colons de reconquérir ce lieu d’influence et de les contrôler à tout jamais.  Et les grandes maisons d’édition et les prix littéraires sont deux grandes machines à contrôle en ce sens. Dans un premier temps ils ont le pouvoir de censurer les œuvres. Et d’offrir d’autres opportunités à ces écrivains. Nous pouvons citer l’exil, devenir des personnalités influentes, opportunités économiques etc. parfois on s’en sert des réflexions de ses auteurs contre eux. En termes d’application des idées contraires dans leurs propres pays. Parce que les approches anticolonialistes donnent d’autres approches anticolonialistes beaucoup plus madrées. D’où la Francophonie littéraire permet à la Francophonie politique d’atterrir.

 

La Francophonie politique

 

La Francophonie politique est très complexe et voilée en même temps, on ne peut l’aborder de  n’importe quelle manière. D’abord il faut distinguer celle de l’Afrique et celle de la Caraïbe pour ne pas plonger dans la fausseté. En suite, essayer de rapprocher les réalités de la Francophonie    de cette zone en tenant compte de l’approcheSocio-historico-politique. Sur le plan historique, on va revenir avec les considérations coloniales, parce que les Antilles font parties de ce nouveau monde envahit par le Européens au XV siècle. Et que la colonisation de ces territoires a été à l’unanimité. Donc les Antilles ont été colonisées et n'ont pas été décolonisées, malgré les différents mouvements de protestation qui ont lieu dans cette zone. Ceci dit que, la révolution haïtienne de 1804 a eu des conséquences directes sur les colonies avoisinantes et sur les colons qui devraient mettre en place une politique de contrôle. En passant par des stratégies de blocage et de dénigrement contre ces rebelles et d’augmenter du même coup leurs effectifs pour empêcher de nouvelles pertes. Et c’est ce qui va justifier les interdictions d’échanger entre Haïti et l’extérieur pendant de nombreuses années, pour empêcher cette première république nègre, qui a posée le problème de la colonisation  avant l’Afrique mère de rester debout devant les autres. Donc, il a fallut à ce peuple après avoir gagné sa liberté de déclarer la guerre inconsciemment avec le reste du monde, tout simplement parce qu'on aurait dû éviter cette tragédie dans l'histoire de l’humanité, et aujourd’hui encore cette lutte  est beaucoup plus acharnée avec la communauté internationale. En ce sens, nous comprenons que la Francophonie d’Haïti est une Francophonie précaire, physique, qui apparaît comme le sauveur de la création littéraire de la métropole sans pour autant épargner la Francophonie de ses contraintes de perdurer (et ceci est une considération au sens stricte). Je dis précaire, parce qu’au principe de l’influence économique cette langue sera catégoriquement mise en utilisation restreinte ou spécifique. Si nous regardons les subventions et l’implémentation des Projets de la France, ils flottent sur la tête d’une couche et meurent dans le cachet d’une autre (et cette couche est à la fois rebelle et minoritaire, difficile à convaincre). L’intérêt d’un jeune lettré se penchera plus vers l’anglais à cause de l’invasion des ONG américaines. Parce que la France ne subventionne que les mêmes têtes. Physique, parce que les journaux, la correspondance administrative, dans quelques très rares familles et la production des œuvres littéraires sont considérées des hauts lieux de la Francophonie d'aujourd’hui. On ne peut pas compter sur l’éducation unilingue, puisque des réflexions montrent que ce n’est possible en Haïti. Ceci dit, elle est en faiblesse, parce que sa mission n’est ni d’apprendre à lire au gens, ni de les alphabétiser aussi, mais de préférence, de resserrer les liens de nouvelle métropole et de nouveau colonisé. Ce qui jusqu'à présent apparaît très claire pour la majorité des intellectuels du sud. Maintenant, regardons la Francophonie dans les DOM-TOM. Sur le plan politique, c’est une Francophonie de parenté, génétique, puisque ces catégories d’Antillais n’a d’identité francophone qu'à partir de l’adjectif d’outre-mer. Et s’ils voulaient se révolter en se lançant vers une quête identitaire, ils auraient le cauchemar d’Haïti comme preuve d’indépendance qui n’a pas servi à grande chose. Sans oublier la communauté espagnole où la Francophonie apparaît comme l’Europhonie ou le moyen de réconcilier ces terres à l’histoire de la conquête Européenne.

 

Si nous jetons notre regard sur l’Afrique. Je dirais que les mêmes causes qui conduiront à l’échec de la Francophonie dans certains endroits de la Caraïbe, aboutiront presqu’au même résultat en Afrique. D’ailleurs en termes de contradiction elle ne fait que les renforcer, en facilitant une distinction foncière entre les classes. Dans ce cas, on le voit comme un déjà-là qui aujourd’hui a été renforcé par d’autre stratégie d’emprise.  En effet, mise à part des colloques et des quelques rares récupération en milieu littéraire, elle a servit à quoi  ? On pourrait même affirmer que cette Francophonie devrait passer par la Créolophonie, de telles sortes que, cette relation de nature historico-linguistique ne serait pas une relation de résistance et d’affrontement. Mais, une relation de croisière qui déboucherait sur la mise en place du bilinguisme en tant que politique de fonctionnement et de gestion d’insécurité linguistique. Parce que la Francophonie ne fera jamais chaire dans certains pays de cette zone vue la pertinence de la diglossie, qui projette la langue seconde comme un danger pour le corps physique sociétale. D’ailleurs il n’y a pas une Caraïbe avec des vecteurs politiques intacts et unifiées, qui ne soit pas téléguidée par des mains invisibles, on aurait trop d’exemple à éclairer cet argument. Donc, on pourrait déjà avancer  l’idée que cette contradiction est encore pire en Afrique. D’où la Francophonie est allée chercher une Afrique à création Francophone, au lieu de contribuer à une Afrique à vocation Francophone.

 

Néocolonialisme et Littérature dans les pays du Sud

 

Pourrait-on voir le livre aujourd’hui comme un vecteur culturel  hors de l’exploitation du néocolonialisme ? Ou du moins extraire la Francophonie d’un espace politique qui lui est déterminant ? À cet effet, il faut opposer production et consommation. Et on aura l’impression que dans les pays du Sud, les auteurs se renouvellent beaucoup plus que les lecteurs. Par exemple les fins lecteurs de poésie sont devenus plus tard des poètes, de roman plus tard des romanciers etc. ceci dit qu’en termes de consommation, la survie de la littérature du Sud semble t-il dépendre en grande majorité de l’extérieur. D’ailleurs, le système des notes de bas de page, et celui du glossaire permettent à un étranger d’entrer dans le texte par le biais d'une proposition de définition mise en contexte. Autre que ces préoccupations il y a aussi la langue qui ouvre le champ à un public au delà des frontières culturelles. En effet, si la littérature ne peut nourrir les auteurs du Sud, elle est en quelques sortes source de déverrouillage culturel et d’inspiration conceptuel. Pour raffiner le dialogue Nord-Sud en terme d'ouverture et de contrôle de l'espace Géolitteraire. Pour s’énoncer clairement, tous les moyens d’assujettissements d’un peuple se trouvent dans ses vérités littéraires et ceci est incontournable. Tel est le destin de cette zone qui pense à s’ouvrir  sur le monde malgré ses nombreuses déchirures, et de faiblesse bénéfice de l'autre. Il n’y a de littérature possible sans les perspectives des siècles, sans penser à l’articulation des rapports de proximité qui existe au sein de la population lui-même. Et cette littérature est aussi vraie que le chant du coq dans les mornes, que l’odeur de la tisane contre le froid, et ce message est codé, indéchiffrable, et connu par tous en même temps. Parce qu’elle émane d’un langage vivant mais inconscient. Voilà toute une richesse, inexploité par ses ayants-droits, qui fait toute la beauté de la littérature universelle, sans pour autant servir à grande chose là où elle a été exhumée. Si nous prenons l’exemple de la Négritude, de la littérature Anticoloniale, de la Negro Renaissance etc. le dualisme exploiteur/ exploitée à toujours fait surface. Ce qui a ouvert la voix au néocolonialisme de puiser de nouvelle méthode de domination. Et ces méthodes ont été rendues chaires dans le vide qui s’impose aux problèmes d’institutionnalisation littéraire de ces hauts lieux de réflexions critique et de remise en question de tout un système de partenariat truqué. Donc, les luttes menées par ces analystes n’ont servi qu’à renforcer la machine coloniale. A tel point qu’aujourd’hui la métropole historique est encore la métropole culturelle. Ces démarches montrent clairement qu’en lieu et place de la Francophonie, ce serait mieux de l’appeler Culturophonie. Parce qu’on ne peut en aucun cas mettre à l’écart les éléments extralinguistiques qui sont des véritables entités sur lesquels le tourisme fait ses valises.

 

 

Nul doute que les politiques culturelles qui se propagent un peu partout dans les pays du Sud à travers des colloques internationaux traitant des thèmes sur l’universalisme culturel, le nouvel ordre mondial, le multilinguisme etc. ne sont que des recherches d’opportunités et de métamorphose de concept. Puisqu’on tente toujours à projeter un patrimoine, un dénominateur commun dans ce que l’on dit universel. Parce que si la culture permet de s’identifier à un groupe, de se sentir différent d’un autre, le pluralisme culturel rend la vision du monde opérationnelle avec le connu qui cherche son inconnu.

                                                                                                

Anderson Dovilas

Linguiste-Ecrivain


Image TV5 Monde : « Sept écrivains étaient de passage à Paris au mois de mars 2010. Nous les avons rencontrés et ils nous ont offert de mieux découvrir les richesses de la littérature francophone en Afrique, aux Antilles et dans les Caraïbes » 

 

Suzanne Dracius – Martinique 
Sylviane Vayaboury – Guyane 
Michèle Rakotoson – Madagascar 
Mambou Aimée Gnali – République du Congo 
Venance Konan – Côte d’Ivoire 
Boniface Mongo-Mboussa – République du Congo 
Yusuf Kadel – Île Maurice   

 

R É F É R E N C E S  B I B L I O G R A P H I Q U ES

CASANOVA, Pascale ; La République mondiale des lettres, Paris, Seuil, 1999.

CHEVRIER, Jacques ; Littérature nègre ; Paris, Armand Colin, 1984.

BOURDIEU P. et PASSERON J.-C, Les Héritiers, Paris, Éd. de Minuit, 1964.

CAUNE J., La Culture en action, Presses universitaires de Grenoble, 1992.

MALRAUX Α. La Politique, la culture, Paris, Gallimard, Folio, 1996.

DUBOIS, Jacques ; L’institution de la littérature. Paris, Nathan-Bruxelles, Labor, 1978.

ESCARPIT, Robert ; Le littéraire et le social. Éléments pour une sociologie de la littérature ; Paris, Flamarion, 1970.

MOISAN, Clément ; Qu’est-ce que l’histoire littéraire ? Paris, PUF, Littératures modernes, 1987.

VIALA, Alain ; Naissance de l’écrivain ; Paris, Minuit, 1985.  

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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