Nuit de poésie du Chantier libre 3, On en parle encore

Publié le 20 Juin 2012

Lèche Vitrine Le 15 juin 2012, si vous étiez dans le quartier Saint-Henri et écoutiez attentivement, vous avez probablement entendu quelques cris. Organisé par Véronique Bachand, Anik de Repentigny et Alexandre Faustino, en collaboration avec Poème Sale et les Ateliers Jean-Brillant, La Nuit de la poésie avait lieu, rassemblant une trentaine de poètes de tous les horizons.

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Si les amateurs de poésie ressentent habituellement une légère amertume en sortant d’une nuit de poésie, faute d’assez de poètes ou faute d’assez d’énergie, le 15 juin dernier, ils ont retrouvé la vigueur, l’authenticité et le verbe qui, à une autre époque, avaient fait de 1970 (voir : Nuit de poesie 27 Mars 1970, le film - ONF), un moment d’anthologie – le plus grand de la poésie du Québec, peut-être.

Dans le cadre de la troisième édition du festival Chantier libre, événement multidisciplinaire, la Nuit de la poésie réunissait une trentaine de poètes autour du seul désir de dire et de performer une poésie contemporaine. Et au risque de faire mon étudiant en communication qui rédige la narration d’une publicité de grand magasin, « il y en avait vraiment pour tous les goûts ». C’est en partie ce regroupement de voix éclectiques, autant sur le plan des générations que des styles, qui a fait de cette nuit de la poésie, selon moi, la plus réussie de l’année (et l’année est encore jeune. C’est dire à quel point j’y crois). Quand Claude Beausoleil et Jean-Paul Daoust partagent la scène avec Mathieu Arsenault et Danny Plourde, c’est qu’il se passe quelque chose de rare.

Au cœur des Ateliers Jean-Brillant à Saint-Henri, hôtes du festival et lieux historiques datant du tout début du XXe siècle, la petite scène de bois a tenu le coup pendant plus de sept heures sous les pieds de :

Mathieu Arsenault - Martine Audet - Véronique Bachand - Claude Beausoleil - Carl Bessette - Sébastien Blais - France Boisvert - Sébastien Boulanger Gagnon - Sylvain Campeau - Marc-André Casavant - Catherine Cormier Larose - Jean-Paul Daoust - Jean Simon Desrochers - Joël Des Rosiers - Rose Eliceiry - Alexandre Faustino - Christine Germain - Marie-Paule Grimaldi - François Guerette - Benoit Jutras - Fabrice Koffy - Corinne Larochelle - Julien Lavoie - Daniel Leblanc Poirier - Thélyson Orélien - Danny Plourde - Amélie Prévost - Omar Alexis Ramos - Mathieu Renaud - Eliz Robert - Éric Roger - Hector Ruiz - Jocelyn Thouin - Tony Tremblay - Claudine Vachon - Yollande Villemaire et Ouanessa Younsi.

D’une lecture à l’autre, l’actualité faisait évidemment surface : la grève, le gouvernement libéral, les casseroles, le rouge et le noir (pas le roman, les carrés) et les matraques ont déclenché cris et applaudissements. Danny Plourde, Mathieu Arsenault, Jocelyn Thouin et Carl Bessette s’y sont mêlés alors que Jean-Paul Daoust a, à cet effet, marqué le discours de la crise du Québec de la soirée en nous parlant de sa BMW qu’il avait fait rouler à 130 km/h jusqu’à l’événement. Mais le fond social actuel n’a jamais laissé de côté toute la force du verbe déconstruit, du langage poussé vers ses limites et d’une profonde subjectivité. Des élans venus de tous les côtés ont plongé les spectateurs aux confins de leurs performances, des plus uniques et personnelles. Claude Beausoleil a lu un Kérouac français au rythme des mains des spectateurs ; Mathieu Renaud et Marc-André Casavant ont livré, chacun, une performance extrasensorielle. La carte blanche laissée aux auteurs a véritablement régné sur la soirée. Invité mystère, gardé secret jusqu’à la fin, Yann Perreault a interprété une chanson a cappella, accompagné par les pieds frappés au sol des spectateurs.

Mais la poésie des mots n’était pas la seule à tenir tête à une salle comble. Une poésie de l’image s’était aussi installée. Éric Poirier et Charles-André Coderre avaient recueilli plusieurs heures de film Super 8 de l’ONF (à voir la quantité, je dirais qu’on en avait pour une semaine de visionnage). Après avoir modifié la pellicule à l’aide de peinture, de produits chimiques et d’altérations physiques, ils ont projeté le tout sur différents vitraux et fenêtres des Ateliers. Au-delà de la beauté de leur travail, les divers extraits portaient aussi en eux toute l’histoire d’un jeune Office National du film. En observant les scènes, la mission actuelle de l’ONF, axée en partie sur l’animation et les expériences interactives, était drastiquement remise dans son contexte historique et représentait soudain un pas de géant.

La soirée s’intitulait La Nuit de la poésie. Néanmoins, la présence des deux jeunes cinéastes, du DJ Pranapapa, de deux documentaristes intéressés par l’événement et des installations, photos et vidéos qu’avaient léguées à la salle les cinq derniers jours de festival ont permis aux spectateurs de s’immerger dans une définition bien large de la poésie, guidés, bien entendu, par la voix de trente poètes.

Et si vous avez envie de parcourir le territoire poétique de Montréal, vous pouvez assister physiquement aux régulières soirées Solovox à l’Escalier et aux Cabarets de la pègre, ou vous rendre sur Voix d’ici pour visionner les différentes vidéos qui s’y trouvent. Les Cabarets de la pègre sont parfois difficiles à trouver. Ils sont habituellement annoncés sur le blogue de la maison d’édition Poètes de brousse.

Source : Lèche Vitrine


Le film de Jean-Nicolas Orhon se souvient, en nous entrainant avec lui au coeur des souvenirs touchants souvent encore chauds, parfois enflammés de ceux et celles ayant pris part à la fameuse Nuit de poésie du 27 mars 1970 , véritable acteur fondateur et mythique de la poésie québécoise qui a également fait l’objet d’un film que vous pouvez regarder en ligne sur le site de l’ Office National du Film du Canada - ONF.-

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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