Petit Larousse illustré ouvre ses pages à Dany Laferrière et Marie Ndiaye

Publié le 17 Juin 2011


Dany Laferrière rejoint les écrivains haïtiens: Jacques Stephen Alexis, René Depestre, Jacques Roumain.


Windsor Klébert Laferrière, dit Dany Laferrière Écrivain canadien d'origine haïtienne (Port-au-Prince 1953).

Fils d'opposants au régime de François Duvalier (son père, maire de Port-au-Prince puis sous-secrétaire d'État au commerce et à l'industrie, était alors contraint à l'exil), Dany Laferrière grandit à l'écart de la capitale haïtienne, à Petit-Goâve, chez sa grand-mère (1957-1964). Celle-ci, qui marque son enfance de manière indélébile, lui inspirera le récit l'Odeur du café en 1991. Après des études secondaires à Port-au-Prince, il devient chroniqueur culturel à l'hebdomadaire Petit Samedi soir et à Radio Haïti, mais quitte précipitamment le territoire à la suite de l'assassinat d'un ami journaliste par les « tontons macoutes », sbires du dictateur Jean-Claude Duvalier (1976). Il relatera cette fuite angoissée en 2000 dans le Cri des oiseaux fous.

   Refugié à Montréal, il travaille dans différentes usines jusqu'à la parution de son premier livre, Comment faire l'amour avec un Nègre sans se fatiguer (1985, film de Jacques W. Benoit en 1989). Renouvelant ses lieux de résidence (Miami, New York, Montréal), il entame dès lors ce qu'il considère être son « autobiographie américaine » : la rédaction de dix romans à dominante biographique qui, dans son esprit, forment un livre unique explorant les questions de l'exil, de l'identité, de la pauvreté et de la violence (le Goût des jeunes filles, 1992, film de John L'Ecuyer en 2004 ; Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?, 1993 ; Pays sans chapeau, 1996 ; la Chair du maître, 1997 ; le Charme des après-midi sans fin, id.).

   Son œuvre composite et abondante (Vers le sud, 2006, film de Laurent Cantet avec Charlotte Rampling, id. ; Je suis un écrivain japonais, 2008), traduite en plusieurs langues et récompensée par de nombreux prix (l'Énigme du retour, 2009, prix Médicis), est l'expression d'un auteur sans frontières, nourri par l'Amérique au sens large et dont l'écriture entremêle librement sensualité et gravité. Également scénariste, il a par ailleurs réalisé Comment conquérir l'Amérique en une nuit (2004). : Larousse.fr


 

Marie NDiaye

Écrivaine française  (Pithiviers 1967).

Sous le signe de la précocité

Née d'une mère française et d'un père sénégalais, Marie NDiaye grandit dans une HLM de la banlieue parisienne avec son frère aîné (l'historien Pap NDiaye [la Condition noire, 2008], de deux ans son aîné) et sa mère, professeur de Sciences naturelles – son père étant retourné vivre au Sénégal, peu après sa naissance. Cet environnement familial, rare pour l'époque, fait inconsciemment de cette fillette très sociable une enfant différente, « décalée ». Peu entourée de livres, la petite fille se passionne cependant rapidement pour la lecture et, dès l'âge de 12 ans, se voue à l'écriture : « J'espérais qu'elle me sauve de la vie réelle et ordinaire qui me semblait terrifiante. Qu'elle fasse de moi quelqu'un de spécial, d'unique même. J'avais l'impression, enfant, d'être invisible. J'espérais, sans que cela soit conscient, que l'écriture me rendrait visible et me protégerait en même temps. »

   Marie NDiaye se passionne pour Marcel Proust et Henry James, mais aussi pour Joyce Carol Oates dont le roman Eux (1969) la bouleverse. Elle écrit abondamment et jette dans les mêmes proportions, jusqu'à juger un de ses romans « montrable ». Elle n'a que 17 ans, prépare son baccalauréat et se dit qu'« il faut [qu'elle soit] déjà écrivain pour ne pas être obligée de faire quoi que ce soit d'autre ». Elle envoie alors un manuscrit à trois éditeurs ; Jérôme Lindon, des Éditions de Minuit, le premier lui fait signer un contrat, dès la sortie du lycée. Quant au riche avenir sort en 1985 et Marie NDiaye, forte de l'idée romantique « de n'être qu'un poète », abandonne rapidement ses études de linguistique.

   L'écrivain Jean-Yves Cendrey, bouleversé par ce premier roman racontant les souffrances d'un lycéen vivant une histoire d'amour impossible, écrit à son auteur. Ils se rencontrent alors et ne se quittent plus, partageant désormais leur vie, leur regard critique et parfois leur plume (Puzzle, 2007). Pendant ses études, Marie NDiaye avait obtenu une bourse pour étudier à la Villa Médicis, à Rome ; depuis, le couple ne cesse de déménager de Paris à la Rochelle, de la Normandie au Bordelais ou encore à Berlin.

 

De la virtuosité linguistique à l'étrangeté

Marie NDiaye n'appartient à aucun groupe littéraire, et ne revendique aucune filiation, si ce n'est peut-être avec Franz Kafka, pour son goût de l'étrangeté qui s'insinue dans ses ouvrages. Son œuvre qu'elle qualifie « de jeunesse » est cependant empreinte de l'influence de Proust et de James : de longues phrases travaillées à l'envi, parfaites de classicisme. Ce style devient paroxystique dans Comédie classique (1986), roman composé d'une seule longue phrase qui se déroule en 124 pages. Aujourd'hui, Marie NDiaye a délaissé ces exercices de style, ces phrases difficiles et élitistes dont elle pense ne plus avoir besoin : « Je craignais beaucoup la banalité. Aujourd'hui, je me sens capable d'écrire de manière plus simple. »

   C'est avec son troisième roman, la Femme changée en bûche (1989), que l'étrangeté entre dans son œuvre. Dans son univers réaliste peuplé de gens ordinaires avec des vies ordinaires, dans des lieux ordinaires, font irruption des sorcières (la Sorcière, 1996 ; prix Unesco / Françoise Gallimard), du vampirisme, de l'irréalité : « J'ai toujours voulu écrire une littérature qui se situe à la fois dans la trivialité de la vie et dans un au-delà, une dimension qui transcende cette trivialité de chaque jour. » Pour elle, la littérature « peut transformer des histoires navrantes et tristes en récits tristes encore mais sublimés ».

   Depuis En famille (1990), dont l'héroïne recherche un hypothétique secret qui expliquerait le rejet qu'elle subit de la part de sa famille malgré son désir de s'y fondre, Marie NDiaye a trouvé la juste mesure de son œuvre. Au fil des pages, l'inquiétude, le malaise se font ressentir ; ses histoires semblent fondre la réalité davantage dans l'univers du rêve que dans celui du fantastique. La cruauté reste cependant au cœur de l'œuvre, poussant toujours les limites du supportable, à travers les thématiques de l'exclusion, de l'oppression, de l'humiliation et de l'étrangeté qui se veut monstrueuse, dérangeante. Elle tend à moins de sophistication de l'écriture, laquelle devient de livre en livre plus dépouillée, précise mais toujours élégante – et à la fin du recours systématique à l'étrangeté… qui laisse peu à peu sa place à l'« étrangéité », ce sentiment qu'ont les êtres d'être différents, décalés, seuls.

   Son roman Rosie Carpe, qui raconte l'errance d'une femme en quête d'un improbable bonheur, reçoit en 2001 le prix Femina. En 2009, Marie NDiaye connaît la consécration en obtenant le prix Goncourt pour Trois Femmes puissantes – triple portrait de Norah, Fanta et Khady Demba ayant en commun de s'élever contre les humiliations et la violence des jours. Également dramaturge (les Serpents, 2004), elle est par ailleurs la première femme de lettres à être jouée de son vivant à la Comédie-Française (Papa doit manger, 2003). Elle a aussi écrit pour la jeunesse (la Diablesse et son enfant, 2000 ; les Paradis de Prunelle, 2003 ; le Souhait, 2005) et a collaboré à un scénario sur l'Afrique avec la cinéaste Claire Denis (White Material, 2009).

   Les romans de Marie NDiaye, où la recherche de l'autre et la quête identitaire tiennent une place prépondérante, sont marqués par un sens aigu du dérisoire. On a parfois tenté, au nom de son origine paternelle, de la rattacher au mouvement de la négritude, mais elle a toujours refusé toute appartenance aux littératures négro-africaines. : Larousse.fr


 
     Mais heureusement, avec Dany Laferrière (prix Médicis 2009) et Marie NDiaye (prix Goncourt 2009) notre chère langue française prospérera. Non loin des écrivains, on pourra également apercevoir l’indigné Stéphane Hessel, Steve Jobs, le père d’Apple, David Cameron, le premier ministre britannique et Dilma Rousseff, la présidente brésilienne. Des mets caloriques pour un événement international, donc. Après quoi un peu de sport s’impose. Ça tombe bien, le tennis est à l’honneur cette année, avec l’apparition du joueur Rafael Nadal et des sœurs Serena et Venus WilliamEt comme tout gala très chic, le Petit Larousse Illustré a sa liste noire.  D’ailleurs, après quelques hésitations, Dominique Strauss-Kahn s’est finalement fait recaler.

     Pas moins de 3000 mots. L’édition 2012 du dictionnaire a pris du poids, c'est le cas de le dire: car entre la «chorba» (soupe servie le soir pendant le ramadan), le «gravlax» (spécialité scandinave à base de saumon cru mariné avec de l'aneth, du sel et du poivre) et la «caïpirinha», (cocktail brésilien à base d'eau de vie, de canne à sucre et de citron vert), le Larousse illustré n’aura bientôt plus, à ce rythme-là, de «Petit» que le nom. Mais il fallait bien un banquet pour accueillir les soixante célébrités intronisées cette année. Loin d’une plaisante «cousinade» (réunion de famille à laquelle sont conviés tous les cousins, quel que soit leur degré de parenté) de «papy-boomers» (membres de la génération des baby-boomeurs qui ont atteint l'âge de la retraite), l’événement devait être à la hauteur de ses convives.  Outre les sangsues dont on ne parvient pas à se défaire et les vipères médisantes, on  y croisera des «crocodiles». Le mot s’enrichit d’un nouveau sens, désignant désormais «une personne dure et impitoyable».

      Mais il y aura aussi des personnalités sympathiques. Henri Dès (pourquoi avoir attendu que son heure de gloire soit passée?), Nana Mouskouri (même question) et les Chedid père et fils assureront les intermèdes musicaux, tandis que Charlotte Gainsbourg et Leonardo Di Caprio donneront au Larousse des allures de tapis rouge. Cette présence américaine s’accompagne des inévitables anglicismes, «microblog», «ordiphone», «DivX » et autre «Smartphone».

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 Repères : Larousse.fr

 Source : link Fanny Espargillière

Rédigé par Parole en Archipel

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