Qui ?

Publié le 11 Août 2010

Qui sera le prochain président d’Haïti? Environ une trentaine de candidats prétendent à prendre les rennes de la terre montagneuse sur laquelle s’est maintes fois passé l’impensable. Nous sommes au rendez-vous d’un choix crucial. Qui prendra le risque d’enfoncer sa main sous la pierre déchu de cette nation construite pour autre que ses propres habitants. Qui saura laver de la corruption un réseau d’haïtiens déçu par des valeurs qui ne servent à rien parmi ceux qui cherchent à se dégager, à nager pour sortir de la misère de laquelle ne mâchons pas nos mots il est impossible de réussir sainement si on n’est pas dans une lutte contre ceux qui sont censés nous servir.

Cela fait deux cent ans que nous n’avons pas de leader à avoir pu pomper de manière sincère le cœur de cette patrie. Wyclef Jean est un phénomène qui certes va au contraire de ces déjà-vus que nous ne supportons plus. Et c’est là le problème, l’effet Obama a véritablement ouvert la porte du monde au 21e siècle. Et n’importe qui pense pouvoir sortir de l’inconnu et faire régner le changement sans avoir été comme Obama diplômé et connaisseur fin des affaires politiques.

Pour guérir et déboucher les artères de la première république noire, il faut résoudre la principale entrave qui est nous le savons tous, le vol et le profit à peine voilés orchestrés par ceux qui sont au pouvoir. Par là nous n’accusons pas forcément le président de la république mais ceux qui sont apparemment placés sous son autorité. Transparency International nous place comme le troisième pays le plus corrompu de la planète.

Cette tache s’est avérée impossible depuis plus de deux cents ans parce que des noms placés très hauts empêchent à qui veut effectuer un geste ensoleillé en faveur d’un espace aéré et vide occupé par beaucoup moins de mouches et de poussières. Wyclef Joannel Jean au pouvoir si généreux et honnête soit-il fera face au bout de deux ans a des révoltes et des manifestations comme l’ont fait face tous les présidents précédents sauf Préval et sera renversé par ceux qui n’ont pas su profiter de son mandat présidentiel à court terme.

Ce n’est pas un constat tragique, Wyclef Jean n’a pas les capacités primaires d’unir les différents hommes et femmes en partant de votre voisin qui dénonce son absence de connaissance du domaine dans lequel il se plonge. Ce qui est avoué par l’artiste lui-même, les divergences entre le jeune et l’adulte qui dénonce son absence de sagesse et plus tard au moment du vote entre la conscience et l’inconscience du citoyen se demandant s’il a confiance de projeter sa destiné et celle de sa famille entre les mains de Wyclef Jean.

Or pour donner des branchies à cette terre, lui donner le potentiel de vivre sous l’eau sans effleurer la chute d’Atlantide, il nous faut obligatoirement un leader a l’égal de la reine Victoria d’Angleterre vivante au dix-neuvième siècle, d’un Ronald Reagan ou d’un Barack Obama permettant aux Etats-Unis d’être au 21e siècle en tête du palmarès mondial. D’un Toussaint Louverture, d’un Dessalines, pourquoi pas ?

C’est que l’image du pays est primordiale : ceci a été prouvé lors de la campagne présidentielle américaine de 2008 et nous en avons souffert depuis le séisme. Pito nou lèd nou la est un dicton caduc. Aucun leader habitué à l’adjectif politique n’inspire notre choix. Jacques Edouard Alexis était à deux doigts de son sacre si Préval ne l’avait pas lâché dans le bourbier et commettre ainsi sa propre erreur fatale, étant un ancien responsable de deniers publics se décharge lui qui devient le premier à proposer dans son plan un programme anti-corruption car il sait comme tous les anciens ministres qu’il n’y a rien sans cela.

Revenons à Préval qui appuie Jude Célestin qui n’est visiblement pas un homme populaire, sans doute le lancera-t-on dans le processus déjà entamé en faveur de Jacques Edouard Alexis ce qui crée déjà un trouble beaucoup plus profond au sein des pro Préval qu’au sein du parti majoritaire. En face de lui, Charles Baker qui a déjà cuit un échec au coude à coude avec Chavannes Jeunes qui n’a pas su résister dans l’abstinence à la magistrature suprême. Le peuple veut du changement. Mirlande Manigat avec à l’ombre son mari, ex-président de la république est la candidate la plus crédible et attire les voix de la population malgré son français inaccessible.

Nous avons déjà entendu le plan de certains candidats qui comptent gérer le pays sur le calque de leur industrie et de le faire vibrer comme un groupe musical, certains parlent d’éducation ou de reconstruction des institutions politiques. Dans le cas de cette ile étrangement isolée mais aidée par les grandes métropoles de la communauté internationale, Le seul leader est le président actuelle avec à l’avenir celui ou celle qui ne fait pas partie des multiples décors à la poursuite du grand fauteuil.

Et de toutes ces couleurs, rares sont les surprises qui devraient émerger en seulement deux mois de campagne disponible. Cependant le conseil électoral provisoire réitéra les jeux de cartes sous la veste comme en 2006 et sera ainsi peut-être par hasard en faveur de sa patrie en donnant un mauvais verdict à ceux qui le méritent.

Contre toute possibilité la sagesse de Préval passera aux examens du deuxième tour, et avec cela le changement bénéfique nous piquera à toute heure, j’espère.

 

Fabian Charles

Rédigé par Parole en Archipel

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