«Séquences d'une confusion nue» à l'ombre d'une plume hardie

Publié le 3 Septembre 2012

ZemesFabianCover22mai.jpg  « Mon cahier tacheté

  de sperme

   j’écris de travers

  pour saigner l’œil

  du bourreau…

  Mon poème

  est une écharde

  tesson d’âme

  bleue… »


Dans une prison de jeunesse, les murs de la folie s’érigent en fil d’Ariane et dissimulent un fleuve où viendrait nager le plus intrépide. Ce rempart d’actes impulsifs, parfois réfléchis, est une succession de sentiments sous couleur poétique. Une chute de paupières d’un bruit d’encre. Confus. Laconique. Cru. Téméraire.

 

Nous sommes en deux mille neuf. À l’âge de la publication de Séquences d’une confusion nue. Une première publication de Fabian Charles – alors couvé sous seize printemps – aux éditions Page Ailée, éditions Zémès. Preuve incontestable d’un besoin d’écrire. Méditer à travers l’œil du cyclone. Œuvre inégalalée en beauté. À tenir compte des mots de paon, choisis dans un glissement d’inspiration. Mature. Aux yeux de chat. Langue pendante. Griffes acérées.

 

L’objectif de ces vers s’inscrit effectivement dans une idée d’égarement. L’auteur, dans sa fougue de publier et de transcender l’écriture, se met à entrelacer les doigts des étoiles tout en privant ses yeux d’images; expectorer sa colère, un index pointé sur les lèvres; inventer des mots pour parler d’un écrivain chaotique; maudire l’incompréhension des autres dans une écriture de travers. La plume de Fabian Charles, prise d’un sentiment d’incomplétude, ne sait à quel saint se vouer. Toutefois, au-delà de toute plainte inarticulée, on accorderait à sa verve cette assurance, cette hardiesse d’aller aux confins de l’impossible, en quête d’un abri où loger sa solitude. Défier le bourreau. Déchirer le ciel. Se créer un univers. Donner vol à ses rêves.

 

La poésie, retenue comme genre, débute par une épigraphe. Une trentaine de cris hachés au seuil de l’incertitude, en butte à une modeste nudité. Si Fabian Charles se dépouille à la pleine lune, c’est pour faire de l’ombre sa lanterne; l’imaginaire, sa cocaïne, l’âme sur papier, son miroir de vérité. L’auteur est possédé – volontairement peut-être – d’un véritable démon de conscience. Sa plume, saignant de rage, de pleur, de haine, de douleur, de sens – par ailleurs, invite à accorder foi à certains vers : « Mon poème est une écharde, tesson d’âme bleue… », « J’écris de travers pour saigner l’œil du bourreau… » Faut-il croire que Fabian Charles se défend ou se condamne d’avance? Son souffle est-il entré par effraction dans le champ de la poésie? S’écarte-il du normal pour mieux tergiverser?

 

Séquences d’une confusion nue est pourtant cette mare d’encre qui reflète un poète de seize ans. Dans sa prison de jeunesse, son imagination se refuse à se hisser à mi- mât. Un désir d’être compris. Une liberté d’agir différemment. D’une variété de couleurs, Fabian Charles se complaît à peindre les murs de sa geôle d’enfance. Il éjacule, gonflé de volupté, à perdre de vue sa semence. Aucun respect pour la gravité. L’auteur se veut impavide. Il casse, réinvente les mots. Impitoyable.

 

On est pris d’une étonnante admiration pour un jeune poète qui, honnêtement, a su justifier l’expression de sa plume. 

 

Martine FIDELE

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Article paru cette semaine dans Le Nouvelliste 

Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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