Thélyson Orélien, fossoyeur de rêves étranges

Publié le 1 Avril 2012

 

 «La poésie sera faite pour tous non pour un»

Paul Eluard

 


Fossoyeur de rêves étranges


  

Chère Céline,

 

Me re-voici cette fois pas pour te faire marcher poisson d'Avril. Je suis encore là. Je suis finalement le fossoyeur de rêves étranges. Je m'invente des rêves, un carnet de rêves. Je suis le transfuge d'une sale catastrophe qui ne m'a pas fait mourir. Je m'éteins doucement dans une paix que j'ai re-trouvé en plein coeur de la ville. Je vis la peur avec la paix dans l'âme, à l'ombre des grands édifices. Mais j'ai toujours été un révolté, c'est n'est pas ma faute si j'ai grandi comme ça, dans la fierté d'une ville pauvre mais riche dans l'histoire. Tu diras plus tard que j'avais peut-être raison. Quand tu commences à faire connaissance au réaliste merveilleux de Jacques-Stéphen Alexis. Jusque là où tu es.

 

Nous avons tous bu à l'instar du Compère Général Soleil les eaux de cette perpétuelle révolution qui barbotent dans la même source. Toutes, tous, et comme lui nous avons descendu la plaine sans peur ni crainte. Nous étions témoins, il n’y a pas longtemps du jour où le chef d'une caravane s’est emparé de son vêtement et s'est fait vêtir aux yeux du monde, on nous a pris le tout pour un rien, ne reste que cette Indépendance parfois trop salée, je suis indigné d’avance, la vie m'a encore menti. Je refuse de rendre mon âme aux vidanges. Je me révolte des fois de manière trop excessive. J'avoue chère Céline. Mais autant que le ras-le-bol soit grand. La révolte sera grande.

 

J’ai vu ma vie rouillée prématurément. Comme une vielle tôle rongé par le sel. Ici je n'arrive plus à survivre aux tempêtes. Mes doigts se sont refroidis durant l'hivernage. Et les arbres passaient tous leurs temps dévêtues. Les arbres et moi nous avons une langue. Qui n'est pas celle des autres, pour nous parler. Les mots sont là bien sûr, Mais l'onde qui nous berce. Est celle d'une musique non écoutée. Il m'arrive de voir l'émotion quitter le corps d’un arbre. Et venir tranquillement vers le mien. Mais les gens qui nous entourent ne comprennent pas. Ils sont dépassés par ce jargon Qu’ils n’essaient même pas d’expliquer. Et ils nous laissent seuls.

 

Je ne tiens pas à faire le décompte de nos discussions. Autant nos échanges sont énormes. C’est à toi que j’aimerais parler tous les jours. Dans cette longue lettre qui n’en finit plus de s’étirer. Car autant que je t’écris. Le froid ne se répandra pas dans mon corps. Je suis prêt à le croire. Je me souviens d'elle, tu sais? Je t'avais parlé d'elle? Elle qui s’est aplatie entre deux bétons armés Dans la catastrophe. Et depuis la ville est devenue dévastée, dépecée, folle. Je fais d’elle mon héroïne. En érigeant des monuments en son nom.

 

J’ai déserté la ville. J’ai compris qu’on ne pouvait pas gagner toutes les batailles. Et je suis là à Montréal. Au moment où ma jeunesse se ventait de son isolement J’ai tout à coup les mains glacées et éteintes Comme celles d’un grand père J’écris ces mots les uns collés au bout des autres dans des lettres qui se confondent Des lettres que je continue à partager aux bels publics Mon histoire se résume à peu de chose Un jour, au beau milieu de ma vie Le cinéma muet se mettra à parler.-


 

Thélyson Orélien

Montréal, 1er avril 2012


 


      Montauban

 

    Aux victimes des tueries de Toulouse et Montauban 


 

      Chère Céline,

 


il y a quelque chose de putride 

au pays des merveilles,

les rafales se succèdent,

et la chère tante saigne douloureusement

du sang de ses enfants,

l’absurde a pris le dessus

sur la raison cartésienne

abasourdie par tant d'aversion

 

le moment venu des thèmes porteurs

de gauche à droite

on s’interroge sur la nécessité

de mettre un brake

à un certain discours

qui enflamme les esprits simples

à qui on fait croire que l’enfer c’est les autres

 

clichés et amalgames

sont des explosifs dormants

placés dans tous les recoins de la grande maison

où le meurtre d’innocents devient une banalité.

 

la question dépasse

elle se pose 

en douloureuses épines

elle renvoie à la peste émotionnelle

qui ravage l'autre re-coin

aux injustices historiques

qui gonflent les rangs des fanatiques.-


 

Thélyson Orélien

Montréal, 30 Mars 2012

 

 


 

telRassembleur de vie et de voix Thélyson Orélien est né aux Gonaïves en Haïti et habite à Montréal. Prix International Jeunes Auteurs pour Les couleurs de ma terre in poésie et prose poétique publié aux Éditions de l’Hèbe en suisse et Finaliste du Prix Arthur Rimbaud de la Fondation Émile Blémond de la maison de poésie de Paris, pour l’Ombre qui colle à mes pas. Il fait des études bidisciplinaires en économie et politique à la faculté des arts et des sciences de l'Université de Montréal et continue à écrire la nuit. Il a publié Poèmes déshabillés suivi de Fragments de voix en 2011. Thélyson Orélien a participé dans plusieurs revues et ouvrages collectifs en Haïti, en France, en Suisse, en Belgique et au Québec. Il travaille désormais sur son premier roman pour donner enfin une mémoire à l'oublie.

Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

Repost 0