Publié le 31 Mai 2011

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Samuel F. Dauphin est poète-écrivain et à la fois chroniqueur culturelle. Il a participé dans le collectif « Ancre dattes » sous la direction de Jean-Euphèle Milcé et Makenzy Orcel paru en 2009 aux éditions page ailée.

 

 

 

 

 

 

 

 



Les trois poèmes anonymes


 

 

je pleurs ton corps

en prose mouvante

et m’accroche aux plafonds

de tes doigts

 

dans le sommeil

des chiens

nos rêves rêvent d’être midi

 

la lessive

 se fait femme

au profil d’un jeu.

 

              ***

                                                 Pour Schélomi Lacoste

 

S’étalant sur fond de béton

mort brodée

par la fuite du silence

la terre se coiffe

d’une danse piégée

entre mémoires et solitudes

les maisons se faufilent en fraude

contre-corps

et le sang errant

 

              ***


nuit bicéphale

enracinée jusqu’aux vides couplés nuits

de guêpes gantées de tessons

nuits sclérosées siestes fêlées

dans la trêve des lunes

sans disciple

nuits-cigarettes de la foule nuit

nuisant ses essaims

dans le poème

nuit-faim d’ici ou d’ailleurs

nuits-regards de tourbillons nuit

qui se cherchait dans le noir

nuit au rêve d’ossement

aux pieds de vitres

aux barbes d’usures

nuits cannibales



                        Samuel  F. Dauphin, poète

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Rédigé par Parole en Archipel

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Publié le 30 Mai 2011

« Il n’y a pas un distinguo entre Alexis communiste et Alexis révolutionnaire »

 

 

 

Japhet Glaude *, écrivain© Japhet Glaude

 


Repère: Poète, Japhet Glaude est né le 16 septembre 1971 à "Aux Sources", un village situé au bord de la mer, non loin des Gonaïves. Il est professeur de philosophie et de littérature. Il collabore aux revues littéraires "L'horizon magazine", "L'espoir" et JEUNE HAITI, dont il est le rédacteur en chef.



Entretiens avec Japhet Glaude

Quatre réponses recueillis par Samuel  F. Dauphin


Samuel F. Dauphin

Japhet Glaude, vous êtes écrivain-poète mais également enseignant de littérature haïtienne, littérature française et de philosophie dans certains établissements scolaires de la ville…Aujourd’hui la ville des Gonaïves rend un hommage à l’écrivain antillais, Jacques Stéphen Alexis. Pourriez-vous nous parler brièvement du parcours de ce dernier ?  

 

Japhet Glaude

Alexis, en tant qu’écrivain et homme d’action politique, a eu une vie brève, mais combien pleine. Il a pris une part active à la révolution de 1946 qui provoque le départ d’Elit Lescot. Par la suite, à Paris, il a achevé ses études médicales ; simultanément, il s’est consacré à la publication des œuvres littéraires. Après son retour  à la terre natale, il s’occupa de la politique et fonda le PEP (Parti de l’Entente Populaire) d’inspiration Marxiste – Léniniste. En 1961, dans des circonstances obscures, il est porté disparu après avoir été arrêté et lynché dans le Nord-ouest d’Haïti par les tontons macoutes.

 

Samuel F. Dauphin

L’auteur de « Compère Générale Soleil » est né ici, aux Gonaïves. Aujourd‘hui, quelle est la place deJacques S. Alexis  pour les Haïtiens et plus précisément pour vous, les Gonaïviens ?  

 

Japhet Glaude

Jacques S. Alexis, dans le domaine littéraire et social, reste et demeure l’enfant terrible de la modernité que nous recherchons. En effet, nous avons appris de lui à connaître les contradictions internes de notre société et la claire conscience à propos du préjugé de couleurs qui était un signe évident du clivage social en Haïti. Par son analyse de la société, il nous a laissé  « Compère Général Soleil » (1955), les « Arbres Musiciens » (1957), « l’Espace d’un Cillement » (1959), qui apportent du sang neuf à la lutte haïtienne.

 

Samuel F. Dauphin

Le 20 décembre 1945 André Breton est arrivé en Haïti, un an après l’arrivée d’Aimé Césaire. Breton, apôtre du surréalisme français, a donné une conférence dans les locaux de Rex Théâtre. Pour les jeunes intellectuels de l’île. Face au pouvoir arbitraire du président Elit Lescot…Qu’est-ce qu’à apporter  la fréquentation d’André Breton à ces jeunes intellectuelles d’alors ?

 

Japhet Glaude

Avant l’arrivée de Breton en Haïti, La Ruche, (journal des jeunes révolutionnaires)  était déjà  constituée. Toutefois, André Breton, lors de sa conférence tenue au Rex-Théâtre a mis l’accent  sur le surréalisme comme une arme de l’esprit contre l’ignorance, la misère économique et l’aliénation. Les jeunes intellectuels  en ont profite  énormément  pour réclamer le départ de Lescot, qui s’est révélé un fantoche au pouvoir.

 

Samuel F. Dauphin

Alexis était un révolutionnaire mais également un communiste. Pourriez-vous nous en parler ?

 

Japhet Glaude

Il n’y a pas un distinguo entre Alexis communiste et Alexis révolutionnaire. Pour avoir été communiste, il a su adopter la théorie de Karl Max à son pays et en ce sens  il a eu l’immense  talent de passer à la loupe les maux de la société haïtienne pour en venir à une révolutionnaire dans son double aspect : le culturel et le social.

 



Ces propos ont été recueillis par Samuel F. Dauphin ce 22 avril 2011 à l’occasion de la 50ème anniversaire de la mort de Jacques Stephen Alexis.

 

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Rédigé par Parole en Archipel

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Publié le 24 Mai 2011

http://media.librairiedialogues.fr/49/attachments/large/9/3/2/000930932.jpgC'est un singulier roman, d’abord parce qu’il est écrit à quatre mains, par les deux haïtiens Kettly Mars et Leslie Péan et c’est plutôt rare, un roman co-écrit. Ensuite par le sujet choisi et la façon de le raconter. Mars et Péan nous transportent dans le Manhattan de la fin des années 1800, celui des théâtres, où l’on se rend en fiacre, avant de rejoindre des restaurants chics pour souper et se montrer, rutilant.

 

New York et ses frous-frous, ses cancans, ses hommes d’affaires véreux et leurs danseuses, où tombent deux petits nègres pleins d’illusions. Henri de Delva, qui se fait passer pour un prince, homme raffiné, instruit, dont la beauté fera tourner la tête à des femmes et à des hommes. Son compagnon, Thalès, souffreteux, alcoolique, un peu perdu mais ébloui. Tous deux s’installent dans un hôtel et mènent grand train, avec l’argent… de la Révolution. Celle qu’ourdissent des généraux haïtiens, lesquels ont envoyé Henri et Thalès, deux émissaires pour le moins voyants, trouver à New York un navire et des armes, de quoi monter l’expédition par laquelle ils entendent renverser le gouvernement en place à Port-au-Prince. 

 

Oui mais voilà, bien difficile, débarquant dans une ville trépidante comme New York, les valises pleines de centaines de milliers de dollars destinés à financer leur opération révolutionnaire ; bien difficile pour les deux jeunes hommes de résister à l’envie de les dépenser, ces dollars à mauvais escient ! Surtout que le soir même de leur arrivée, Henri tombe raide dingue de Lillian Russell, actrice et chanteuse américaine qui fit, pour de vrai, tourner toutes les têtes à New York dans les années 1890. Croqueuse d’hommes et de diamants, elle deviendra l’obsession de notre homme. L’argent de la Révolution lui coule entre les doigts : il lui faut couvrir sa dulcinée de cadeaux et puis, et puis, il est rongé par la passion du jeu.

 

Évidemment, après un état de grâce de quelques semaines, les ennuis deviennent très sérieux pour nos deux compères. Ce Prince noir de Lillian Russell tient plus du polar que de la bluette. Un polar écrit à la manière des grands Chester Himes. Pas besoin d’un gros effort d’imagination pour que surgissent dans l’esprit du lecteur les impayables éditions Cercueil et Fossoyeur Jones. On s’attendrait presque à les rencontrer au détour d’une rue ou dans l’ombre d’une porte cochère.

 

"LE PRINCE NOIR DE LILLIAN RUSSELL" sera en vente-signature à LIVRES EN FOLIE, le 23 juin 2011.

 

 

© Audrey Pulvar

 

Lecture conseillée :

Le Prince Noir de Lillian Russell

de Kettly Mars et Leslie Pean

Editions du Mercure de France

Paru le 29 avril 2011


 

- Kettly Mars, est née en 1958 à Port-au-Prince où elle vit. Après ses études classiques, elle reçoit une formation en administration et travaille encore entre colonnes de chiffres et procès-verbaux de réunion. Elle commence à écrire vers le milieu de la trentaine, un besoin latent alimenté depuis l’enfance par sa passion de la lecture. Elle le fait pour dégager son souffle du poids des tabous qui entravent sa société et aussi pour trouver cohérence et équilibre dans le fouillis violent, sublime et paradoxal qu’est Haïti. Sensualité et érotisme colorent sa prose qui va au cœur des choses et des êtres, explorant des sujets sensibles comme la spiritualité vodou, l’homosexualité, les préjugés de couleur et de classe, la condition des femmes. Ses personnages attachants livrés à l’arbitraire d’un destin fatal développent des mécanismes surprenants de résistance dans un seul but, survivre. Née au tout début d’une dictature qui l’a vu grandir et entrer dans l’âge adulte, Kettly Mars, comme d’autres d’écrivains de sa génération, essaie de retrouver dans ces trente années de traumatisme brutal la source des tendances à l’auto-destruction d’un peuple.


 

- Leslie Péan, est né en 1949 au Cap-Haitien, Haïti et vit aux Etats-Unis. Il a déjà publié L’Ensauvagement macoute (2007) chez Maisonneuve et Larose et Les luttes de l’Union Nationale des Etudiants Haïtiens sous le gouvernement de François Duvalier (2010) chez Mémoire d’Encrier.

 

Mercure de France link

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Rédigé par Parole en Archipel

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