Publié le 28 Juillet 2012

Par Camille Poirier (LEXPRESS.fr) - (Goncourt oubliés 4 : René Maran, 1921)

Remporter le prix Goncourt en 1921 n'a pas empêché René Maran de sombrer dans l'oubli. Son roman ''Batouala'', critique virulente du colonialisme, est pourtant considéré comme l'un des premiers textes de la "Négritude".

 

René Maran, 1887-1960  

René Maran, 1887-1960

BNF/Domaine public

 

Comment expliquer que Batouala de René Maran, précieux témoignage de l'émergence d'une culture française noire à l'aube du XXe siècle et prix Goncourt 1921, n'évoque presque plus rien à personne? Tentons de dépoussiérer ce "véritable roman nègre" (ainsi sous-titré), couronné par le plus prestigieux des prix littéraires français il y a 91 ans. 

 

Le premier roman "nègre" écrit par un "nègre"

Né à Fort-de-France le 5 novembre 1887, René Maran quitte sa Martinique natale dès l'âge de 6 ans pour étudier en métropole. Il publie en 1909 un premier recueil de poèmes, La Maison du bonheur. Son séjour en Afrique centrale, en 1912, est une révélation: alors qu'il travaille comme administrateur d'outre-mer en Oubangui-Chari (actuelle République centrafricaine), il découvre les conditions de vie indécentes des populations colonisées. Il entame à cette période l'écriture de Batouala, qui est publié en 1921 chez Albin Michel grâce au soutien de ses amis, le traducteur Manoel Gahisto et le poète Henri de RégnierBatouala remporte le prix Goncourt. Mais le scandale ne tarde pas à éclater: dans sa préface, l'auteur dénonce les rapports conflictuels entre blancs et noirs et accuse la civilisation européenne de "bâtir son royaume sur des cadavres". L'administration coloniale l'oblige à démissionner et interdit la diffusion de son livre en Afrique. 

 

Batouala, un héros en crise existentielle

Au bord du fleuve Nioubangui vit le grand chef Batouala, l'un des plus puissants féticheurs du pays des bandas, dont le monde traditionnel commence à s'effondrer. Tandis qu'il s'éveille aux côtés de sa femme, la fière Yassigui'ndja, mille préoccupations l'assaillent: il doit organiser la fête initiatique des "Ga'nzas" puis se préparer pour les grandes journées de chasse. Il redoute la concurrence du jeune et vigoureux Bissibi'ngui, "coq préféré des femmes", qui a jeté son dévolu sur Yassigui'nda. Il s'inquiète également de voir des soldats noirs enrôlés dans l'armée française pour participer à un conflit absurde entre "blancs frandjés" et "blancs zalémans". Dans quelle galère sont-ils embarqués? Faut-il souhaiter la victoire des "zalémans" contre les colons "frandjés"? 

Les blancs, décrits comme des figures bouffonnes et autoritaires,ont pour les noirs un mépris absolu et féroce. Batouala ne se lasse pas de dénoncer "la méchanceté des 'boundjous', leur cruauté, leur rapacité". Malgré les reproches qu'il adresse ainsi indirectement aux colons, René Maran ne sombre pas dans le manichéisme et décrit sans complaisance les vices des tribus africaines - jalousie, paresse, lâcheté. Grandeur et bassesses vont de pair, car "l'homme, quelle que soit sa couleur, est toujours homme".  

 

Un témoignage ethnologique

Après l'Histoire de Louis Aniaba (1740), racontant la vie de ce prince guinéen adopté par la cour de Louis XIV, rares ont été les romans français à prendre des Africains comme personnages principaux. Batouala nous fait découvrir les traditions, mythes et croyances des tribus bandas, en utilisant de nombreuses expressions africaines. Il décrit avec une précision ethnologique l'organisation des villages et le quotidien de leurs habitants, des spécialistes de la chasse au filet confrontés à Mourou la panthère et à M'bala l'éléphant, et menacés en permanence par la disette. Les contes et légendes inspirés par la toute-puissante nature, les chants des femmes en deuil, l'allégresse et la frénésie de la chasse sont dépeints avec une grande richesse de vocabulaire: "frisselis" de feuilles d'arbre, oiseaux "foliot-tocols", éclatement des "siliques" des tamariniers, "saltations" lors des "Ga'nzas". L'art narratif de René Maran restitue tout un monde, jusqu'à nous en faire sentir proches. 

 

Non à la négritude

Considéré par Aimé Césaire et Léopold Senghor comme un acteur du combat anticolonial et un précurseur de la négritude, René Maran exprimera pourtant sa réserve vis-à vis de ce mouvement. "Il avouait qu'il le comprenait mal et avait tendance à y voir un racisme plus qu'une nouvelle forme d'humanisme", explique Lilyan Kesteloot dans Histoire de la littérature négro-africaine (Karthala 2001). René Maran écrit d'ailleurs, dans Batouala, qu' "il n'y a ni bandas ni mandjias, ni blancs ni nègres; - il n'y a que des hommes - et tous les hommes sont frères".  

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 17 Juillet 2012

* Le 20 décembre 1994 (quelques semaines après le retour en Haïti du président Jean-Bertrand Aristide au moyen d'une nouvelle occupation du territoire haïtien) pressé de lire un texte pour le public des Vendredis littéraires de l'Université caraïbe, René Philoctète écrit sur place ce poème et le lit à la foule. Déjà gravement malade et pouvant a peine se tenir debout, le poète était soutenu au moment de la lecture par deux de ses proches amis : l'écrivain Franketienne et l'anthropologue Jean Coulanges. Ce fut sa derrière intervention publique - René Philoctète est décédé à Port-au-Prince le 17 juillet 1995.-  

 

 

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René Philoctète (1932-1995) : Né le 16 novembre 1932 à Jérémie. Il a passé la plus grande partie de sa vie en Haïti. Il se rend au Québec pour rencontrer les membres de son mouvement littéraire et écrire son chez d'oeuvre "Ces îles qui marchent" en 1969. Il se rend également à Buenos-Aires pour recevoir le Prix du Parlement argentin. Poète humaniste, sensible à la beauté des choses, au temps qui passe et à la relation entre hommes et femmes, il est également romancier et dramaturge et compose des pièces de théâtre. Son œuvre littéraire publiée compte une dizaine de recueils de poèmes, quatre pièces de théâtre, trois romans. Il fut l'un des membres fondateurs du groupe Haïti Littéraire au début des années 1960 avec Anthony Phelps, Roland Morisseau, Serge Legagneur, Davertige et Auguste Ténor, et, quelques années plus tard, cofondateur du spiralisme avec Jean-Claude Fignolé, Frankétienne et Bérard Cénatus. Après la fin de la dictature des Duvalier (père et fils), il tient une rubrique dans le journal Le Nouvelliste (Haiti), qui aborde sous la forme d'une chronique, le quotidien des faits et gestes des politiques haïtiens.Tout en menant une carrière d'enseignant, il fut partie prenante de toutes les aventures artistiques haïtiennes des années 1960 à 1980. L'ampleur de son influence sur la littérature haïtienne d'aujourd'hui est considérable. René Philoctète est décédé à Port-au-Prince le 17 juillet 1995 - Pour Rodney Saint-Éloi, éditeur chez Mémoire d'Encrier, La poésie de René Philoctète influence de nombreux jeunes poètes et d'écrivains. Mais cette œuvre, saluée par la critique haïtienne et si frémissante de fraternité et d'humanité, n'a pas bénéficié jusqu'ici de reconnaissance internationale. Pour refuser l'oubli, l'écrivain haïtien Lyonel Trouillot rassemble quelques textes de Philoctète, publiés aux Actes Sud en 2003, Poèmes des îles qui marchent - Anthologie poétique.- PEA 

 


 

                           Pourquoi ici demeuré-je?

 

Jamais je ne me suis demandé pourquoi je continue

     de vivre ici

comme je ne me suis jamais demandé pourquoi je

     respire

pourquoi je dors

pourquoi je parle comme je parle

 

Au fait
pourquoi suis-je encore ici?

 

Peut-être pour ce pic appelé Morne-la-Selle,

peut-être pour le chemin dit des Quatres-Chemins,

ou parce qu'il manque d'écoles,

pour ce fleuve nommé Artibonite,

la dame-oiselle appelée Sara,

ou pour le manque d'hopitaux,

peut-être pour cette rue appelée rue des Miracles,

une fleur qui fleurit a dix heures,

peut-être pour toutes ces âmes qui vivent dans le noir.

 

Parce que le FMI nous abuse-atrophie-démantèle-
vilipende,

parce qu'un policier a tué un étudiant place Capois-la-Mort,

parce que mon pays s'est fait yoyo, toupie folle,
coeur d'igname sans couteau.

 

Mais je reste

Pour cet arbre que j'aime à l'entrée de la Grande Anse,

Pour mon soleil brûlant qui rit des faux soleils,

Pour une femme nommée Emeline Michel,

Pour ces tambours qui ne cessent de battre,

Parce qu'il y a un héros appelé Dessalines,

Parce que inébranlable

il y a ici un peuple qui veut s'ouvrir à la vie.

 

Poème écrit en créole haïtien (Conjonction, n 195-195,"Cent poèmes créoles",

    Port-au-Prince, 1992), traduction de Lyonel Trouillot.  

 


 

Qui donc ira jeter des fleurs

 

  

Qui donc ira jeter des fleurs

au Pont Rouge

au Champ de Mars

les offrandes coulées dans la honte

blessent

 

Les yeux ne portent pas le printemps

si la nuit s'annonce

l'aurore prévue

 

Tant de bruits arrimés sur nos têtes

le ciel se rétrécit

tant de jeux sévères dans nos rues

les enfants vieillissent

 

Moi je maudis le manège qui sabre

qui sourit qui bénit

et qui tue

 

Qui donc l'opprobre au front

ose jeter des fleurs à Vertières au Pont Rouge

 

Les dieux habitent des vertiges

ou n'entrent pas les flétrissures

 

 

René Philoctète

 

Biographie de René Philoctète : Île en Île

 


 

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Poèmes des îles qui marchent

René Philoctète

préface de Lyonel Trouillot. -

Arles : Actes sud, 2003. -

97 p. : portr. ; 24 cm.

ISBN 2-7427-4114-3                

 

La dernière fois que j'ai vu René Philoctète, quelques semaines avant son décès, il m'a dit : « Je suis né pendant l'occupation américaine d'Haïti et je vais mourir sous une nouvelle occupation ». Sa voix, cassée et lasse vers la fin, s'est toujours opposée au malheur, cherchant dans la vie quotidienne et dans un rêve d'avenir une bonté du monde. Sa poésie, sans être simpliste dans sa forme, restait simple dans son projet. Fidélité à l'enfance, sans cynisme ni désespoir. « Par abondance de nature », comme disait un autre poète.- Lyonel Trouillot 

Avec des mots de rien du tout
les mots du bord ni trop malins ni trop naïfs
entre les deux
ou pas du tout
les mots usés qu'on dit partout aux occasions les plus
banales
toujours les mêmes et sans façon
j'ai mis mon cœur à partager
comme un gâteau

Rarement la poésie aura été si soucieuse de sa vérité : l'authentique et le solidaire.- Préface, p. 11

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Rédigé par Parole en Archipel

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Publié le 16 Juillet 2012

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L'entrée suivante présente certains auteurs et œuvres de la littérature des Caraïbes.


 

Par Thélyson Orélien

 

Les îles des Caraïbes, par définition, espace très prisé des voyageurs en quête de soleil et de plages de sable fin, ont longtemps été considérées comme une région politiquement, culturellement et linguistiquement fragmentée, ce qui lui donne un fond unique, mais varié. En raison de la longue colonisation des nations des Caraïbes, il y a un débat permanent sur les pays qui composent l'espace caribéen. Certains intellectuels insulaires plaident pour l'inclusion d'un nombre de pays latino-américains dans les Caraïbes sur la base de la similitude apparente des cultures de ces pays, y compris ceux qui étaient auparavant sous la domination néerlandaise. Sont les piliers de la culture littéraire des Caraïbes: Haïti (Jacques Stéphen Alexis, Jacques Roumain, Jean Price Mars, René Depeste, Dany Laférrière), Cuba (Nicolas Guillén), Porto-Rico (Luis Matos Paléso), Guyane française (Léon Gontrand Damas), Martinique (Aimé Césaire, Édouard Glissant), Jamaïque (Louise Bennett), Trinité (CLR James), Sainte-Lucie (Derek Walcott ), Guyane (Wilson Harris) et caetera.

 

Colonisés d'abord par l'Espagne, l'Angleterre, la France et la Hollande dans les XVe et XVIe siècles, toutes les influences associées à la culture de l'esclavage et de la tyrannie politique ont continué même après l'indépendance dans la plupart de ces pays, donnant lieu à une littérature profondément préoccupée par les questions de l'identité culturelle et ethnique; la politique, la construction ou la reconstruction des nations. La nécessité de former une identité culturelle, régionale, distincte de leurs ancêtres colonisés a conduit de nombreux intellectuels antillais à développer l'idée des Nations Unies des Caraïbes. Bien que cette notion ne soit pas encore devenue une réalité politique, mais il y a un point commun du point de vue culturel à travers les îles de la Caraïbe qui relie ces sociétés de façon très fondamentale. Une partie intégrante de cette assimilation culturelle a commencé sur les plantations esclavagistes, où une culture commune de création et d'expression se faisait sentir, culture qui continue à prospérer même aujourd'hui. Commençant dans un premier temps par des Amérindiens de la tribu des Arawaks et des Caraïbes (gravures, pétroglyphes, créations vodouesques, areytos, hymnes religieux et/ou spirituels). Les expressions créatives des immigrants africains ont survécu à l'ère de l'esclavage, jusqu'au XXe siècle, où on les a toutes retrouvées dans certaines oeuvres d'écrivains tels que Jean Price Mars, Jacques Roumain, Edward Kamau Brathwaite et Lamming George.

En plus des personnes d'ascendance africaine, les îles des Caraïbes sont également une maison aux auteurs espagnols et néerlandophones, dont de nombreux écrits reflètent largement les préoccupations relatives à l'identité régionale et culturelle, à la fois dans la prose et la poésie. Un axe principal dans l'écriture de langue espagnole qui a pour nécessité l'articulation des prises de conscience face à l'existence continuelle des inégalités sociétales, les auteurs de langue espagnole des Caraïbes utilisent le plus souvent des stéréotypes coloniaux dans leurs écrits pour mettre en évidence toute prise de position. L'agitation politique et les conflits qui continuent d'affliger de nombreuses îles des Caraïbes ont également forcé un grand nombre de ces auteurs à quitter leur pays natal pour les États-Unis, le Canada, l'Europe et d'autres parties du monde.

Au début, la littérature des Caraïbes était clairement une littérature de l'exil, puisque la plupart des auteurs qui écrivaient à ce moment-là avaient fui leur pays d'origine pour échapper à des sténoses politiques qui leur étaient imposées par leurs nations dominantes ; on peut citer des écrivains, tels qu'Émile Ollivier, René Depestre, Reinaldo Arenas, Dany Laferriere, Carlos Guillermo Wilson, Gérard Étienne, Alejo Carpentier, Gérard Bloncourt, et tant d'autres. Bien qu'ils aient continué à écrire sur leur pays d'origine, ils ont également incorporé leur vie dans leur pays d'adoption par le biais de leurs oeuvres. Bien que modernes, les écrits expatriés en provenance des Caraïbes continuent d'être préoccupés par l'état du pays d'origine, le discours s'est élargi pour inclure d'autres préoccupations au sujet de leurs expériences en terres étrangères. Beaucoup de ces écrivains utilisent aussi la langue d'adoption pour s'exprimer.

La littérature contemporaine des Caraïbes n'a pas une tradition indigène. La civilisation précolombienne (Indiens d'Amérique) a laissé peu de gravures rupestres ou des inscriptions (pétroglyphes), et leurs traditions orales n'ont pas survécu à la colonisation du 16e siècle espagnol. On retrouve aussi une carence de tradition écrite chez les Africains de l'Ouest qui les ont remplacés. La littérature des Caraïbes depuis plusieurs siècles fut une émanation et l'imitation des modèles des puissances coloniales: Espagne, France, Grande-Bretagne, et Pays-Bas. Donc, les écrivains de la Caraïbe n'étaient pas conscients de leur propre environnement, jusque dans les années 1920, cependant que le défi d'une forme distinctive littéraire ait été accepté. Puis, dans le cadre de modernisme hispano-américain, espagnol et français, les écrivains des Caraïbes ont commencé à rompre avec des idéaux européens et à s'identifier à leur réalité. Les dirigeants de ce mouvement, principalement des poètes, étaient: Luis Matos Palés (Porto Rico), Jacques Roumain (Haïti), Nicolás Guillén (Cuba), Léon Damas (Guyane française), et Aimé Césaire (Martinique). Jean Price-Mars, un ethnologue haïtien (Ainsi parlait l'oncle, 1928), a déclaré que son but était, de restituer à son peuple la dignité de son folklore dans un discours finement exprimé. Aimé Césaire dans Cahier d'un retour au pays natal (1939), construit dans des formes poétiques des éléments rythmiques et tonals de l'archipel Caraïbes, les rituels et les formes linguistiques, en utilisant les techniques surréalistes et symbolistes.

Dans les îles britanniques, le développement de la littérature nationale après 1945, a apporté sa propre contribution dans le roman dialecte populaire: Vic Reid, New Day (1949), Samuel Selvon, A brighter Sun (Un Soleil plus brillant, 1952) et The Lonely Londoners (Les Londoniens solitaires, 1956), George Lamming, In the Castle of My Skin (Dans le château de ma peau, 1953), et de VS Naipaul, The Mystic Masseur (1957) et A House for Mr. Biswas (Une Maison pour Monsieur Biswas, 1961), entre autres, et dans la poésie de Louise Bennett (Labrish, 1966).

Paradoxalement, le développement de la Caraïbe anglophone a été officiellement conservateur, mais en un travail «ouvert» plutôt que d' expression autochtone, ou indigène, dans le travail de CLR James (Trinité) et la poésie de Derek Walcott (Sainte-Lucie). Dans les romans de Wilson Harris (Guyana), le symbolisme et les techniques surréalistes de la modernité réapparaissent, et la poésie de Edward Brathwaite Rights of Passage (Droits de passage, 1967), Masks (Masques, 1968), Islands (Les Îles, 1969) tente de réaffirmer la place de l'Afrique dans les Caraïbes.


Quelques grandes voix de la littérature caraïbéenne:

Aimé Césaire, Earl Lovelace, George Lamming, Malcolm de Chazal, Léon-Gontran Damas, René Despestre, Édouard Glissant, Jacques Stéphen Alexis, Gilbert Gratiant, Marie Vieux Chauvet, Édouard Maunick, Dany Laférierre, VS Naipaul, Anthony Phelps, Daniel Maximin, Jacques Roumain, Maryse Condé, Mervyn Eustace Morris, Colville Norbert Young, Émile Ollivier, René Vázquez Díaz, Frantz Omar Fanon, Frankétienne, Severo Sarduy, Saint-John Perse, Lyonel Trouillot, Virgilio Piñera Llera, Jean Price Mars, Louis-Philippe Dalembert, Joseph Zobel, Guy Tirolien, Gaspar Octavio Hernández, Patrick Chamoiseau, Berthène Juminer, Rodney Saint Éloi, Gisèle Pineau, André Schwartz-Bar, Simone Schwartz-Bart, Edris Saint-Amand, Luis Rafael Sánchez, Derek Alton Walcott, Vic Reid et caetera.

 

 

Thélyson Orélien

Blogueur, chroniqueur et poète

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 14 Juillet 2012

 

Fabi-copie-1.jpgNé à Port-au-Prince, Fabian Charles a à peine une vingtaine d’années, mais cela est une pure supposition… Il n’aime pas donner sa date de naissance ; on dirait même qu’il ne veut qu’on sache rien de lui en tant que personne : cela se base sur un choix idéologique, celui dicté par la conviction qu'on n’est pas déterminé par son âge, son sexe ou son origine, ce ne sont pas ces éléments qui font l'identité d'une personne. Alors exit pour le commentateur toute tentative d’expliquer, interpréter, conjecturer l’œuvre à partir des éléments de contexte qui lui sont extérieurs. Ambitieux projet d’écrivain, qui se pose devant ses lecteurs et ses critiques, même pas nu comme tant d’auteurs soi disant épris de la volonté de dépouillement mais comme transparent, invisible, anonyme…


Obsession justement qui se transcrit dans le titre de son recueil Anonymat, en cours de publication chez L’Harmattan (extraits et chronique dans le numéro de mai de la revue en ligne Francopolis en ligne Francopolis : et Francopolis . Mais surtout obsession directement perceptible dans son projet poétique, qui fait tabula rasa des thèmes, des sentiments, des lieux communs, tout en les utilisant comme dans les techniques de collage, de citations, de jeux de mots. Brouillage  de cartes efficace qui aboutit à donner de l’homme contemporain – sans distinction de sexe ou plutôt, dans la confusion des sexes, sans distinction d’origine, de lieu d’habitation, de marques culturelles mais plutôt dans la simultanéité des prédéterminations – l’image révélatrice d’un patchwork désarticulé, d’un pantin mécanique, d’une créature au fond paumée, au bord d’une autodestruction annoncée. D’où cette écriture hachée, entrecoupée, brutale, corrosive, qui renouvelle courageusement le concept de poésie, tout en perpétuant le filon puissant des grands révoltés des années de l’après-guerre, avec une source toujours vive de recherche et d’apprentissage dans  la  parole de l’archipel René Char.


Oui, en effet, et très significativement : le poète est l’un des fondateurs et piliers du blog, ensuite de la revue en ligne, pour ne pas dire carrément du mouvement poétique Parole en archipel, qu’il anime avec Thélyson Orélien, le directeur de la publication, et avec Anderson Dovilas. Tous les trois, poètes d’une nouvelle avant-garde qui se veut non pas haïtienne, non pas insulaire au sens large (avec tout ce que le concept d’île comporte comme métaphorique, métaphysique même), mais planétaire (Parole en Archipel). La revue ne se sous-intitule-t-elle pas « Paroles en Îles-Monde, pour déclasser toutes aires géographiques » ?


Étudiant en philosophie et sociologie à l'Université Paris IV, Sorbonne, poète et revuiste, Fabian Charles est aussi journaliste d’opinion, son blog (Fabian Charles) lui sert de moyen pour partager une façon originale d’interpréter l'actualité haïtienne, avec à l’appui des coups d'œil sur l'étranger. Il a une précocité étonnante dans la compréhension des faits d’histoire, de politique et de société, qui lui vient peut-être d’une longue ascendance familiale. Et nous voilà tomber dans le travers à évier : expliquer… Mais peut-on faire abstraction de tout ? Le poète lui-même nous permet quelque exception, puisque, conscient du poids des ancêtres, il a bien voulu nous révéler un peu de son secret, qui est peut-être tout simplement celui d’être né vieux. Autrement dit, d’avoir à un point extrême assumé une conscience collective, étant, par son hérédité familiale, impliqué dans toute l’histoire récente de son pays sur plusieurs générations, alors que par sa formation culturelle, il prend ses racines dans toute la francophonie littéraire des 5 continents…  

 

Donnons-lui la parole, comme pour jeter un petit coup d’œil sous la pèlerine d’invisibilité…

 

« Ma vie est composé de si peu d'éléments concrets, je sens pourtant qu'il y a longtemps que je vis. J'ai été élevé dans une grande famille très chrétienne, mais aussi une famille où pratiquement chacun de mes parents ont occupé de grandes fonctions. Du coté de ma mère mon arrière grand père a refusé le poste de président qu'on lui avait proposé et qu'il était censé occuper après un coup d'état, puisqu'il était président de la cour de cassation et que c'était lui la personne légale qui devrait remplacer le président démis. Son fils a été ministre de tous les présidents haïtiens de la fin du vingtième siècle, et surtout de François Duvalier, il me racontait chaque soir autour d’un verre de lait chaud et de pain toastés ce qui se passait à cette époque. Du coté de mon père une famille nombreuse qui a surtout vécu dans les provinces et qui ont migré vers la capitale après que mon grand père, qui était préfet de la petite ville de l'Anse à Veau, a été évacué par un homme extrêmement corrompu. Mon père lui est capital dans mon histoire parce qu'il a été un leader de gauche qui a participé à la chute de Duvalier, qu'il était d’abord un fervent partisan d'Aristide, qu'il est devenu l'un de ses ministres rebelles et qui a connu la grande déception comme tant d'autres. Les femmes dans la famille étaient surtout de ferventes défenseuses de la chrétienté et ont connu de grandes réussites académiques, dans le professorat aussi. Il y avait beaucoup de débat dans la famille et j'ai connu beaucoup de mouvements sociaux… »

 

C’est le profil d’un chaman qui se reconstitue des plis de son discours poétique, de son vécu, de son être composite et universel. Suivons-le ! Au-delà de la déconstruction d’une image de l’homme arrivé au  bout de sa déchéance, car vidé de tout sens, peut-être nous révélera-t-il, avec la vigueur d’un tailleur de pierre, un sens nouveau.

 

Fabian Charles a publié son premier recueil, Séquences d'une confusion nue,  aux Editions Zémès / Page Ailée, livre salué par Yanick Lahens et Jean Euphèle Milcé. Certains de ses textes ont été publiés dans des anthologies ou recueils collectifs, comme Poètes pour Haïti paru chez L’Harmattan (collection Témoignage poétique, 2011, sous la direction de Dana Shishmanian et Khal Torabully). Le recueil Anonymat, à paraître aux éditions de L’Harmattan, est sous presse.

 

       

Dana Shishmanian

En Île-de-France, le 14 juillet 2012


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Sélection d’articles :

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 7 Juillet 2012

VIENT DE PARAITRE: MON PAYS, RIEN DE LUXE

ANDERSON DOVILAS


 

mon paysIllustration de couverture : Klode Michelle Garoute

Nombre de pages : 95

ISBN : 978-1-67592-475-4

Prix : $16us/18 EU

 

 

Présentation de l’ouvrage.

 

Les Editions Trouvailles vous annoncent la sortie officielle, de « Mon pays, rien de luxe » d’Anderson Dovilas.

 

Ce recueil de poèmes, tout original par son titre que par son contenu propose un prospectus d'écrit poussé jusqu’aux plus fins ressorts des mots, d’un langage-témoin de la folie, de la douleur et des multiples tremblements d’une Île…

 

Tout part de cette phrase « Je vous écris d’un séisme polyglotte ». Au fait, c’est le squelette même de toute l’œuvre. Pour tous ceux et toutes celles qui, ici ou ailleurs, l’ont vécu, tout séisme est en effet polyglotte. Aussi, Denise Bernhardt, de la Société des Poètes français, qui préface l’ouvrage définit-elle cette structure poétique comme : « Un fouillis d’objets hétéroclites, parfois des plus banals où sommeillent les mots qui attendent d’être lavés de leur gangue. »

 

Jugez par vous-même :

 

‘‘Si la nuit vous arrive

Comme un poème étouffé de rhum

Et que l’horizon devient fragile

A l’image d’un paradoxe de la forme

N’oubliez surtout pas que la plume

Sert à balancer l’équation du sang

 

Et si la pluie jumelait les larmes

Pour une terre de semence inépuisable

Avec la faim, la soif      

Préoccupation d’une péripétie romanesque

On saurait écrire demain en pied de page

Comme une couronne de fleur sur les paragraphes

 

Je vous écris depuis un séisme polyglotte  

L’avalanche des consonnes rouillées

Dans la gesticulation du temps

Il est sans doute un mauvais métier

L’amour des césures

Quand les regards autocollants

D’une issue de vertige

Plane au-dessus des phrases

Un moment à sécher

 

Et si par l’audace de l’esthétique

Les jours vous arrivent

De printemps chauves

Faites-vous une note de chanson

A mettre au nid

Pour vous grossir la mémoire

 

A PROPOS DE L’AUTEUR

 

Anderson DOVILAS est né le 2 juillet 1985 à Port-au-Prince. Ancien étudiant de la faculté d'ethnologie de l'UEH (l’Université d’Etat d’Haïti), il est membre de l'Atelier Création Marcel Gilbert de la bibliothèque Justin Lhérisson de Carrefour (banlieue sud de Port-au-Prince)

 

Poète mature précoce, Anderson DOVILAS a la force et la tendresse de son âge. Il est l’auteur de  « Pwèl nan zo » « Les iles en accent aigu » et de « Vingt poèmes pour traverser la nuit »… « Mon pays, rien de luxe » est son premier recueil de poèmes aux Editions Trouvailles.

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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