Publié le 30 Mars 2012

Propos recueillis par Nathalie Philippe

  

Le 23 mars dernier, à la Mairie du XIe arrondissement de Paris, l’artiste haïtien Gérald Bloncourt s’est vu remettre la médaille de Chevalier des Arts et des Lettres entouré par sa famille, ses amis et de nombreuses personnalités haïtiennes du domaine des arts et des lettres. Résumer le parcours de Gérald Bloncourt est chose impossible, tant son œuvre et son parcours de vie sont denses : peintre, poète, photographe de presse, écrivain, autant de « créneaux » qui balisent son existence dédiée à la cause des autres. Révolutionnaire engagé dès sa prime jeunesse, il fut, aux côtés de Jacques Stephen Alexis, l’un des principaux leaders de la révolution haïtienne de 1946 qui se solda par le départ du Président Elie Lescot, et à l’issue de laquelle il se retrouva expulsé de son île natale pour la Martinique, puis la Métropole. Aujourd’hui, à quatre-vingt cinq ans, Gérald Bloncourt poursuit son parcours d’artiste engagé et met en relief son travail et celui des autres par le biais de son site Interne tet de son blog Enfin, pour plus de détails bio-bibliographiques, on pourra se reporter à la page qui lui est consacrée sur le site île en île L’artiste nous fait ici l’amitié de partager son allocution du 23 mars dernier, prononcée à l’occasion de la remise de la médaille de Chevalier des Arts et de Lettres. Voir aussi la galerie photo de l'événement par Yves Chemla.

 

 


 

Honneur et respect !


Mesdames, Messieurs, Chers amis, Chers Camarades, j’ai conscience ce soir de m’adresser à vous en une période tendue de notre histoire. Des évènements d’une gravité poignante ont marqué cette semaine. La violence et le crime,  plus que jamais, ont resurgi sur notre terre de France, déjà tant éprouvée au cours de son histoire. Nous sommes, je l’espère, de ceux qui luttons pour une vie meilleure, empreinte de justice, de tolérance et d’espoir en une humanité  fraternelle et solidaire. Après les intervenants qui m’ont présenté, et de quelle façon élogieuse, je vais tenter de vous dire quelques mots. Quelques mots pour témoigner de ma volonté de dire : Oui à la vie. Je me permets de citer en préambule,  le grand poète, Jacques Prévert :


…"Nous, nous resterons sur la terre 
Qui est quelquefois si jolie 
Avec ses mystères de New York 
Et puis ses mystères de Paris 
Qui valent bien celui de la Trinité 
Avec son petit canal de l'Ourcq 
Sa grande muraille de Chine 
Sa rivière de Morlaix 
Ses bêtises de Cambrai 
Avec son Océan Pacifique 
Et ses deux bassins aux Tuilleries 
Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets 
Avec toutes les merveilles du monde 
Qui sont là 
Simplement sur la terre 
Offertes à tout le monde 
Éparpillées 
Émerveillées elles-mêmes d'être de telles merveilles 
Et qui n'osent se l'avouer 
Comme une jolie fille nue qui n'ose se montrer 
Avec les épouvantables malheurs du monde 
Qui sont légion 
Avec leurs légionnaires 
Avec leur tortionnaires 
Avec les maîtres de ce monde 
Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres 
Avec les saisons 
Avec les années 
Avec les jolies filles et avec les vieux cons 
Avec la paille de la misère pourrissant dans l'acier des canons."

 

Pour poursuivre mon propos,  je remercie le Ministre de la Culture et de la Communication, Monsieur Frédéric Mitterand, qui m’a décerné cette décoration, sans doute, comme je le suppose, pour mon travail aux côtés des travailleurs, des humbles, des sans papier. Ceux que l’on a un jour qualifié : « la France d’en-bas ». Je remercie, avec sans doute plus d’affection, mon Député, Maire du 11e, Monsieur Patrick Bloche, et à travers lui, tous ses camarades, qui m’ont accueilli un jour, fraternellement, un certain lendemain du 1er mai 2002.

  

Je n’oublierai donc pas de remercier également : Michel Puzelat, Philippe Ducloux, François Vauglin, Stéphane Martinet, les élus du Conseil d’Arrondissement et ceux qu’il m’est impossible de tous citer ici, qui ont conforté en moi l’Espérance d’une France enfin fraternelle et digne de sa grande Révolution. Je dis merci aussi au maire de Paris, Monsieur Bertrand Dalanoë qui m’a  distingué, il y a deux ans, par la Médaille Vermeille de la Ville de Paris qui est une reconnaissance qui me tient à cœur. Je n’ai jamais eu l’occasion officielle de le lui dire. J’en profite aujourd’hui. Je dirai avec émotion : merci au peuple d’Haïti qui m’a vu naître. C’est en lui que j’ai puisé les valeurs qui m’ont accompagné au long de ma vie. C’est au milieu de ses habitants, héritiers de la première victoire contre l’esclavagisme que j’ai  compris le sens des mots : DIGNITÉ, LIBERTÉ, ÉGALITÉ et FRATERNITÉ. C’est dans ce pays, que j’ai appris à connaître et à aimer  les sons et les couleurs, les paroles et l’écrit. Je me sens profondément solidaire de ce peuple qui a connu et surmonté tant de souffrances et qui, aujourd’hui encore, se débat, accroché désespérément à l’ESPOIR. Espoir en un monde meilleur  et  juste.


Je veux aussi dire merci à Isabelle.

Isabelle REPITON

Pour moi : Isabelle de PARIS.

Durant mon dernier quart de siècle elle m’a soutenu, réconforté, encouragé.  Grâce à elle j’ai pu rester aux créneaux. Merci à mes filles Ludmilla et Morgane Bloncourt, dont l’affection me permet de tenir bon. Merci à ma fille Sandra Bloncourt que j’accueille ce soir, avec beaucoup d’émotion. Merci à Martine Uzan, la maman de Ludmilla, dont je me souviens le soutien lors de mon combat en tant que gréviste de la faim en l’Eglise St Merry, en 1981, et au moment de la Conférence de Panama qui regroupait les opposants haïtiens à la dictature Duvaliériste.

 

Merci aux Dockers du Havre, de Marseille ou de Dunkerque. 

Merci aux mineurs du Nord, de Trieux ou de Provins. 

Merci aux ouvrières de Roubaix ou de Valenciennes.

Merci aux sidérurgistes de Longwy ou de Gandrange.

Merci aux ouvriers  des usines Renault dont j’ai suivi les luttes durant plus d’un demi-siècle.Merci aux immigrés portugais, polonais, italiens ou Nord-Africains. J’ai témoigné de leur participation à la reconstruction de la France. Merci à tous ces travailleurs et travailleuses dont j’ai mangé le pain et bu le vin, et dont j’ai tenté de transmettre les luttes, la colère et l’espérance. Merci à tous ceux que j’ai rencontrés et qui m’ont enrichi. Merci à Jean Lurçat, Pablo Neruda, Georges Brassens, aux innombrables créateurs, aux multiples artistes qui ont contribué à me façonner. Merci à mes Editeurs sans lesquels je n’aurais pas pu faire connaître mes différents témoignages.  Ils sont trop nombreux pour que je les cite tous ici. Je rappellerai seulement quelques-uns des noms qui me viennent en tête. Ils sont devenu des amis : Medhi Lallaoui, Boris Danzer Kantof, Bruno Doucey, Rodney St-Eloi, Francis Combes, Emmanuel Lemieux, Jean Louis Celati, Lionel Mouraux, Emilie Morel, Yves Chemla, et Thomas Spear. Merci aussi à mes amis de l’Agence Photographique Rue des archives : Catherine Terk, Darius Shepard et Nicolas Patiou, ainsi qu’à toute leur équipe.

 

J’ajouterai encore trois noms : 

Ceux de mes frères d’images : Gérard Lavalette et Gérard Laurent. Encore celui d’un de mes frère de combat, ici présent, qui a lui seul, représente tous ceux qui sont tombés dans la lutte contre la dictature haïtienne : Max Bourjolly. Et un immense merci à vous tous, amis ici présents, qui m’aidez à être, merci de tout mon cœur. Votre présence me réconforte et m’aide à tenir bon. Merci cette fois, profondément, à Monsieur Patrick Zampa, qui fut directeur général du Conservatoire Libre du Cinéma Français qui m’a remis cette décoration, et qui a bien voulu prendre le temps de m’accompagner aujourd’hui. Nous avons pu auparavant échanger quelques idées. C’est un homme remarquable, pétri d’érudition, et dont le parcours de vie m’a rappelé des évènements que nous avons pu, l’un et l’autre connaître, sous un même angle critique. Merci à lui. Je suis honoré par son soutien.

 

Pour conclure, une petite anecdote :

Je disais récemment au cours d’une de mes expositions à St-Junien, non loin de Limoges, à des visiteurs qui m’interrogeaient sur mes images : « Je n’ai aucun mérite, je n’ai fait que recopier ce que j’ai vu. » Mes auditeurs ont eu l’air de s‘étonner. C’est pourtant vrai. Je n’ai été que le témoin de mon époque et ce sont ceux-là même, sur mes photos ou dans mes textes, qu’il faut féliciter. Ce sont eux qui m’ont appris à rêver « aux lendemains qui chantent ».

Je ne suis, quant à moi, qu’un passeur de mémoire.


Gérald Bloncourt.-

 

Pour compléter mon intervention je donne la parole à mon ami Jean Durosier Desrivière, écrivain et poète haïtien, qui a accepté de vous dire un de mes poèmes : LA PLUIE  écrit en Haïti, à Delmas, en 1987.

 

LA PLUIE

  

23 Heures - La pluie...

La pluie toutes ces larmes de pluie milliers de gouttes qui claquent éclatent sur les pierres chantent sur les feuilles tapent sur les tôles et par moment changent de cadence chante cette multiplication effrénée obstinée rageuse ample ces coups d’archets profonds de violoncelle ces voix fantômes qui s’entrecroisent et qui semblent livrer la sourde plainte des bidonvilles ruissellements obstinés laborieux infatigables ces cordes de guitares fluides de sons désaccordés la pluie de mon enfance rêveuse de mes yeux étonnés ouverts dans la nuit de mon amour des autres de toi à venir de mon être tendu croisant le désespoir des rues et mes forces à tenir le monde entre mes mains à soutenir l’ennui à saccager la mort à cueillir l’offrande de ma terre de mes premiers émois la pluie tombe dans mon crâne déborde mon âme inonde ma plaine la pluie la pluie qui tombe sur moi entre nous dans ta maison dans ta chambre sur ton coeur sur ton corps la pluie saison-été-caraïbe-éclaboussée la pluie encore ton visage mouillé tes larmes d’hier au soir ta robe bleue si belle tes épaules tes hanches ta taille et la pluie la pluie qui goutte à présent lentement précautionneusement tintinnabule au-dehors frisson humide de tes lèvres la pluie la pluie goutte stalactite de mes mille pensées en vrac en foule de toi pour toi la pluie de tes paupières empierrées de sommeil la pluie sur ta fatigue la pluie douce des mots sur ton front la pluie dors Sabine pluie couleur de mon désir pluie d’espace si grand de ta présence pluie du petit mendiant de ce midi de sa détresse de notre impassible impossibilité pluie de ta fuite en taxi pluie source pluie crevant le roc pour sourdre  à tes pieds sous tes pas pluie ma pluie notre pluie qui tombe à genoux devant toi sur nous qui nous aimons sous le ciel d’Haïti dans la nuit sourde de ton baiser fébrilement téléphoné fiévreusement cueilli... Je t’aime mon amour...Bonne nuit...

Gérald Bloncourt

Delmas - Haïti, Mai 1987

Source: Cultures Sud

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À lire aussi :  Est-on innocent parce-qu'on ne sait pas ?

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 28 Mars 2012

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«Mwen di silans-mwen pa silans

Silans-mwen se desans.»

(Vwa zando/La voix des mystères, Éditions Mémoire d'Encrier, 2007)

 

« Silans se chen ki mode an trèt. »

 

Apre evelman « Étonnants Voyageurs 2012 », an Ayiti a, mwen te bon vle gade silans, gade koze-mwen byen fon nan kè-mwen. Paske, pou repran Robert Berrouèt-Oriol, se : « yon literati ki sanble tètkoupe ak peyi a. »

 

Men apre yon refleksyon ak yon jenn powèt, ekriven, Thélyson Orélien, nan yon dyalòg sou rezo sosyal Facebook, sou kriz jenerasyon ki frape monn literè ayisyen an, mwen deside louvri bouch-mwen.

 

Nan sajès-li, powèt la di: «… mwen ta renmen pou tansyon an kalme paske li sanlè transfòme an kerèl ansyen ak modèn, paske gen anpil nan lajenès parèy mwen, se pa miyò yo t’ap fè. »

 

Nan rekonesans pou tou sa ansyen jenerasyon an déjà fè, powèt la ajoute : «… si mesye yo gen defo pa yo, yo itil literati Ayiti a. Mwen pa ta renmen … detwi sa nou t’ap eseye konstri depi de syèk. Tout moun gon ti defo, yon zanno kay òfèv,… anpil lòt ti jènn ta k’ap vini pipiti pirèd … »

 

Jenn powèt !

 

O ! Padon. Si mwen anplwaye mo « jenn powèt » la, se pa rapò ak pwòp laj pa-mwen. Mwen se yon senp vyewo alaretrèt. Yon zwezo k’ape kache trankilite nich-li. Sa pa genyen okenn rapò ni ak pwezi ni ak kalite lekriti. «Jenn powèt» ! Men non, pwezi pa genyen baryè. Pwezi, se koule larivyè ki touttan ape renouvle san fè distenngsyon ki gout ki te la anvan.

 

Chak jenerasyon powèt chawaye pwòp pwojè ekriti-yo oswa yon pwogram bèlteyis. Tout mouvman litrè genyen yon lit l'ape mennen, yon larèl lide l'ape defann. E, anndan yon menm jenerasyon kapab genyen divès tandans k’ape manifeste sou resepsyon èv yo, pou detèminen referans-yo, resanblans-yo ak yon lekòl, yon mouvman. Wol yon literati se ranfòse inyon lenguistik sosyete li fè pati a, se konsève epî transmèt patrimwàn kiltirèl ki nouri vivasyon pèp-li. Kifè, si yon jenerasyon pretann li genyen monopòl lapwezi nan men-li, se paske li déjà an patans pou lagonav.

 

Yon literati ki sanble tètkoupe ak peyi a

 

Kriz « Étonnants Voyageurs » a se yon revelasyon li ye, « sou eta merilan peyi a k’ape anvlimen sosyete ayisyen an depi nan fondas-li. Li se yon konsta sou yon fayit lapanse an Ayiti. E nan yon peyi, lè sektè ki sipoze reflechi a kontaminen, li pa anmezi pou pwodui yon panse ki kapab rekonsilye ni peyi a ak pitit-li, ni nasyon an ak pwòp tèt-li.

 

Yon literati pou ayiti

 

Nan atik : « Nous avons été éduqués pour détruire le projet de 1804 », Madam Roselor François montre lelit Ayiti a fòme ak yon ensten arenye pou li manje pòp pitit-li. Dapre-li, fayit sosyete ayisyen an se konsekans dirèk dirèk modèl enstriksyon yo ban-nou. Pou fini, li poze kesyon pou mande, kouman nou fè panse nou kapab chanje kichòy oubyen fè yon refòm an Ayiti kan nou pa menm konsyan vye enstriksyon nou kontinye voye piti-nou chache a pa bon.

 

Kit se klas politik, inivèsitè, sosyete sivil, palmantè, ekzekitif, ekriven, entelektyèl, elatriye, yo tout kontajye. Se enterè peyi etranje y’ape sèvi kont peyi a. Yo se pwodui pojè peyi kolonyal yo te pograme ; divize epi renye. Tankou Evens Dubois di-li : « Reflèks-yo vini nòmalman anti-Ayisyen

 

Yon panse ayisyen

 

Tout sosyete defini tèt-li nan mannyè li kòmante, li pwodui, li estoke epi li fè sikile enfòmasyon sou diskou oswa sou kalite mesay l ape pwodui sou tèt-li pou pwoteje epi ranfòse inite kiltirèl gwoup la. Sa ki vle di, devlopman yon lyen espesyal solid ant tout kouch sosyal yo, nan tradisyon-yo ki se nannan kilti a, pou li sa kontinye grandi epi vanse kontre lavni-li ak asirans. Sa ki genyen otomatikman rapò ak fondèt imajinasyon kolektif la. Pa egzanp, kouman nou kapab pale de Literati Ayisyen san nou pa genyen yon diskou sou literati nou vle pwodui a.

 

Yon Literati Ayisyen, se lè li anmezi amonize relasyon-li ak oralite a, nan sans yon atizay langaj tradisyonèl, kote fòm, koulè, sant, odè, sa ki mobil oubyen imobil, sa ki anvi ak sa ki pa anvi ape anwoule ansanm nan yon sèl ankè. Yon makonnay senbolik pou asire egzistans yon amoni sosyal. Se nan solidarite ak nan inyon kiltirèl sa a n’ape kapab sele lizaj nasyon an. Sa ki vle di, kiltive yon menm panse, nan yon menm imajinè kolektif ki pou penmèt ayisyen konnen, konprann pase-li, prezan-li epi pwojte tèt-li sou chimen pwogrè ak devlopman.

 

Literati n`ape pale la a, se jenès la k’ape boujonnen-li, paske li déjà ape pale, ekri langaj ki penmèt nou tout komike ansanm nan. Se chak jou n’ape konstate tout yon kreyativite kolektif k’ape manifeste lakay-yo, ki bezwen sèlman zouti nesesè ak mwayen pwodiksyon pou yon kreyasyon literè natifnatal ak yon piblikasyon masif nan enterè devlopman lanng ayisyen an.

 

Kidonk, malgre tou, eskandal « Étonnants Voyageurs » a, se yon siy ki pwouve pwojè sosyete kolonyal la se jouwoumou koule. Genyen yon relèv, yon jenès k’ape manifeste. Yon enstitisyon literè ayisyen k’ape pran fòm k ò-li : piblikasyon, atelye pwodiksyon, asosyasyon ekriven, revi literè, blok, sit, etid, akademi, elatriye. Alòs, tan an rive mezanmi pou nou renmèt badji a, nan men moun ki déjà ape tann-li. Ayibobo !

 

Manno Ejèn

powèt, manm Sosyete Koukouy,

chèf editorial Pawol Kreyol,

revi literè Sosyete Koukouy.

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 27 Mars 2012

Centre de la francophonie des Amériques

Parole en Archipel, pésente à ses lecteurs                                                          FRANCOTHÈQUE 2012 du Centre de la Francophonie des Amériques

 

Les mots de Dany Laferrière, de Gilles Vigneault ou de Maryse Condé pourraient se retrouver sur les 3 liseuses         électroniques d’une valeur de 300 $ chacun, que le Centre de la francophonie des Amériques vous offre dans le cadre du tirage de sa Francothèque numérique.

Comment faire pour avoir accès à toute cette richesse littéraire ?

Vous n’avez qu’à répondre, AVANT le 31 mars à 23 h 59, heure de Québec, au jeu-questionnaire que vous retrouverez sur la page d’accueil du site du Centre de la Francophonie des Amériques à :

 

PARTICIPEZ !

Bonne chance et bonne lecture !

 

Thélyson Orélien

Membre du Centre de la Francophonie des Amériques

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Publié le 21 Mars 2012

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Présenté par Thélyson Orélien   

 

21 poètes pour dire une journée...

   
Aujourd'hui, Journée mondiale de la poésie et hier a été celle de la Francophonie. Depuis l'an 2000 avec le Printemps des Poètes, le 21 Mars de chaque année a été désigné par l'UNESCO comme un jour spécial pour la poésie à travers le monde afin de la promouvoir comme un moyen de communication et de compréhension entre les hommes de toutes les nations. Ce jour a été observé depuis dans plusieurs pays, et sera de nouveau marqué cette année par différentes activités artistiques partout à travers le monde. Parole en Archipel décide de marcher au pas et à la cadence de cette journée dans sa propre façon, de la fêter avec la publication de 21 poètes haïtiens - des publications qui sont loin d'être une intention de classement. Car on ne doit pas concevoir la littérature d'une façon dont elle n'est pas. La poésie ce n'est pas comme dans un match de foot !

 

Notre invité spécial l'écrivain Rodney Saint-Éloi, éditeur chez Mémoire d'Encrier, est une des figures emblématiques de la littérature haïtienne de notre temps. Après avoir lu sa généreuse Lettre aux jeunes écrivains, publiée une année à l'avance, et que nous avons ré-publiée sur notre site, nous avons jugé bon de l'inviter à notre projet. Vous aurez la chance unique de faire connaissance de son dernier livre ancré de l'amour du monde, Récitatif au pays des ombres. Nous présentons également le pensionnaire de la Villa Médicis de l'Académie de France à Rome, le merveilleux James Noël avec Comment devenir poète pour mieux gagner sa vie?, une de ses chroniques déjà publiée sur Parole en Archipel, également d'autres poètes haïtiens de générations confondues, parce que Haïti est aussi cette terre à récolter les poètes.

 

Nous adressons en cette journée de poètes, un vibrant hommage au grand poète haitien Davertige ''On ne connaît de Davertige ni son corps ni son âme. Un poète secret se promène librement à Montréal. Cette manière de se perdre dans la foule me fait bien penser à Pessoa'' a dit Dany Laferrière. La poésie répond à des besoins personnels et sociaux de la société actuelle, elle permet de réfléchir aux thèmes universels. C'est un moyen de communication et de fraternisation entre les peuples. La poésie, une arme contre la violence et les guerres! Donc, la poésie serait parole d'espoir, malgré tout. De tous les avatars que nous traversons durant notre passage terrestre, que restera-t-il sinon ces paroles mille fois enroulées et déroulées, et quelques gestes qui nourriront les légendes ? Je vous laisse avec ces mots de Cocteau, qui m'interpellent : “la poésie dévoile, dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement.” mais vous êtes libres de concevoir la poésie à votre façon . -

 

- L'écrivain Rodney Saint-Éloi est notre invité Spécial

- Nous rendons hommage à Davertige !

 

LES AUTEURS

PS : Pour lire un auteur et son repère, il suffit de cliquer sur son nom. 

   

Rodney Saint-Eloi  Davertige  James Noël 
Thélyson Orélien André Fouad  Jean-Durosier Desrivières 
Beaudelaine Pierre Duccha Jeanie Bogart
Anderson Dovilas Fabian Charles Jean-Robert Léonidas
Samuel Dauphin Maggy de Coster Jean Watson Charles
Emmanuel Vilsaint Robert Berrouët-Oriol Fortestson Fenelon 
Joël Des Rosiers
Emmanuel Eugène Coutechève Lavoie Aupont

 

Présentation et conception : Thélyson Orélien

 


© Textes publiés avec le crédit des auteurs. - Les œuvres et créations, textes et images, sont protégés par le copyright. En cas de volonté de publier - sur votre site ou blog - l’un ou l’autre des textes publiés, nous vous demandons de bien vouloir nous en faire la demande par courriel à l’adresse paroleenarchipel@ymail.com - Après acceptation de notre part vous avez l’obligation de mentionner la source et le symbole © et de nous informer de l’adresse où est/sont publié(s) le/les texte(s) autorisé(s).-

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 19 Mars 2012

NB : Cette lettre de l'écrivain Rodney Saint-Éloi n'est pas une réponse à une quelconque revendication. Elle a été écrit sur demande de la section Conseils d'écriture des Prix Littéraires de Radio-Canada bien avant 2011. Nous l'avons ré-publié ici à Parole en Archipel.

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On m’a demandé de m’adresser aux jeunes écrivains. Autant le dire tout de suite : je n’ai aucune légitimité pour une telle entreprise. Vous écrivez vos premiers textes, et vous avez peut-être besoin de conseils. Au risque de vous décevoir, je dirai simplement que tout est dans les livres. Tout est dans les auteurs que l’on lit et relit. Dans leurs histoires. Dans leur témoignage. Et surtout dans leur vie.

 

Borges préférait son statut de lecteur à celui d’écrivain.
Alors lisez… Puis relisez.

Frankétienne, sur une île dévastée, jure qu’il ne mourra pas sans le Nobel. 

Alors, de votre vie faites une profession d’espoir. 

Pour Virginia Woolf, la recette était plutôt simple : Une chambre à soi.

Alors, trouvez votre chambre à vous afin de cultiver votre jardin et votre solitude.

Dany Laferrière, le petit fils de Da, nous a appris à conquérir l’Amérique en une nuit, de sa galerie de Petit-Goâve, au pied de sa grand-mère.

Alors devenez conquérant… Ou guerrier de l’imaginaire, dans ce voyage immobile.

Cherchez simplement la poésie et la tragédie du quotidien. Et créez vous-même la légende qui est la vôtre.

 

Je ne sais pas trop ce que veut dire être un jeune écrivain… Un écrivain a toujours en lui l’expérience de toute vie. Vivez mille vies. Car les jeunes qui écrivent sont des vieux qui se souviennent qu’ils ont eu une jeunesse. Ils n’ont pas été épargnés par la vie. Ils ont besoin de dégager le trop-plein de gestes et de mots qui les étouffe.

 

Des conseils : non… Évitez les conseils et les mentors… Laissez germiner les semences en vous. Puisez dans le clair-obscur des drames et des situations…  Écoutez les maîtres… Mêlez vos voix à leurs voix. Entrez en dialogue, par exemple, avec le vieux Rilke qui écrivait dans ses Lettres à un jeune poète : « Cherchez en vous-mêmes. Explorez la raison qui vous commande d’écrire; examinez si elle plonge ses racines au plus profond de votre coeur; faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s’il vous était interdit d’écrire. Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit; me faut-il écrire ?

 

Creusez en vous-mêmes à la recherche d’une réponse profonde. Et si celle-ci devait être affirmative, s’il vous était donné d’aller à la rencontre de cette grave question avec un fort et simple “il le faut”, alors bâtissez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu’en son heure la plus indifférente et la plus infime, être le signe et le témoignage de cette impulsion. » Aux jeunes écrivains, Hemingway, dans ses dix conseils, par: « Soyez amoureux ». Il termine par : « Taisez-vous ». Beckett dénude et dénude… Dépouille et dépouille… Jusqu’à l’épure extrême afin de nous apprendre à nous accrocher à l’essentiel, mettant ainsi en échec l’infini bavardage humain.

 

Engagez-vous surtout envers vous-même et envers la Parole. Car au commencement, il n’y eut que la parole. Cherchez en vous la petite musique discrète qui est votre voix. Boccace rappelait à propos de Dante la « douce odeur de l’incorruptible vérité. » Cherchez cette vérité-là. C’est le seul chemin qui mène à l’écriture.

 

 

Rodney Saint-Éloi 

                                                                                                                                                   

© - Rodney Saint-Éloi est écrivain et éditeur.                         

Ses deux derniers livres :                                                                                                           

Haïti kenbe la! édité chez Michel Lafon, 2010                                                                   

Récitatif au pays des ombres édité chez Mémoire d'Encrier, 2011


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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 14 Mars 2012

Par: Anderson Dovilas

 

Anderson.jpgToutes les portes sont fermées, laissez passer ce jeune c’est un ami de la famille. La littérature n’a qu’une seule porte d’entrée, toutes les bénédictions nous reviennent ...

 

Il suffit de rassembler les affiches de conférences à l’institut Français d’Haïti, à la DNL (Direction Nationale du Livre) et autres endroits de consommation littéraire de qualité (quelques rares lieux ont échappé à cette épidémie gérontocratique), de collectionner les articles prestigieux parus sur la littérature haïtienne en Haïti ou à l’étranger, pour comprendre qu’à chaque événement les mêmes têtes se retrouvent.

 

«Le 23 Aout 2004, Les Presses Nationales d’Haïti ont lancé leurs propres éditions sous le même label. Cet outil permettra aux Presses Nationales de rééditer des livres de référence, publier des oeuvres capitales, éditer des auteurs susceptibles de contribuer au renouvellement des lettres haïtiennes et démocratiser le prix du livre», a poursuivi Willems Edouard.

Les éditions des Presses Nationales d’Haïti prévoient de publier des livres dans quatre autres collections: Intemporel (classiques de la littérature haïtienne) Souffle Nouveau (auteurs contemporains), Pensée (essais, analyses), Méthode (ouvrages didactiques). Source, Alter-Presse, 30 Aout 2004.


Ce qu’il faut surtout souligner dans cette Collection Souffle Nouveau (Koleksyon souf nouvo), c’est que les mêmes auteurs ont été édites et réédités. Autrement dit, est-ce qu’il n’y a pas eu de manuscrit déposé venant des jeunes qui serait à la hauteur de ce renouvellement? Sans aucune prétention, nous pouvons constater que, depuis un certain nombre d’années, l’acceptation d’un jeune écrivain haïtien se fait d’abord à l’extérieur, avant de jouir des privilèges notoires dans son propre territoire. Ce qui offre une large possibilité d’être exploité par des éditions étrangères. Une simple préface de Trouillot, de Castera, de Franketienne etc. peut faire d’un jeune un génie. Ou du moins, une simple publication avec une édition en France, au Canada et j’en passe, même s’il s’agissait d’une maison quasi-inconnue peut faire ce même effet. En passant je n’ai rien contre le fait d’être préfacé par quelqu’un qui a déjà fait un travail salutaire dans la littérature haïtienne, ou d’être publié à l’étranger. Mais la course à la reconnaissance des jeunes et le refus de reconnaissance de la part des ainés dérangent beaucoup. Et nous pouvons citer à titre d’exemple des livres, à trois et même à quatre notes d’appréciations. Qui sait combien de corruption cette perspective littéraire nous réservera à l’avenir. Puisque nous avons atteint la formule liée à l’imposition des mains, où il faut oindre les poètes de cette nouvelle génération littéraire pour les faire connaître.

 

Une littérature à l’image du pays

 

Mise à part cette crise clanique dont souffre la littérature haïtienne, il y a aussi la crise de l’institutionnalisation littéraire. Comment comprendre qu’en 2012, nos auteurs les plus prestigieux cherchent aussi la reconnaissance de l’ailleurs? Se mettre au défi de gagner des prix littéraires à l’étranger, par exemple Médicis, Renaudot et Goncourt interposés. Qu’est ce qui empêche ces autorités des lettres haïtiennes de créer une maison d’édition avec un prix littéraire de prestige dans leur propre pays? Faut-il affirmer notre petitesse de peuple dans tous les domaines, faut-il s’engager à jouer dans la cour des grands pour une meilleure image de l’Art haïtien?


On ne peut considérer les faits littéraires comme des faits qui se réfléchissent en un lieu, dans un espace, ou dans toute forme génératrice de modèles. Parce que le créateur n’obéit pas à une formule applicable par tous, mais de préférence utilise un ensemble de techniques comme base pour arriver à d’autres techniques. Dans le cas contraire, ce serait banaliser le potentiel humain dans son dynamisme, qui lui prodigue aussi une dimension culturelle unique. En ce sens, les jeunes n’ont pas besoin d’une écriture justifiable par quiconque. Ils n’ont besoin que d’être justifiés par les faits littéraires qui constituent leur matériel sensible, servant à caractériser les moments littéraires. Il nous faut donc casser ce mythe, avant d’être claquemuré par nos propres mainsEn effet, ce scandale qu’au Festival du Livre «Etonnant Voyageur», Georges Castera ait pu affirmer, avec outre cuicidance, sans reserve aucune, devant plusieurs vingtaines de personnes: «les jeunes qui publient de nos jours publient sous nos supervisions, en dehors de ce privilège, ils ne publient que de la merde.» (Source Claude Sainnécharles). N’était pas le premier et ne sera pas le dernier, tant que nous continuons à pleurnicher pour une bénédiction qui ne peut bénir. Sans comprendre qu’il est temps de rompre avec cette tradition de littérature méritocratique. Et de nous regrouper autour d’une idéologie, semblable à celle de nos ancêtres pour nous libérer de toute forme de main mise.

 

Ainsi, cette réflexion nous permettra de comprendre que nos ainés subissent eux-mêmes ailleurs le même sort qu’ils nous font subir à nous dans le pays. Et que la priorité doit être pour aujourd’hui, celle de trouver comment créer une littérature autonome, en faisant vivre nos lettres par elles-mêmes, sans l’intervention d’une note de référence, et l’attente d’une appréciation d’outre-mer.

 

 

Anderson Dovilas, poète

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 14 Mars 2012

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Chers amis de la “Nouvelle Vague“, 

 

En tant que Déléguée de la Société des Poètes Français, comme à titre personnel, j’approuve l’article de mon ami Anderson Dovilas. En effet je n’ai jamais prétendue être Déléguée par rapport à des écrivains connus, qui ont déjà fait carrière, mais au contraire au regard des plus jeunes aux talents prometteurs. Il est inadmissible que le seul message que certains se permettent de transmettre à leurs cadets, soient arrogances et insultes. Car on ne peut mettre en doute la parole de Claude Sainnécharles.

 

Déjà je m’étais rendue compte que ces jeunes poètes étaient seuls dans leurs démarches créatrices. Et que les initiatives ne venaient que d’eux-mêmes. Le système de parrainage, fréquent dans d’autres pays, n’avait pas lieu d’être en HAITI, ou quand il existait se révélait hautement sélectif au détriment de jeunes tout aussi méritants.

 

Dans cette situation, mieux vaut passer outre, Nul besoin d’adoubement ni de bénédiction. Formez vos associations, continuez à vous encourager mutuellement, cherchez avant tout à être VOUS-MEMES, comme c’est la mission de chaque artiste digne de ce nom.

 

La reconnaissance doit venir du lectorat et non pas d’un quelconque Cénacle. Claude, Anderson, Coutechève, Samson, Fred Edson, Thelyson,Yves Romel, Duckens et tant d’autres, vous avez déjà écrit les plus belles pages de la poésie contemporaine, alors si quelques uns vous font grise-mine, et vous accablent de leur morgue jusque dans la presse, quelle importance !!!!!

 

Laissez parler votre coeur, et n’oubliez jamais comme le disait JEAN COCTEAU:

 

«ECRIRE EST UN ACTE D’AMOUR 

 S’IL NE L’EST PAS 

IL N’EST QU’ECRITURE.»

 

Enfin gardez toujours à l’esprit, que si HAITI est votre berceau, la poésie est universelle.

 

 

Denise Bernhardt 

Membre de la Société des Gens de Lettres de France 

Pen Club Français 

Montmorency 

Le 12 mars 2012

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 10 Mars 2012

 

Une lecture d'Assaut à la nuit de Roussan Camille 

 

Par Jean-Durosier Desrivières 

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© Jean Durosier DESRIVIERES. Photo Sandra Kraljevic - Anis GRAS, le lieu de l'autreArcueil (France)


Il est des poèmes et des poètes qui vous obligent à vous attarder dans leur univers, à y prendre pied, en dépit de tout. Indigénisme, négritude, négrisme, «noirisme»… tout cela peut vous irriter. Rien que des théories, des concepts, des idées à générer crainte et méfiance perpétuelles chez certains lecteurs. Mais le chant poétique – hors tout champ catégorique, carcéral, hormis son propre champ, ouvert, en marge des œillères – stipule toujours un possible émerveillement. Serait-il ainsi de celui de Camille?


J’ai passé des nuits quasi inassouvies avec Camille. Entre nous, un poème, un complice, une jeune femme: «Nedje». Je l’ai traînée avec moi, en maints lieux clairs-obscurs: café, cabaret, piano-bar, hôtel, et que sais-je encore. Elle épouse toutes les inflexions de ma voix, tous les caprices de mes lèvres, mon souffle, au gré du rythme, de la mélodie, du poids de ses propres mots et de l’élan du cœur brûlant les planches. Je dis:

 

Tu n’avais pas seize ans,

toi qui disais venir du Danakil

et que des blancs pervers

gavaient d’anis et de Whisky,

en ce dancing fumeux

de Casablanca. («Nedje»)


Et l’émotion se présente, toujours solennelle, exquise. A chaque fois, ton histoire soulève des âmes, «Nedje». Tu convies malgré toi des cœurs insensibles à essuyer une larme sournoise, au détour de ta souffrance désarmante; toi, chevauchée par

 

Les marins en manœuvre,

les soldats en congé

les touristes désoeuvrés

qui ont broyé ta poitrine brune

de tout leur vaste ennui de voyageurs («Nedje»)

 

Rappelle-toi, «Nedje», c’est toi qui m’as conduit vers ces autres plages de perles rares, presque à ton image, tristement joyeuses et révoltées, toutes ouvertes dans ce même menu espace qui assure leur structure: Assaut à la nuit.

 

Les premiers mots de cette composition poétique – Assaut à la nuit, précisément – nous viennent par «Vagues»: premier poème. Elles nous entraînent, dès le premier vers, «au fond des mers tropicales», dans les abysses, la profondeur. Mais encore, au fond des nuits enfumées d’ennui, de méfaits et d’errances, en résonance avec les nuits des temps de barbarie subis par ceux qui, «semés aux sillages des négriers», n’avaient guère de voix: «des peuples anonymes / dont les muscles [sont] dissous / au jeu souple des vagues». Et l’on comprend que cette joie – côté poésie – angoissante – côté histoire – de descendre dans les souillures flamboyantes des nuits surpasse toute postulation vers Satan tel que le voudrait Baudelaire. Bien qu’enfin de compte la nuit soit «nourrice du désespoir et du péché» («Nocturne»).

 

Premier poème: autre seuil du recueil ou prolongement du seuil? A la cinquième strophe, comme dans un tombeau, sommeille ce vers marquant le centre du quintil: «monter à l’assaut de la nuit». Ce clin d’œil au titre qui trône sur la couverture ne saurait tromper la vigilance du lecteur le plus distrait. Un titre sans doute perfide. Car la nuit, loin de subir l'offensive du poète, serait plutôt celle qui le hante, l’habite, le séquestre:

 

[…] guet-apens de l’âme et de la chair

la nuit ne m’a jamais laissé.

Je l’ai baisée si fort,

tant haïe,

et tant aimée,

que je la porte

en ma peau noire,

en mes yeux noirs,

en mon cœur noir. («Nocturne»)

 

C’est Rimbaud, injuriant la Beauté, assise sur ses genoux. La nuit, s'édifiant dans son corps, obsède notre noctambule, au point que l’Assaut à la nuit se lirait plutôt comme un Assaut de la nuit. Situation que le poète, trappeur de lune et d’étoiles, voudra constamment renverser dans l’espace textuel.

 

Toute la qualité du poète en tant que sujet agissant se décrypterait à travers une certaine intention d’enquête et de quête. Le journaliste semblerait parfois précéder le poète qui, motivé par la recherche d’informations et de sensations au plus profond de l’espace nocturne, aboutit enfin aux blues et aux complaintes des tavernes, aux chants des navires, des mers et des fleuves, aux valses des salons et au jazz endiablé des usines, scandant «le divin tapage des bielles rédemptrices» («Espoir»). Et toujours tout près de tout cela, des nègres, des frères: leurs chants douloureux inspirent ceux du poète, pareils à des récits de cris nourris de fibres mélancoliques, de silences, de souffrances et de fausses gaietés traversant tant de lieux:

 

J’ai traîné ma faiblesse

aux boulevards indifférents

de neuf capitales.

Je marchai les yeux fermés,

l’esprit fermé,

parmi les frères agonisants

dans la nuit de moi-même («Poison dans le cœur»)

 

Assaut à la nuit: un recueil de poèmes tel un journal. Il suffit de penser à celui de Blaise Cendrars:

 

On a beau ne pas vouloir parler de soi-même

Il faut parfois crier

Je suis l’autre

Trop sensible 3

 

Et de reconnaître tout de suite, en paraphrasant Magritte, que ceci n’est pas un journal. Quand bien même des indices ou des aveux du poète le laisseraient entendre. Pourtant, les textes témoignent de tant d’itinéraires et de tant de personnages (entre)croisés, de tant de temps et de places visités, inventoriés, remémorés et inventés.

 

Dans le poème de Roussan, le langage est traité de façon tel que le texte devient un récit raté représentant les aventures d’un sujet et de quelques êtres de papier, des fantômes littéraires, des ombres momentanées, embarqués sur le bateau de l’imaginaire de l’aède lançant des «Appels» aux «frères de toutes parts» avec l’amour de ses yeux et le geste de ses mains chercheuses d’aurores.

 

Les «Vagues» du premier poème nous ramènent au temps «des cadavres ensablés des caravelles», temps de mainmise et de mort injustifiée. Les «Soutiers nègres» des temps modernes ne sont pas moins en péril: loin de s’accommoder du «voyage de fête», ils font plutôt revivre

 

[…] cet autre voyage

que nous fîmes jadis

de la lointaine Afrique

aux îles atlantiques. («Soutiers nègres»)

 

Le poète paraît (re)connaître, de près comme de loin, la «Litanie des îles», toutes ces îles petites, fragiles, «filles des sismiques orgies», irriguées de fleuves de sang et de sueur. De «l’estuaire du Congo» à l’Artibonite, via le Mississipi, le poète habite et est habité par tous les «Fleuves».

 

Notre âme est faite,

comme les fleuves,

de trésors à peine cachés

et de mille élans sans barrières

comme les cavalcades des soirs de rapt. («Fleuves»)

 

Le poème prend quelquefois l’allure d’un conte constellé, échappé pourtant à toute magie. L’on voit des nuits illuminées pour mieux éblouir les consciences, mieux dissimuler les faux rires, mieux étouffer la mélodie éraillé des dancings, écorcher les remords et ignorer la fiesta des balles qui anéantissent tout, «dans la nuit madrilène» en l’occurrence.

 

Un jour,

sur un bateau plein de lumières…

 

Voilà le début de «Soutiers nègres» qui en vaut bien un il était une fois. «Un jour», temps indéfini. Intemporalité qui fait vite place à l’imparfait («qui faisait un voyage de fête») et au passé simple («je vous vis en sueur»), marques du récit. Le décor est installé. L’on peut donc découvrir au fil du libre cours des vers la belle aventure du navire qui chantait et à laquelle se joignaient les chansons torturées des hommes et des femmes noires.

Le «Front haut», le poème de Camille, voudrait faire échec à toutes les nuits resplendissantes, quoique humiliant, grossièrement, l’homme. Le poème de Camille se veut une exigence de promesse. Il faut donc revoir, interpeller les légendes les plus engageantes, hautement symboliques:

 

Une nuit,

en Galilée…

 

Un autre conte n’épargnant point le «Christ» qui «mit des mains calleuses de pêcheurs / en de blanches mains d’artistes.» Qu’il renouvelle les Pâques ! Des Pâques où les mets et les boissons «feront librement le tour de la table». Des Pâques annonçant de meilleurs jours, célébrant une autre alliance.

Comment ne pas entendre entre les lignes du «Christ» de Camille, une résonance du poème-prière fleuve de Cendrars, «Les Pâques», écrit à New York un soir de l’an 1912, en pleine crise de foi:

 

Seigneur, la foule des pauvres pour qui vous fîtes le sacrifice

Est ici, parquée, tassée, comme du bétail, dans les hospices.

[…]

Seigneur, ayez pitié des peuples en souffrance.4

 

Ayez pitié de «Nedje» dont son cœur est en attente d’un nouveau bonheur, «lorsqu’aux aurores nouvelles» elle retournera danser pour tous ses héros, morts ou vivants. Ayez pitié de «Sola», la prostituée, à l’écoute de «l’appel prodigieux / de la simple vérité des jours». Ayez pitié de ceux qui n’ont pas pu achever leur grand geste «aux heures où l’avenir / appelle le passé par-dessus le sommeil / amoncelé entre leurs feux» («Heures inachevées»). Ayez pitié aussi du poète qui a des étoiles à cueillir:

 

Ah ! tremble, vieux monde magnifique et triste,

Car voici le temps de ma récolte d’étoiles. («Front Haut»)

 

D’actions de grâce en blasphèmes, d’images surprenantes en figures (ré)percutantes, de réseau d’assonances et d’allitérations en écho sonore, de refrains en répétitions – assurant, assumant la mise en abîme même du chant – la chanson de Roussan se répond à elle-même, affrontant textuellement tous les continents, flirtant avec tous les temps et les lieux infâmes, réels ou recréés, dans l’espoir de bouleverser les cœurs les plus arides pour que soit renversé ce monde inique plongé dans l’absurdité insoupçonnée des nuits merveilleuses, dépourvues souvent des lumières bienfaisantes de la conscience.

 

Des îles australes

jusqu’au Nil

ma mélodie s’étendait

comme un fleuve de cristal.

Mais pendant trois siècles,

des vaisseaux noirs

promenèrent leurs effroyables proues

dans toutes les eaux

où vibraient ma mélodie […] («Notre chanson»)

 

Le poète refuse, malgré son impuissance, de mettre son chant en berne sur le dôme de la nuit ou de l’engloutir dans l’immensité de son âme généreuse. Le poète refuse de se réveiller avec «des désirs asphyxiés, / des cadavres d’amours, / des squelettes de rêves…» Le poète prend la nuit à bras-le-corps, occupant à la fois la lumière et l’obscurité, sillonnant tous les espaces, épiant toutes les lèvres hypocrites, communiant avec tous les tourments des hommes, en espérant les rayons liminaires et radieux du soleil levant.

 

Jean-Durosier DESRIVIERES

Fort-de-France, Martinique, le 31 août 2004.



 

Notes

 

Roussan Camille, Assaut à la nuit, Montréal, Québec, Ed. Mémoire d’Encrier, 2003.

Roussan Camille est né le 27 août 1912 à Jacmel, Haïti. «À 24 ans, Camille visite des pays de l'Europe, où il observe, et les réceptions fastes des bourgeois et les conditions difficiles du petit peuple. Il rentre en Haïti en 1940, non sans une escale obligée, en temps de guerre, à Casablanca, ville qui va l'inspirer, comme on peut le voir dans le poème «Nedje» de son premier recueil, Assaut à la nuit, publié en Haïti à compte d'auteur.» Voir le site «Île en Île». 

 

Blaise Cendrars, «Journal», Poésies Complètes, vol 1, Paris, Ed Denoël, 2001, p. 65 et 66. 

Blaise Cendrars, «Les Pâques», Poésies Complètes, vol 1, Paris, Ed Denoël, 2001, p. 7 et 8.

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 9 Mars 2012

Poème à l’Anonyme

 

Très grande majesté

son excellence majesté SEM dit-on

je chante pour toi

si le tambour sonne dans la nuit

il donne des sons discordants

dirai-je comme Verlaine

les sanglots longs

des violons monotones

ont embarqué aux ports d’automne

à la différence qu’ici

sur mon torse nu le soleil s’est levé

 

Ravi d’un baiser de chair fraiche

cueilli à la mer sur des poissons cuivrés

que j’ai mangé par sacrifice

sang de mes ancêtres renouvelés en moi

sang de la mer changé en vin

comme tes rapports sexuels

changés en bain de couleuvres

car ce n’est que la couleuvre qui peut tromper

ô

 

Anonyme

homme ou couleuvre

nous ne mangerons pas ta pomme sur la durée

car à un certain moment

elle sera bloqué dans notre gorge

pour permettre de crier plus fort

à bas l’abus

qui s’empile sur mon désir

de jour de la femme

tu étais plus belle anonyme quand tu t’habillais de rubans

de dérisions

et que tu avais une culotte

car nous ne pouvons savoir si ton sexe

est à tête

de serpent ou d’aigle

car l’aigle semble accroupi sur la tête

sans cheveux, sans mornes de mon

 

Haïti

ô mon pays dirait Anthony Phelps

il est venu le temps de se parler par signes

ou par chiffres 8 dit-on

croiser les 8 premières lettres des strophes de ce poème

et les huit lettres de ton nom de famille

les 8 énigmes étalés sur la table bleu

divisé par deux donne 4

quatre photos identiques répétés comme dans un tableau de consommation

trois passeports en deux mille un

deux dates d’émission et d’expiration se confondant

en un seul mensonge

mais

 

Il n’y a pas une seule fois

que Dieu est resté anonyme

nous le peuple ne saurons jamais

si la faim s’égrène ainsi  

aux paroles tafia de cents hommes qui manifestent

et parlent-et-mentent

nous ne connaitrons jamais ton genre sexuel

ton origine

ton regard se perd

monsieur qui ressemble bien à un apatride

sans papiers

ou plein de papiers qui se chiffonnent

et

 

Sentent le beurre d’arachide

les papiers hygiéniques d’un homme d’affaires dit-on

qui ne s’est installé jamais nulle part

et qui vient sur  ma terre

pour la cultiver comme son entreprise dit-on

sache que ma terre est nue

et que le soleil se lève sur mon torse

comme le printemps se lèvera toujours

à la bonne heure

même s’il y a durée indéterminée

vient danser

secouer tes hanches sur mon corps

nu pour un corps à corps

de sueurs à

 

Odeurs fortes

de parfum Jean Paul Gaultier

Jean sera grand comme pierre

Pierre que nous n’avons jamais connu

car sur sa pierre s’est bâti plusieurs désastres

de terres qui glissent

et moi qui ne glisserai pas avec

parce que Hugo m’a dit que je serai le dernier

à combattre

ceux qui n’ont pas de masque

de

 

Négativité

par delà nos frontières

des groupes d’anonymes se réveillent

et te manifestent un grand

faux sourire

indigné je suis

indigné je resterai

de ces capitalistes qui ont la cravate nouée jusqu’à leur pomme d’Adam

qui ne pourra jamais plus descendre

comme le cri des opprimés de ce monde

 

poème à l'anonyme

 

Fabian Charles , écrit en regardant le dessin de Jerry Wolf


b

 


Poème(Ode) à Erzuli

 

Tu m'as changé en pierre

pétrifié par le souvenir

que tout recommence

par ton regard

 

porté sur mes seins

acollés aux tiens

s'allaitant à l'infini

 

si un jour je déciderais de vivre sans dieu

je ne pourrai pas m'écarter de toi

des serpents qui circulent parmi tes cheveux

 

et des signes d'amour

car tout ce qui glissera entre mes jambes

proviendra de toi

tout ce qui tombera entre mes mains

clous ou fleurs

seront le fruit de mes sueurs tremblants

des sacrifices de coqs

qui ne cessent de chanter après leur mort

 

le temps s'est évanoui quand tu m'as chevauché

et mes formes ont pris les volumes d'un nègre

ou d'une négresse

peu importe

 

comment définir ce qui a ouvert mes veines

et est passé à travers moi

sans sang

 

libère moi sans me regarder

pour que je désintègre 

sans m'asphyxier

 

Fabian Charles, écrit en regardant le dessin de Jerry Wolf

 

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 6 Mars 2012

 

n1219840718_2572.jpgDans son dernier recueil de poème intitulé “Pwent tete soley” (les seins du soleil), le poète et comédien Fortestson “Lokandya” Fénelon explore les thématiques de l’amour et de la mort qui semblent se côtoyer dans une ville à la fois morbide et enchanteresse, Port-au-Prince.


L’amour est plus fort que la mort, écrit le roi Salomon. A Port-au-Prince, ville fétiche, du poète et comédien Fortestson Fénelon, qu’il aime autant qu’il la déteste, éros et thanatos semblent habiter le même espace. Dans le recueil “Pwent tete soley” (les seins du soleil), ils se retrouvent au coin de la rue.


On peut être aussi bien frappé par la beauté d’Ida au détour d’une rue comme on peut mourir au carrefour des sombres ruelles de la ville où la vie ne vaut rien.


Éros et Thanatos, la petite mort au bout du coït comme l’exprime si bien le poème “Mort d’amour”. Port-au-Prince, une ville où l’on peut mourir d’aimer, une cité qui résonne de ses crimes passionnels.


“Mourir à l’intérieur de toi, pour que les cimetières ne s’imprègnent de mon odeur”,  s’exprime le poète.

 


Dans la ville, l’amour et la mort sont omniprésents, des cortèges funèbres circulent au son lugubre des adieux, dans l’indifférence la plus totale. La mort est devenue si banale ici. Le poète visualise lui-même la scène de son décès et prophétise que tous les cimetières “manifesteront dans les rues”.


Le poète semble obsédé par l’idée de la mort ou est-ce la morbidité ambiante qui l’influence. Dans « Deuil », il écrit “Une étoile filent, deux filent, trois filent, nos souffles se croisent et recroisent aux carrefours”.


"A chaque coin de Port-au-Prince nous avons rendez-vous avec l’amour, nous avons rendez-vous avec la mort”, poursuit-il.


Mais à chaque fois que le poète parle de mort, de désespoir, de folie, l’amour n’est pas loin, tant  il semble le remède, la seule chose à laquelle sa raison s’accroche.


C’est amour est celui d’Ida, la femme qui marche nue dans son poème. « Tu es la femme qui inspire les poètes, celle qui étonne la nuit et fait pousser des fleurs dans les jardins, la femme qui fait danser les rues, les hommes et les femmes te suivent ».


Mais cet amour qui est celui d’une femme, et cette femme est un pays, Haïti, écrit le poète Robert Josaphat Large.  A l’intérieur de ce pays, une ville à aimer. “Je regarde passer Port-au-Prince, une femme rondelette portée sur des talons haut, un bout de femme que j’aimerais habiter”.


Mais il n’est point d’amour qui ne se quitte. Le poète a du laisser le pays  avant 2010, échappant a une tentative d'assassinat (sa maison a été incendiée) pour aller s’établir à Miami, une autre vile qu’il apprend à aimer et qui l’aime bien.


Né le 2 février 1982, Fortetston Fénelon est poète, journaliste, metteur en scène, diseur et dessinateur.


Ancien responsable de  la section culturelle de Signal FM, il avait collaboré aussi avec le Nouvelliste, le Matin. Il a joué dans plusieurs pièces de théâtre comme “Monsieur de Vastey” de René Philoctète, “Foukifoura” de Frankétienne.


Fénelon écrit en français et en créole. Il avait déjà publié un recueil en français intitulé “Nuit à deux battants”.

En Floride, le poète n’a pas laissé tomber sa plume. Il continue à produire, à monter des spectacles. Après la vente-signature spectacle de “Pwent tete soely” le 29 avril dernier, il présente la pièce "Opération Bagdad-Sometimes in Haiti", le vendredi 16 et dimanche 18 septembre 2011 au Gold Choice Ballroom, 345 South State Road 7, Margate FL 33068. Un titre faisant référence aux moments sombres qu’a connus Haïti après le départ d’Aristide en 2004.


Fénelon anime également une émission de débats sur une station de radio floridienne. 

jjuste02@gmail.com

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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