Publié le 20 Décembre 2012

163196 168595549849629 100000975563981 324938 1209565 nPar Samuel F. DAUPHIN    
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«Où va le monde» ? Quand j’ai lu le titre du texte de Thélyson Orélien, je souriais tout en faisant oui avec ma tête. Ça me rappelle le titre du texte «Où va le roman» du célèbre romancier Jacques S. Alexis, publié dans Présence Africaine, dans le cadre d’un débat autour des conditions du roman national chez les peuples noirs.
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J’ai aimé le titre sans que j’aie lu le texte en entier. Ce n’est pas mon habitude d’aimer le titre d’un texte sans que j’aie lu la suite, d’aimer le contenant sans que j’aie goûté au contenu. Chose étrange. À dire vrai, le titre du texte de Thélyson Orélien m’a attrapé comme un tigre attrapant sa proie. Et je ne pouvais que sourire lorsque j’ai senti que j’ai été attrapé par un titre. Voilà la raison qui a provoqué mon sourire. Quand j’ai fini de lire le texte, ce dernier a laissé un gout neuf sur mes lèvres.  
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C’est un unique et vif dans tous ses détails. Une ellipse poétique s’empare de moi après la lecture intégrale.  
  
Le mot “manuel” utilisé dans texte m’a arrêté dans la lecture pour me faire penser à deux choses. D’abord, au héros “Manuel” de Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain, qui mourut pour que l’entente soit faite dans son village. Deuxièmement, à la signification d’une façon plus large du mot “manuel”. Manuel, adjectif qualificatif de main. Personne n’ignore ce  que  représentent les mains dans l’activité humaine.
 
Elles sont les premiers outils du travailleur. Sans elles, pas d’écriture, pas de production, pas d’évolution, pas de transformation etc. Elles sont primordiales pour l’humain. Les mains, l’homme et la femme en ont besoin pour se défendre contre l’ennemi offenseur. Pour ma part, ce mot renforce le charme du texte. Et je salue grandement le talent luminescent de Thélyson Orélien s’attachant au destin de la littérature.
 
Ce qui m’a frappé le plus, c’est la poésie qui danse sans cesse dans le texte. Poésie rare et qui pourrait ensoleiller et réveiller la nuit. Thélyson ramène avec tant de soin la poésie à la source de la beauté, à l’origine de l’art. J’aime éperdument le texte, pourquoi ne pas l’avouer. Certes, j’aime aussi l’enfance du texte. Inventée ou pas, peu importe. Une enfance à la fois émouvante et sensible aux écrits, aux choses n’ayant que pour finalité de muscler l’esprit de l’homme.
     
Il importe de lire et relire soigneusement le texte de Thélyson. Mon amour pour le texte est vaste. Les mots me manquent à mieux l’expliquer. Je souri encore.
 
 
Samuel F. DAUPHIN
Port-au-Prince, 14 décembre 2012 

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 18 Décembre 2012

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Méfie-toi de Gaza

Et de ses blessures hantées

Par le sable mouvant

Il est rituel chez eux

Que des poèmes cagoulés de supplice amers

Enfantent des promesses de sang sur les murs 

 

En guise d’écriteaux 

Quelle est cette langue

Que nous parlons

En épousant la mort ?

Enfant de mauvaise lune

Tes rêves appuyés sur la gâchette

Ne prolongeront pas tes bras

Hélas !

 

Tu es venue au monde 

A l’ère truquée

Il ne reste aucun mystère

Sous la monté des vagues

L’arme qui tue

Sera condamnée par défaut d’être métal

Et le meurtrier déguisé

En franc-tireur 

 

Nous vivons des marges obscènes

En décadence apocalyptique

Des regrets pour la moisson du jour

Nous sommes au temps des cicatrices

Et la nuit a déjà fait sa preuve

Dans nos deuils

Gaza de Port-au-Prince

Gaza de Lybie

Gaza de partout 

 

Les chars ont brulées les arbres

Jusqu'à retarder l’aube

Tandis que des cœurs battants

Sous des projectiles 

Comme une grenouille qui voit sa fin

Sur des chansons de mauvaises haleines

Méfie-toi de Gaza

Et des autres paradis

Décolorés par les grands journaux.

 

Anderson Dovilas

Extrait de Memoire d'outre-monde

 

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 11 Décembre 2012

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Matouchca Démézier est une jeune militante haïtienne des conditions féminines.

 

Cet article est lié à un fait d'actualité de société haïtienne.

 

Par Matouchca Démézier  

 

Il n'est jamais facile de parler de ce qu'on a vécu, trop humiliant de raconter certaines choses qui bloquent et qui rongent à l'intérieur, trop dur de revivre ce que de toutes ses forces on voudrait oublier. Comment raconter ce qu'on aimerait avoir, le pouvoir de remonter le temps et de tout effacer ? Comment vaincre sa honte, sa souffrance, sa peur, le qu'en dira-t-on, le pourquoi c'est moi ? Le c'est peut-être ma faute ? Pour oser se rebeller, se blinder contre le machiste d'une société qui vous juge en coupable, vous pointe du doigt, et trouver le courage de parler, de dire ce qu'on a vécu ? Ce courage, j'en connais qui l'on eut, qui ont été capable de dénoncer leurs agresseurs et garder la tête haute en dépit de ceux qui se sont érigés en juges de moralité.

Le 6 juillet 2005 un décret publié dans Le Moniteur du 11 août 2005, modifiant le régime des agressions sexuelles et éliminant en la matière les discriminations contre les femmes dans le Code Pénal a marqué un tournant dans le système pénal Haïtien. Pourtant, au regard de l'évolution des choses, on en viendrait à croire que cette avancé n'aura pas servi a changé grand-chose de la vision machiste qu'a notre société sur le sujet. En témoigne ce scandale qui secoue le pays depuis plusieurs semaines et tient en haleine, à la manière d'un feuilleton télévisé, la majeure partie des citoyens qui chaque jour attend un rebondissement dans le prochain épisode du jeu à la recherche de la vérité.  

 

Je ne vais pas m'étendre sur un sujet qui d'un camp à l'autre est rempli de zone d'ombre, de maquillage pour arriver à ses fins et prouver que l'autre a menti. Car, cela ne m'avancerait en rien. Mais, je veux profiter de ce que ce sujet soit d'actualité pour encourager ceux qui se taisent à parler.

 

Le viol par définition est  un « rapport sexuel imposé à quelqu'un par la violence, obtenu par la contrainte, qui constitue pénalement un crime »,  il s’agit d’un acte sexuel non consenti, que ce soit au sein d’un couple ou autre. Pourtant, en dépit de tout ce qu'il y a eu d'avancer juridique pour contrecarrer cette agression sexuelle, on en est encore au point où peu de personnes agressées sexuellement se décident à parler et à demander de l'aide. Parce que, notre société n'est pas des plus enclines à croire qu'une personne qui se dit violée soit la victime et non l'inverse. Car, à la minute où cette personne brave la honte, la peur, l'humiliation, pour oser dénoncer son agresseur, comme des vautours la société lui tombe dessus : Elle l'a bien cherché, que faisait elle là ? Elle est une dévergondée, cela n'arrive pas aux filles de bien, c'était son partenaire comment peut-il y avoir viol... D'où le silence de ces personnes qui n'osent pas dénoncer, que dis-je, qui préfère essayer de ne plus y penser et chercher à tenter d'oublier et à se guérir toute seule par peur d'être mise au banc de la société.

 

Au cours des semaines ou le scandale a éclaté j'ai entendu plein de réaction, mais j'ai été sidérée d'entendre à la radio un ancien commissaire du gouvernement dire qu'il lui arrivait de classer des dossiers de viol sans suite à partir de certaines questions, entres autres : L'avez-vous griffé ? Mordu ? Avez-vous à un moment ou à un autre crier ? As-tu à un moment quelconque ressenti du plaisir ? Si la prétendue victimes répond "NON" à ces questions et "OUI" à la dernière,  il n'y a pas matière à poursuite. AFFAIRE CLASSEE ! Dommage, je ne pouvais pas questionner ce fameux ancien commissaire du gouvernement, car, je lui aurais demandé ce qu'il fait de la peur qui quand elle est assez forte devient paralysante. Et, quand on est paralysé par la peur on ne peut que subir passivement l'acte ignoble dont on est l'objet.

En dépit de tout cet à priori, certaines personnes ont eu le courage de casser les tabous et de parler, de demander justice et réparation. Dans une société machiste comme la nôtre la victoire n'est pas un acquis facile, mais elles ont compris que se taire n'est pas la meilleure option et qu'en faisant cela elle protège un dangereux maniaque qui à n'importe quel moment peut recommencer. Aussi, quelles que soient les circonstances de l'agression, dites-vous que vous n'êtes pas coupable de ce qui est arrivé. Vous n'avez pas en avoir honte. Autant que possible ne restez pas seule, ne refouler pas tout à l'intérieur, ne protéger pas ces détraqués par votre silence, chercher de l'aide: appeler la police, consulter un médecin, conserver vos vêtements s'ils sont déchirés, garder tout ce qui pourrait constituer une preuve, s'il y a une poursuite judiciaire, et qui contribuerait à la condamnation de l'agresseur afin que justice soit rendu. Ne perd jamais de vu que votre révolte soit légitime : LA HONTE PLUS JAMAIS DANS LE CAMP DES VICTIMES.    

   

Matouchca Démézier

Pour rentrer en contact avec l'auteure : mama24@gmail.com 

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 10 Décembre 2012

(Yon ti mòso nan menmwa pou finisman etid teyat nan konsèvatwa lavil Pari)  

 

 35686_404864481838_2784169_n.jpgSi yon bon jou chak grenn direktè-teyat te fè kòmkwè yo se Jezikri, yo t ap louvri bra yo bay chak grenn aktèz, chak grenn aktè, yo t ap di : « Swiv mwen ! Bliye sa w ye. Bliye sa w pa vle ye. Bliye non manman w, non papa w, siyati w. Bliye tout bagay pou w sa tounen –transfòme-  tout lòt kalte moun, pou w sa pote kwa lòt siyati, lòt reyalite lavi sou do w… »

 

Direktè-teyat sa yo t ap tou bay, san yo pa konnen, kisa ki teyat. Yo t ap bay sa, sou de chèz, nan pi bèl fason sila ki Mèteseyè nan teyat pa janmè bay.

     

Parabòl direktè-teyat sa yo ta va voye n al fè tèt nou travay pou jwenn ki premye koulè bouji ki liminen toutbon sou tèt yon sanmba. Yo ta va sove nanm fè-bèl nou. Anba gwo kout mirak, yo ta va leve-byen-vivan fòm teyat popilè a ki fin mouri nan divès peyi sou latè beni.

 

Nou ta va konprann atò : tout sa yon aktè aprann lakay manman ak papa, tou sa li aprann nan lasosyete reyini, sou ban legliz ak anba peristil, yo kab sèvi sèlman kankou yon kouch poud-boujwa ou mete sou chak bò-figi yon marabou ki te deja byen bèl depi anvan sa a.

 

Se yon ti diplis. Anyen ankò.

 

Yon aktè k ap degaje l sou yon senn-teyat sipoze voye al bwachat tout bèl konesans, tout bèl fraz grandèt ekri nan liv, tout bèl fraz resitasyon sou tablo.

 

Sou yon senn-teyat se sèl van-vid ki dwe rete anndan aktè a. Van-vid sila se li menm ki va rale mennen vini tout fòs moman an. Li desann fòs sila nan fenfon zantray aktè a. Van-vid sila rale tout fòs lavi ki nan lèzè, li rale l desann.

 

Yon aktè se tankou yon sèvitè lwa. Sèvitè a rive anba peristil san pyès anyen nan tèt li. Kit sèvitè a se avoka, enjenyè, agwonòm, politisyen, chomeko... Anvan tout bagay koumanse, li mete yon  vid chita anndan l, yon van-vid. San sa a, lespri vodou an pa fouti desann nan tèt li. Paske pa gen lwa pou enjenyè oswa pou chomeko. Tout lwa se lwa. Lwa monte chwal li jan l vle.

 

Pou teyat se menm kout baton : peristil aktè a se senn-teyat li, selebrasyon ak sekrè pou konvoke lespri yo se tèks-teyat nan tèt li. Lè sa, aktè a pa sesi-sela ankò, aktè a pa ni nèg ki pi fò lekòl la, ni nèg ki pi bèl gason an, ni nèg ki pi konn pale franse an.

 

Konn pale franse pa vle di konn fè teyat (Sa pa vle di atis nonplis). Anpil franse, anpil Kebekwa, anpil Bèlj ki maton nan pwòp lang peyi yo, yo pa konn yat nan teyat. Teyat te la depi anvan lang franse te egziste. Teyat te la depi anvan tout lang-pale te egziste. Pèp ki te viv an premye sou latè, tout te konn benyen nan basen teyat la, depi anvan yo te melanje kò yo ak lot pèp, depi anvan lòt pèp te vin debake sou tè pa yo, pou fòse yo sèvi ak yon lòt kilti, ak yon lòt lang. Genyen moun ki va di teyat premye pèp sa yo te konn fè an se pa menm teyat n ap fè jounen jodi a. Mwen pa p batay! Sèlman m ap di: sa yo te konn fè an se te teyat. Bon jan teyat ki rele teyat. Teyat ki pa rete ak teyat.

 

Bon jan aktè a se sila ki rive fè mistè teyat la djayi nan tèt li menm jan mistè ginen yo konn djayi nan tèt yon hounsi-kanzo.

 

Bèl konesans pa fouti leve eskranp figi yon kreyasyon atistik. Sa pa sifi okenn. Teyat pa lasyans!

 

Bon jan aktè a, lè li gen yon pyès-teyat ekri sou papye douvan zye l, li sipoze sèvi ak fòs lanati ki sou li an pou li kase chenn moun-save lotè a. Lotè ki ekri pyès teyat, kont-chante, pwezi…panko janm lotè toutotan okenn bon dizè, okenn bon komedyen, bon sanmba-mizik pa voye ekriti li yo monte tankou tout bèl pale, tout bèl chante anfas yon gwoup moun. Tout literati ki dodomeya anndan liv se literati zonbi.

 

Kidonk, aktè-teyat ak sanmba se yo menm ki fè literati goute sèl, se yo menm ki bay ekriti moun-save lavi.

 

Se pi gwo erè aktè-teyat te ka fè lè yo kite latranblad pran yo douvan ekriti gwo zotobre-literati mete chita sou fèy papye; jouk yo rive pèdi pwòp konprann yo, pwòp foli yo, pwòp gade, santi, manyen yo, douvan ekriti sila.

 

Se pi gwo erè tou deseri de gwo lotè toujou fè, lè yo kanpe an kwa, lè yo rele pinga sou aktè ak direktè-teyat ki vin pwoche travay literati yo.

 

Aba tout lotè ki mande pou ekriti yo soti jan yo vle li an (Jan y ap tann li an) sou yon senn-teyat. Yo se lotè kolon!

 

Yon atis-teyat se tankou yon jwè-foutbòl ki gen yon balon nan pye l. L ap Mennen balon li jan pou l mennen l nan kan lòt ekip la. Pyès mak-fabrik balon foutbòl pa fouti di l men kouman pou li woule balon sila.

 

Dènye esperyans-teyat mwen fè avèk yon direktè pyès-teyat ki soti nan peyi Dayiti te voye m al reflechi sou sa atis-teyat dwe chache toutbon lè yo deside fè teyat. Mwen te vin konprann byen vit gen anpil atis-espektak ki panko lib-e-libè vre pou yo ta fè yon teyat ki rele yo chèmèt chèmètrès. Oswa yon kreyasyon atistik ki pou ta janbe lanmè pou rive jwenn lòt pèp, lòt nasyon.

Tout jan se te yon esperyans malouk!

 

San mwen pa pè di sa: lè lakoloni makonnen zo sèvèl yon nonm jouk nan kiltirèl, jouk nan atistik, nonm sila pa fouti rive donnen yon Bòb Male, li pa fouti rive donnen yon Ti Manno, yon Velo wa ka (gwo tambourinè peyi Gwadloup), yon Eme Sezè, yon Feliks Moriso Lewa, Yon Lobo Dyabavadra….Yon nèg lib !

 

Menm si se sa nonm sila ap chache. Donmaj li donmaje !

 

Se gwo donmaj !

 

Moun sa yo mwen sot site pi wo a, yo te demele yo kou mèt Jan-Jak pou pote vini kreyasyon atistik granmoun ! Yo te respekte tout lòt pèp, tout lòt kilti. Men yo pa t restavèk pyès lòt pèp, pyès lòt kilti. Pyès lòt pèp, pyès lòt kilti pa t fouti ba yo barikad lè pou yo te deplòtonnen met deyò kalte-moun yo te ye a. Se sa yon atis. Atistik se libète !

     

“Yo fè, yo fè, yo voye ban nou. An nou fè voye ba yo tou”.- Koupe Klouwe

 

Menm jan ak nèg lib mwen sot pale de yo talè a, yon bon grenn atis dwe travay pou pote vini yon zouti atistik tou nèf pou epòk li an ki va sèvi tou pou lòt epòk k ap vini yo. Li fèt pou kreye yon zouti atistik ki pi fò pase pwòp tèt li. Yon zouti ki sonnen pi byen pase non li ak siyati li. Se misyon li sou latè. Li pa genyen lòt ankò.

 

Pou sa pi byen konnen kisa yon atis-teyat ta dwe ap chache lè li deside fè teyat, fòk n al dèyè konnen kisa yon piblik-teyat ap chache lè li deside al gad teyat.

 

Lè yon piblik fè deplasman, li peye plas-teyat li, li chita san bri san kont. Kisa li vin wè ?

Piblik lan pa vin wè moun k ap pale franse. Li pa vin wè moun ki fò nan woule « R » anba ti gòjèt. Li pa vin wè moun k ap « fè teyat ».

 

Li pa vin wè lavi nonplis. M ap di non non e non ! Li pa vin wè lareyalite.

 

Piblik lan vin wè yon fòs, yon bagay ki pi fò pase lavi. Li vin wè lavi yon lòt jan. Li vin pran sant pafen yon lareyalite ki pa chita anndan lareyalite toutbon an. Yon pafen ki soti anndan yon lòt pafen. Piblik lan vin wè bon nanm li k ap fofile monte kite lavi atè. Dèyè nèt!

 

Nan yon sal-teyat, moun yo vin bay menm kout-zye yo te bay, yon jou konsa, nan tan timoun-piti yo.Yo vin wete nan men atis la premye gout dlo ranplisay basen lavi yo.

 

 

Manno Vilsen (Emmanuel Vilsaint)

Lavil Pari, 2012

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 8 Décembre 2012

Dans un article, Néhémy Pierre jeune poète, a essayé de mesurer le fondement de la légitimité des biens culturels à travers certaines instances et certaines structures de la culture haïtienne. Il soutient qu’aucune légitimité ne peut venir d’institutions matériellement démunies en plus d’être sous la dépendance la plus totale. Ainsi, par son texte, l’auteur d’Emmuré et de Mots Epars (ré)active-t-il un sujet de grande importance pour tout jeune artiste. Intéressé par la problématique, je trouve utile et motivant d’apporter une pierre, aussi petite soit-elle, à la construction du débat.  J’ai à cet effet, choisi d’aborder dans le sens de la construction de la légitimité culturelle en rapport à la perception sociale projetée sur les biens culturels.   

 

N’en déplaise aux auteurs d’Haïti, une traversée littéraire, aujourd’hui comme au 19e siècle, l’histoire de la littérature haïtienne est en soi une recherche vaine de l'autonomie et de la légitimité par rapport à la littérature française. Il serait tentant de dire dans ce cas que le centre n’est plus apprécié en tant que tel puisque la périphérie qu’il objective et postule ne le perçoit plus comme centre.  Mais les quêteurs peinent à réaliser ce rêve. Car la dépendance de la littérature haïtienne dite francophone - donc périphérique à l'égard de celle de l’ancienne métropole - est telle que toute reconnaissance passe par Paris, le centre de la francophonie. Les «auteurs [haïtiens], nous dit Dany Laferrière, attendent que la France leur tende la main pour publier un livre chez Grasset ou chez Gallimard ». Les littéraires haïtiens ne peuvent évidemment pas dans une position inférieure s'imposer. Si donc la légitimité se fonde aussi sur des réseaux relationnels, force est de constater que dans le cas d’Haïti ce réseautage conduit à l’aliénation pure et simple de nos biens culturels (producteurs et productions).  Or, pour qu’un bien culturel soit légitime, il lui faut s’inscrire dans une pratique culturelle qui n’est pas restavèk. La nôtre l’est-elle jusqu’à quel point ?

 

En vertu de quoi institue-t-on une aune culturelle ? Et jusqu’à quel point cette aune s’insère-t-elle dans le rapport conflictuel qui nourrit la société haïtienne ? Il faut dire que l’évaluation de la qualité ou de la valeur artistique des biens culturels s’organise sur des bases « intuititionnables » (du j’aime/du j’aime pas) ou sur des bases claniques. Ces dernières m’intéressent beaucoup plus. Certains acteurs de l’espace culturel décident de considérer telle ou telle œuvre/ tel ou tel artiste comme « le nec plus ultra » à avoir réalisé les principes qui organisent leur « champ » (espace de confrontation continuelle) d’activités. Certes, il y a ce qu’on appelle la légitimité rationnelle, qui s’appuie sur la loi. Mais de cette pratique-là viennent deux autres types de légitimité : traditionnelle et charismatique. La légitimité est dite traditionnelle si le bien culturel consacré « mobilise [certains] procédés esthétiques, s’il reconduit des présupposés artistiques reconnus pour évidents, et charismatique si le bien culturel est indissociable d’un écrivain ou d’une personne exemplaire [auteurs connus, critique, spécialiste réputé, grande maison d’édition…] qui l’aurait écrit, publié ou commenté ». Le type prépondérant chez nous serait le modèle charismatique. En effet, si c’est telle ou telle personnalité du champ publie ou commente telle ou telle œuvre, cette dernière sera jugée bonne ou mauvaise. Dès lors, pour comprendre le mécanisme de légitimation en Haïti, il faut questionner sérieusement les modes et les modèles opératoires de reconnaissance et découvrir les dieux qui définissent les critères de salut d’un bien culturel.

 

Contesté certes, mais un monde de l’art existe bel et bien en Haïti et il fonctionne à l’image de l’État, l’État marron : Un État restavèk [et/ou] démissionnaire.  C’est un fait que les jeunes artistes ne doivent ni ignorer ni prendre à la légère. Car ce monde, malgré sa faiblesse constatée et criée, fonde, perpétue ou conteste à l’heure actuelle le statut de certains biens culturels (producteurs et productions, matériels ou immatériels) et s’efforce d’assurer à d’autres une certaine visibilité (condition nécessaire et parfois suffisante pour leur légitimation, du moins temporaire). Ce qui revient à dire que l’instance de légitimité ne garantit pas l’objectivité : elle consacre des « préjugés », donc des « abus », des « erreurs » … Ses outils de travail, si divers soient-ils, sont à priori discriminatoires. Penser la légitimité dans le contexte actuel revient d’une part à interroger les mythes légitimateurs, le champ symbolique, les acteurs de légitimation, d’autre part, à (ré) configurer les formes incorporées (un nouvel habitus), à (ré)définir les formes objectivées (comment s’approprier les biens culturels), à (ré)fonder les formes institutionnalisées (maison d’édition et tous les organes de réception) et le marché (du moins de l’intérieur) des productions de biens culturels. Vaste projet générationnel !

 

Penser la légitimation des biens culturels est une action politique par excellence. Car la culture suppose avant tout une reconnaissance sociale et un partage du symbolique. Ainsi, dans le domaine de la politique (telle qu’on le pense aujourd’hui), comme dans celui de la création culturelle, tout acte ou toute pratique sociale se fonde sur une approbation consensuelle. Or, le consensus est un état mouvant dans le temps et dans l’espace. Aujourd’hui, avec le « changement de géographie littéraire », une nouvelle production littéraire se met en place et de nouveaux groupes se dessinent dans le paysage littéraire haïtien, travaillent et demandent à être reconnus au sein de la hiérarchie culturelle. De là est né le mouvement que certains appellent « malaise » ou « conflit générationnel ». Ce n’est, à mon avis, ni ceci ni cela. Je dirais plutôt que c’est la preuve que l’espace culturel est en très bonne santé mis à part qu’il faut le « déchaîner ».  

 

La culture (comme lieu de l’objectivation sociale du talent, comme accumulation du capital symbolique, comme socialisation ou essentialisation du talent) est un espace de pouvoir : intellectuel, économique et politique. Ainsi cet espace est-il devenu un théâtre de l’ascension sociale, un lieu où l’héritage se perpétuerait.  D’où une lutte constante et renouvelée. Autant dire ici que la légitimité est la fille d’un désir de pouvoir et d’une lutte.  Effectivement, le royaume de la culture, en Haïti tout comme partout ailleurs, est semblable au royaume des cieux. Il est forcé. Seuls les violents (compétents [ ?], originaux [ ?] et riches,   pour le moins) finiront par s’en emparer. A en croire les propos de Claude Sainnécharles en effet, avec Trouillot et Castera qui sont à la fois Legba et Saint-Pierre parce qu’ils détiendraient le « capital culturel », les jeunes élus peinent à y entrer sous prétexte qu’ils ne produisent, esthétiquement, que des œuvres beaucoup plus près du mot de Cambronne  que de la littérature (une autre façon- plus arrogante- de dire que les jeunes écrivains qui échappent à leur dictat n’ont pas d'habitus). Mais puisqu’il y a changement de géographie constaté dans la littérature haïtienne, laquelle des deux cultures sera hégémonique et l’autre sous-culture dans les jours les plus proches ? Y aura-t-il continuité ou cohabitation pacifique ?

 

La légitimité, née de la difficile coexistence entre l’histoire et le progrès, entre le passé et le futur, est une matérialisation de la foi. Ouvrir le royaume de la culture à cette nouvelle aire géographique dont parle Néhémy c’est pour les « anciens garants ?» premièrement s’exposer au danger. Et le plus grand des dangers est la conquête de l’espace légitimateur par les jeunes. Voilà pourquoi les garants de cet ordre n’ont qu’une seule stratégie : cimenter l’espace culturelle pour ne pas être perturbés. Qui plus est, l’ouverture de ce territoire amorce d’une part une phase dans le processus de démystification de l’ancien système et d’autre part, une expulsion des anciens démons de l’espace divin-naturel qu’est la culture.

 

Penser la légitimité, c’est enfin penser la « durée ». En ce sens, il s’impose de recourir à la conception historiciste des biens culturels. Un bien culturel peut rester immuable aussi longtemps qu’il sert les idéologies ou les régimes dominants et répond aux exigences d’un goût littéraire, à la mentalité d’une civilisation ou d’une communauté d’hommes et de femmes. Mais aussi, ce bien-là peut sortir du canon et même tomber dans l’oubli.  En un sens, la valeur/le statut d’un bien culturel dépend toujours de l’idée que l’on se fait à chaque période de l’art ; elle dépend de chaque conception qu’une génération a des valeurs culturelles. Ainsi, la postérité doit-elle constamment interroger la mémoire culturelle pour pouvoir comprendre la notion d’oubli, de continuité ou de rupture dans les mécanismes de (ré)production des biens de la culture. Mais il est de fait que toute nouvelle donne doit nécessairement se bâtir sur les dépouilles de la précédente. Voilà pourquoi la légitimité d’un groupe qui se présente souvent comme un absolu ou, du moins, comme un statu quo, est, par nature, relative et remplaçable.

 

     

Tetzner Leny Bien Aimé

 


Cf. Néhémy Pierre, Comment devient-on écrivain en Haïti aujourd’hui ?

J’entends par l’expression ‘’bien culturel’’, l’ensemble des productions matérielles ou immatérielles, de la société haïtienne. Ainsi, comme l’a définie l’UNESCO dans la Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles (26 juillet- 6 aout 1982), la culture est cette enveloppe qui « englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les traditions et les croyances ». Puisque toute culture repose sur des valeurs, elle est une projection humaine susceptible de varier notamment en fonction des aléas de l’histoire. Ce qui veut dire de fait que la culture tout comme les biens culturels ne sont pas « idéologiquement inertes» d’autant plus que les perceptions de certains artistes haïtiens se confrontent à d’autres croyances préalablement établis. C’est par ailleurs ce qui fonde, par exemple, cet œcuménisme culturel au sein de la francophonie/francité.

Cf. propos de Dany Laferrière dans son interview avec Ghila Sroka sous le titre « De la francophonie et autres considérations… », In littérature @ Ile en ile. Voir aussi Tribune juive, Vol. 16, no 5, août 1999, pp. 8-16.

 Cf. Jérôme David, « La marche des temps : sociologie de la littérature et historicité des œuvres », CONTEXTES [En ligne], 7 | 2010, mis en ligne le 03 juin 2010, consulté le 05 août 2012. URL : http://contextes.revues.org/4647 ; DOI : 10.4000/contextes.4647. En effet, toute la réflexion de ce paragraphe s’inspire du texte de J. David.              

L’expression est empruntée à Leslie Jen-Robert Péan dans son ouvrage titré « Haïti: économie politique de la corruption. L’État marron, 1870-1915 ».

  Cf. son article Contre l’impertinence Casterienne et Trouillotienne.

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 4 Décembre 2012

Le 5 décembre 1492, Christophe Colomb arriva dans une grande île de la Mer des Caraïbes, appelée ''Haïti, Quisqueya ou Bohio'' par les Amérindiens. Il installa son premier campement sur cette île qui devint le laboratoire du système d’exploitation du nouveau continent. Cette date marque donc le début du saccage des civilisations amérindiennes, toujours présentes dans nos mémoires !
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Pour tous les gens merveilleux que j’ai rencontrés au Fenua    
 
Cela s’est passé le 17 mai 2006, vers 20h30. Le Salon du livre de Tahiti ouvrait ses portes le lendemain. Les invités étaient reçus par l’équipe de la revue Litterama’ohi à la Maison de la culture: rencontre sympathique, atmosphère simple et détendue, ambiance conviviale. Nous fîmes connaissance, reçûmes des exemplaires de l’édition spéciale de la revue pour souligner cette cinquième édition du Salon et eûmes droit à un slam d’un jeune poète calédonien, Paul Wamo. J’eus l’occasion de goûter pour la première fois au pain à la noix de coco et le plaisir d’échanger avec des écrivains, de la Polynésie bien sûr, mais aussi de la Nouvelle-Calédonie, de la Nouvelle-Zélande, des Îles Fidji, de la Réunion, de la Martinique et du Canada. Au moment du retour, quelques uns d’entre nous, attirés par la musique, décidèrent d’aller jeter un coup d’œil au spectacle qui avait lieu sur la grande scène voisine et purent ainsi assister à la fin d’une répétition d’un ballet de la troupe Maanau.    
 
Je l’ai tout de suite reconnue quand elle a fait le tour de la grande scène de la Toa’ta en disant un de ses dits de Fleur d’or. Avec leurs costumes somptueux et leurs coiffures richement parées, les membres de la troupe auraient aussi bien pu être Incas, Mayas ou Aztèques. Moi, je savais qu’ils n’étaient pas uniquement Maho’is, mais qu’ils étaient également Taïnos d’Ayiti-Quisqueya-Bohio et que leur seule présence annonçait la surprise de sa venue. Je l’ai tout de suite reconnue à son intensité et à sa douceur, à sa détermination et à sa sensualité. Flamme majestueuse à l’aura d’autorité, je l’ai vue faire le tour de la grande scène pour leur dire et nous dire, dans une langue inconnue mais si claire, l’amour et la révolte, la fierté et l’orgueil, la tendresse et l’audace, l’urgence et la résistance.    
 
Ia ora na, Anacaona, Ia ora na.
 
Et j’ai fermé les yeux un instant, et j’ai vu ses ancêtres s’installer dans l’île sans marée promise à leurs maraes, l’île unique où l’influence de la lune est annulée, point nodal où se rejoignent les lignes cotidales, nœud de résonance, onde stationnaire, point amphidromique, l’île lumière, l’île perle du collier oasien, Eden fleuri et parfumé réservé par Oro, gran mèt la, pour l’épanouissement et le bonheur de leurs familles. Mais, vinrent des temps de disette et de famine, temps de divisions et de querelles, temps de deuils et de guerres sans quartier. Et j’ai vu des familles entières embarquer à bord de grandes pirogues doubles, en emportant tout ce qu’il leur était possible d’emporter. Et j’ai vu la longue caravane, s’engager dans l’ouverture du récif, quitter le lagon turquoise et s’élancer sans peur à la conquête de l’horizon. Je les ai vus quitter les terres des yeux, chevaucher les dunes d’écume du grand désert marin, et naviguer des semaines et des semaines, guidés par les caprices du vent sur la crête des vagues et les dessins étoilés de la voûte céleste. Je les ai vus sillonner le silence mystique de cette immense basilique, goûter à ce vide qui porte l'exigence de l'âme au plus haut point, regarder en face des forces qui nous dépassent et voyager jusqu’au bout d’eux-mêmes.    
 
Certains s’arrêtèrent en chemin pour habiter et féconder de tikis d’autres chapelets d’oasis du grand désert mer marin. Les autres poursuivirent leur route d’eau jusqu’à la découverte d’un monde fascinant, un continent vierge de toute empreinte humaine, une terre qui n’avait même pas connu d’hominiens, un milieu pur. Durant des millions d’années, des margouillats géants et des iguanes surdimensionnés l’avaient parcouru sans relâche et y avaient régné sans partage. Un morceau de soleil tombé des cieux les en avait effacés pour l’offrir intact, riche d’une flore et d’une faune encore à apprivoiser, au génie créateur des ancêtres d’Anacaona. Et ils brûlèrent leurs grandes pirogues doubles sur les rives de leur découverte et les plaines qui se renouvellent à perte de vue, et les montagnes qui s’élancent à l’assaut du ciel, et les forêts qui laissent à peine pénétrer la lumière du soleil, devinrent leurs nouveaux temples. Et les enfants des petits enfants de leurs arrières petits enfants enfantèrent à leur tour et créèrent quelques unes des plus belles civilisations que l’humanité n’ait jamais connues.    
 
Sur les bords du lac des pumas de pierre, oasis liquide tout en haut dans la grande cordillère, là où l’on peut naviguer la tête dans les nuages, là où le roseau des montagnes sert à fabriquer des motus flottants, là où le condor n’atterrit que sur la face des plus grands précipices, ils mirent au monde la fille et le fils du Soleil et nommèrent leur île berceau en souvenir de l’île lumière. Ils couvrirent leur patriarche de feuilles d’or et le transformèrent en un véritable tiki vivant, un soleil immortel, que certains appelleront plus tard El Dorado. Dans leurs somptueuses constructions reliées par un impressionnant réseau routier, ils s’élancèrent à l’assaut des cimes du savoir dans le domaine médical, le travail de la pierre et l’agriculture. Et sans recourir à l’écriture, à l’aide de simples nœuds dans des cordelettes multicolores, ils purent constituer d’imposantes archives pour conserver et transmettre leur science et leur sens de l’organisation. Plus au nord, au sein du monde du jaguar, dans un majestueux écrin de verdure striée de rivières ondoyantes, ils érigeront une grande stèle autour de laquelle se développera "le lieu des échos". Et Tikal devint la perle d’une éblouissante culture qui portera aux plus hauts sommets les connaissances humaines dans l'architecture, l'écriture, les sciences et les mathématiques. Et pour faciliter les échanges d’énergie avec le cosmos, ils élevèrent les plus imposantes pyramides de cette jeune terre, plus hautes que la brume qui enveloppe la crête des plus grands arbres de cet océan végétal. Et ils s’enfoncèrent, et se perdirent, dans le labyrinthe qui conduit aux secrets les plus intimes du temps.    
 
Encore plus au nord, après deux siècles d’errance sur les terres désertiques, ils se fixèrent, comme le leur avait prescrit le soleil, autour du rocher où ils virent l’aigle dévorer un serpent sur un cactus. Ils asséchèrent les marécages avoisinants et sur ce haut plateau à l’ombre des volcans, à l’endroit exact où le soleil et la lune s’élevèrent dans les cieux et où naquirent les dieux, ils édifièrent Tenochtitlán, la plus belle ville du monde, la cité lacustre aux milles canaux et aux mille jardins flottants, qui pendant cinq siècles, sera la plus grande capitale religieuse et culturelle, mais aussi le plus grand centre économique et politique du Nouveau Monde. Ils en firent un véritable microcosme de l’univers, l’expression exemplaire de la totalité de leur vision du monde. Et par des rituels sanglants, ils entreprirent de repousser à jamais les assauts du néant. Mais c’est dans l’arc-en-mer insulaire qui relie les deux parties de ce nouveau monde qu’ils purent enfin retrouver les plus grandes constructions jamais réalisées par des êtres vivants à la surface de la planète. Ils revirent la prodigieuse diversité biologique des récifs coralliens et l’azur turquoise des lagons aux eaux calmes. Et c’est sur la grande terre montagneuse au centre de ce chapelet d’îles qu’ils entreprirent d’édifier une société vouée à l’expression artistique, basée sur la paix et la parfaite harmonie avec la nature. Et c’est dans ce nouvel Eden fleuri et parfumé, dans l’île perle de ce nouveau collier oasien, que s’épanouit la Fleur d’or, maîtresse de la danse, de la poésie et de la musique, celle qui par son charisme devint la lumière des Taïnos, l’inoubliable reine du Xaragua, à la destinée légendaire et bouleversante.    
 
Ia ora na Anacaona, Ia ora na.
 
Mais le malheur frappa encore. Emmené par un vent mauvais, il arriva d’un monde ancien, par la route d’eau de l’autre grand désert marin. Un matin comme les autres, il arriva sans s’annoncer dans le vert des eaux tranquilles, sous les traits d’évadés du royaume des morts, rongés par l’avidité et la cupidité. Et ce furent de nouveau temps de carnages et de pillages, temps de désolations et de souffrances. Le Xaragua d’Anacaona, le plus grand des cinq royaumes de la grande île montagneuse, continua à opposer résistance même après la chute de ses voisins. Et Anacaona poursuivit la lutte contre les envahisseurs même après la mort de son époux et celle de son frère. Mais pour sauver ce qui pouvait encore être sauvé de son monde, elle accepta de faire la part du feu et de sceller un armistice avec ces rescapés de l’enfer. Mais ni les intrigues de cour, ni les accrochages avec les Caraïbes, ne l’avaient préparé à tant de duplicité chez un adversaire. La grande fête qu’elle avait organisée et à laquelle elle avait convié tous les dignitaires de son caciquat pour rencontrer leurs nouveaux alliés, la grande fête qui devait célébrer le pacte de paix devint le théâtre du plus grand carnage jamais vu dans cette partie du monde. La tuerie fut si effroyable que l’odeur du sang traversa l’océan et de tous les recoins de l’ancien continent, d’autres meutes accoururent pour participer à la curée.    
 
La vague affreuse submergea d’abord les îles émeraude du collier oasien puis frappa de plein fouet tout le nouveau monde, engloutissant temples et palais, sciences et connaissance, arts et cultures, beauté et raffinement. Elle n’épargna aucun recoin et emporta les peuples de l’aire du condor ainsi que ceux du monde du jaguar et ceux du royaume de l’aigle, piégés par leurs mythes qui les portèrent à voir les nouveaux venus comme des dieux et qui ne réalisèrent leur erreur fatale que bien trop tard ! La lame infâme atteignit même ceux des grandes plaines aux immenses troupeaux de bisons, ceux-là qui avaient rencontré d’autres hommes venus par un pont de glace tout au nord du continent. Et dans son mouvement de reflux, elle alla frapper le berceau même de l’humanité, de l’autre côté du grand océan, lui arracha ses filles et ses fils cuits par le soleil et les emporta, d’abord dans l’île perle du collier oasien puis dans tout le Nouveau monde.    
 
Ces nouveaux venus purent côtoyer durant quelques temps les derniers descendants d’Anacaona, qui partagèrent avec eux leur culture. Ils en conservent jusqu’à ce jour, même s’ils n’en sont pas toujours conscients, des fragments que l’on peut retrouver dans leur musique, leurs danses, leur alimentation, leur artisanat, leur religion et même dans la nouvelle langue qu’ils développèrent..
 
Il fallut à ces hommes d’ébène trois siècles pour arriver à secouer leur joug. Lors des dernières batailles, c’est le cri de guerre d’Anacaona qu’ils reprirent à l’unisson et qui retentit sur toute la grande île montagneuse: Aya bombe ! Mourir plutôt qu’être asservis! Et au lendemain de leur victoire, ils se souvinrent de la reine mythique. Et ils se souvinrent de ces marrons qui les avaient accueillis dans leurs premiers mouvements de révolte et avaient partagé avec eux leur expérience de lutte et ils redonnèrent à l’île perle son nom originel. Cela s’est passé il y a deux siècles mais leur combat se poursuit encore, car, « dèyè mòn, gen lòt mòn », « derrière une montagne, il y a encore d’autres montagnes ».    
 
De retour à Montréal, j’ai appris par les journaux qu’on avait vu Anacaona à Miami, sur la scène du Jackie Gleason Theater of Performing Arts dans le cadre d’un ballet présenté par la troupe de l’Académie de danse RMT venue spécialement de Port-au-Prince. Puis je l’ai revue sous les traits d’une voisine originaire du Panama et je l’ai croisée à l’Université, avec cette fois le visage d’une jeune Abenakie. Enfin, lors d’un bref séjour en Haïti, j’ai appris qu’elle était devenue une divinité du panthéon vaudou et qu’elle apparaissait parfois aux abords des cascades de l’île.
 
Je suis maintenant certain que je n’ai pas rêvé devant la grande scène de la Toa’ta, et qu’elle est bel et bien revenue.
 
Ia ora na, Anacaona. Ia ora na!
 
Mais au fond, n’avait-elle pas toujours été présente ?
     
     
Jean-Claude Icart
 
PS : Une première version de ce texte a paru dans la revue Litterama’ohi, Papeete, novembre 2006   

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 1 Décembre 2012

 

Barcelona,  Février 2011.

 

Encore une fois, je pris plaisir à kodaker Ange.

 

Sa tête plaquée-collée sur chaque cliché dans une prétention de réalité surgissante non encore baptisée ni classée dans le regard métaphorique contemporain. Sous un bleu vif, je sortis de mes murs. J’écoutai parler dedans moi la sage voix tissée de folle résonnance. Je suivis les sentiers de la déchirure intérieure universelle, sûre de rendre encore plus bestiale une douce animosité.

 

Je sus dès les premiers instants de ce prétentieux exercice auquel je me suis prêté avec tant de frivolité, qu’il alla tout simplement faire de ma mémoire un confluent du passé et du présent. Un infini avenir.

 

D’où peut conduire le refus hypocrite de se laisser agripper aux enracinements d’outre-terre? A quoi bon un déplacement, une transplantation du corps et de l’esprit, s’ils ne conduisent nullement à un passage entre un rien et un remplissage d’âme, s’ils ne remplissent pas les vides d’un trop-plein de lumière éclatante, bouleversante.

 

J’ai une envie subite de puiser, jusqu’à trouver gain de cause à bord de ma poésie en dérive, dans les expériences pour le moins tumultueuses des coopérants internationaux, des « mamans bon-cœur » du troisième âge qui s’empressent de faire thérapie de leur vie dans le sud-pathologie. Eux au moins, dans tout le délice que sécrète une « bonne coopération »,  font jaillir intarissablement ce dont ils ne se savaient pas détenteurs.

 

Barcelona révéla en moi un caractère lumière exprimé dans l’étrange composition de mes clichés. Mes doigts vagabondèrent sur toute la surface tactile de mon Kodak.  

 

Objectif Ange :

 

Ange-Sagrada Familia, Ange-Guel, Ange-Casa Mila, Ange-Rambla, Ange-Port Vell, Ange-Picasso, Ange-Mirò, Ange-Gaudi, Ange-Ange, Ange…Ange…Ange…

 

Folitude totale !

 

Une folitude – dirait l’homme de scène David Mézy – nous chevaucha tous deux. Celle de nos amours enjambeuses de temps et d’espace.

 

Nous habitons une démesure de temps et d’espace. L’imprévu. L’improbable. Nous appartenons au tumulte capricieux du jour où chacune de nos actions, chacun de nos déplacements sont en vérité sans datation, sans mesures de longueur.

 

Progression aucune !

 

Une simple date, c’est fait pour garder une simple trace de nos vouloirs incessants, nos grandeurs et nos actes manqués. Car, il arrive parfois, qu’un échec construit tel jour, déformé longtemps après, provoque une grandeur de dignité, parce qu’il semble après coup que le temps dans une apparence inerte est devenu l’ellipse même de cet « échec ».

 

Cette activité intense, incessante qu’est notre action, -notre déplacement- est bien plus forte que le temps.

 

Nous est-il arrivé de voyager pour voyager ?

 

Pour Ange et moi ce ne fut point un voyage. Plutôt, une traversée. Un enjambement. Comme un passage, sans perception temporelle ni mesures de distances, de France à Transe, d’hiver au Cap-Vert.

 

On ne fait pas un pays. Une ville, ça ne se fait pas ! Je n’ai pas fait Barcelona. Barcelona a fait de moi quelqu’un. J’ai eu, de sa vie, un surcroît de vies. Tout comme on peut absorber, pour mieux se définir et se rejoindre, quelques autres vies juxtaposées, à chaque pays découvert, à chaque ville, chaque ruelle, chaque habitant.

 

On n’en sort jamais avec une simple cervelle !  

 

Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui, a dit Montaigne.

 

Aujourd’hui, Ange, pour tester ma foi de poète, me demande de remémorer l’odeur de brise des soirs sur l’avenue diagonale. Le cri de nos émerveillements, subjugués face à la folie Gaudi.  La couleur des courbes de Picasso. Le grand goût dans le ventre que nous donnèrent les délices envitrinés. Elle veut par-dessus tout m’entendre, en chantant, réciter les lignes de nos conquêtes catalanes.

 

Ange, mon Ange. Voici tout ce que mon silence peut te répondre :

 

Chaude Catalane, tu glissas sous ma langue un léger goût de sel.

Comme dans une pressante volonté de raffermir des tripes tressées.

En moi, tu t’éternisas, en dehors de tout temps.

Tu m’injectas le venin savoureux de ta capitale saline dont le faîte frôle l’intemporel.

  

 

Emmanuel Vilsaint  

Auteur, comédien

Rédacteur à Parole en Archipel

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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