Publié le 14 Janvier 2012

FABIANSans bercer dans le sensationnalisme ambiant, alors qu'il faudrait plutot songer à ceux qui sont désormais nos ancetres, mais quand je me souviens pourquoi j'écris, cette révolte qui n'en finit pas, ce petit texte assez imaginatif pour purifier l'esprit...

 

Des pas sourds s’enchainent dans les roues d’une voiture accélérant sur la route la plus large du pays, le ciment dansant avec la voiture ralentissant brusquement son départ, le conteur à vitesse de cet engin doit désormais compter le nombre de kilomètre-heure moins trente-cinq secondes car elle vient de subir un recul dans le temps, tout un pays vient de subir un recul dans le temps avec elle. Je suis dans la voiture et je demande au chauffeur ce qui se passe, s’en suivent de longs moments de silence. Le temps défile parfois comme un miroir, marcher dans le temps serait marcher en arrière dans notre espace biographique, c’est se demander quel sens a eu notre vie et penser à l’avenir. Oui l’avenir, je prends d’une méthode un peu brusque le volant d’entre les mains du chauffeur et je me mets à rouler à toute vitesse, me diriger vers mes rêves avec un désir supersonique. Fuir la mort. Car le seul choix de vie qu’il me reste se serait incarné dans cette mer pas seulement autour de moi, vers les deux rives de la chaussée, mais surtout cette mer qui me suit. Et verra-t-on dans ce monde sans Dieu, entre elle et moi qui partira plus tôt. Je suis un homme décidé. Mes paumes accrochées au volant je me souviens de ces doigts accrochés aux ongles bleus de ma femme, à ce dernier destin qui me reste. Si je meurs je serai la victime d’une histoire gaspillé, un épisode banal dans le courant de plusieurs mondes, la partie infime de 200 000 victimes qui n’ont pas su sauvé leur pays, qui n’ont pas su se sauver. Je ne mourrai pas sans avoir accompli quelque chose, rien qu’une chose qui mérite qu’on se souvienne de moi. La plante de mes pieds ne fait plus qu’un avec l’accélérateur essayant d’augmenter le volume du moteur en fonction mais ce n’est qu’un bruit hélas déjà couvert par celui de l’eau qui enraye notre espoir. L’eau a pénétré ma voiture,  perdu, je n’emploie ici qu’un demi-mot. Mon esprit vous parlera peut-etre ou peut-être que si j’ouvre la porte, je me laisserai conduire par les flots de ce tsunami, et je nagerai avec elle jusqu’à sortir de ce désastre.

 

 

Fabian Charles,

Université Paris IV - Paris, 12 Janvier 2012

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 11 Janvier 2012

Nous dédions ce poème de Birago Diop pour saluer la mémoire de Schélomi Lacoste... 

Le poème tapé à la machine par Birago :

  
soufflestap.jpg

 

Extrait de "La Plume raboutée "

...j'étais adopté par ceux du village dès le premier jour où j'y montai. Notamment par M. Cassagne et son fils Charles, des « bourgeois » venus de Saint-Gaudens à 18 km pour fabriquer du beurre et élever des porcs. Charles, petit et sec, la tête de Voltaire vieilli sous son éternel béret basque, taquinait la muse et lisait beaucoup. Nous fûmes rapidement amis. Pour lui apprendre l'Afrique dont il était curieux d'une manière intelligente, je lui dédierai mes Souffles.

  

Birago Diop est né en 1906 à Dakar au Sénégal. Il exerce le métier de vétérinaire et occupe également un poste d’ambassadeur à Tunis. Il a écrit les Contes d’Amadou Koumba. La plupart des poèmes contenus dans le recueil Leurres et lueurs ont été inspiré par des contes africains.

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 1 Janvier 2012

 

"La belle amour humaine 1957"
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http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/photos/alexis.jpg

 Jacques-Stephen Alexis en 1961 

D.R. © photo des archives de Gérald Bloncourt
(cliquer pour voir la photo entière)


Extrait d'un message de vœux de Jacques Stephen Alexis adressé à l'être Humain, son ami. Publié, à l'origine, en janvier 1957, dans les Lettres françaises et repris ici dans un numéro spécial intitulé "Jacques Stephen Alexis et la littérature d’Haïti" de la Revue mensuelle Europe, en janvier 1971, 20-27pp.  Paru sur Parole en Archipel en ce 1er Janvier 2012.


 

Heureuse année à mon ami l'Homme !

 

Heureuse année aussi à ceux qui se cherchent et ne se trouvent pas encore.
Heureuse année aussi à ceux qui ont trébuché dans le chemin difficile.
Heureuse année quand même à ceux qui ne croient a rien, même pas a eux-mêmes.
Heureuse année, bien sûr, à tous ceux qui souffrent, luttent, espèrent et croient toujours.
Heureuse année à tous mes frères, mes amis, à tous mes compagnons du spirituel qui combattent pour trouver la joie, la paix du coeur, et le sentiment du devoir accompli.

 

Quand j'eus écrit ces voeux sur la page blanche, carré blème et interrogateur, qui attendait de recevoir l'image de moi-même qu'avec mes pauvres mots je dois transmettre à mes compagnons de rêves et de galères, j'ai posé la plume et j'ai réfléchi un long instant. Que sont en effet des voeux s'ils n'ont pas un objet précis, possible, réalisable? Je me suis alors dit qu'il serait peut-être plus sage de m'adresser à ceux dont la mission est de contribuer à rebâtir le coeur humain, à mes amis intellectuels, français d'abord, puisqu'il m'échoit encore de passer une fin d'année avec eux.

 

Avant que de regagner ma belle île au loin qui m'attend, c'est une joie que de pouvoir faire part de mes réflexions à mes amis intellectuels, si français dans la diversité même des nuances de leur pensée. C'est une véritable libération que d'avoir la chance de leur dire ce qui m'oppresse le coeur en cette fin d'année tourmentée. Je n'ai certes aucune qualité qui donnerait à mon propos une importance insigne, non, mais une parole issue d'un coeur clair et grand ouvert ne peut jamais se perdre. C'est pourquoi, pour que tous ensemble nous contribuions à faire que cette année soit meilleure pour tous les hommes de bonne volonté, je veux évoquer trois grandes et vieilles questions.

 

Comme on le sait, nègre, latino-américain et haïtien jusqu'à la moelle des os, je suis le produit de plusieurs races et de plusieurs civilisations. Avant tout et par-dessus tout fils de l'Afrique, je suis néanmoins héritier de la Caraïbe et de l'indien américain à cause d'un secret cheminement du sang et de la longue survie des cultures après leur mort. De la même manière, je suis dans une bonne mesure héritier de la vieille Europe, de l'Espagne, et de la France surtout. Ces deux dernières composantes sont décelables dans ma raison, dans mon affectivité comme dans ma sensibilité indiscutablement. Et si j'ai choisi sans équivoque les familles du humaines qui m'apparaissent comme plus proche de moi, la famille nègre et la famille latino américaine, avec une égale détermination je ne suis nullement disposé à rien renier de mes origines. Je suis proche de la pensée et de la sensibilité française, et la France m'a tant donné que j'ai l'obligation de rendre le peu que j'ai à offrir.

 

La question de l'humanisme est bien vieille, la discussion a dû commencer quelque jour dans la horde primitive qui nous est commune à tous, alors que le langage venait à peine d’être acquis par notre espèce. Néanmoins un homme comme moi peut avoir beaucoup à dire à des européens sur l’humanisme de notre temps, car il n’y a pas très longtemps on nous reléguait, moi et ma race dans les communs de la Maison Humaine. En 1957 la question est crucialement posée, causons donc.

 

Bien sûr, l’humanisme ne saurait être une chose achevée…

 

Jacques Stephen ALEXISJanvier 1957      

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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