Publié le 7 Mai 2012

 

http://www.edkiro.fr/img/10004226-001/image/DELIRE_DE_CERISES_une.jpgNous avons le plaisir de vous annoncer la prochaine publication du Roman de l'écrivain franco-suisse Anick Roschi, intitulé ''Délire de cerises'' publié aux Éditions Kirographaires.-


SYNOPSIS :

 

Revenu Mondial Minimum


J’ai fait un rêve“ nous dit Martin. Le rêve d’un monde plus solidaire, exempt de misère, où l’homme serait – comme lui a prédit sa vieille mère Alberta – plus grand, plus beau. Investi par ce précieux héritage, Martin projette d’instaurer, dare-dare, un revenu mondial minimum pour tous. Pour accomplir un dessein aussi ambitieux, il s’en va solliciter ses amis les bêtes, les fleurs, les poètes, philosophes, économistes, artistes, saltimbanques et autres baladins.

Devant le miroir de sa salle de bain, un morse chamanique lui fait part de ses peurs. Dans une rame du métro parisien, une tulipe engourdie lui conte l’âge d’or de Harlem. À deux pas de la gare du nord, Edouar, grand patriote de la terre, lui déclame Cervantès dans sa chambre de bonne. Sur une feuille d’arbre, Lulu, un ravissant perroquet poicephalus lui raconte les enfants soldats de Monrovia. Au quartier latin, Dédé, Chevalier des Arts et des Lettres, l’invite à conspuer Deal Street avec son téléphone rouge. Sur le macadam, les voltiges du cirque lilliput Alexandar lui font tourner la tête…

Les délires sont des lieux imaginaires où les utopies peuvent s’engouffrer et parfois s’installer. L’auteur déambule, non sans ironie, entre réalité et fiction pour interroger nos utopies passées et implorer celles du futur. Il dédie ce livre à Svoboda et à toutes les libertés gardiennes de nos rêves.

Cette première édition dédicacée par l'auteur et numérotée, vous est spécialement réservée. Sa sortie est prévue au mois d'octobre 2012 mais vous pouvez d'ores et déjà l'acquérir en cliquant ici  pour bénéficier, en plus de la dédicace de l'auteur, du paraphe de l'imprimeur réservé aux 30 premières commandes.


http://a4.idata.over-blog.com/213x250/2/19/02/39/anickroschi.jpgAnick Roschi, né à St-Julien-en-Genevois en Haute-Savoie, est un écrivain d’origine franco-suisse. Après avoir travaillé longtemps comme animateur dans le secteur associatif, il se consacre maintenant à l’écriture. En 2007, il publie un premier recueil de poésie ''Le voyage des ombres'' 
aux Éditions Du Cygne et participe au printemps 2010, avec de nombreux auteurs des Caraïbes et du monde francophone, à l’ouvrage caritatif ''Pour Haïti'' édité par les éditions Desnel. Avec ''Délire de cerises'', satire sociale originale et totalement décalée. Anick Roschi signe son deuxième livre.

 

 

 

Parole en Archipel.-

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 5 Mai 2012

 

Le DevoirLio Kiefer, Voyager avec Lio Kiefer

http://www.plazahaiti.com/img/pap/mupanah.jpg

Photo : Le Musée du Panthéon national haïtien, le MUPANAH

 

Au début, on se dit que la misère n’entraîne peut-être pas spécialement la misère. Au début. En entrant à Port-au-Prince, on se dit que certes, il y a encore des pierres à ramasser, des tentes et abris à enlever et que le palais présidentiel et la cathédrale étaient aussi visés. Des enfants jouent à cache-cache derrière des barils. Port-au-Prince se ramasse, au centre et dans quelques quartiers aussi. La vie continue… un peu comme avant la Grande Peine. 


Au Québec, j’ai entendu plus de 100 fois que la communauté haïtienne en étant une résiliente. Je n’en suis pas si sûr. 

Pour faire court, la résilience consiste le plus souvent à subir un événement terrible (génocide, torture, viol, catastrophe naturelle) de continuer à vivre (souvent en mieux) de ne pas vraiment oublier, mais de résister grâce à des qualités individuelles ou des opportunités de l’environnement. C’est à dire un mieux vivre, un mieux sentir. La résilience serait le résultat de multiples processus qui viennent interrompre des trajectoires négatives.

http://www.hpnhaiti.com/site/images/stories/food/num1.%20digi.jpgCe soir à Port-au-Prince, il commence à pleuvoir et il n’y a presque personne dans les rues. Quelques parapluies aux couleurs du mécène local, Digicel abritent des imperturbables qui vendent des cuisses de poulets américains boucanés ou des chaussures de cinquième pied.

Oui, j’ai vu aujourd’hui des enfants en costume d’école qui visitaient le Musée du Panthéon national haïtien, le MUPANAH, et qui chahutaient devant l’ancre de la Santa Maria de Colomb ou qui chatouillaient des notes devant les photos des présidents échus, déchus, mal vus…

Les plus jeunes filles portaient de jolies boucles dans des cheveux bien tressés ou bien lissés.

Oui, j’ai vu des ados qui rappaient du pied, le casque sur les oreilles.

Mais aussi des entrées de banques qui supportaient de longues files. Et des guichets automatiques où seules des Américaines au teint très blanc avaient le rire comme NIP.
Et plus je marchais, je rencontrais des placettes où des quidams pas trop égarés n’avaient aucun NIP de secours, au bord de demi-tentes ou de demi-abris.

Résilience? Plutôt résistance de toujours, abstinence du lendemain, survivance du quotidien et pour certains, délivrance de demain. Pour d’autres, ce seront des mortalités en sursis. 

Nourriture

Mais ce soir, en tant que touriste subventionné, je n’avais pas de goût pour du poulet yankee ou de spaghetti hot dog. Je suis entré manger au Quartier Latin. 

Pas de la grande bouffe, mais de l’ambiance. Une jeune femme du groupe Kayel mélodiait jazz, créole et Cabrel, devant un parterre de personnes bien mises. Une ou deux femmes légèrement vêtues, de race très blanche, se débrayaient les bras, en mouvances lascives.

Un homme seul, frappait du pied… Le personnage qui connaît tout le monde, mais qui boit seul. 

Quartier Latin est tenu par des Hollandaises, Saskia et Myriam Padberg. On y va pour la soirée proposée; salsa, reggae, jazz, poésie… Et la clientèle se fait autour d’expatriés, de familles d’expatriés, de personnel d’ambassades, de faiseurs d’ONG, de la diaspora et de quelques étudiants en arts et en philo de bonne famille. Téléphone: 3460 3326



Dans le coin de Pétionville, il y a également le Papaye, qui propose une cuisine chino, franco, italiano, créole, cuisine fusion dans un décor bon chic bon genre. Des tarifs similaires à ceux de Montréal; gratin de coquille Saint-Jacques à 13 $, tartare de thon ou carpaccio de bœuf ou de dorade à 12 $, et la salade de gésiers s’envole à 10 $. On change les menus 2 fois par mois. 

Champagne à l’avenant, avec la même clientèle que le Quartier Latin, mais en costume de scène. Et un lézard intelligent qui se tient au-dessous du néon, au-dessus du bar. Pas pour se chauffer mais pour attendre les papillons et les gober. Un resto dans le resto. Seul hic au programme, la présence assez serrée de jeunes femmes en tenue très courte ou légère accompagnant des sexagénaires qui ne sont pas leurs papas. Téléphone: 3558 2707

Pour faire une comparaison hâtive, Pieton Ville se situerait entre le Plateau et Outremont.

Liste de restos à Port-au-Prince 


Hôtels

http://i82.photobucket.com/albums/j257/francois_03/karibehotel1.gifJe vous parle des hôtels que j’ai visités ou que je connais. L’ancien Holiday Inn est devenu le Paza, situé derrière le champ de Mars. Un hôtel qu’on pourrait classé comme un 3 étoiles. Petit déjeûner sous forme de buffet avec œufs sous toutes formes, saucisses, yogourts et fruits.

Accès wifi gratuit dans toutes les chambres et suites, quand tout fonctionne. Eau à débit cabotin et à chaleurs caractérielles. Distributeur de billets à la sortie du Plaza.  

haiti.jpgLe Karibeon 
dit ici que c’est le meilleur établissement de la ville. Si vous ouvrez les yeux sans savoir où vous vous trouvez, vous pouvez être n’importe où dans les Caraïbes. C’est l’hôtel d’affaires par excellence, avec cohorte de gens très sérieux. Pour les vacances, cela peut être une alternative possible. Les chambres et les suites sont dans la lignée d’un 4 étoiles étoiles un peu gonflé. C’est sobre et cosy. Accès Wifi gratuit.


On songe ici a agrandir l’établissement.

En dehors du fait que des vedettes hollywoodiennes et Oprah qui y ont déjà séjourné dans la suite dite présidentielle, c’est un lieu quelque peu surréaliste. Deux étages avec moult chambres et une terrasse énorme à 1000 $ la nuit, mais avec le petit déjeuner. Et vue imprenable sur trois lieux d’exception que sont Jalousie, Juvena et Morne l’Hôpital,  trois bidonvilles accotés à la colline. Un peu indécent.

Bonne cuisine si j’en juge l’assortiment «cocktailisé » qu’on nous a servis. 

 L'Hôtel Oloffson :  un hôtel qu’on pense s’être arrêté dans les années 1960. Une jolie construction, un petit jardin avec statues vaudous, une petite piscine, et des jeudis soirs sous le signe de RAM, avec le proprio comme chanteur. Wifi disponible. Cuisine internationale et locale.

*Liste des Hôtels de Port-au-Prince  

* Petits détails d’importance. Les hôtels ne changent que des dollars américains et des euros. Et la cigarette et le cigare sont permis presque partout. Marque de cigarette la plus connue: Comme il Faut…

Achats

Le commerce ici en est un de la rue. Pour des souvenirs qui se ressemblent, les vendeurs de toiles de peintures créoles et sculptures diverses se font la nique pas très loin du Plaza.

image--3-.jpgEt il y a les vendeuses qui ont le sens du timing. On les appelle les Filles d’à propos. Quand il pleut, elles embarquent des parapluies sur leurs têtes. Quand il fait un gros soleil, les lunettes de soleil, la Saint-Valentin, les cœurs, etc. Plein de mini Wal-Mart à 2 pattes, en temps réel. Restos ambulants à bord de Tap Tap.

Une galerie d’art qui fait dans le recyclage d’objets et de pierres, avec école et centre de formation en tissage, peinture, sculpture et broderies: La galerie Men Nou (avec nos mains, ou nous voilà). Dirigée par Ruth et Ira Rowenthal (l’homme seul du Quartier Latin) 


Tours de ville à pied ou en voiture

C’est l’Agence Citadelle qui assure notre transport dans le pays et qui fait dans le tourisme de loisirs, d’affaires et qui transporte également ONG et autres visiteurs. Un chauffeur surpercool: Zéphirin. 

Une guide avec plein d’histoires du quotidien: Dominique Wagner, qui est pharmacienne et qui, dans sa pharmacie, peut changer des dollars canadiens.

Des sourires, des rires, mais encore un beaucoup de peine. Nous sommes dans la capitale.

 

À lire aussi :

Source : Le Devoir

 

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Rédigé par Parole en Archipel

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Publié le 2 Mai 2012

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Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. C’est à travers la spirale de cette logique que le créateur fait le monde, c’est à travers le verbe que tout se crée. C’est par cette formule que Lavoisier a déconstruit les anciens systèmes chimiques et ce sont ces nouvelles formes que le poète Anderson Dovilas utilise pour refaire notre approche des phénomènes. Toute la poésie habituelle, résiduelle des anciens de ce monde, ceux dont les mots sont séparés de la réalité de nos sensations est littéralement tuée par celle d’Anderson Dovilas. Ce n’est pas pour rien que le poète s’insurge contre les gérontes.


« Il m’a fallu un recyclage de geste ». Si le constat établi par Lavoisier se révèle véritable, cela veut dire que la création elle-même est un processus de transformation qui part de la matière ancienne et inerte pour en faire une matière nouvelle, une composition nouvelle. Le poète donne vie à la matière. Ce qu’Anderson Dovilas propose c’est que la poésie peut transformer, « un soulèvement de cheveu à cloner ». Reproduire certes, mais ce n’est pas reproduire au sens mécanique. Dans un interview en réponse au poète Gary Augustin, Georges Castera dit : « Il y a longtemps que je ne considère plus l’écriture comme un acte de création. J’évite même, par commodité de langage, d’utiliser une telle expression. Je parlerai plus volontiers, avec d’autres, de production. » Nous n’espérons pas qu’à ce moment Castera a voulu remplacer l’acte combien honorable de la création poétique par une mécanique de la reproduction littéraire.


La transformation de la réalité en poésie a soulevé des débats très fournis et réputés au cours des siècles précédents. Entre Baudelaire, Victor Hugo et Théophile Gautier, la poésie est née de ce qu’elle a de plus profond, une énergie nucléaire, car la poésie est à la fois le genre le plus laconique, celui qui dit le moins et qui sous-entend le plus, c’est dans l’énergie du genre poétique que le monde peut renaitre sinon nous sommes assujettis à vivre chaque jour les même rythmes, la même façon d’aller au travail, d’aller étudier sans prendre le temps de vivre, et de vivre quand la retraite arrive.


Nous sommes aujourd’hui devant le spectacle d’une vaste reproduction littéraire, les livres s’écrivent sans prendre le soin d’etre écrit et deviennent populaires, trouvent des lecteurs sous des horizons diverses. L’écrivain n’est plus celui qui actionne la machine à écrire mais devient lui-même cette machine à écrire pour faire de l’argent. Ce n’est pas pour rien qu’aujourd’hui la révolte s’annonce grandiose et que des milliers d’indignés se relèvent et brandissent des pancartes marquant « vous nous empêchez de rêver, nous vous empêcherons de dormir ». Ce ne sont pas des plaintes qui datent d’aujourd’hui, cela fait longtemps que nous refoulons ce cri qui ne fait que commencer à s’exprimer. Quand Annie Lebrun parle en 1988 de son livre Appel D’air, elle parle de cette mort de la poésie qu’Anderson Dovilas fait revivre à l’heure actuelle, Annie Lebrun dit dans l’émission Apostrophes de Bernard Pivot, émission visible sur le site www.ina.fr, «Oui, j'écris comme on force une porte (…) Oui, j'écris par effraction, avec le seul souci que ma vie ne ressemble pas à ces vies qui se ressemblent et s'assemblent si bien, pour empêcher que quoi que ce soit vienne retarder leur enlisement progressif.» Et ce n’est encore pas pour rien que ces phrases ont été réunies sous le titre Poètes Intranquilles par le dernier article de la revue internet Parole en Archipel.


« On pourrait lui offrir une bourse/Pour étudier le secret des droits humains/Pour étudier l’amour après la mort/Pour étudier mourir au plaisir de l’autorité/Mais le temps était si pressé/De l’abandonner au milieu de ses larmes » Denise Bernhardt dit d’Anderson Dovilas qu’il « est sans doute l'un des plus grands poètes de sa génération avec des métaphores infinies. » Quand un poète utilise aussi bien la métaphore cela veut dire qu’il est entièrement libre, qu’il peut face à toutes les images toutes faites, la puissante domination des médias, des publicités, des rêves déjà écrits qu’on veut nous inculquer, le rêve individualiste américain, le rêve contradictoire du communisme chinois, qu’ils ne nous empêcherons pas de rêver.


« Voici un homme avec une force chauve/Des bras d’envie/Et de désire refoulé/Ses yeux ont tout cherché dans l’espoir/Que veut dire plage pour lui ?/Cinéma/World Disney/Et d’étreinte altière/Il masturbait l’instant/Comme une contre-danse de ci-gît à boucler » Quand à travers une remarque bien commune, bien habituelle, nous confions tous à un moment donner à quelqu’un que nous n’avons plus de temps pour nous même, c’est ce temps que nous offre Dovilas, un autre temps hors de l’espace-temps dans lequel nous effectuons nos besoins de consommations. «Et si la route est plus longue de pieds crochus/L’amour sera plus ferme, plus sûr/En s’accrochant un rival ».


Après les fameuses discordances entre Victor Hugo, la poésie du romantisme et les poètes de l’art pour l’art, après le grand écart ouvert par Aimé Césaire et les poètes de la négritude, une nouvelle forme d’engagement est possible qui se trouve beaucoup plus du coté de l’art que celui de la politique de la technique, celle qui utilise la démagogie pour mieux oublier les peuples, c’est cette politique diluée, oubliée dans l’art qu’Anderson Dovilas, sa jeune poésie, incarne et propose. Quand dans la société actuelle le laissez-faire est la voie la plus facile pour se laisser aller dans l’abdication et la défaite, le poète propose avec des titres évocateurs, « Mon pays, rien de luxe ».


Face à ces nouveaux défis qui s’annoncent à nous où pour remplacer la souffrance, la société Disney nous propose une vie de non-sens qui se termine à la retraite bien sur puisqu’on travaille pour sa retraite. Face à cette nuit, la seule nuit fade qui nous est disponible après le dur labeur de la journée, le poète nous propose vingt poèmes pour traverser la nuit. Le poète connait son défi, « Ce livre est une expérience poétique authentique, sans faute à courir sur le temps. Il m’a fallu vingt jours à l’extraire d’un court séjour aux Etats-Unis. Avec un environnement de fiction et une saison inhabituelle, il n’y avait pas mieux que l’écriture. Et pour me rappeler mon pays à Celsius stable, des poèmes piments-boucs baladaient dans ma chambre comme un rappel à ma seconde nature.»

 

Fabian Charles

Lien : pour acheter le livre  

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Rédigé par Parole en Archipel

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Publié le 1 Mai 2012

Lu avec enthousiasme Appel d'air, d'Annie Le Brun, dans la réédition Verdier poche, vingt-quatre ans après la première, dont on aime l'emportement lyrique : "Oui, j'écris comme on force une porte (…) Oui, j'écris par effraction, avec le seul souci que ma vie ne ressemble pas à ces vies qui se ressemblent et s'assemblent si bien, pour empêcher que quoi que ce soit vienne retarder leur enlisement progressif."


Ceci noté là, à côté de cet entretien chez Pivot, jadis :

ANNIE LE BRUN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'insurrection lyrique (poésie, utopie, radicalité de vie) dans l'Appel d'air d'Annie Le Brun trouve écho dans le revue Intranqu’îllités, dont James Noël signe l'éditorial, et qui sera présentée dans sa version papier au prochain festival Étonnants voyageurs (Saint-Malo, 26-28 mai 2012) :

"Pour répondre à nos envies, nos pulsions « intranquilles », nous préférons substituer au mot revue, le mot rêve. En réalité, l’art ne semble respirer et rayonner que dans l’étrangeté des rêves, de ceux qui, paradoxalement, ne font pas de quartier au sommeil. Nous ne dirons jamais assez notre organique et impérieux besoin d’utopies. Dans le commerce intime qu’entretient le créateur avec l’utopie, il est une ligne de faille qui produit quelque chose comme un tremblement de l’esprit, entre l’angoisse qui précède la création et le jaillissement jubilatoire de l’œuvre. D’aucuns parlent de miracles. Ce moment mystérieux trouve tout artiste dans la jalouse condition d’un démuni grandiose.

Où vont tous ces mots, tous ces mondes qui nous traversent dans nos déraillements divers, sans que nous nous donnions le temps, ni la peine de les accoucher? Où se cachent ces pépites, ces éclairs de rêverie qui métamorphosent et diffusent nos idées noires en feux d’artifices et pulvérisent notre bon sens, pour foutre le camp aussi sec, aussitôt qu'ils nous sont apparus ? Une idée qui passe en éclair surprend toujours par sa force de frappe et nous éclaire avec brio sur notre incapacité à nous en dessaisir. Comment faire, comment procéder pour charrier avec nous les bijoux sonores de langue, sans risquer notre peau de mineur qui rêve de remonter en surface,  paré de mille signes  et de  preuves d’identifiables merveilles. Il faudrait  posséder  la foi et la légèreté insoutenable d’un rêveur à gages."

Source : Papalagui

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 1 Mai 2012

http://www.campiche.ch/images/portraits_i/Massard_2008_grand.jpg« Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard », écrivait Aragon, que Janine Massard aime à citer. Et pourtant à ce « trop tard » s’oppose, dans la vie même de l’auteure romande, marquée par le « scénario de fou» de deux grands deuils prématurés, un effort de résistance qui aboutit à un retour à la vie prolongé, aujourd’hui, en la personne d’un petit Tanguy, fils de sa deuxième fille.

Janine Massard, fille de « prolo », n’est pas du genre à se payer de mots, et pourtant c’est bien par les mots qu’elle a conquis sa liberté et surmonté ses années de détresse. Les titres de ses premiers livres annoncent d’ailleurs la couleur qui n’a rien de rose : …de seconde classe (1978), Christine au dévaloir (1981), L’Avenir n’est pas pour demain (1982) et La petite monnaie des jours (1985, Prix Schiller) qui faisait dire à son ami Gaston Cherpillod : « Janine Massard voit clair, frappe juste (…) Sa vision n’est point brouillée par la démagogie et sa clairvoyance la défend du délire populiste ». Ce qui se confirme un quart de siècle plus tard, avec une douzaine de livres frappés au même sceau du vrai nuancé d’émotion.

 Née en novembre 1939, deuxième fille d’un jardinier sans terre contraint de travailler en usine, à Rolle, pour nourrir ses quatre enfants, la mère ajoutant quelques travaux de couture à l’ordinaire du ménage, Janine Massard a toujours eu le sentiment d’être « décalée ». D’abord par le fait d’une vie précaire, dans une maison « pourrie » qui prenait l’eau. Ensuite à cause d’un climat moralement sévère, marqué par l’engagement protestant des parents.  La pièce policière du lundi, à Radio-Lausanne, et les premières lectures font diversion, mais ce n’est qu’avec le collège que l’horizon s’ouvrira sur le monde, même s’il n’est pas question d’études supérieures.

Quand Janine Massard raconte ses jeunes années, on pense un peu aux héroïnes d’Alice Rivaz, romancière de l’émancipation féminine en terre romande, qu’elle appréciera d’ailleurs entre toutes. Son rêve serait de « faire les Lettres », mais dès ses dix-huit ans il lui faut gagner sa vie. Après une formation d’éducatrice, qui l’amène à s’occuper quelque temps des enfants de mineurs belges, elle fugue en Italie puis se retrouve au  secrétariat de la la Fédération horlogère, avant un raccord d’études au Gymnase du soir. La rencontre de Maurice Ehinger, enseignant et intellectuel de gauche, comme elle-même, puis la naissance de Véronique, en 1972, et de Martine, en 1974, lui donneront le sentiment que « tout roule » du côté de la vie. Pour exorciser un vieux sentiment d’injustice, on milite au POP (de 1965 à 1969), on boit des pots au Barbare, on refait le monde non sans  constater que les lendemains déchantent à Prague…

Dans la foulée, le désir d’écrire s’est concrétisé, qui restera toujours en phase avec la vie : la sienne ou celle des autres. Plusieurs nouvelles de son dernier recueil, Childéric et Cathy sont dans un bateau, paru récemment aux éditions Campiche, filtrent ainsi sa grande empathie. Dans Prolétaire immobile, c’est le désarroi du vieux militant assistant aux gesticulations médiatiques d’un gauchiste de salon, et le récit éponyme module le malaise, dans une famille, lié au changement de sexe du père. Bref : le monde tel qu’il évolue sous nos yeux, et que la fiction saisit et transforme pour en dégager un sens plus universel.

C’est cela même que « travaillent » les deux plus beaux romans de Janine Massard : Ce qui reste de Katharina (1997, Prix Bibliothèque pour Tous), et Comme si je n’avais pas traversé l’été (2002, Prix Edouard Rod), où l’exorcisme de son propre drame passe par la voie romanesque.

Double drame plus exactement, puisqu’elle « vivra » la fin de sa première fille, dont le  sarcome synovial a été dépisté en 1992, jusqu’en 1997, entre peine et colère mais rires partagés aussi. À quoi s’ajoutera, pour l’achever, la mort de son compagnon lui aussi terrassé par le cancer, en quinze jours.

« N’étant pas croyante, je ne pouvais trouver aucun réconfort dans la foi, et pourtant j’ai découvert que l’être humain possédait en lui de grandes ressources de résistance. Par ailleurs, le livre de Boris Cyrulnik m’a aidée à accomplir ma propre résilience ».

Enfin voici, à 71 ans, Janine Massard évoquant sa propre mort à laquelle elle aimerait se « présenter dignement ». Et d’ajouter, sereine : « J’aimerais la voir venir aussi, moi qui l’ai beaucoup engueulée dans certains de mes livres »…

Janine Massard, Biographie de Bernard Campiche Éditeur 

http://www.decitre.fr/media/catalog/product/9/7/8/2/8/8/2/4/9782882412249FS.gif 

Publications

  • ... de seconde classe, Le Temps Parallèle, 1978, Eygalières, France
  • Christine au dévaloir, Eliane Vernay, 1980, Genève
  • L’avenir n’est pas pour demain, Ed. Clin d’Œil, 1981, Lausanne
  • La petite monnaie des jours, Ed. d’En Bas, 1985
  • Terre noire d’usine, paysan-ouvrier dans le Nord vaudois au xxe siècle, Ed. de la Thièle, 1990,Yverdon; rééd. 2010
  • Ce qui reste de Katharina, Éditions de l'Aire 1997
  • Comme si je n'avais pas traversé l'été, Vevey, Éditions de l'Aire, (2001) 2004
  • L’Héritage allemand, Bernard Campiche éditeur, 2008
  • Childéric et Cathy sont dans un bateau, Bernard Campiche éditeur, 2010

 


Janine Massard en dates

1939 : Naissance à Rolle, le 13 novembre.

1971 : Naissance de Véronique

1974 : Naissance de Martine

1993 : Prix des écrivains vaudois pour l’ensemble de son œuvre.

1994 : Mort de Maurice, son mari

1986 : La petite monnaie des jours (1985), Prix Schiller

1998 : Ce qui reste de Katharina (1997), Prix de la Bibliothèque pour Tous

2002 : Comme si je n'avais pas traversé l'été (2001), Prix Édouard Rod

2007 : Le Jardin face à la France (2005) Prix culturel vaudois

2007 : Prix de littérature de la Fondation vaudoise pour la culture.

 

Source, Passion de lire

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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