Publié le 1 Novembre 2012

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La rubrique | Poésie de bord

Bientôt un mois.

En octobre dernier, je me suis laissé traverser par les récifs d’une île flottante, à la dérive. Douce Idylle dans laquelle les nord-passants, en quête de bleu pur, plongent leur désir de chaleur pour y noyer la froideur de leurs jours nocturnes. Tantôt douce, sévèrement rebelle, tantôt têtue dans ses caprices de « Maîtresse de l’eau »

Sous la pluie tropicale, à l’arrivée, La Gwadloup a marché dans mon sang et ainsi fait battre mon cœur au rythme des pilons de café, d’épices, qu'on croit toujours trouver dans ce qui reste d’un quelconque héritage colonial. Une Gwadloup qui fut jusque-là inconnue à mes yeux, mes papilles, mes tressaillements de froid cyclonique et de créole parlant-chantant. Ses secrets sont les miens. Finalement, je la connais pour avoir depuis toujours pris un malicieux plaisir de mimer et de danser cette même transe « dos-bas » du vent. Loko, nous deux !

Quelle est donc cette île si ce n’est mien ? Si ce n’est que l’allongement inavoué, en puzzle, de ce qu'est mon propre coin de terre. Une saveur retrouvée et une volonté propre de nier la volonté de se reconnaître, s’identifier, se retrouver de l’autre côté d’une Caraïbe en quête d’elle-même.

Aujourd’hui encore, je me mets en marche, en route, au même rythme que la machine Gwadloup. Je me cherche encore. Elle se cherche encore. Je l’ai vue se chercher dans le caractère fort, rauque, de ses corridors, le va-et-vient de ses dames venues de toute part. La voltige de ses vagues, le regard de la vie luisant sur la mer…

La mer encore la mer.

La misère grimée pour tromper le vif d’un espoir debout.

Je me trouverai un jour, alors que la machine continuera de tourner dans le sens des Alizés. Je la trouverai. Et je dirai, je suis moi. Je dirai c’est bien elle…

 

Emmanuel Vilsaint

Comédien, dramaturge

Rédacteur dans la revue Parole En Archipel

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 1 Novembre 2012

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Nous traversons le Saint-Laurent
comme on tue le jour,
à petits coups de pierres frileuses.

Non loin du Vieux-Port, quelque part près de la place Royale, nous respirâmes soudain une odeur singulière. La jeune femme assise derrière moi, à l’endroit même où j’avais écrit une lettre à mon père, se leva et vint prendre place en face de moi.

Je humai l’air en regardant de part et d’autre du fleuve.

C’était une odeur humide et accablante, épaisse, presque vaseuse, semblable à celle qui monte d’un sous-bois marécageux, au fond d’une savane abandonnée. Un mélange d’eau, de terre et de plantes décomposées ; une senteur de boue, de varech, de mousse vieillie et de végétation noyée.

En arrivant sur le quai, nous découvrîmes un cours d’eau immense, aux eaux lourdes. Nous comprîmes tous les deux, sans avoir besoin de prononcer un mot, que c’était le Saint-Laurent.

La mère des fleuves.

Celui qui prend naissance dans les Grands Lacs, longe l’Ontario, traverse le Québec et rejoint l’océan Atlantique. Celui qui, dans sa partie ontarienne, dessine une frontière entre le Canada et l’État de New York. Le fleuve des peuples autochtones, des baleines et des bélugas. Un fleuve mythique, chargé d’histoires et de légendes, dont on disait parfois qu’il se confondait avec l’âme même de l’Amérique.

Après avoir gagné l’autre rive, nous prîmes la direction du pont Jacques-Cartier. La Mazda 3 nous conduisit jusqu’à un vaste terrain où s’étendait un stationnement presque désert.

Devant nous se trouvait la marina de Longueuil, posée au bord du fleuve. Quelques pêcheurs s’attardaient sur la rive. Un vieil homme, un peu à l’écart, regardait l’eau.

Il n’avait rien de particulier, sinon sa peau brune, profondément ridée, qui lui donnait un âge presque indéfinissable. Il ne parlait pas. Il bougeait à peine. Il semblait simplement attendre quelque chose du fleuve.

Nous descendîmes de la voiture comme on descend pour saluer une présence.

Il faisait chaud et humide. Le Saint-Laurent roulait lentement ses eaux troubles, avec cette lourdeur tranquille des choses qui n’ont pas besoin de se presser pour arriver quelque part.

Au bout d’un moment, je m’approchai du vieil homme et échangeai quelques mots avec lui.

Plus tard, lorsque nous eûmes repris la route, je tentai d’expliquer mon geste à ma compagne. Je cherchais mes mots, mais ils venaient difficilement. J’hésitais.

— Chaque fois, dis-je enfin. C’est toujours la même chose. Chaque fois que je vois un vieil homme assis au bord d’une rivière, de la mer ou d’un fleuve, il faut que j’aille lui parler. C’est plus fort que moi.

Nous avancions vers le pont Champlain. De là, la route devait nous ramener jusqu’à Montréal.

Pendant longtemps, je m’étais demandé pourquoi j’agissais ainsi. Je ne comprenais pas cette attraction. Je voyais un vieil homme au bord de l’eau et quelque chose, en moi, me poussait vers lui.

Mais ce jour-là, je crus enfin en connaître la raison.

Je me tus.

Le silence s’installa dans la voiture et se prolongea entre nous. Puis elle finit par me demander :

— Et quelle est cette raison ?

Je regardai la route devant moi.

— Maintenant que je veux te l’expliquer, cela me paraît un peu ridicule.

— Ce n’est pas grave. Dis-moi quand même.

Je pris quelques secondes avant de répondre.

— Tu vois ces hommes très vieux, assis au bord des fleuves ? Je crois qu’ils ne sont pas seulement là pour regarder l’eau. Ils viennent peut-être y mesurer ce qui leur reste de temps. Ils s’assoient devant le courant comme on s’assied devant sa propre vie. Ils regardent passer ce qu’ils ne pourront plus retenir.

Je marquai une pause.

— Peut-être qu’à leur manière ils narguent la mort. Peut-être qu’ils tuent le temps avant que le temps ne les emporte. Le fleuve devient alors leur miroir, leur chanson silencieuse, une façon d’amadouer la vie tandis que l’eau poursuit sa route.

Je ne sais pas si j’étais assez jeune pour comprendre cela, ou déjà assez vieux pour le pressentir.

— Et toi, pourquoi vas-tu leur parler ? demanda-t-elle.

— Parce qu’au fond de moi, il y a une ou deux questions que je voudrais leur poser depuis toujours.

— Lesquelles ?

Je regardai le fleuve disparaître derrière nous.

— Je voudrais qu’ils me disent ce qu’ils aperçoivent sur l’autre rive.

Je laissai passer un instant.

— Et s’ils ont découvert comment on fait pour traverser.

Thélyson Orélien

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 1 Novembre 2012

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Ma fille
Pardonne-moi si ton sein est devenu une rose
Il y a trop de sauvages dans le désert
Trop de paroles dans le vide
Les chimères t'ont nommé roi ou reine des anges
Ma chemisette est couleur blessé
Dur dur d’être une chienne
Face à une meute de chiens en rut
 
En rue
Une recette pour éluder l’absence
Je te reconnais pourtant
 
Ma fille
Je suis nu devant toi
Dans le manque d'eau de mon sexe
Des mots trempés dans le fleuve
Comme des photos trempées dans la bassine
En l'attente de l'apparition de l'image
Qui révèlera le visage de l'absent
Mon sexe racine
Fiché dans la terre
Pour la naissance des arbres musiciens
Haute tension des notes noires
Sur les blanches
Des nuages d'où il cesse de pleuvoir
 
La princesse et son chien
Des bris de rires en écho de rien
De tout
Un baiser de foudre
Des baisers de guerre
Trop de chiens en rut
S’épient dans la terre battue
Peindre ma chemisette avec du jus de tomate
Par mauvais cinéma
Et refuser demain
Car des morts il y en aura
De la teinte du fleuve
Une logorrhée humaine
 
Mañana por la mañana comandante
Qui vivra paiera
Et la révolution sera traduite en graffitis
 
« moi pauvre homme perdu dans le vingt et unième siècle
je ne puis me porter à aucune affirmation
aucune certitude
à propos d’un monde possédant
une vitesse
supérieure à la mienne »*
 
Où est le chat?
La curiosité a tué le chat
Et moi où suis-je dans cette quête
Nouvelles vies à clouer le bec des certitudes
Des univers parallèles
Pour trouver l’homme
De mes deux bras dans la théorie des cordes
Je te dompte mon amour
Et ma souffrance est comme au cœur d'une poupée russe
Indéfinissable
Ni le baby-boom ni les enfants soldats n'ont su flétrir le repli de tes roses
Laisse-moi t’arroser
 
Moi
Réservoir de chiens
Pris dans la meute des journalistes qui me questionnent
Avons-nous pêché nos sexes dans le fleuve ?
Et en avons cousu des filets de perles
A ne savoir qu'en faire
140° à l’ouest
Laisse-moi te mettre bas
Te rendre l’existence
Avec un filet bleu blanc rouge entre les lèvres
 
Undercover
Nos idées contraposées
Sur le crime
À peine non exécutée
Et non profitable à personne
Le chat est mort et vivant à la fois
La bombe explose et n'explose pas en même temps
La musique est lente
Historiquement fausse
Et ton sein perd ses pétales
 
A la folie
Passionnément
Haute définition
De la beauté du monde
Un énoncé de faux col protocolaire
Mourir pour des idées
Des étoiles comme toi
Est beau ma fille
Nous ne sommes qu'une ligne du soap-opera
Vidé de son liquide
Dans l’ère iPhone
Ô mon colonel
 
 
Fabian Charles
______________________
    * Un extrait de Anonymat

 

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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