Publié le 14 Juillet 2010

Jean-Robert Léonidas nous écrit

 

 Par Jean-Robert Léonidas (Écrivain)

 

12 janvier 2010 - 12 juillet 2010. L’espoir a vite fleuri et les fleurs sont fanées. J’ai failli regretter d’avoir voulu « Rêver d’Haïti en couleurs ».Mais non. Faut pas. Ton encre n’a pas séché. Les pigments des feuilles sont tenaces comme une tunique de Nessus. Loin, bien loin de l’impact, le rouge du rocou blessédégouline, sanguinolent, sur le tapis verdâtre des gazons sauvages. Sur le couvre-sol rampant des patates et des ipomées aux fleurs bleues.

 

leonidas.jpg
DR
Jean-Robert Léonidas
Regardez-moi dans les yeux et dites-moi que vous voulez m’aider à combler les failles immenses de mes craintes et de mes tremblements. J’ai peur de dire que mon voisin est un homme heureux. J’ai peur de photographierles arbustes et les légumineuses qu’il avait plantés le 13. Le lendemain du jour.Ils ont grandi alentour, dans l’idifférence des répliques et des secousses telluriques. Plantez des arbres et habitez-y. Comme lui. Comme moi, grand singeur de paysan. Comme ma folie. Comme les lianes à la tactique dansante. Commeune intelligence primaire s’agrippant aux tiges vertes, flexibles et résilientes. Plutôt que de s’accrocher aux os rigides des bâtiments énormes. A l’arrogance pierreuse des murs surdimensionnés. Si j’étais toi, je m’attacherais aux étymologies. Aux choses simples. Je serais un agricole, un habitant des champs. J’ai la mauvaise habitude de me citer. Mais c’est bon pour ma santé. Pour la tienne aussi.

Le nouveau pays sera global ou ne sera pas.

Penché sur les enfants. Equilibré par le poids des femmes.

Oxygéné par la culture, l'agriculture.

Et ce « rêve de fruit » ne doit plus être

un cauchemar d'agronome.

L'Haïti de demain sera bilingue comme notre littérature.

Bicolore comme le drapeau.

Haute en couleurs comme notre peinture.

Centrale, périphérique et touristique.

Locale et diasporaine, rurale et citadine.

Ce sera Port-au-Prince et "Port-au-Peuple"

(s'il n'existe pas, il nous faut l'inventer).

Pétionville et Jérémie.

Port-Margot et Port-Salut.

Labadie et l'Anse du Clerc.

Madancodo et Boundamouyé, de réels noms d'endroits

que l'on ne connaît plus.

Ce qui me reste d'Haïti, c'est tout cela :

des semences d'hier à planter sans délai

pour les glaneurs des mois qui viennent.

 

(Extrait de « Ce qui me reste d’Haïti: fragments et regards».
Jean-Robert Léonidas. Cidihca, Montréal 2010

 


 

Sur: http://bibliobs.nouvelobs.com/20100712/20447/haiti-paroles-de-poete-six-mois-apres

 

Aussi : ➦  Les écrivains haïtiens face au chaos (dossier) 

➦  Séisme en Haïti : l'édition spéciale de nouvelobs.com

 


 

Parole en Archipel

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel

Repost0

Publié le 11 Juin 2010

 

La terre sera le rendez-vous des allumettes dans ce mondial qui sera chaire. Un voyage auquel les occidentaux ne se sont pas encore habitués, une coupe du monde au continent africain est si pleine de symboles que la presse et les philosophes négligent ce qui peut être l’article des valeurs du siècle, du succès du vingtième siècle en terme de relations mondiales anti-discriminations et tolérance de la révolte.


Aime Césaire aurait écrit qu’enfin ils valorisent notre peau. L’étranger sera ébloui devant ces pas de danses inventés par un temps qu’ils ne connaissent pas, la télévision qui utilise le continent africain comme dernier recours relaya en premier plan des activités sorcières, vaudouesques pour qu’enfin Afrique veuille dire monde.


Les portes sont ouvertes pour un nouveau siècle plus haut que les montagnes comme dit K’naan. L’Afrique du sud sera l’espace où les valeurs unificatrices d’un peuple noir seront prouvées. Qui puis-est, malgré quelques défauts remarqués par rapport à l’accueil aux handicapés, il sera le temps de montrer que ce continent à face d’homme peut vouloir dire olympique.


Il ne reste que les joueurs de la terre d’accueil qui doivent démontrer que leur patrie n’a rien de satanique, et qu’elle va au-delà des préjugés débiles des autres. Une Afrique championne ferait monter des larmes nubiles, une utopie accessible pour ceux  qui croient en la magie des cuisses d’une négresse.

Il faut rentrer avec responsabilité de l’argent pour que notre rang avec la FIFA augmente et que le lettrisme d’Akon atteigne le succès déjà accompli de certains grands joueurs.
 
 
Fabian Charles
Port-au-Prince, Haïti

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel

Repost0

Publié le 11 Juin 2010

[IMG_0124.JPG] 
La jeune poètesse française Céline 

 


De l'inimaginable en image.

Oh misère! Que vois-je?!
Un tapis de gravas, une tempête,
de poussière de ciment; mais au fait...

 
Des mois déjà je pensais tout ça fini.
Qu'ont-il donc fait depuis?
Mais moi je comptais sur eux, enfin!
Se sont-ils affalés devant le travail, sans entrain?

 
Je donne un coup de talon mental aux bénévoles,
(eux qui donnent déjà tant ! ils ne peuvent être coupables)
Je m'arrache les cheveux comme une folle,
(faut d'avoir la folie d'agir de façon notable)
C'est impossible, je cris, c'est impossible!
Est-ce alors de l'inimaginable invincible?

 
Comment pouvais-je imaginer
Que presque rien jusque là n'a été fait?
Alors j'essore ma peau de toute métaphore,
Et je m'apprête à crier haut et fort :

 
Au travail les gars, moi j'ai cru à vos promesses!
Et eux aussi surement. Là ils ont chaud aux fesses!
D'autres misères encore les guettes,
Mais rangez-moi ces trompettes!

 
Ce n'est plus de visites médaillées dont ils ont besoin
Mais d'eau, de santé, d'abris, de pains!
La prochaine fois que je me connecterai à la Terre
Je veux qu'ils soient tous souriants, protégés et fiers.

Céline.

--
Céline Dehors L. ~ Alyanie
e-mail :
alyanie2@gmail.com
site web : http://celine-dehors.blogspot.com

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel

Repost0

Publié le 20 Avril 2010

"Les jeux de la mémoire" tiré de [Riens purs ou simples] de Thélyson Orélien
 
Ma mémoire qui oublie tout
quand je fouillais ton paradoxe
est reprise
et détruite à l'infini

Je me suis opposé pour mieux te connaître
dans la recherche du temps perdu
à la valse de mes idées
d'une perspective proustienne
tantôt réel tantôt fiction

réelle fiction
fiction réelle
voire les deux à la fois
lorsqu'ils se confondent

Tu ne peux d'autre part retenir
que l'un des mirages
de la terminologie bergsonienne
d'inventorier l'oubli
pour recréer la faculté
de mémoriser l'oubli

La mémoire seule débarrassée
de cette gangue
encore une démarche de poète
d'Aragon dans Blanche ou l'oubli

Ce n'est jamais au poétique
niveau du langage
ni dans la force des termes
des choses que je me rassasie
de mon déclin de l'âge
du temps perdu
et des détails d'une vie

Alors mes mémoires me rendent amnésique
et je nage
dans l'océan des antimémoires

Thélyson Orélien
 

  

Déchirures

 

Le séisme m’a tout emporté
Sauf les gouttes de rosée
Entre mes doigts

Il m’a tout pris
Sauf la lune
Qui était à ma fenêtre

Triste et solitaire
Je suis le roseau flottant
à la ra racine raide et ferme

Si un courant m’entraine
Je ne crois pas que je le suivrai
Dans ce tumulte de déchirures
De cassures et d’éclaboussures.

Thélyson Orélien

 


 

Andre Fouad  : " Très beau texte ... "
                   Andre Fouad


 

Gary Victor : " FORT ! J' AIME L' EMOTION ET LES IMAGES ! "
                  Gary Victor

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel

Repost0

Publié le 2 Avril 2010

L'avertissement d'Etzer Vilaire sur Parole en Archipel 
 
Cet avertissement a été publié seulement dans les deux premières éditions  des " Dix hommes noirs " et dans la revue " La Ronde ":

Tout le monde sait quelle relation existe entre les phénomènes de l'ordre politique et social et le mouvement des littératures et des arts. Certaines idées maitresses d'une époque , certains états de l'ame qui se généralisent dans un pays, exercent sur l'esprit de ses écrivains une sorte d'aimantation irrésistible, qui se trahit par un ton général dominant dans les oeuvres contemporaines, une source commune d'inspiration en rapport avec le trait caractéristique de l'époque et les conditions du milieu.
 
Concevoir la possibilité d'une oeuvre qui échapperait entièrement à ces influences fatales, ce serait rever une vibration harmonieuse de l'air sans un choc qui la détermine, un rayon sans l'astre qui nous l'envoie, la formation d'une fleur sans une tige qui la porte.
 
 Le poème des Dix Hommes Noirs porte, tout au fond des idées et de la conception, la marque du pays et du moment qui l'a vu naitre.

Cette oeuvre est peut-être la notation d'une agonie-terrible agonie de l'ame et non d'une ame individuelle - car l'auteur a pensé, en bien des endroits, s'élever de ses sentiments personnels à la perception douloureuse, aigue, des tourments ou se débat une jeunesse longtemps martyre, une génération accablée de désenchantements et de souffrances en quelques sortes héréditaires, de maux accumulés, depuis les premiers tatonnements jusqu'a ces jours ou l'interminable épreuve sociale se continue dans la double oppression de la misere materielle et des angoisses morales.

L'élite de cette géneéation s'élève avec des aspirations d'une spiritualité si intense qu'elles ne peuvent trouver un aliment et une raison d'être dans l'organisation des choses haitiennes, si peu propres a favoriser les manifestations de l'intelligence et les élans de l'ame éprise d'idéal. Il existe une disproportion tres marquée entre les ésperances instinctives de la jeunesse studieuse et les conditions générales mesquines, implacapbles de notre existence. De la nait un conflit des tendances de l'etre avec la fatalité du milieu, des légitimes attentes de l'ame cultivée avec la grossiére réalité. L'issue de ce combat interieur est presque toujours fatal à l'individu : c'est, le plus souvent, un esprit qui se corrompt, un talent qui meurt, un artiste qui se détourne du culte de la beauté ésthetique avant d'avoir pu faire son ascension des limbes de l'inédit. Haiti perd, de la sorte, on ne sait combien de jeunes gloires qui jetteraient sur elle le seul lustre qu'il lui soit possible et desirable d'avoir : le prestige de l'esprit!

En verité, il est difficile d'imaginer un spectacle plus triste et plus digne en meme temps d'exciter l'interet, la sollicitude, sinon la pitié des peuples étrangers, que cette lutte desesperée avec le milieu, un milieu non encore façonné pour permettre l'affranchissement des ames, leur evolution paisible dans une sphère propice rappelant celle ou s'achève le développement harmonieux de l'humanité superieure, plutot servie que contrarié par les circonstances ambiantes.

Chez nous, quel contraste avec cette vie organisee à souhait pour la culture intellectuelle! Nous voyons,tous les jours, de nobles ambitions entrainé par des courants contraire, l'homme interieur assiegé d'influences funestes, l'effort créateur neutralisé, le devlopement normal et progressif de l'etre devenu un reve pour la réalisation duquel il faut combatre toujours contre soi et contre les autres, braver l'exemple, l hostilité de ceux qui nous entourent et la rigueur des évenements qui nous entourent et la rigeur des evenements qui nous pressent. Concoit-on le malaise de vivre dans les anxiétés de cette lutte intime, en proie a cette lutte intime, en proie a cette lente et quotidienne dévoration du talent enchainé? C es une torture qui doit durer toute une existence et qui, apres nous avoir etreints et réduits à l'impuisance, empoignera pendant longtemps encore-un demi-siecle, peut-etre, qui sait?- tous les tempéraments d'artistes qui auront le malheur de naitre sous nos cieux.

Que, placé dans un tel milieu, un écrivain a son début retrace des tableaux lugubres, concoive le massacre horrible par lequel se termine le poème des Dix Hommes Noirs, c'est un malheur qui ne s'explique que trop.

On l'a vu : un mal moral sévit chez nous avec une effrayante acuité, et ce poème est un fruit amer. Ce que renferment ces vers : accent de douleur, blasphème, appétit de la mort, soif du néant, c'est hélas! le peché de plurieurs et peut-etre la faute de tous...

Mais j'aurais mauvaise grace à commenter une oeuvre qui n'est pas encore connue, lorsque surtout j'ignore si elle éde l'etre. Tout ce qui précède a été dit pour essayer de de me justifier d'une conception si triste et pour éviter le reproche peu charitable qu'on pourrait me faire de m'y etre complu par perversité de gout.

Etzer Vilaire
Poète Haïtien de la génération La Ronde

 
Photo des archives du CIDIHCA, D.R.

Haïti Get Back Up / Ayiti Leve Kanpe / Haiti Levántate [HD]
Une capsule de 8 minutes du pré et post tremblement de terre haitien. Musique classique d'Haïti, composée par Jean-Robert Jean-Pierre, exécutée par l'orchestre philarmonique de la république Dominicaine.

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel

Repost0

Publié le 24 Mars 2010

Sur Parole en Archipel nous publions "Sou lento pòt la" ce beau poème en créole de Fortestson Fenelon dit Lokandya; qui paraitra dans une anthlogie d'auteurs et d'artistes haitiens de la diaspora. Fortestson "Lokandya" Fenelon à lui seul est poète, dessinateur, comédien, diseur et metteur en scène, un artiste complet. Il est l'auteur de "Nuits à deux battants" paru chez les Editions Page Ailée, livre très salué par la critique et pour lequel il a fait plusieurs tournées aux Etats-Unis et en Europe. Présenté à Livre en Folie lors de la rentrée littéraire de l'été dernier. Animateur et journaliste culturel, il a étudié la communication social, l'art dramatique et l'histoire de l'art au Petit Conservatoire et à l'Institut Français d'Haïti. Il a collaboré à plusieurs associations culturelles en Haiti et à la section culturelle du Journal Le Nouvelliste. Il dirige la section culturelle de Signal FM. Certains de ses textes sont souvent dits au " Cabaret des Etudiants " du Petit Conservatoire aux " Vendredis littéraires " de l'Université Caraïbes " et à " Vibrations " une activité de la PROD'ARTS. 

http://a10.idata.over-blog.com/200x217/2/19/02/39/n1219840718_2572.jpg
Fortestson lokandya Fenelon

Sou lento pòt la
tout ri yo kase randevou
nan lantre chanm la
pa gen nouvèl ki te anonse
sèl tè-a kite konnen
pèsonn moun pat invite’l

Li pase tankou volè
li kraze, li brize
pote ale tout edifis
gro lajounen
li pan manman, papa, sè, frè
kouzin, bèlsè ata zanmi
menm dlo nan je pat invite’l

Bouch nou amè kou fyèl
se jou malè
se jou tè anvi bwè san
menm zanzèt yo pa epanye
pèsonn pa janm invite’l nan jou malè
pouki lè li fache li pran contròl nou

Kèk segond aprè
li pati
kite nou toutouni
san pantalèt
intimite’n, diyite’n, pèdi nan lonbraj li
tout moun sanble
tout bèt sanble
lajounen ak lannwit sanble
Nou se ti bebe kap fèk pouse dan

chak jou nap chanje kouchèt
aswè-a m’fèt bandi
lè tè tranble se pou manman’l ak papa’l
m’pap bay invitasyon
sou lento pòt la
souf latè anba pye’m


Fortestson ‘Lokandya’ FENELON
Fort Lauderdale, Floride 

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel

Repost0

Publié le 11 Mars 2010

Avant propos de "Ainsi parla l'oncle", de Jean Price Mars, père de la revue indigène qui a écrit quelques uns des plus célèbres essais de la littérature haitienne tel que " La vocation de l'élite" et qui a été l'un des précurseurs du mouvement de Léon Goutran Damas, d'Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor. Auteur de plus d'une centaine d'articles, de discours et de conférences dans les domaines de l'anthropologie, l'histoire, la pédagogie, la politique et la littérature. Jean Price-Mars est né à la Grande-Rivière du Nord (Haïti) le 15 octobre 1876 et est mort à Pétionville (Haïti) le 1er mars 1969. À la fois médecin, ethnographe, diplomate, homme d'état, pédagogue et écrivain, il est considéré comme le principal maître à penser haïtien du XXe siècle.-
 
« ...nous n'avons de chance d'être nous-mêmes que si nous ne répudions aucune part de l'héritage ancestral » .- Extrait du Glorification des ancêtres  
        
Par un paradoxe déconcertant, ce peuple qui a eu, sinon la plus belle, du moins la plus attachante, la plus émouvante histoire du monde - celle de la transplantation d’une race humaine sur un sol étranger dans les pires conditions biologiques - ce peuple éprouve un gêne à peine dissimulé, voire quelque honte, à entendre parler de son passé lointain. C’est que ceux qui ont été pendant quatre siècles les artisans de la servitude noire parce qu’ils avaient à leur service la force et la science, ont magnifié l’aventure en contant que les nègres étaient des rebuts d’humanité, sans histoire, sans morale, sans religion, auxquels il fallait infuser n’importe comment de nouvelles valeurs morales, une nouvelle investiture humaine. Et lorsqu’à la faveur des crises de transmutation que suscita la révolution française, la communauté de Saint-Domingue s’insurgea en réclamant des titres que personne jusque-là ne songeait à lui reconnaitre, le succès de ses revendications fut pour elle tout à la fois un embarras et une surprise-embarras, inavoué d’ailleurs, du choix d’une discipline sociale, surprise d’adaptation d’un troupeau hétérogène à la vie stable du travail libre. Evidemment le parti le plus simple pour les révolutionnaires en mal de cohésion nationale était de copier le seul modèle qui s’offrit à leur intelligence. Donc, tant bien que mal, ils insérèrent le nouveau groupement dans le cadre disloqué de la société blanche dispersée, et, ce fut ainsi que la communauté nègre d’Haïti revêtit la défroque de la civilisation occidentale au lendemain de 1804. Des lors, avec une constance qu’aucun échec, aucun sarcasme, aucune perturbation n’a pu fléchir, elle s’évertua à réaliser ce qu’elle crut être son destin supérieur en modelant sa pensée et ses sentiments, a se rapprocher de son ancienne métropole, à lui ressembler, à s’identifier à elle. Tache absurde et grandiose ! Tache difficile, s’il en fut jamais !

Mais, nous dira-t-on, à quoi bon se donner tant de peine à propos de menus problèmes qui n’intéressent qu’une infime minorité d’hommes, habitant une très infime partie de la surface terrestre ?

On a peut-être raison.

Nous nous permettrons d’objecter cependant que ni l’exigüité de notre territoire, ni la faiblesse numérique de notre peuple ne sont motifs suffisants pour que les problèmes qui mettent en cause le comportement d’un groupe d’hommes soient indifférents au reste de l’humanité. En outre, notre présence sur un point de cet archipel américain que nous avons « humanisé », la trouée que nous avons faite dans le processus des événements historiques pour agripper notre place parmi les hommes, notre façon d’utiliser les lois de l’imitation pour essayer de nous faire une âme d’emprunt, la déviation pathologique que nous avons inflige au bovarysme des collectivités en nous concevant autre que nous sommes, l’incertitude tragique d’une telle démarche imprime à notre évolution au moment où les impérialismes de tous ordres camouflent leurs convoitises sous des dehors de philanthropie, tout cela donne un certain relief à l’existence de la communauté haïtienne et, devant que la nuit vienne, il n’est pas inutile de recueillir les faits de notre vie sociale, de fixer les gestes, les attitudes de notre peuple, si humble soit-il, de les comparer a ceux d’autres peuples, de scruter leurs origines et de les situer dans la vie générale de l’homme sur la planète. Ils sont des témoins dont la déposition ne peut être négligeable pour juger la valeur d’une partie de l’espèce humaine.

Tel est, en dernière analyse, le sens de notre entreprise, et quel que soit l’accueil qu’on lui réserve, nous voulons qu’on sache que nous ne sommes pas dupes de son insuffisance et de sa précarité.

   
Dr. Jean Price Mars
 

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel

Repost0

Publié le 9 Mars 2010

Par Fabian Charles

19859 485182635229 777130229 11335916 3283980 n-copie-1Les dégâts nous gratifient d’un visage qui ne s’accorde pas à notre mémoire. Nos données qui nous permettent de surveiller, de prévenir, d’accroitre notre vigilance par rapport aux prochains dangers s’amenuise.

Certains changement se font hors des mains de l’homme et tout se décontrôle. Nous sommes spectateurs d’une révolte de la nature qui se concentre sur le fait que les dirigeants politiques se concentrent plus sur la prospérité de leur état que sur la contre-décadence du monde.

Mais ce n’est a personne de les juger, ce qu’ils font est en toute logique le pourquoi de leur rang censé être une position de lutte envers leur propre patrie seul, nous avons remarqué que chez des grands pays le peuple tire leur gouvernement vers l’intérieur lorsqu’il badine trop sur les relations internationales. L’erreur est ici toute faite. Nous sommes au temps ou nous ne pouvons vivre qu’en concertation mondiale. Les volontés d’un peuple quel qu’il soit ne peuvent être concrétisées que si nous influençons sur la marche mondiale des éléments.

Pétris à la une des journaux des dernières semaines par des catastrophes qu" on dit " non-surprenantes le Chili en même temps que la France, Haïti, l’inévitable Japon et la glace enveloppant la flamme de la maison blanche, tout ces pays à l’échelle de leur richesse –profité, profitable et profitant- ce monde de profit que la nature n’épargne pas. Si en effet la relance de chaque pays touché doit se faire le plus localement possible, le long-terme est sur cette échelle de puissance établit depuis 1990.

Les États-Unis ne pourront pas affronter les chambardements du nouveau siècle seuls, Copenhague nous l’a prouvé, il reste a leur président de prouver ses projets de pacification. Le gouvernement mondial doit être au-dessus du partisenship. Mère nature nous force à l’union. L’organisation des nations unies est une unité stérile, il faut plus qu’une force de pacification qui agit là ou cela va mal mais qui le laisse mal parce qu’elle se plie sous l’autorité silencieuse mais évidente des grands, il faut un gouvernement mondial non-diplomate mais concret, plus grand que les grands en vue d’une armée censé aider pour que ca aille bien et barrer les phénomènes astrophysiques.-



Le changement subtil























Ces jours-ci une panique tacite préoccupe les sentiments présents et futurs de chacun de nous. L’attention mondiale est plus que jamais fixée sur un ensemble de catastrophes qui semblent ravager d’un même coup ce monde qui n’est qu’en début d’année. Dit-on, le séisme presque maximale du Chili a changé l’axe temporel de notre planète. Nous perdons désormais du temps, ce qui nous est crucial quand on pense que plusieurs arguments déclament une fin proche.


Récemment, un glissement de terrain en Ouganda provoque la mort de cent hommes et de 400 disparus. Quelques jours avant une tempête faisait l’essor des instruments inutiles et des maisons non ancrés. La secousse du chili qui a suivi la boucherie d’Haïti fait peur, nous sommes à l’intérieur d’un film d’épouvante dont les dégâts ne sont provoqués ni par des dieux ni par des hommes. Cette nature qui au 21eme siècle remplace les totalitarismes concomitants du siècle dernier.

La fin enfin ne s’annonce pas par des catastrophes nucléaires. En s’alliant aux arguments spirituels et aux prévisions avant la lettre des mayas certains scientifiques s’appuient sur des faits atomiques, pour nous prévenir que par des alignements et des astéroïdes non à leurs places que dans deux ans ou seize ans plus tard nous pourrions disparaitre comme des poulets sur un barbecue. Qu’y faire ?



Fabian Charles, Auteur
fabian100e@gmail.com

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel

Repost0

Publié le 6 Mars 2010

 Par Thélyson Orélien

 

1- Le bout de l’errance ou le besoin d’écrire

1238888-Traffic-in-Port-au-Prince-0.jpg

Photo: Traffic in Port au Prince / TravelBlog

Port-au-Prince n’est plus et ne sera jamais ce qu’elle avait été auparavant…? Douze Janvier deux-mille dix, c’est presque le jour le plus long et peut-être la nuit la plus froide des années passagères. Nous sommes au plus noir d’un gel épouvantable. Il semblerait des atomes noirs dans un air limpide qu’on arriverait jamais
à
décanter. Je ne sais pas où, quand, comment, et pourquoi écrire. Puisque ces mots entre-crochets-angulaires ressemblant à ceux de l’épitaphe, ne sont que mots-raturés que j’ai trouvé bon de conserver. Ces mots attelés à ma peau ne sont que des chants mouillés, pour ne pas laisser le champ libre au mutisme qui assassine nos valeurs, nos vies. Soit qu’ils marquent une hésitation significative, soit qu’ils éclairent des passages ambigus. Ces peintures sur verbes.

 

Ce séisme ou tremblement de terre qui a ravagé la capitale haïtienne a fait bien grâce à des vies, ma vie. Puis-je dire heureusement, après tout? La chance de passer de la mort-écrasé-vif à la vie-miraculée, au bon milieu d’une première ville secouée et abattue tel un tronc d’arbre sous les décombres. Des décombres en béton, mais combien de décombres intellectuellement? A quand un nouveau Pierre Vernet à la Faculté Linguistique Appliquée FLA, un nouveau Georges Anglade écrivain-scientifique et géographe haïtien, un nouveau Hubert Deronceray homme politique du Grand Front Centre-Droit GFCD et Docteur en sociologie? A quand un orateur de la trempe de Micha Gaillard et tant d‘autres…? Telle serait la fin, tel serait l’épilogue apocalyptique port-au-princien soldé par des adieux imprévus, quand un séisme a voulu en son gré transformer la capitale haïtienne en une véritable nécropole.

 

Le mercredi treize du matin, sans aucune autre forme de procès, je crois vraiment que j’étais encore vivant, malgré moi. Comme a dit les Têtes Raides dans leur chanson: Notre besoin de consolation est impossible à rassasier en tant qu‘être humain. Et puisque je suis poète, je dois me rassurer que la poésie n’est pas de vains mots. Qu’elle n’est pas non plus un pieu mensonge auquel l’homme a droit. Et qu’elle doit-être à coup sûr pour nous qui sommes poètes de l’insularité celle du courage et d’engagement.

 

Parle pour ceux qui n’ont maintenant plus de voix

Soit la bouche et le cri des ensevelis

De tous ceux qui ont du ciment entre les dents

Du béton contre leur palais de chair!  A dit encore Daniel Vuataz, poète du Nord.

 

Il fait humide et lourd. Dix heures du matin, j’étais déjà dans une autre ville, chaude et poussiéreuse. Ma ville! Ma chère et tendre Gonaïves détruite il y a un an de cela, après avoir connu quatre ans auparavant une destruction semblable. Deux ouragans dévastateurs et meurtriers en quatre ans? La mort tel un faucon plane partout, ici et ailleurs. Comment nous affranchir d’elle, ce néant qui nous scrute. Et sur toute chose plane déjà le sentiment de transmigration d’un dépouillement, prélude à de nouveaux maux à de nouvelles blessures. Toujours pour avoir été trop réchauffé sous les effets de serre, je fais ici le vœu de ne pas me laisser induire à croire que cela est la vie: cette frénésie et cette tension de déchirement. Et puisque la vie ne m’a pas quitté. Sans laisser vagabonder mon esprit, ni le pressurer, je vais écrire ici les premières pages du plus grand livre de ma vie sur cette terre, ma terre. Car c’est-ce que serait le livre, entièrement uniquement et sans réserve fait de nos pensées, de nos vies.

 

Supposons que l’on puisse les saisir, ces pensées, avant qu’elles ne se changent en œuvre d’art. Les attraper au vol au moment où elles nous viennent à l’esprit. En gravissant l’avenue John Brown vers Pétion-Ville dans les parages de Lalue et Bourdon par exemple, il faut s’arrêter pour trouver un mot, pour trouver un mort, un mot-mort sur les lèvres. Le recours au langage est lent et illusoire. Il y a aussi la moule de la phrase dans les fosses communes qui demande d’être remplie. Si l’art se fonde sur la pensée comment intervient la transmutation? Bien qu’on n’en n’a pas lu grand-chose. Mais on doit continuer à écrire, chose que nous demande l’auteur des “Ephémérides” (Daniel Vuataz, poète Suisse).

 

Agite ton verbe et ta parole

A la face vibrante de ta terre

Qui vous a craché au visage

Ses pires insanités: sept fois dans sa bouche chaude

Elle a tourné sa langue de démon

Puis elle a tout défait, tout pris, tout enfoncé

Hurle-lui tes poèmes

Hurle-lui tout les noms

 

Je pense et j’espère que désormais, suite à la terrible tragédie qui a frappé mon pays, ce douze janvier, qu’il y aura forcément une prise de conscience que s’il faut reconstruire les murs, il faut aussi reconstruire l’Élite du pays. Car des décombres il y en a eu aussi sur le plan intellectuel. Les noms jour après jour, sont arrachés aux décombres. Et ils nous laissent pantois.-

 

2- Mon propre cerveau ou la difficulté à trouver mes mots

   

img_towers_by_pdouge.jpg

Photo: Twin towers of the Port-au-Prince Cathedral / haiti photos

Voici en miniature toute une dépression nerveuse, un traumatisme aigu. Je suis arrivé des Gonaïves mercredi matin, après… Me suis écroulé dans un fauteuil, un peu incapable de m’en arracher. Tout insipide, sans goût, sous couleurs. Un immense besoin de repos. Jeudi, un unique souhait: être seul au grand air. L’air délicieux. Evité de parler trop; n’ai pas pu lire. Ai pensé
à ma faculté d’écrire avec vénération, comme quelque chose d’incroyable, appartenant à quelqu’un d’autre, dont plus jamais je ne jouirai moi-même. Tête complètement vide. Dormi dans mon fauteuil. Vendredi: Absolument aucun plaisir de vivre, tentation au suicide. Mais les messages et paroles en archipel de quelques amis, de proche ou de loin me mettent peut-être mieux accordé à l’existence.

 

En tant que moi-même, caractère et particularités complètement anéantis. Humble et modeste. Difficulté à trouver mes mots, malgré la majestueuse demande de plume de l’écrivaine Michelle Mevs. Lu machinalement, comme une vache rumine. Dormi dans mon fauteuil samedi, sentiment de fatigue physique, mais légère activité cérébrale. Recommencé à enregistrer les choses. Peine à écrire, aux amis poètes de ma génération et à ma famille de la diaspora. Plus lucide, plus léger. Pensé que je pouvais écrire, mais j’ai résisté, ou trouvé que c’était impossible. Une envie de lire des poètes du Sud m’a pris dimanche. J’ouvre cette “ Chanson pour amadouer la mort suivie de Cœur inachevé” de Marc Exavier qui me dit tout bas:

 

L’espoir est un soleil impair

Un frisson volé aux miroirs  

L’espoir est une ruche folle

Une ruée de clignements

Une rumeur aux gras de sel

Une marée mure de sang

 

L’espoir est un chemin aveugle

Un désespoir qui se recharge

Un écho qui choisit les mensonges

Un gisement de ciels

L’espoir est un fleuve qui rêve

Dans le soir fumant de la soif

 

L’espoir est une légende confuse

Où l’amertume fermente et soigne

Son goût de cendre et de tumeur

 

J’habite mes ossements

Cœur à chaos nageur soluble

Une erreur qui crée ses calculs

La vie est un soleil aveugle

 

Cela me ramène au sentiment de ma propre individualité. Lu un peu d’Octavio Paz et de Jacques Stephen Alexis Compère Général Soleil. Quelques poètes de l’Afrique noire, sans chercher à comprendre, mais en ai tiré du plaisir. Je commence maintenant à vouloir écrire, à prendre des notes, décrypter des énigmes que me propose le pays, la vie.  Aujourd’hui peut-être que mes sens se réveillent après cette tragédie. Mon pouvoir créateur est encore là. Retour à ma curiosité littéraire. J’ai relu encore une fois Le jardin face à la France, ce si beau roman de Janine Massard, grande voix de la Suisse romande, et Ultravocal cette spirale de Frankétienne, l’œuvre dans laquelle barbote l’horrible chaudière de la sorcellerie. Ce génial mégalomane!

 

Je cueille du plus profond de mes larmes ce que j’appelle des “ fleurs”. Elles font paraitre nos vies un peu dénudées parfois, et alors mon romantisme invétéré me suggère une image de moi-même en train d’avancer péniblement dans la nuit; souffrant au plus profond de mon être, stoïquement, luttant pour me frayer un chemin jusqu’au bout de ma course. La vérité c’est que mes voiles battent toujours autour de moi pendant deux ou trois jours qui suivent mon retour à la vie normale. Mais je ne me plains pas, voyant que pour ce qui est de mon état, je nage de nouveau comme de gros nuages, en pleine forme. Je me sens une fois de plus stabilisé à ma moelle épinière, qui est toujours le pivot de mon être.-

 

Thélyson ORÉLIEN, Auteur 

thelysonorelien@yahoo.fr  

Découvrez aussi les contributions de ce texte sur Atelier des Medias RFI
" Séisme en Haïti : vos contributions "
:
link

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel

Publié dans #Thélyson Orélien pour Parole en Archipel

Repost0

Publié le 5 Mars 2010

 Je suis de ceux et celles qui ont survécu au séisme du 12 janvier 2009. J’ai encore une maison. Ma famille proche est vivante, nous ne pleurons aucune perte. J’ai de la chance d’avoir encore de l’électricité et d’accéder à l’internet. Alleluia ! Quand j’ouvre mon pc et qu’un nouveau nom figure dans la liste de mes contacts en ligne, je respire un grand coup. Ayibobo ! Nous sommes deux familles voisines et nous mettons nos moyens en commun pour tenir.

Des secousses jusqu’au milieu de la journée, quatre jours après. Je suis traumatisée, j’en ai conscience mais je ne peux tout simplement pas retenir mon corps quand il panique. Je crois qu’environ deux millions de personnes souffrent du même traumatisme. Nous entendons le bruit sinistre qui vient avec la secousse et nous sentons la terre frémir sous nos pieds, mais nous ne savons pas toujours si la sensation est imaginée ou ressentie. L’enfer va-t-il encore danser sous nos pieds ? J’appelle cela le syndrome de la secousse.

Je souffre aussi du syndrome de la porte ouverte. Quand je suis dans la maison, je dois toujours avoir une porte ouverte sous les yeux. Pour courir plus vite que la mort. Une illusion pourtant. Les survivants ont survécu parce que les maisons sous lesquelles ils se trouvaient ne sont pas tombées. Les autres n’ont pas eu le temps de sortir. En quelques secondes, tout était fini, deux spasmes des entrailles de la terre et notre destin faisait une tête à queue. Nous dormons encore sous les étoiles. Dieu, ce que les nuits sont belles !

Dans les quartiers populaires du bas de Port-au-Prince, après quatre jours, les humains cohabitent avec les cadavres décomposés. La douleur mûrit, elle habite la ville. Les moyens du Centre National de l’Equipement sont dépassés, il faudrait cinquante fois plus de camions pour emporter, brûler ou enterrer les morts. Une odeur pestilentielle recouvre les quartiers les plus touchés, on ne peut les traverser sans vomir. Exode vers la province. Certaines rues sont bondées de gens qui vont dans toutes les directions. Il faut quitter la capitale, ces rues qui sont des veines éclatées. Les voleurs hantent le bas de la ville, on pille les magasins. On braque les piétons, on dépouille les gens du peuple du peu qu’ils ont.


Il y a des quartiers qui sont plus touchés que d’autres, mais tous sont touchés. Bidonvilles, bas de la capitale, quartiers populeux, quartiers résidentiels. Pour une fois en Haïti les clivages de société n’ont fait aucune différence, le séisme ne connait ni classe sociale ni couleur de peau. Nous pleurons tous des morts, chaque appel, chaque visite nous apprend plus de fatalités. Des blessures que nous ne pouvons encore vivre en toute conscience. Le choc est là, on voudrait en avoir rêvé. L’aide internationale est présente, le monde entier a entendu la rumeur qui a emporté Haïti dans ses profondeurs. Ce pays qui fait parler de lui toujours pour des raisons tragiques. Ce pays marqué du signe du sang. Les autorités sont dépassées par la situation. On n’entend pas le gouvernement. Il reste muet, il ne parle pas à son peuple. Il nous confirme sa faiblesse. Le chef de l’état ne sait pas trouver les mots pour parler au peuple, pour nous encourager, nous donner confiance. Nous sommes frappés à la tête. Nous, Haïtiens, avons jusqu’à présent le sentiment d’être livrés à nous-mêmes. Pourtant l’aide a débarqué et continue de débarquer massivement. Le gouvernement de la République Dominicaine voisine a été l’un des premiers à réagir, oubliant tous les conflits qui nous opposent à cause de la migration haïtienne qui est un problème économique et politique grave entre nos deux pays. Les États-Unis d’Amérique, la France, le Canada, l’Europe, le Japon, la Chine, tous se mobilisent, tous veulent faire atterrir des avions dans notre espace aérien bondé. Il n’y a plus de tour de contrôle à l’aéroport. Il y a même eu un incident diplomatique suite au refus de la part des autorités étrangères contrôlant l’aéroport de laisser atterrir un avion hôpital venant d’Europe.

Mais cette aide internationale ne coule pas dans les rues, pas encore de tentes, pas encore de dispensaires ambulants, pas encore de soulagement. Nos hôpitaux sont dépassés, plus de médicaments, aucun soin ne peut-être donné. Le peuple, la masse des sans-abris qui occupe les rues et les places publiques attend toujours, dans la peur et la frustration. Il y a toujours des hommes, des femmes et des enfants en vie sous les décombres. Pour eux, pour ceux qui les recherchent et les attendent, l’espoir diminue d’heure en heure. Ceux qui le peuvent quittent le pays par la frontière, l’exode à un autre niveau.

Sur les places publiques, des installations de fortune, on s’agglutine pêle-mêle. On fait ses besoins ou on peut. On a faim, soif, et on souffre. Et on prie, toute la nuit. Pour la cinquième nuit consécutive ils ont prié, les mains levées au ciel. Jésus !... Jésus ! Le nom sur toutes les lèvres. Nous avons trop péché, c’est la punition divine. Repentez-vous ! Une telle épreuve ne peut-être qu’une punition de Dieu, fatigué de nous voir pêcher. Difficile d’enlever cela des têtes, difficile de ne pas croire à la malédiction. Surtout quand 90% des églises chrétiennes sont tombées. Le combat du bien contre le mal. L’archevêque de Port-au-Prince a péri.

Où sont les vodouisants ? Aucun tambour n’a résonné dans la beauté des nuits criblées d’étoiles. La suprématie chrétienne se révèle dans toute sa puissance. En Haiti, le vodou évolue dans une certaine ombre, de façon mitigée, acceptée sur un plan esthétique et défendu par une génération d’artistes qui y voient un élément puissant de notre culture, un matière première au potentiel esthétique inépuisable ; mais rejeté par les chrétiens, particulièrement ceux des cultes réformés. Le vodou traverse notre structure mentale, l’haïtien est mystique de nature, il vit près de ses rêves. C’est pourquoi cet héritage spirituel ne peut pas disparaître de notre culture. Mais il vit en situation hypocrite. Ceux qui en ce moment prendraient le risque de faire un service vodou se verraient probablement lynchés. Cela s’est déjà vu dans des situations de crises politiques aigües dans le passé en Haïti. La foi vodou devra rester « underground », les esprits de nos ancêtres devront encore souffrir de la soif et de la faim.

haiti tremblement de terre


Alors qu’on se chamaillait pour les prochaines élections législatives, alors que les politiciens s’attrapaient par les cheveux pour quelques places au sénat ou à la chambre des députés, tout paraît a présent tellement dérisoire. Le pouvoir actuel veut se perpétuer, c’est une sorte d’instinct qui pousse le politicien haïtien à se déshumaniser. Toujours la même histoire du petit groupe qui veut tout garder, et garder le statu quo de la misère pour tous les autres.

Le gouvernement a été frappé de plein fouet. Presque tous les immeubles étatiques sont tombés, entrainant dans leurs chutes des dizaines, des centaines de cadres du gouvernement. La faiblesse des structures rend la distribution de l’aide internationale impossible jusqu’au matin de ce cinquième jour. Émeutes et pillages sont inévitables si la ceinture de sécurité de la ville n’est pas garantie par des forces militaires et policières solides. On attend des milliers de militaires américains dans les prochains jours. Mais la frustration en attendra-t-elle autant avant d’éclater ?

La société civile se réveille, cherche à se rassembler pour aider, monter des cellules d’urgence. Il a fallu enterrer les morts en vitesse ; il y a encore des milliers de corps sans sépultures à l’échelle de toute la capitale, de ses environs, des villes de Léogâne, vers le sud, de Jacmel au sud-est, de Cabaret, à l’Ouest et bien d’autres encore. Maintenant il faut concentrer toutes nos énergies pour un grand élan de solidarité, le plus grand élan de solidarité que notre histoire exigera de nous. Car les jours à venir sont sombres. L’année scolaire semble compromise, tous les services sociaux sont gravement touchés. Les épidémies nous menacent. Tout est à reconstruire dans un pays déjà pauvre, déjà touché par le sous-développement endémique. L’immensité de la tâche est écrasante. Mais il vaut mieux ne pas la considérer dans sa totalité, nous devons voir la première main à tendre, la première souffrance à soulager. Rester en vie et perpétuer la vie, un jour à la fois, une heure à la fois.

cathedrale de port au prince détruite

Nous sommes dans un instant de nos vies où seule la foi nous tient debout. La foi en un pays qui s’appelle Haïti et qui malgré tous les coups reçus, les coups qu’il s’est donné, ne veut pas mourir. Une nation née dans de drôles de circonstances, dans le feu, le fer et le sang. Une nation qui traîne un passé de gloire devenu trop lourd à porter. Ce tremblement de terre nous met à genoux, le nez dans la boue, dans la détresse la plus totale. Est-ce le coup de grâce pour Haïti ? Nous disons non. C’est peut-être une chance, une renaissance. Une force émergera peut-être de cette épreuve, elle fera peut-être tomber les bandeaux sur nos yeux, ceux qui nous empêchent de nous voir tels que nous sommes. Nous avons le droit à ce rêve de pure folie. Mais nous avons besoin de la force des autres avec nous, pour de vrai, pour longtemps.


Kettly Mars

Lire la suite

Rédigé par Parole en Archipel

Repost0