Publié le 25 Février 2010

Haiti-final.jpgFlyer: Julien Libersat jlibersat.com, Graphiste-infographiste)

Le recueil Poètes pour Haïti auquel ont contribué les poètes Thélyson Orélien et Fabian Charles posera, accueilli et présenté au Café Culture Rapide, 103 rue Julien Lacroix 75020 (M ° Belleville) Paris France, dimanche 7 mars 2010 à 17h, Par l'association L'Art de la Chance, qui fera une collecte en vue de reconstruire quelques maisons du village " La Colline ", à la campagne: (IL s'agit donc d'un projet de Développement durable en milieu rural qui contribuera à désengorger Port-au-Prince). La manifestation est organisée par Adrien Grandamy, secrétaire de cette association et contributeur lui-même à ce recueil.
 
Quelques poèmes du recueil, ainsi que d'autres poèmes d'auteurs haïtiens, seront lus en public à cette occasion par Dana SHISHMANIAN, Adrien GRANDAMY, Éric DUBOIS et Patricia LARANCO. Nous vous remercions de transmettre cette invitation . Bienvenue aux amateurs de poésie, aux âmes généreuses et inspirées (La lecture sera suivie d' une scène ouverte)!
 
Des poèmes du recueil, dont la lecture de quelques un(e)s parmi les auteur(e)s, seront ensuite diffusés mardi 9 mars à 9h30 sur la Radio Paris Plurielle (106.3 FM), dans l'émission Le Dire et le Lire qui sera entièrement consacrée à l'initiative Poètes pour Haïti (www.haiti2010-secourspoetique.net) nous signalons également la parution d'une notice de présentation dans le journal La Croix du 2 mars.

*****

" Des poètes du monde entier offrent leurs mots pour venir en aide à la population de cette île (HAITI). Des poèmes, regroupés en un ouvrage électronique que vous pouvez acquérir via ce site Poètes pour Haïti. Nous ne percevons aucune somme. Vous faites votre don du montant que vous souhaitez à une organisation humanitaire de votre choix et vous téléchargez le livre... " 

Parole en Archipel

 


 

Le «Secours poétique» au chevet d'Haïti

 


 


Lire l'article de François-Xavier Maigre au Journal "La Croix" du 3 Mars 2010
"rubrique Une idée pour agir"


Par: François-Xavier Maigre
Poète, journaliste et auteur de chansons


Bien qu’étant peu lue, la poésie contemporaine reste un vivier fécond et moins replié sur lui-même qu’on ne le pense. Depuis plusieurs semaines, des centaines d’auteurs se retroussent les manches pour venir en aide au peuple haïtien, à la suite du cataclysme qui a frappé l’île, en janvier. Mais que peuvent-ils, les poètes, face à la souffrance ? « Partager ce cri intérieur, l’ouvrir au monde pour qu’il soit l’acte de solidarité espéré », répondent la poétesse roumaine Dana Shishmanian et l’écrivain mauricien Khal Torabully, initiateurs du projet « Poètes pour Haïti ». À travers ce geste de « secours poétique », il s’agit, disent-ils, de provoquer un sursaut de « créativité devant l’anéantissement ».

Le collectif rassemble près de 70 auteurs originaires des cinq continents, dans un ouvrage éponyme de 122 pages, sobre et poignant, à consulter sur le Web. Le recueil peut être téléchargé au format PDF en échange d’un don à une association (Action contre la faim, Croix-Rouge, Secours catholique, Solidarités ou Unicef). Loin de n’être qu’un prétexte humanitaire, l’ouvrage étonne par la qualité de ses textes. De grandes voix de la poésie actuelle s’y font entendre, comme celle de Colette Nys-Mazure, chroniqueuse pour le mensuel de spiritualité Panorama (édité par Bayard) :

Il s'agit de faire face
à l'innommable;
Aucun mot pour dire.
Tendre l'oreille.
Saisir les mains pantelantes.
Inventeur des relevailles.

Ailleurs, le poète
Éric Dubois s'efface, avec un respect profond, derrière le cri des fils d'Haïti:

Nous avons faim
Nous n'éprouvons pas même la colère
Contre qui contre quoi?
Ne parlez pas de fatalité
Ne dites rien
Sommes nous de la même humanité
Qui souffre
Vos frères et vos sœurs
de l'espérance la même
Aidez-nous
Tenir nous à droit
Venez.

Sans aucune promotion, propagée s'est l'initiative via les blogs et réseaux sociaux dit que Facebook. Dana Shishmanian aimerait trouver un éditeur qui accepte publier l'ouvrage sous forme papier, afin d'accentuer sa diffusion ... et ses retombées financières en Haïti.

François-Xavier Maigre
Visitez son blog: http://fxmaigre.blogspot.com/

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Publié le 27 Janvier 2010

Par Fabian Charles
 



Il a été prouvé en une minute que les pôles de la planète peuvent être renversés pour enfin fixer l’attention sur l’un des pays les plus délaissés de notre hémisphère. En faite, il ne suffit également que moins d’une minute pour se décider sur la reconstruction non-solitaire d’une capitale qui nous donne l’opportunité de bâtir sur des décombres qui devaient être détruits depuis longtemps. Le symbole de notre terre montagneuse s’est effondré comme un château de carte dit RDI, le président serait encore vivant. Le gouvernement actuellement paralysé par la situation prouve a son tour qu’il n’a pas les moyens de se soigner lui-même, de se désteriliser.


Des nouvelles encore plus macabres nous attendent, notre aéroport international est géré par les forces américaines annonce quelques chaines françaises. Les nombreux secours arrivent avec la vue d’un territoire absurde, aucune directive nationale ne les propose ou commencer, la plupart des aides venant des autres pays se préoccupent principalement de leur ressortissants. Malheureusement, la Minustah après toutes ses pertes doit se préoccuper d’abord de ses propres membres. Trop de temps, tout ce temps qui laisse nous ne savons combien d’être humains vivants de façon précaire qui parcourent la capitale et ailleurs : Carrefour qui n’est pas encore inspecté, Jacmel ou les secours tarderons encore plus.


On parle d’un nombre de victimes moindre car hélas il s’agit de 8 millions de victimes psychologiques qui est un nombre qui doit compter puisqu’a ce qui se laisse apercevoir par les journaux télévisés internationales est qu’a certains endroits des non-bandits en machettes luttent avec foie et force pour récupérer pas plus qu’un matelas ou un plat qui ne comptera pas par rapport à la durée prochaine du sinistre. Le constat est au-delà du trouble, il s’agit aujourd’hui de jouer avec le chaos, de magnifier notre présence, d’être paradoxal jusqu'à ce que sans anarchie chacun prenne les rennes du peuple, a dire faire fonctionner notre patrie, notre fraternité.


L’haïtien est vaillant, comme cela est dit par le gouverneur général du canada. Il n’est pas utile de préciser qu’aucun de nous n’est sorti indemne, ce nous qui s’étire jusqu'à la diaspora, les parents dont les progénitures sont en études de l’autre cote de la mer alors qu’ici les immeubles éducatifs ne laissent pas entrevoir quand et comment les activités recommenceront. Voici pourquoi, il faut espérer et agir, certains ont déjà commencé, la seule station de radio qui persiste à être debout montre notre courage, les autres stations, télévisés par exemple doivent se réveiller pour que notre voix résonne au-delà des voix étrangères. Accepter l’aide magistral de Barack Obama est primordial, il faut en profiter pour la relance. Il faut que cesse le marché noir, les bagarres sales pour la nourriture. Que chacun de nous active les morceaux caducs du pays à l’échelle où il peut dans son quartier, dans un hôpital, dans un bâtiment effondré, dans une place ou les sinistres se regroupent, affaire de distribuer de l’eau, de simples bonbons, des soins qui peuvent se réduire à une simple démonstration d’amitié pour supporter les dégâts. On n’a pas le temps de s’effondrer sur le sort de nos meurtres proches, nous en avons tous et nous en aurons encore plus si nous ne nous débarrassons pas des épidémies after-shakes tacites qui octroient beaucoup plus de misères après les mauvais temps. Tu seras l’haïtien héros parmi la foule qui hissera de nouveau le drapeau déchu du palais national pour des lendemains plus magnifiques que dans le passé.

Fabian Charles, Auteur

fabian100e@gmail.com

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Publié le 26 Janvier 2010


Le témoignage de Jean-Robert Léonidas


Le catastrophique tremblement de terre qui vient de frapper Haïti m'a surpris à ma ville, Jérémie Natale,
DANS LE PAYS Profond, au milieu de mes ignames, mes bananiers, et ombelles MES (devrais-je ajouter mes «mazombelles» pour créolisants les?) Quatre-Vingt heures Une virée aux Abricots pour Donner l'accolade à l'écrivain après Jean-Claude Fignolé et Lui dire «Tiens bon».

 


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  * * *



Je me joins au monde pour saluer Port-au-Prince, la tête froide, proclamer haut et fort que notre pays doit vivre, sa culture forcément dans tous les sens du mot, sa littérature aussi. Dans ce contexte, je veux ressusciter un poème extrait de mon Parfum de Bergamote intitulé «Pardon Port-au-Prince».

 

 

  * * *

 
DR Jean-Robert Léonidas
 

Depuis un balconnet de notre rue Lamarre je regardais partir des bateaux à
vapeur qui vers l'ouest s'en allaient en larguant les amarres chargés
d'utiles biens sans ambages sans peur

 
j'aimais Wharf Jérémie port ouvert sur ma vie j'aimais Maïs Gâté
porte sur l'étranger


j'aimais Cité Soleil tes villas sans soleil et ta Cité de Dieu tes
églises sans Dieu


je fais un premier pas des mots d'amour je sème je te dis que je t'aime
je n'en démordrai pas


on en veut à ta peau à ton altier drapeau il nous faut étaler de
gigantesques haies une Forêt des Pins du Cap à l'Arcahaie


il nous faut alentour des enclos de dattiers des pommiers, des manguiers, des
champs de caféiers pour que les eaux boueuses signe de décadence envieuses de
ton heur et de ta résilience


ne viennent bousiller ton propret Champ de Mars détruire ô barbarie deux
siècles de cimaise abattre l'ilang-ilang de ton Chemin des Dalles souiller
impunément tes fières cathédrales


j'ai des prises de vue de ton palais tout blanc tes cercles tes carrés et
tes grands restaurants racontant ta gloire ton beau nom ta fierté tes anciens
quartiers et ta vieille beauté


on voit le centre-ville entrechoc de cultures réservoir de luxe et de haute
couture haut lieu de prétention d'arrogance faux col sanctuaire des lycées
et des grandes écoles


qui vomissaient superbes des agrégés ingrats des hâbleurs grands mangeurs
comptables gros et gras des maîtres et des profs férus de connaissance et sans reconnaissance


des docteurs qui te crachent dessus dont tu n'as rien reçu des agronomes à
en revendre qui s'ingénient à tout te vendre

patrie pardonne leur quoiqu'ils sachent ce qu'ils font car autant que les
leurs je compte mes affronts


pays je n'ai rien fait pour aider à changer ton misérable aspect en ingrat
je me tais quand sur toi on se met à gloser sans respect


j'ai péché moi aussi c'est pour cela qu'ici ayant joui de tes dons
j'implore ton pardon


Parfum de Bergamote
,
Jean-Robert Léonidas
Les Éditions du CIDIHCA, Montréal, 2008.

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Publié le 24 Janvier 2010

Nous publions ce texte paru dans l’anthologie “ Ancre des dattes ” en mémoire de notre ami: Schélomi Lacoste, Poète et Nouvelliste de la nouvelle génération des écrivains haïtiens. Ancien rédacteur en chef du journal LE LAMBI du Collège Immaculée Conception des Gonaïves. Lauréat du Concours d’admission de cette année d’études à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH) de l’Université d’Etat d’Haïti, et du même coup Etudiant au Centre de Téchniques de Planification et d'Economie Appliquée (CTPEA). Succombé suite au seisme qui a écrasé la Capitale haïtienne (Port-au-Prince) le soir du 12 Janvier 2010.    

 
Grand-père, sa bible et moi

 

Par Schélomi LACOSTE

De regrettée mémoire.

 

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Je venais d’avoir neuf ans, cet été là. Ma passion,
à cette époque, était sans limite pour le jeu de billes. Le soleil jouait à étendre ses tentacules sur toute la ville; mais ma ville à moi, c’était le quartier. Je pourrais avoir l’audace d’affirmer que notre maison était la capitale, mais ce serait affirmer que j’étais le fils du Président; tel n’était pas tout à fait le cas. Notre maison, à vrai dire une construction des années soixante, fut bâtie par mon grand-père, ou plutôt il l’avait fait bâtir.

 

Grand-père était fils d’un cultivateur aisé et fortuné de la vallée, un grand don selon les termes de ma maman. Ce grand-père possédait plus de têtes de bétail et de carreaux de terre que quiconque dans la région. A sa mort, ses enfants, ceux du dehors et du dedans, avaient partagé l’héritage tant convoité. Mon Grand-père, quant à lui, avait travaillé et mis en valeur la part qui lui revenait. Il aimait sa terre plus que tout au monde, pourtant, un beau jour, il décida d’aller s’installer en ville. Il fit alors construire la maison, d’abord le rez-de-chaussée, puis il y ajouta un étage. Il y passa des années, sans pour autant se détacher de ses terres. Régulièrement, il rendait visite à ses fermiers et coordonnait, de là où il était et du mieux qu’il pouvait, ses activités agricoles. Grand-mère, elle, prenait soin de la maison, tout en gérant adroitement les récoltes.

 

A la mort de Grand-mère, Grand-père faillit, lui aussi, trépasser. Ils vivaient ensemble depuis plus d’un demi-siècle! C’était comme si on lui avait enlevé sa moitié. Il fit face à la douleur et tourna la page. Il devint moins assidu à l’exploitation de ses terres et se contenta de les louer. Par suite, je vins au monde, le dernier enfant de la benjamine de mon Grand-père. A côté de son attachement à la terre, mon Grand-père avait une autre passion: sa bible. Cette grosse vieille bible, il la chérissait. Elle était un peu sa maitresse, il l’a ensuite épousée à la mort de Grand-mère. Il était un catholique acharné; il ne ratait aucune une messe du dimanche. Il était l’ami des prêtes et des laïcs. Il avait même accroché à un mur de sa chambre une vieille photo du pape. Il s’en est fallu de peu pour que ma mère ne devienne nonne, ce qui aurait hypothéqué mon existence. Mon Grand-père lisait régulièrement sa bible, à haute voix, comme s’il lui adressait la parole. Sa bible était sa confidente et sa religion. Moi, de mon côté, j’avais ma religion: mes billes.

J’aurais préféré passer une journée de jeûne plutôt que dégager une de ces petites sphères colorées. Je les considérais comme mes enfants. Chacune de mes billes me tenait à cœur. Le rêve pour tout petit garçon accro à cette drogue était d’en posséder plus que tous les autres copains. Je jouais donc pour gonfler ma fortune et me faire sacrer roi des billes, le titre le plus prestigieux du quartier. Pendant les vacances d’été, c’était une véritable guerre entre nous, une course folle qui ne s’arrêtait qu’à la rentrée des classes. C’est qu’en acquérant ce titre, on jouissait de beaucoup de faveurs de la part de tous ses rivaux; mais le plus intéressant c’est que le roi seul pouvait fréquenter la reine, la plus jolie fille du quartier. Ainsi, tous les gamins s’entredéchiraient pour ce fameux trône, sans pitié pour les concurrents. Ce fut là ma première ambition qui au fil du temps, s’était transformée en obsession: devenir roi des billes. Je m’entrainais, nuit et jour, à devenir plus adroit dans ce jeu. Dans les parties qu’on organisait, chaque après-midi, tous les enfants étaient au rendez-vous, filles et garçons indistinctement. Alors, tous les après-midi, je sortais de la maison avec mon petit gallon rempli de billes, et je rentrerais trois heures plus tard. Si je revenais avec un sourire aux lèvres en agitant mon gallon, c’est que j’avais fait un carton; si je rentrais avec une gueule de chien battu en maudissant tout sur mon passage, c’est que je m’étais fais plumer.

 

Dans ma fulgurante passion pour les billes, je n’avais pas remarqué que mes sorties coïncidaient avec les séances de lecture biblique de mon Grand-père. Il avait son rite quotidien, j’avais le mien. Lui et sa bible. Moi et mes billes. Nous étions quittes. Puis, un après-midi, comme à l’accoutumée, je m’apprêtais à me rendre sur le champ de bataille habituel; j’avais fini de me préparer et j’étais empreint d’un bon pressentiment de succès, car la veille, j’avais grossi mon gallon d’une bonne victoire. J’allais donc passer la barrière lorsqu’on m’appela de l’intérieur. Quand j’arrivai, on me dit que mon Grand-père m’attendait sur le balcon. Pour ne pas être en retard à mon rendez-vous, je m’empressai d’y aller en escaladant par quatre les marches de l’escalier. J’atterris sur le balcon. Je trouvai mon Grand-père sur la dodine. En face de lui, une chaise vide. Il me fit signe d’approcher et de m’assoir. Et, prenant sa bible ouverte sur ses genoux, il me la mit entre les mains. J’ai tout de suite pensé que Grand-père voulait me faire cadeau de sa vieille bible, mais d’un ton lointain il me parla:

 

- Mon enfant…

- Oui… Grand-papa, répondis-je.

- A partir de cet après-midi, c’est toi qui feras la lecture pour ton Grand-père, car ma vue commence  à baisser sérieusement. Il te faudra lire un peu fort et de manière lente puisque je suis un peu dur d’oreille. Je t’indiquerai les versets à lire. Lorsque tu seras fatigué, nous ferons une pause puis nous continuerons. Bien! Attends-moi un instant.

 

J’étais comme électrocuté, aucun son, aussi effronté qu’il aurait pu être, n’osait sortir de ma gorge. Une foule de sentiments se bousculait en moi. Quoi! J’allais perdre l’occasion de me faire sacrer roi des billes à cause de l’affaiblissement de la vue de Pépé? Ce n’était vraiment pas juste. Je n’avais rien fait pour mériter un tel châtiment, il aurait mieux fallu

me tirer une balle en plein cœur et me laisser agoniser, j’aurais ainsi moins souffert. Le plus dur et le plus agaçant, c’était mon impuissance face à ses cheveux blancs qui m’asservissaient. Sur un ordre de ma mère ou de mon père qui me contrariait en quelque sorte, je pouvais un peu rechigner, mais j’obéissais la plupart des fois. S’il arrivait à Grand-père de nous demander un service, à moi ou à ses autres petits enfants, il nous était strictement interdit de nous rebeller. Oser désobéir à Grand-papa! Nul n’en avait le courage. C’était sous peine d’être fouetté et de subir maintes punitions. Maman avait déjà tracé l’exemple sur ma grande sœur. Elle s’était fait donner une des raclées qui vous font réfléchir à deux fois avant de commettre une gaffe.

 

Ainsi, je détestais la bible de Grand-père et avec elle son propriétaire et le reste du genre humain. Ce fut un supplice, tous les après-midi, trois longues heures de torture avec la bible de Grand-père. La nuit, je rêvais que j’avais cette bible à ma merci, je déchirais les pages les unes après les autres. Mes copains vinrent s’informer de la raison de mes absences. J’avais honte de leur dire que j’étais prisonnier de mon Grand-père et de sa bible, je leur mentis à contrecœur. Chaque après-midi, je me trainais sur le balcon, la maudite chaise m’attendait d’un air moqueur, je lisais à voix haute chapitres et versets. Je ne feignais pas d’accepter mon sort, au contraire, toutes les fois où l’occasion se présentait, j’affichais vigoureusement ma mauvaise volonté. Que de bâillements avais-je simulés, jusqu’à risquer de me décoller la mâchoire! Que d’assouplissements avais-je feint! Que de mots mal prononcés, de versets rabâchés! Grand-père restait de marbre. Je ne savais pas s’il s’en rendait compte ou pas. J’aurais mieux aimé qu’il réagisse en me grondant, en me réprimandant plutôt que de subir son insouciance. Il dodinait les yeux fermés, écoutant mes mots. Il ne se redressait que pour m’indiquer d’autres lectures et reprenait ensuite sa position initiale. Par la suite, je me décourageai, comprenant que mes efforts pour m’échapper de cette servitude étaient vains. Je me résignai donc à passer le reste de mes après-midi de vacances en face de Grand-père sans aucun espoir de liberté.

 

Dès que cette résolution fut prise, quelque chose changea. Je commence à porter intérêt à ces séances de lecture sans même me le remarquer. Le fait de ne plus considérer ces trois heures comme peine expiatoire me permit d’y prendre gout à mon insu. Ces séances de lecture devenaient de moins en moins ennuyeuses. Je m’arrêtais même des fois pour adresser une ou deux questions à Grand-papa sur ce que je lisais. Il faisait de son mieux pour satisfaire mes attentes. Je commençais donc à tomber amoureux de la bible de Grand-père sans même le remarquer. Mes lectures devinrent de plus en plus passionnantes, je m’efforçais de bien prononcer les mots, de leur donner vie à travers ma voix. Lorsqu’une phrase échappait à ma compréhension, je demandais le sens à Grand-papa qui était plus que ravi de me répondre. Ces heures devinrent ainsi trop courtes à mon gout. Je prolongeais alors ces moments en arrachant à mon Grand-père des confidences inédites. Il se lia entre nous une espèce de complicité: Grand-père, sa bible et moi. Un peu comme le Père le Fils et le Saint-Esprit. J’aurais aimé que ces vacances perdurassent éternellement; malheureusement la rentrée avançait à grand pas. Il ne restait donc qu’une semaine avant de reprendre le chemin de l’école. Cela m’attristait un peu mais une autre tristesse fit surface: Grand-père tomba malade. Il ne pouvait plus se rendre à l’étage pour notre rendez-vous quotidien, ce fut moi qui me rendait dans sa chambre. Si ce cas s’était présenté tout au début de nos séances, j’aurais à coup sûr béni le ciel de m’avoir libéré du joug de Pépé. Mais l’inverse se produisit: Pépé fut tombé malade. Je me rendais dans sa chambre et lui faisait ses lectures. Après avoir terminé, il me retenait un peu pour me parler de choses qu’il estimait sérieuses comme mon avenir.

 

La rentrée arriva, j’étais excité à l’idée de revoir mes condisciples pour nous raconter nos vacances d’été. Je me rendis donc à l’école, mais, chose curieuse, avant de partir, j’allai embrasser Grand-papa. Il me souhaita une bonne journée. En effet, la journée fut belle. Je m’empressai donc de revenir pour partager le compte-rendu avec mon Grand-père. Lorsque j’entrai dans la maison, un mystérieux silence planait, je n’allais pas tarder à savoir la cause: Grand-père était mort.

 

Apres l’enterrement, j’héritai de la bible.

Aujourd’hui, en écrivant ce récit, entre un récipient de billes jamais rempli et une bible avec la reliure polie par tant de mains, je ne comprends toujours pas quel royaume d’ici d’ailleurs m’aurait convenu. Sans Grand-père et sans couronne en attendant mon tour de vieillesse, moment où je choisirai mon préféré parmi mes petits-enfants pour ne pas rompre la chaine d’or.

 

 

Schélomi LACOSTE,       

Auteur                                  

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Publié le 22 Janvier 2010

"Poètes pour Haïti"
Anthologie née du tremblement Haïtien


«Toute douleur Qui n'aide personne est absurde».
André Malraux


Déjà plus de 200.000 morts haïtiens, c'est le décompte macabre du jour,

Annoncé Officiellement.

Des blessés, par centaines de milliers. Un pays au coeur des ténèbres?

Le monde voit en direct des regards tremblants devant la béance Qui S'est ouverte à

Haïti.

Le monde a bougé sur son socle. L'île saccagée un sel de nous tous des humains

meurtris. Oui, l''île est Nôtre.

Elle dit nos visages livres à l'incertain de la Vie.


Que PEUVENT les poètes?

Certes s'émouvoir, certes SE Demander pourquoi tant de SOUFFRANCES sur la peau d'un

Peuple nu déjà.

Sartre Avait parlé des damnés de la terre ...

Le Poursuivre Poète Pourrait: il ya des damnés du tremblement de terre.


Que PEUVENT les poètes?

Certes écrire.

Dire L'Innommable. L'insondable souffrance.

Partager ce cri intérieur, l'ouvrir au monde pour Qu'il Soit l'acte de solidarité espere.

Puisque l'Internet nous le permet, nous passons de la douleur en mémoire, de la

Souffrance en Espoir. Une chaîne de mots Solidaires nait peu à peu ...


Et debout avec les Haïtiens, nous Préservons la créativité devant l'anéantissement

Suppose. Et nous proposons avec ce présent recueil Le Premier Livre humanitaire en

ligne. Car il n'ya pas d'écriture sans l'Humain, sans ce sens fondamental de lire avec

L'autre, en l'autre, d'écrire et de partager le peu de substance mensonge Qui nous, nous Qui

relie au poème frissonnant du Monde, Le Seul Qui Vaille: La poésie Fraternelle.


Nous Espérons que ce Don trouvera la faille généreuse du coeur au coeur, pour

Que le Peuple Haïtien sente que les poètes les aiment, Qu'ils Témoignent et

Contribuent à la reconstruction de cette île dont nous sommes tous les enfants

jetés sur les routes de la douleur et de l'espoir de recommencer sans cesse.


Dana Shishmanian, Khal Torabully, anonyme,

Paris, Vaulx Village, Genève,

25 Janvier 2010

www.haiti2010-secourspoetique.net




haiti-page-don.jpgNous Poètes, Savons Le Coeur Humain pris Dans le désastre au pays de Toussaint Louverture. Haïti nous submerger! Partant d'un appel du poète et écrivain d'origine mauricienne Khal Torabully, relayé par Dana Shishmanian, poétesse d'origine roumaine, nous lançons le Premier Livre Humanitaire en ligne.


Des poètes du monde entier offrent Leurs mots pour venir en aide à la population de cette île. Des poèmes, regroupés en un ouvrage électronique que Acquérir Pouvez vous via ce site http://www.haiti2010-secourspoetique.net/.

Nous ne percevons Aucune Somme. Vous faites votre Montant du don Que souhaitez vous organisation de l'ONU Une Humanitaire de votre choix et téléchargez vous le livre.

 
Et Rappelez-vous. Haïti Était Déjà le paie le plus pauvre de l'hémisphère nord. Au-delà de l'urgence Faut il songer à la reconstruction ne Serait-ce que du minimum dont les Haïtiens Ont Besoin pour s'imaginer un avenir. Alors, donnez en échange de cet ouvrage Qui est lui-même un don!
 
   

Ce livre en ligne est un acte fondateur, le Premier ministre Dans l'histoire de l'internet. Haïti lui sera intimement associé. Haïti, terre des poètes. Le tremblement de terre en a tué certains. Des Artistes, Ceux qui font cette magnifique peinture «naïve» aussi s'en Sont allés vers les lumières vives DE LEURS pinceaux. Nous Pensons à eux aussi. La Terre de Toussaint Louverture, dont la constitution est un des plus beaux textes de la langue française.
Ses auteurs Sont nombreux, Lesquels parmi: Marie-Célie Agnant,
Marie-Célie, Jacques-Stephen Alexis, Louis-Philippe Dalembert, Georges Anglade, René Depestre, Frankétienne, Dany Laferrière , Jean Métellus, Émile Ollivier, Lyonel Trouillot , Gary Victor... Ce livre témoigne aussi de vivace Leur libération conditionnelle, de l'Île-fleur, de la Libération conditionnelle-jardin, de l'oeuvre d'un peuple à hauteur d'homme. 


Transcription: Parole en Archipel
Secours Poétique

 

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Publié le 21 Janvier 2010

Pour le mur d'un mémorial d'éternité…

Par Johnny Jean


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“ Est-ce parce que le monde est petit

Que le fustigent orages

Et le font tomber pierres tombales ”
James Noël 

 
Il est parfois de ces horribles choses qui arrivent. On les a vécues, on les a vues; mais on ne peut les comprendre réellement, les sentir profondément que lorsqu’on apprend la perte d’un être cher. Mardi 12 Janvier 2010: Port-au-Prince détruite par un terrible tremblement de terre. J’y étais. Je l’ai vécu. J’y ai survécu. Ce jour-là m’est si profondément gravé dans la mémoire que je dirais au même titre que celui de ma venue au monde, si bien évidemment je pouvais m’en souvenir. J’avoue que j’ai pas tout de suite saisi la gravité de la catastrophe de l’endroit ou j’étais. Quelques clôtures brisée certaines maisons fissurées et la panique chez les gens étaient ce que j’ai pu observer. Et, levant la tête, direction sud-ouest de ma position, me trouvant à Tabarre - j’ai vu monte vers le ciel une colonne de ‘’fumée blanche’’ que je ne pouvais interpréter, n’ayant pas été habituer a ce genre de cataclysme. Ce n’est que le lendemain, allant constater les dégâts avec mes deux cousins, que j’ai découvert à quoi était dû la colonne de “fumée blanche”, que j’ai compris que la minute durant laquelle s’était produit ce drame était partie pour le néant avec entre ses deux mains la vie de plusieurs milliers de personnes.

 
Jeudi matin, priorité numéro un: Rentrer aux Gonaïves où toute ma famille anxieuse m’attend avec impatience. Ne pouvant pas émettre d’appels téléphoniques, on m’aura cru vivant lorsqu’on m’aura vu. J’essayais pour une énième fois de joindre par téléphone Schélo que je n’ai cessé d’appeler depuis le jour du drame pour satisfaire mon empressement de savoir s’il avais la vie sauve. Ne le joignant pas évidemment, j’en déduisais peut-être que lui aussi il essaie de m’appeler et qu’à coup sûr il s’apprête comme moi à renter aux Gonaïves s’il n’y est pas déjà. La station (la gare)? Cette marée humaine comprenant des hommes en pleurs ayant perdu un ou plusieurs des leurs, des gens avec un membre amputé, d’autres gravement blessés. Mais tous, ils veulent et espèrent, malgré la violence physique que cela requiert, pouvoir rentrer dans leurs villes d’origines respectives, fuyant cette ville devenue infernale. Port-au-Prince où ils viennent de recevoir comme cadeau de nouvel an, la pire cauchemar de leur existence. L‘exode et l’errance ont pris fin, un nouveau retour au bercail. Enfin le bus. Le voyage. Les passagers racontant à tour de rôle comment le séjour des morts avec sa porte grande ouverte leur a refusé. Tant ils s’étaient sauvés miraculeusement. Une femme racontant le rêve prémonitoire qu’elle a eu, laissant croire qu’elle savait que cela allait venir se produire et qu’elle se voulait de ne pas l’avoir annoncé. Les cachots de la route qui vous soulève d’un bloc, rendant le voyage fatigant…

 
Le crépuscule? L’arrivée dans cette ville qui malgré elle, malgré ses lots de misères à elle, accueille ses fils parmi les rescapés. A peine descendu du bus, une amie qui nous était bien commune à Schélo et à moi s’approchait de moi, et après m’avoir longue serré dans ses bras, me tenant la tête dans ses deux mains, m’annonçait en pleurant: “ Lacoste Mouri…” J’ai eu à peine le temps de déposer chez moi ma valise et de saluer ceux des miens qui s’y trouvaient à mon arrivée. Vite j’ai couru chez les Lacoste. J’ai pas voulu croire. Sché lomi Lacoste décédé? C’est alors que la réalité du tremblement de terre me rattrape, que les tonnes de morts que j’ai vu à Port-au-Prince, ces gens qui pleuraient avec leurs lots de morts allongés devant eux, cette multitude de personnes gravement blessées dont nombre d’entre elles allaient succomber faute de premiers soins, cette énorme quantité de bâtiments écrabouillés avec on ne sait combien d’êtres humains crevés dessous… C’est alors que tout ça me montent à la tête, et m’effondrent. La mort de Schélo, malheureusement m’a fait mieux savoir l’étendue d’un désastre.

 
Schélomi Lacoste était ce passionné de littérature que j’ai rencontré en Janvier 2008 lors des séances d’atelier d’écriture animées par les écrivains Jean-Euphè le Milcé et Makenzy Orcel au Collège Immaculée Conception où il était rédacteur en chef du journal Le lambi.

Ce projet de la firme Expertise Communication de Monsieur Fred Brutus et de la Mairie des Gonaïves ayant abouti à la parution de l’Anthologie “ Ancre des dattes” dont il était l’un des meilleurs jeunes auteurs. Par la suite, nous allons devenir, lui et moi de très bons amis. Si bien qu’il était rare que nous passions une journée sans se voir ou se parler au téléphone. Nos liens se sont vite renforcés surtout, durant mon passage au Cercle des Finissants, une association regroupant des élèves de classe terminale de la cité de l’Independance dont il était le coordonateur et moi le secretaire.

 
Aujourd’hui ,un mois après le drame port-au-princien, je n’arrive toujours pas à accepter le fait qu’il n’y soit plus, le fait que je ne pourrai plus jamais le voir, lui parler. J’aurais tellement aimé que tout cela soit plutôt un rêve, une utopie, une illusion, un mirage et qu‘un jour arrivera où l‘on pourrait revenir à la réalité que Port-au-Prince était plutôt sain et sauf avec ceux et celles qu‘on croyait pourtant morts.

Schélomi Lacoste a surpris tous ceux et celles qui le connaissaient. Non seulement par sa sagesse, son intelligence, son courage et son talent créateur, mais surtout pas son humilité, son esprit, ses pensées et son altruisme. Jamais je ne l’oublirai. Jamais je ne cesserai d’évoquer ses qualités, ses bonnes manières. Si seulement à force de parler de lui, d’évoquer sa mé moire, d’écrire, il pouvait revenir?

 
Johnny Jean, Auteur
  

Johnnyjean54@yahoo.fr

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Publié le 12 Janvier 2010


Ce triptyque de Daniel Vuataz, 23 ans, étudiant en lettres à l’Université de
Lausanne, paru dans Le Passe-Muraille No 80, le 20 décembre 2009.

Vuataz2.jpg
                                 Le poète suisse, Daniel Vuataz

 

Les époux
 

Ils avaient quitté père, mère et les cloches battantes du Clos de la Chapelle pour s’enfoncer dans les bosquets, leurs nouvelles bagues à l’annulaire. La rivière coulait lente, charriait d’heureuses promesses. Lui, il ouvrait la marche, écartant pour elle les herbes les plus hautes, lui indiquant sur quelles pierres marcher. Elle, elle remettait de côté sa vaste chevelure rousse, retroussant ses jupes pour ne pas toucher les marécages. Ils trouvèrent du soleil à deux pas d’un pré jaune et posèrent leur en-cas sur un tronc bouturé. De la terrine de lapin. Elle le questionnait sur le cri du lapin, sur son nom, sur le fait que personne ne l’entende jamais, même quand on leur tord le cou.  Sans répondre il posa, sur sa bouche étonnée, son doigt gourd qu’il remplaça rapidement par ses lèvres. Elle trouva le goût musqué, salé, comme celui des grands cerfs, et avant qu’elle ne le remarque, il avait introduit sa langue. Elle lui demanda des yeux s’il l’aimait comme elle l’aimait, s’il ne la laisserait jamais tomber, mais il ne bougeait presque pas, ses paupières closes au soleil, sa langue contre la sienne. Elle se dit qu’il fallait bien s’abandonner à quelqu’un un jour ou l’autre, qu’il fallait bien essayer. Elle tira doucement sur les laçages de sa robe, sans qu’il ne bouge ou ne semble rien remarquer. Quand elle fut nue, elle voulut qu’il prenne un peu de recul pour qu’il la regarde en entier et la désire, mais des nuages passèrent sur la clairière, et quand elle parvint enfin à se décoller de ses lèvres séchée, il sentait déjà le mort. Elle le posa raide et pâle sur l’herbe noire et entama la terrine, vaguement attristée à l’idée qu’il lui faudrait encore attendre un peu pour trouver un mari qui convienne vraiment à sa nature. 



L'autre

Le plus grand des trois portait le sac et ce qu’il contenait. Le plus petit des trois fermait la marche en jetant régulièrement des regards derrière lui. Celui du milieu effleurait la surface rapide de la rivière avec un grand jonc, ne faisant presque pas bouger l’eau. Le plus grand des trois changea d’épaule le sac et ce qu’il contenait. Le plus petit essaya de chanter une comptine, mais aucune ne lui vint. Celui du milieu trouva que le ciel était assez inhabituel. Les trois s’arrêtèrent en même temps au bord d’une mare sombre que faisait sur la rive la rivière trop rapide. Le plus grand déposa doucement le sac et ce qu’il contenait sur la berge sablonneuse. Le plus petit chercha des yeux celui du milieu, mais celui du milieu était déjà dans la mare, de l’eau noire jusqu’aux genoux, tremblant et suppliant. Le plus grand lui dit de ne pas tenter de discuter, que ça ne servirait à rien, qu’il n’était pas fait pour cela. Le plus petit répéta exactement les mêmes mots que le plus grands, dans un ordre  légèrement différent. Celui dans la mare commença à sangloter, répétant que ce n’était pas juste. Les deux autres prirent leurs yeux menaçants. Celui dans l’eau se calma, mit sa tête dans ses mains et recula jusqu’à ce que l’eau lui monte aux épaules. Le plus grand sorti le revolver du sac et le pointa sur la tête du garçon dans l’eau, lui disant tout bas qu’ils n’étaient pas du tout obligés d’en arriver là. Le plus petit vérifia que personne d’autre ne les avait suivis. Le plus grand appuya du pouce sur le chien du revolver. Le plus petit se boucha les oreilles mais garda les yeux grands ouverts. Celui dans l’eau plongea d’un coup et disparut sous la surface noire de la mare. Les deux autres observèrent un moment la créature palmée nager en cercles près de la surface de l’étang, sa crête ne faisant presque pas bouger l’eau. Le plus grand désamorça le revolver et dit au petit de le suivre sur le chemin du retour. Le plus petit jeta un dernier regard à la mare immobile. Plus jamais, c’est sûr, ils ne ramèneraient un de ces grands œufs que personne au village n’avait été capable de reconnaître.




Le roi du village

La troupe entière quitta l’église au petit matin, pain, sel et viande séchée répartis dans des sacs. Ils longèrent en cérémonie le Rio du Village en direction du fleuve, dans lequel se jettent toutes les rivières. Comme d’habitude, ils s’arrêtèrent dans un grand bois à chevreuil, là où se trouve la pierre debout. Un type se coiffa d’une couronne de bois mort et se mit debout sur la pierre debout.

-Vous savez ce qu’ils nous feront s’ils nous trouvent ? dit le type debout sur la pierre debout, tournant le dos à la rivière.

Les autres types ne répondirent pas.

-Vous avez une idée de la taille de leurs membres ? repris le même type, la voix de plus en plus sûre.

Les autres produirent des estimations avec leurs bras, hochant la tête apeurés, consultant du regard les idées alentours.

-Vous connaissez la vraie différence entre nous et ces autres types ? continua le type, debout sur sa pierre debout, écartant les mains, se voulant important.

-Nos coutumes ? osa un petit type au fond de la troupe.

-La civilisation ? ajouta un autre type un peu roux.

-La technique ? essaya un grand type tout défait.

-Notre église, nos trésor ? fit un type que le type principal ne put réussir à repérer dans la masse qui se resserrait lentement autour de lui.

-Vous n’y êtes pas ! lança le type principal. La différence, c’est que nous m’avons moi ! La différence, c’est qu’avec moi vous aurez un guide à suivre et à aimer ! Je suis le roi des types ! Choisissez-moi ! Et il gesticulait debout, sur sa pierre debout.

Les types de la troupe échangèrent quelques regards, et se penchèrent pour ramasser des pierres. Le roi des types tomba dans l’eau dès la troisième pierre, sans que personne ne sut jamais qui  avait lancé la première, et le courant fut rouge quelques instants. Quelques -uns des types fouillèrent la rive avec des grandes perches. D’autres eurent des jurons généalogiques. Tous les types reprirent les victuailles qu’ils n’avaient pas touchées, et rentrèrent au village en silence. Le jour suivant, encore une fois, il faudrait recommencer. Le danger était bien présent, on ne pouvait plus faire autrement. Les signes finiraient bien par se manifester en faveur de quelqu’un.

 

Daniel Vuataz




Repère: 
Daniel Vuataz est né en 1986 dans la région de Vevey. Il achève actuellement ses études à la Faculté des lettres de l’Université de Lausanne, avec un mémoire consacré à l’histoire de la Gazette littéraire. Ses débuts en poésie ont été marqués par l’influences de Gustave Roud et Philippe Jaccottet. Passionné par le genre du conte, il inscrit les trois textes ici publiés dans un projet d’ensemble qu’il situe dans la filiation des textes courts de Corinna Bille. Lauréat de plusieurs concours littéraires, dont le Prix Interregional des Jeunes Auteurs (PIJA), il a été publié dans l’anthologie Plumes bigarrées parue récemment chez Bernard Campiche, dans la collection Campoche.


J.-L.K

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Publié le 3 Décembre 2009

Par Fabian Charles

En dépit du constat sinistre qui établit Haïti comme point dormant de la caraïbe, son statut artistique connait une croissance envers laquelle nul ne peut être insensible. Nos écrivains peuvent se réclamer davoir respecter lemblème nationale dans une union implicite qui a fait rayonner cette fierté haïtienne séculaire dappartenir aux mêmes racines malgré les distances parfois forcés de certains autres intellectuels qui ont fêtés avec nous la pluie agréable des prix qui a déversé sur cette année deux mille fois neuf. Par les nombreuses foires la production du livre durant ces dernières années amenant un engouement unificateur pour la lecture et pour lécriture, les haïtiens ont désormais adopté un reflexe créatif qui contraste malheureusement avec la création dinfrastructures techniques.

La pensée des plumes haïtiennes s
est faite forte et a réussi a affronté dans divers concours internationaux dautres belles plumes du monde. Pour raviver notre fierté nationale jusquici malmenée, deux journalistes ont allumé des projecteurs sur notre peuple et ont démontré notre liberté et notre talent de dire dans des domaines différents; Gaby Saget qui a obtenu le Prix de la Liberté de la Presse Francophone et Lyonel Trouillot à laide de ses talents de romancier a prononcé un discours visionnaire déquité sociale devant le maire de Paris en recevant le Prix Wepler pour son magnifique roman, « Yanvalou Pour Charlie ». Le Prix International de la poésie de l’association internationale La Porte des poètes, établie en France et en Espagne décerner à Frantz Dominique Batraville.

Ces succès activent notre mémoire et nous pousse à revivre les beaux jours passés de notre nation avec des personnages tels que Jacques Roumain et Anténor Firmin qui ont fait briller de mille feux engagés notre sensibilité sur le terrain international avec leurs livres respectifs, « gouverneurs de la rosée » et « De légalité des races humaines ». Le passé était de bonne fortune avec la remise du Prix Renaudot à notre écrivain estimé René Depestre pour son récit inoubliable dune fameuse femme de Jacmel. Quoi de plus aujourdhui que la bonne dose du Prix Médicis porté par Dany laférrière pour chanter haut lalliance inextricable des racines de Toussaint Louverture dépassant lexil. Il nous reste dans le collimateur le Prix Goncourt, le plus célèbre de la francophonie pour affirmer notre immensité par rapport au monde du moins du coté des lettres.

Des rayons lumineux proviennent aussi de lavenir car si les fructueuses foires nous permettent de savourer les célébrités usagères à légal dun Gary Victor qui bénéficie dune bonne considération à létranger. Elles nous permettent aussi dinsuffler des odeurs neuves. Le collectif intitulé «Ancre des dattes» inauguré par Jean Euphèle Milcé et Mackenzy Orcel a indexé une alliance possible entre différents teints dencre sans déséquilibre de maturité. Ce mélange des âges qui peut être constitué de portions égales donne lespoir dune constante réussite littéraire pour cette ile parcourue de cultures, si on peut prendre l’exemple du Jeune Poète Thélyson Orélien qui a remporté le Prix International Jeunes Auteurs en Val d’Aoste dans le nord de l’Italie et Finaliste du Prix Arthur Rimbaud - Fondation Emile Blémont de la Maison de Poésie en France.


Ces trois derniers jours, trois auteurs ont rapporté des récompenses prestigieuses au bercail, Emmelie Prophète dans la caraïbe avec son roman, le testament des solitudes, Yanick Lahens et Dany Laférrière récidivent par le prix RFO et la consécration pour ce dernier de la revue littéraire Lire, à l
initiative de Bernard Pivot, qui juge son dernier roman, le meilleur roman français de l
année 2009.

Cette rythmique accélérée de la glorification des livres haïtiens est un espoir pour un continuum succès des mots. De nouvelles plumes surgissent de terre, deviennent accessoire d
ailes pour survoler dautres espaces de pensées. Une réussite de lunification de lart pourrait, si ce nest pas quun rêve, influencer la bonne marche des autres secteurs dactivités. Et avec cela le blason de léminente chanson dOthello Bayard* sera redoré.

Fabian Charles, Ecrivain - Poète
fabian100e@gmail.com


* Othello Bayard: Violoniste et médecin, né au Cayes le 2 Septembre 1885. Il composa " Souvenir d'Haiti ", plus connu sous le nom " d'Haiti Chérie " en 1920, alors qu'il étudiait l'art dentaire à Berlin. Il est décédé aux Cayes le 19 Juillet 1971.
 

Index de Prix Littéraires
Prix littéraires: Lauréats des prix littéraires français décernés en 2009.

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Rédigé par Fabian Charles de Parole en Archipel

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Publié le 12 Novembre 2009

 

 

       Vient de paraître à la Maison de Poésie en France, l’intitulé « Rimbaud 009, la Nouvelle Anthologie de la Jeune Poésie d’aujourd’hui ». 90 poèmes de 28 poètes contemporains de 18 à 25 ans figurent dans cette nouvelle anthologie de poésie française dont le jeune poète haïtien Thélyson Orélien avec son texte « L’Ombre qui colle à mes pas »

 
Cette nouvelle anthologie réunit les meilleurs poèmes d’une trentaine de jeunes poètes sélectionnés cette année. « Une poésie vivante, avec la fougue, le bonheur ou la souffrance et l’amour », ont précisé les responsables de publication de l’anthologie en guise de présentation.

 

Cette anthologie est le fruit de travail littéraire effectué par des jeunes auteurs de divers pays où la langue française est présente. Ils sont tous des lauréats du Prix Arthur Rimbaud. Par le grand nombre des manuscrits qu’il a suscités en presque vingt ans, par la qualité des lauréats qui est manifestée dans le recueil anthologique publié chaque année, par la diversité des poèmes, des genres, des formes, des styles, le Prix Arthur Rimbaud est un extraordinaire témoignage de la poésie vivante et sans cesse réitérée.  

 
« L’émergence de la poésie, c’est l’émergence incessante de la vie, de la jeunesse », soulignent les responsables dans une note. Ce livre réunit les meilleurs poètes Prix Arthur Rimbaud.


Depuis sa création en décembre 1991, le premier Prix récompense un jeune étudiant devenu aujourd’hui un poète reconnu.

 

Le finaliste de l’année 2009 pour Haïti est né aux Gonaïves, dans l’Artibonite en mai 1988. Thélyson Orélien est étudiant en sciences politiques. Il a déjà remporté plusieurs concours. En 2007, le Prix International Jeunes Auteurs en Italie pour « Les couleurs de ma terre. Il fait partie de l’Anthologie « Ancre des Dattes » sous la direction de Jean Euphele Milce et Makenzy Orcel.

 

De nouveaux poètes nous arrivent. Après Bonel Auguste, Fred Lafortune, James Noel, Antoine Hubert Louis… les poètes Fortestson ‘Lokandya’ FENELON, Thélyson Orélien et Fabian Charles sont dans nos murs.

Laitferson@yahoo.fr


Signal FM : link

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Rimbaud 009

Nouvelle anthologie de la jeune poésie d’aujourd’hui

90 poèmes inédits de 28 poètes de 18 à 25 ans


Un livre de 11,7 x 18,5 cm.
Prix 20 euros.

ISBN : 978-2-35860-004-0.

Publier avec l’aide du Haut-Commisariat à la Jeunesse de France


MAISON DE POESIE



Pour commander le livre et le recommander à un ami: Cliquez link 

 







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Rédigé par Parole en Archipel

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Publié le 9 Novembre 2009

 

    Sur le haut patronage des agences de promotions New York et New Moon productions, le jeune écrivain haïtien Fortestson FENELON dit « Lokandya » sera une nouvelle fois reçu aux Etats-Unis d’Amérique, du 4 au 26 décembre 2009, pour la vente-signature de son livre intitulé « NUITS À DEUX BATTANTS ».

 

Le dimanche 6 décembre, l’auteur sera en signature à Ambiance Night club (133-18 Guy Brewer Blvd, Queens, NY 11434) en compagnie du groupe JAFFA, dans le cadre de la soirée d’hommage à Ulrick Pierre Louis, le samedi 13 décembre à Labadee Manior (207-14 Jamaica, Queens Village, NY 11428) avec le groupe Zenglen, le mercredi 24 décembre à Café Alta (1088 Utica Avenue, Brooklyn, NY 11203) avec le groupe System Band.

 

Durant cette tournée promotionnelle, le groupe JAFFA performera dans presque toutes les places où il y aura la vente-signature de « NUITS À DEUX BATTANTS »
 

Livre

 Fortestson 'Lokandya' FENELON Travaille comme journaliste culturel dans les organes de presse dont Signal FM. Il est egalement Comedien, diseur et dessinateur. Son livre qui charrie beaucoup d'angoisses et de fustrations montre le type de relation qu'etretiennent l'auteur et le Cosmos dans le soleil qui confine la vie et la mort. Il figurait parmi les 78 auteurs en signature a " Livre en Folie " de cette annee
  

Jaffa

Dieufaite Charles a.k.a Jaffa, jeune artiste originaire des Gonaïves qui donne son alias au groupe, profitera de l’occasion pour présenter son nouvel album intitulé ‘’Réveillez-vous’’ paru sous les labels ”Révélation” (Haïti) et ”Eden” (Allemagne). « Réponds-moi, Big love, konsyans, Paradise, Olorum, Only word, Réveillez-vous”… sont, entre autres, les titres qui ornent cet opus.

 

Après cette tournée américaine, Fortestson ‘Lokandya’ FENELON mettra le cap sur l’Europe. Il est invité en France par l’agence Afrika production à la fin du mois de décembre 2009 pour une vente-signature unique de son ouvrage.

Parole en Archipel

 

 

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