Publié le 12 Novembre 2010

Mirlande H. Manigat

 

Cette présidentielle 2010 semble se décider sur le fil fragile d’élections rassemblant les anciennes espérances d’un renouveau. Nous sommes encore dans une jeunesse démocratique qui ne fleurit pas parce que le peuple haïtien ne se l’est pas encore approprié. Notre peuple s’était habitué á une élite forte chargé de prendre des décisions trop obscures pour elles car après les premiers combats elle s’est déshabitué, mise a part du choix volontaire.

Depuis vingt ans, un passé historique assez proche mais très pénible dans la politique réel, la majorité absolue de la population s’était rassemblé au chevet d’un messie, les ouvrant la porte á une passion jamais égalé depuis l’indépendance. Mais ce messie a ne nous voilons pas la face déjà échoué, pas parce qu’il ne possède pas un potentiel électoral toujours assez fort mais surtout parce qu’il n’a pas su préserver le pouvoir en sa faveur et que son dauphin chef de l’ile depuis 2006 l’a laissé en situation d’exil dépressif.

Présentement, pour que notre ile entre dans une époque de constante stabilité, nous avons non seulement besoin d’un génie politique surpassant les autres mais aussi d’un candidat capable de faire l’union des différents secteurs pesant dans la balance de la cite haïtienne propre et ceci est déjà prouvé, sort des règles sociologiques et faciles des civilisations nordistes. C’est dans cette exacte tension que Mirlande Manigat risque pour la première fois sa candidature à la présidence.

A sa base comme dans toute démocratie qui se respecte un parti politique et une plateforme assez réputé misant sur sa réussite. L’obstacle à peine surmontable et irrationnel que la masse populaire ferait en faveur du couple Manigat serait de l’élire sans qu’ils aient un parti politique véritablement populaire, qu’aux élections de 2006 ils n’ont eu qu’un seul sénateur et un député élu. Une réussite pareille est rare.

Néanmoins, le surplus d’acrobaties exercé en faveur du statu quo par nous savons qui décline. Le candidat du palais national déconstruit ne fait pas monter la fièvre des espérances de huit millions d’hommes accroupissant dans la crasse depuis quarante six ans et discutant par teledyol du futur car les medias sans électricité et sans richesses ont une force de frappe très mince ici. Mirlande Manigat est issue d’une génération qui n’a pas su se partager les suites de Duvalier alors qu’un vide s’exposait en pleine période de populisme mondialisé.

Jean Bertrand Aristide en a su profiter et continue malgré son départ de nourrir un espoir latent. Leslie Manigat a touché le pouvoir durant six mois. L’armée détruite plus tard par Aristide l’a renversé pour audace démesurée. Simplement parce que pour s’asseoir sur le fauteuil, il est nécessaire d’adoucir les mentalités des uns et des autres en vue d’une union pacifique prochaine. Aujourd’hui sans armée la brèche est ouverte a qui dont la famille Manigat désire étaler un certain autoritarisme nostalgique.

Concrètement, Mirlande Manigat possède les voix de l’élite intellectuelle oubliée, du peuple éclairé visant á travers elle, le seul adversaire mure contre le passé, d’une jeunesse imprégné par les images développées chantées par d’autres pays contrastant tel blanc et noir avec le passe récent, de la diaspora support économique le plus fort et le plus moraliste si nous nous appuyons sur les opportunités extrêmes qu’ont eu ses fils au nom de Wyclef Jean et David Siméus, les voix des granmoun se souvenant des temps de paix.

Elle possède aussi les voix de Leslie Manigat qui n’est sur ce terrain qu’un bonus. Nous parlons d’un ancien président, second aux élections de 2006, figure de proue connue et déjà digéré par une majorité. Sa femme n’a pas encore connue d’échec électoral. Rappelons-nous que le couple Manigat avait réussi aux dernières élections sans grand déploiement musical contrairement aux efforts même tranquilles de cette année.

En face d’eux, des produits marketing inconnus et ignorants d’un style qui n’a jamais été gobé nulle part depuis la naissance de la démocratie. Nous avons de fortes chances que le 28 Novembre se passe malgré les menaces dans une atmosphère de prospérités démocratique si les communautés internationales mettent même par profit leurs racines dans notre terre tremblante pour s’assurer d’élections crédibles. Nous ne sommes pas génocidaires.

 

Fabian Charles

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Rédigé par Parole en Archipel

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Publié le 14 Octobre 2010

L'écrivain haïtien Jean-Robert Léonidas nous écrit

  

Par Jean-Robert Léonidas (Écrivain)

  

A suivre le parcours du nobélisé Mario Vargas Llosa (MVL), on est vraiment frappé par une certaine similitude qui se faufile entre lui et un autre écrivain de carrière dont la vie a présenté des chapitres d'une analogie saisissante. Il s'agit de l'haïtien René Depestre (RD).

 

leonidas.jpg
DR
Jean-Robert Léonidas
 

J'ai été frappé par le mariage de M.V. L avec sa tante, ce qui a donné lieu au roman «la Tante Julia et le scribouillard». Connaissant un peu l'isolement qu'impose le métier d'écrire, il ne m'est pas du tout difficile d'imaginer ou de prétendre saisir le scénario. Il est vrai que RD a seulement écrit avec adresse et émerveillement à propos d'un fabuleux rapport génésique entre un neveu et sa tante à Jacmel, son lieu de naissance, allusion faite à son roman «Alléluia pour une femme-jardin». On peut toujours dire qu'il s'agit là d'une invention de romancier. Mais là où celui-ci a peut-être rêvé, celui-là est passé par une expérience existentielle, un phénomène conjugal inhabituel par la proximité consanguine des intéressés, courageusement légalisé, ratifié par le mariage. Je demande pardon à MVL sur qui je suis en train de pérorer, mais son œuvre comme sa vie est devenue un roman...

 

Comme René Depestre, Mario Vargas Llosa a flirté pendant longtemps avec le mouvement castriste avec certainement des questionnements de parcours, des distances prises, jusqu'à ce que, arrivé à un point de rupture, la séparation soit devenue nette. Est-ce l'artiste chez eux qui ne tolère point les rigidités idéologiques, les orientations trop verticales ou trop horizontales selon le point de vue , en tout cas unidirectionnelles pour parler comme certains? Leur «culture de droite» s'accommode-t-elle peu de la «morale de gauche» trop exigeante pour eux? La vie est-elle plus nuancée que cela et faut-il demander au philosophe André Glücksmann de trancher (quoiqu'il ne soit pas nécessairement mon modèle) : Etre exclusivement de droite ou exclusivement de gauche, c'est se condamner à une hémiplégie morale?

 

Mario Vargas Llosa a eu ses engagements politiques et avait voulu briguer sans succès la présidence du Pérou. René Depestre était engagé politiquement dans son jeune âge et avait voulu avec d'autres jeunes de l'époque changer le cours de la politique de son pays, Haïti, il y a plus de soixante ans. Voulait-il plus que cela? Je ne crois pas qu'il existe aucun engagement politique bien assis qui sous le châle ou de façon obvie ne vise pas le pouvoir suprême.

 

La politique et la littérature ne font pas toujours bon ménage chez le seul et même individu. Les deux hommes sont peut-être des politiques insatisfaits, les deux sont deux grands écrivains dont le parcours suscite un rapprochement dans l'esprit des observateurs, du moins dans le mien. Les deux sont des habitués des prix littéraires. Mario Vargas Llosa vient de décrocher le Nobel 2010.

 

 

Comme j'eus à le dire ailleurs :

 

« Il y a ceux qui frappent l'imagination par leur vie et les zigzags dans leur engagement. Il y a ceux plus linéaires qui maintiennent leur vecteur selon une orientation majeure. Il y a ceux qui, des deux côtés, tout en suscitant le débat, consacrent leur vie à la littérature. Et c'est primordialement cet acharnement indéfectible à l'écriture que personnellement je vis de l'intérieur et que je veux ici saluer, tout le reste étant misère, inévitable questionnement, par conséquent matrice littéraire et rédemption...»

 

Jean-Robert Léonidas (écrivain)

 


« Alleluia pour une femme-jardin »

René Depestre
Alleluia pour une femme-jardinGallimard
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« La Tante Julia et le scribouillard » 
Mario Vargas Llosa
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La Tante Julia et le scribouillardGallimard
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Rédigé par Parole en Archipel

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Publié le 6 Octobre 2010

PAROLE-EN-ARCHIPEL.jpgFabrice Pierre Eudaric, né en Seine et Marne, région parisienne, il entre en Martinique à l'âge de 2 ans après la mutation de son père fonctionnaire de la Poste. Après des études scientifiques au Lycée Schœlcher il intègre l'université des Antilles et de la Guyane pour y suivre un cursus en mathématiques appliqués aux sciences économiques et sociales. Plongé dans le monde de l'informatique dès l'enfance il décide de valider une formation de programmeur développeur spécialisé multimédia et internet. Surnommé "L'instit" par ses amis d'enfance à Mansarde catalogne (Robert), Fabrice Pierre Eudaric donne des cours de mathématiques aux enfants du quartier. En 2004, après un voyage à New York, Harlem créé une étincelle en lui et c'est le début de son aventure. Il commence à écrire des bribes de poésie. Amoureux de "la grosse pomme" il y fera plusieurs séjours, et c'est d'ailleurs là-bas en 2008 qu'il entreprend la mise en mots de ses pensés et émotions, dans un recueil de poésies intitulé "Poèmes à la vie" en octobre 2010.

 

Textes inédits de Fabrice Pierre Eudaric

 

Toi Liberté

Toi Liberté, sourire semblable au vol du colibri,
Tu endors ma solitude et enlaces mon esprit.
Toi Liberté qui butine la fleur de l'âge,
Tu entraines mes peurs aux frontières du voyage.


Toi Liberté, je voudrais t'épouser.

 

Servitude

De l'autre côté,
vibre la vie.
Alors, je quitte,
la berge de chair.
 
De l'autre côté,
vibre la vie.
Et, doucement,
mon âme se mouille.
 
De l'autre côté,
vibre la vie.
Soudain, se lève,
la lumière du grand soir.
 
Elle vibre la vie,
ignorant le passé,
éclaboussant l'hésitant.
 
J'ai longtemps souhaité renaitre du ventre du temps,
séchant les larmes du passé,que j'ai décomposé,
errant dans un futur imparfaitement rêvé.
Maintenant, mon présent m'attend.


Sueurs écarlates

Sous la peau qui tremble,
La chair visceuse
des âmes damnées.
 
Heureux orphelins
qui de la terre arrachent
les larmes du temps.
 
Délicat venin agricole,
venu du sourire des pioches
et de la danse du coutelas.
 
Au milieu des rires
jazzy et érudits
de colons détendus.

 

Sustine et abstine

 

C'était à l'heure,

où les ombres se taisent,

les racines s'allongent,

et les regards s'émeuvent.

 

C'était à l'heure,

où les lèvres s'endorment,

les cils se courbent

et les doigts s'enlacent.

 

C'était l'heure,

où j'entendis ton coeur.

 

 

© Parole en Archipel  

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Publié le 3 Octobre 2010

Anick Roschi - Le Voyage des OmbresC'est au travers d'une chronique poétique des événements les plus douloureux du vingtième siècle que l'auteur nous invite à revisiter la planète. Sa prose concise impose à chaque mot le poids de l'histoire. La parole s'exclame : « Cric crac ! » conte la tradition haïtienne. « Me voilà ! » engage la foi. Elle évoque la légende malgache d'un « oiseau cendreux » qui « feint les pleurs du bébé » et « miaule les chiens » ; à « petits pas », elle enterre la chair, expire « les cris de la terre », torture, « tord tue », crie « les silences de la nuit », devient muette « paroles d'yeux ». Elle rappelle les sacrifices mayas des « épouses aux langues hérissées », interroge la raison africaine : « Qui est le maître de la mort ? »
Son écriture métaphorique n'est présente que pour mieux « penser » une plaie encore béante dans notre mémoire collective. Par ce voyage mémoriel dans l'antre des barbaries humaines, l'auteur rend un vibrant hommage aux innombrables disparus.

 

 

Le voyage des ombres

Editions du Cygne

ISBN : 978-2-84924-063-2 

 

   

Anick Roschi, né à St Julien-en-Genevois en Haute Savoie, possède la double anickroschinationalité Suisse et Française. Après des études secondaires commencées en France , il s'inscrit à l'école d'Ingénieur de Genève et obtient un diplôme de physique appliquée . Très vite il met fin à son parcours scientifique , abandonne une formation complémentaire entreprise à Paris pour des voyages dans plusieurs pays Europe , d' Afrique du Nord , du Moyen-Orient . A son retour il entreprend une formation d'animateur socioculturel à l'institut genevois d'études sociales et travaille pendant de nombreuses années pour les enfants des quartiers périphériques de la ville. Parallèlement à son investissement professionnel, il présente sa poésie à plusieurs concours internationaux dont le Fiele Filiochta en Irlande qui lui attribue un premier prix. Ses poèmes sont publiés dans plusieurs anthologies en Belgique, Espagne et Italie .  Depuis quelques années, Anick Roschi présente sa prose poétique traduite en anglais,espagnol et italien sur divers blogs , revues poétiques et commentaires de presse en Europe,Afrique,Amérique latine, Canada et  Etats-Unis. Il  participe, au printemps 2010, avec  de nombreux auteurs des Caraïbes et du monde francophone, à l'ouvrage caritatif  "Pour Haïti" http://www.desnel.com/spip.php?article267  

 

 

 

 

Inédits

 

 

Pierres
 
Pierre aimante
Pierre aimée
Fille pierre
Du jour enfanté,

 
Pierre priée
Pierre vénérée
Femme pierre
D’un jour répudié,

 
Pierre d’amants
Pierre d’aimés
Homme pierre
D’obscurité.
  
Anick Roschi – 01.09.10

 

_______________________________

 

Mauve bignone

 

Brigands
D’une insulaire nuit
De frêles sphinx colibris
S’épuisent au suc,
Ailes babillardes
Au vent d’est
Pour une élégie,
Langues filiformes
Fléchies
D’encre violette violée volée
À l’écrit
D’une fin d’été.

 

Anick Roschi

Munacia d’Auddé Septembre 2010

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Publié le 22 Août 2010

 Arnaud Delcorte

 

Lire Arnaud Delcorte c'est oser aller à la rencontre des garçons sauvages et des mots fauves qu'on ne rencontre que si l'on ose se perdre dans ces contrées où seuls s'aventurent ceux qui n'ont plus rien à perdre parce qu'ils pensent qu'ils ont déjà tout risqué et tout perdu. [ ] Rixes de chiens jamais cyniques il ne s'agit que de jouer sérieusement à s'aimer et l'on n'abdique pas tant que l'autre acquiesce. Ce sera partout dans le monde si le monde dit oui. On portera l'amour à sa boutonnière et l'on dira « tu » dans toutes les langues si l'autre sourit.  Francis Ricard.

 

Arnaud Delcorte est né en juin 1970 près de Charleroi en Belgique. Il est professeur de physique à l'Université catholique de Louvain et aux facultés universitaires St Louis, à Bruxelles. Plusieurs de ses textes ont été publiés dans la revue « Sources » de la maison de la poésie de Namur, dans la « Revue d'Arts de Littérature et de Musique » (RALM) et dans la revue de poésie mauricienne « Point-Barre ». Son premier recueil, « Le Goût de l'azur cru », est sorti chez « Le Chasseur Abstrait », en 2009. Mondes Francophones

 


 

 

 

CORCYRA

 

 

Devant Corcyra soufflent les esprits du manque

Nafsika hébergea Ulysse lorsqu'il y fit naufrage

Les Dieux et les nymphes s'y épousèrent

Enchevêtrement de verdeurs et de rocs

Pétrification des ébats fondateurs

Leurs corps ensommeillés leurs jambes détroits gisants

Leurs langues de terre blonde leurs gorges déshydratées

Les Dieux et les nymphes s'y marièrent

Les pins les oliviers les vignes sucre et or

Les daurades par milliers dans l'étendue

Et nous progéniture tutélaire au regard bleu

 

 

 

AURORES

 

Il y a un air de renaissance ici

Une brume du fond des âges qui s'accroche

Une vague invariablement fécondatrice

Un suint d'or issu des mamelons verdoyants

Comme une lascivité aux aubes de jasmin et de lait

Une invitation

Dans le creuset des divinités l'ensemencement opère

 

 

 

AMANTS

 

Je déroule dans l'air les entrelacs transparents du rêve

Nues dans la chambre comme sur un écran tes jambes me narguent

Moitié de corps aux fruits brulants tu te retournes amant

Avant que j'ai pu saisir de ma langue le goût du ciel

 

 

 

LE MONDE

 

J'erre aux quatre coins du monde byzantin

Je parcours les océans les rivages acryliques

J'écume les paysages les soirs l'intérieur des garçons

Pour toi j'erre sans attache blanc et sans peine

Pourtant je le sais quoi que je fasse où que j'aille

Tu n'es n'étais ni ne sera

 

 

 

JUNKY

 

Cowboy Hilfiger laminaire de peau omoplates en cœur

Lombes langues chaos concavement décérébré

Dorsale jaillissant de taille Mexican buffalo

Denim souillures de pisse aiguilles et roaches

KO joue contre ciel tu gis toi JUNKY

 

 

 

BAR

 

L'abyssale nourriture des âmes

Au reflux d'un comptoir

Je sirote un mojito et un autre

Et un autre

Longs glissements sans parole

Phylactères mielleux d'idées suaves

Tu hausses les épaules exhale aspire

Les B-boys en tank tops et sans top

Aiguillages de muscles filasses lueurs

Sous les sombres éclairages

Je sirote un mojito et un autre

Et je tombe

 

 

 

LULLABY

 

Today I've seen

A rat in a bar

A cat in a bra

A rat in a cat in a bra

 

Today I've seen

A map in a can

A man in a cap

A map in a man in a cap

 

Today I've seen

A cop in a toy

A boy in a hood

A cop in a boy in a hood

 

Today I've seen

A roach in a bed

A babe in a couch

A roach in a babe in a couch

 

Today I've seen

A moth in a sock

A sock in a mouth

A moth in a sock in a mouth

 

Today I've seen

An ax in a clock

A cork in an ass

An ax in a cock in an arse

 

 

 

EVIDENCES

 

Pourquoi nier l'attraction des grands fjords

L'appel éculé du large qui dévoile les sourires carnassiers

Nous sommes enfants d'un rayon d'un battement

D'un son sur les tams-tams de l'air aux tympans

D'une onde rampant dans l'azur devenu marine

Marine à chaque retour de balancier le rythme

L'ivresse loin des alcools des cocaïnes transit de molécules

Dans notre souffle dans nos artères à chaque bon jour

Se relever et au premier soulèvement de paupières savoir

Pourquoi nier l'attraction des grands fjords

 

 

 

CHER ARTHUR

 

Brillante Erythrée je vous envie mon cher Arthur

Quand du dessous de mon oreiller ne sortent que des chimères

De papier je vous envie et je vous suis sur le ponton fragile

Vais-je tomber ou me fondre aux canopées de vos amazones

M'amouracher de vos Indiens de vos Javanais de vos Gallas

Bien sûr ça bien sûr et je compterai encore sur vous pour m'en tirer

Car le plongeon pour lui seul en vaut la chandelle et je resterai nu

Dans l'air car même l'air recèle ce secret que nous avons cherché

Sans le trouver dans les enivrements les feux les tyrannies de vivre 

 

 

 

FUTURE

 

Aucune lande ne couvera le ciel

Pas de firmaments gallois pas d'Erynnies

Oblitérées les rumeurs de sainteté

Des hélices moirées remplaceront les plumages des piques noires les ailerons

Le grand miroir nourricier sera devenu laque amère

Diffractant un jour rouge

Pas un avion pas une tour pour avaler l'air lourd l'air lent

Méthane

Cendres

Sulfures

Aucune présence d'homme à célébrer

Enterrés les rires jusqu'au souvenir des plaisirs terrestres

 

 

 

CITES

 

Amlar Asnellor Rocanam vibrantes cités

Où ne perce aucun soleil je marche sans croiser âme

Au parvis de vos basiliques calcédoine affèterie

Les hommes ici se parent de corolles et de gemmes

Les filles infanticides de boucles oblongues et labiales

Mais pour l'heure ils prient et se terrent car du ciel incertain

Derrière l'œillère des vents on entend un grondement de fin du monde

 

 

 

VIE

 

Les hommes traversent deux fois la vie

L'une et l'autre dans le mystère ébloui des formes de la pensée

Accouchant et revenant respectivement des ouïes des visions

Ils trament et enchevêtrent les sens les insignifiances

Yeux ouverts et fermés

Respectivement

 

Les hommes traversent deux fois la vie

Fiers et sans haine dans le défilement des âges

De la pensée

Instruisant et détruisant sans trop savoir effectivement distinguer

Quel est quoi

Ils enfilent les heures d'amour les heures du vide

Effectivement

 

Ils trament et enchevêtrent les sens les insignifiances

Abasourdis devant tant d'étoiles

Devant tant de terres tant de fers d'égorgements

Devant tant de luxuriance des formes de la pensée

Devant et derrière les paupières

D'égorgements

 

Les hommes traversent deux fois la vie

Corps orichalque dans la nuit

Ils enfilent les heures d'amour les heures du vide

De la pensée

Fragiles halos balayant vaguement la nuit devant

Presque nuit dans la nuit

Respectivement 

 

AD - 20.8.2010

 

Par: Arnaud Delcorte

Blog perso: link 

 


 

 Le goût de l’azur

Poésie - Arnaud DELCORTE

 

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Rédigé par Parole en Archipel

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Publié le 11 Août 2010

Qui sera le prochain président d’Haïti? Environ une trentaine de candidats prétendent à prendre les rennes de la terre montagneuse sur laquelle s’est maintes fois passé l’impensable. Nous sommes au rendez-vous d’un choix crucial. Qui prendra le risque d’enfoncer sa main sous la pierre déchu de cette nation construite pour autre que ses propres habitants. Qui saura laver de la corruption un réseau d’haïtiens déçu par des valeurs qui ne servent à rien parmi ceux qui cherchent à se dégager, à nager pour sortir de la misère de laquelle ne mâchons pas nos mots il est impossible de réussir sainement si on n’est pas dans une lutte contre ceux qui sont censés nous servir.

Cela fait deux cent ans que nous n’avons pas de leader à avoir pu pomper de manière sincère le cœur de cette patrie. Wyclef Jean est un phénomène qui certes va au contraire de ces déjà-vus que nous ne supportons plus. Et c’est là le problème, l’effet Obama a véritablement ouvert la porte du monde au 21e siècle. Et n’importe qui pense pouvoir sortir de l’inconnu et faire régner le changement sans avoir été comme Obama diplômé et connaisseur fin des affaires politiques.

Pour guérir et déboucher les artères de la première république noire, il faut résoudre la principale entrave qui est nous le savons tous, le vol et le profit à peine voilés orchestrés par ceux qui sont au pouvoir. Par là nous n’accusons pas forcément le président de la république mais ceux qui sont apparemment placés sous son autorité. Transparency International nous place comme le troisième pays le plus corrompu de la planète.

Cette tache s’est avérée impossible depuis plus de deux cents ans parce que des noms placés très hauts empêchent à qui veut effectuer un geste ensoleillé en faveur d’un espace aéré et vide occupé par beaucoup moins de mouches et de poussières. Wyclef Joannel Jean au pouvoir si généreux et honnête soit-il fera face au bout de deux ans a des révoltes et des manifestations comme l’ont fait face tous les présidents précédents sauf Préval et sera renversé par ceux qui n’ont pas su profiter de son mandat présidentiel à court terme.

Ce n’est pas un constat tragique, Wyclef Jean n’a pas les capacités primaires d’unir les différents hommes et femmes en partant de votre voisin qui dénonce son absence de connaissance du domaine dans lequel il se plonge. Ce qui est avoué par l’artiste lui-même, les divergences entre le jeune et l’adulte qui dénonce son absence de sagesse et plus tard au moment du vote entre la conscience et l’inconscience du citoyen se demandant s’il a confiance de projeter sa destiné et celle de sa famille entre les mains de Wyclef Jean.

Or pour donner des branchies à cette terre, lui donner le potentiel de vivre sous l’eau sans effleurer la chute d’Atlantide, il nous faut obligatoirement un leader a l’égal de la reine Victoria d’Angleterre vivante au dix-neuvième siècle, d’un Ronald Reagan ou d’un Barack Obama permettant aux Etats-Unis d’être au 21e siècle en tête du palmarès mondial. D’un Toussaint Louverture, d’un Dessalines, pourquoi pas ?

C’est que l’image du pays est primordiale : ceci a été prouvé lors de la campagne présidentielle américaine de 2008 et nous en avons souffert depuis le séisme. Pito nou lèd nou la est un dicton caduc. Aucun leader habitué à l’adjectif politique n’inspire notre choix. Jacques Edouard Alexis était à deux doigts de son sacre si Préval ne l’avait pas lâché dans le bourbier et commettre ainsi sa propre erreur fatale, étant un ancien responsable de deniers publics se décharge lui qui devient le premier à proposer dans son plan un programme anti-corruption car il sait comme tous les anciens ministres qu’il n’y a rien sans cela.

Revenons à Préval qui appuie Jude Célestin qui n’est visiblement pas un homme populaire, sans doute le lancera-t-on dans le processus déjà entamé en faveur de Jacques Edouard Alexis ce qui crée déjà un trouble beaucoup plus profond au sein des pro Préval qu’au sein du parti majoritaire. En face de lui, Charles Baker qui a déjà cuit un échec au coude à coude avec Chavannes Jeunes qui n’a pas su résister dans l’abstinence à la magistrature suprême. Le peuple veut du changement. Mirlande Manigat avec à l’ombre son mari, ex-président de la république est la candidate la plus crédible et attire les voix de la population malgré son français inaccessible.

Nous avons déjà entendu le plan de certains candidats qui comptent gérer le pays sur le calque de leur industrie et de le faire vibrer comme un groupe musical, certains parlent d’éducation ou de reconstruction des institutions politiques. Dans le cas de cette ile étrangement isolée mais aidée par les grandes métropoles de la communauté internationale, Le seul leader est le président actuelle avec à l’avenir celui ou celle qui ne fait pas partie des multiples décors à la poursuite du grand fauteuil.

Et de toutes ces couleurs, rares sont les surprises qui devraient émerger en seulement deux mois de campagne disponible. Cependant le conseil électoral provisoire réitéra les jeux de cartes sous la veste comme en 2006 et sera ainsi peut-être par hasard en faveur de sa patrie en donnant un mauvais verdict à ceux qui le méritent.

Contre toute possibilité la sagesse de Préval passera aux examens du deuxième tour, et avec cela le changement bénéfique nous piquera à toute heure, j’espère.

 

Fabian Charles

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Publié le 11 Août 2010

 PSYCHOPATE

 

 

                                    

Nous publions " Psychopathe " ce texte paru dans l’anthologie “ Ancre des dattes ” pour rendre hommage à Schélomi Lacoste, Poète et Nouvelliste de la nouvelle génération d'écrivains haïtiens. Ancien rédacteur en chef du journal LE LAMBI du Collège Immaculée Conception des Gonaïves. Lauréat  des concours de la Faculté des Sciences Humaines (FASCH) de l’Université d’Etat d’Haïti, et du Centre des Téchniques de Planification et d'Economie Appliquée (CTPEA). Succombé comme marthyr au tremblement de terre qui a écrasé la Capitale haïtienne.

 

Par Schélomi LACOSTE

 Poète et Nouvelliste 

"Monsieur Riffin, il vous reste vingt-quatre heures à vivre. L'exécution est prévue pour seize heures, demain.Je vous apporte un stylo et du papier pour écrire vos dernières volontés. Le prêtre passera dans trois heures, si vous avez besoin de quelque chose, n'hésitez pas à m'appeler" 

Le gardien referma la porte de la cellule et s'éloigna. Il y laissait un homme recroquevillé dans un coin. Il s'y était blotti pour éviter les rayons gênants du soleil. Riffin rampa et ramassa la plume ainsi que le papier que le gardien avait jeté par terre. Il écrivit en lettres capitales:  " A MA FILLE", s'arrêta puis recommença: " Hélène, tu avais raison, je suis un monstre. Je le suis, mais je n'ai pas honte. Car, après tout, il en faut des monstres dans ce monde. Lorcequ'on m'a apporté ce papier pour écrire mes dernières volontés, je me suis souvenu que j'avais mis au monde une fille, même si c'était involontaire. Car, en violant ta mère, je ne me doutais pas que mon forfait laisserait autant de traces. Je ne vais pas tenter de me justifier à tes yeux. Je veux juste te faire part des derniers sentiments qui m'habitent. La vie est courte, je m'en rends compte aujourd'hui. Tu n'as aucune idée de celle que j'ai menée; j'ai eu de l'argent à en devenir fou. J'ai fait de l'amour presque chaque jour. J'ai tué des gens comme on tue des mouches. J'ai vécu. Ah ! ça oui ! Ce n'est pas que j'ai peur de mourir, mais je réalise que ma la vie est une belle merde, une merde que j'aurais aimé vivre plus longtemps. A quarante-cinq ans je suis trop jeune pour mourir; mais le juge a trouvé que j'étais trop vieux pour la prison à vie, il a préféré le peloton d'exécution. Ai-je raté quelque chose durant mon existance ? Je ne crois pas. J'ai vu tout ce qui était visible, entendu tout ce qui était audible et sondé tout ce qui était sondable. Quant à la chose que les imbéciles appellent l'amour, je peux te dire ceci : c'est un mythe qu'ont créé les hommes pour rendre leur vie moins ennuyeuse. ça n'existe pas. Toute relation entre un homme et une femme repose sur un intérêt quelconque. Crois-moi, j'en ai connu des femmes dans ma vie, les unes plus belles que les autres, les unes plus putes que les autres, aucune ne m'a jamais totalement satisfait. Aucun homme ne te suffira pleinement. Pourquoi ne me suis-je pas marié ? Peut-être parce que j'aurais trop fait souffrir celle qui aurait été assez dingue pour être ma femme. Ou peut-être que je suis l'un des rares hommes à avoir compris que les époux sont deux " cons joints ".

 

Je n'ai eu qu'une seule femme : mon fligue. La vie est un jungle, soit on mange, soit on est mangé. Je crois que j'ai bouffé trop de vies, et elles en veulent à mon karma. Tu crois que j'irai en enfer ? C'est impossible puisque j'y ai déjà vécu. Nous les hommes, nous créons nos paradis et nos enfers. Le diable, s'il existe , crois-moi, c'est le pouvoir. J'ai créé mon paradis, j'en ai profité autant que je pouvais ; si je dois aller faire un tour en enfer, ce ne sera pas si dur que ça.J'irai, je visiterai. Quelques blagues avec Lucifer et le tour sera joué !

 

Bref, c'est pour te dire ma fille que tout ce charabia, les hommes l'ont imaginé, et à force de les reépéter, ils ont fini par y croire. Dieu existe, mais c'est un gamin qui joue fourmilière. J'ai tué parce que je voulais tuer, personne ne m'a forcé au meutre. Tu ne peux pas savoir ce que je ressenti en commetant mon premier crime ; j'étais fier, j'avais la sensation d'être utile à l'humanité, d'avoir posé un acte que seuls les vrais hommes sont capables de faire : j'avais le pouvoir d'ôter des vies. Tous ceux que j'ai tués méritaient la mort. Je n'ai pas tué pour de l'argent, car l'argent ne me satisfait qu'en partie. J'ai tué pour l'émotion; il en faut des couilles pour appuyer sur gachette. Je n'ai aucun remords. Seuls les assasins en ont. J'ai pris goût à chaque minute de ma vie, chaque seconde m'a été un plaisir. Pourtant je n'ai qu'un seul regret, c'est que tu ne m'aies jamais compris. Tu n'as jamais voulu voir en moi le génie que j'étais, l'artiste de la mort. Il fallait débarrasser ce monde de certains êtres qui le polluaient, je m'étais donné cette mission, j'ai fait tout monpossible pour la remplir, tu ne peux pas m'en blâmer. J'ai donné un sens à ma vie, un but, une direction. Si tu t'étais mise en opposition à ma mission, je t'aurais tuée. Sans regrets. Pour le commun des mortels, mon exécution serait une punition, mais ils ne pourront jamais me punir plus que je me suis puni moi-même.

 

Ma mort sera ma liberté, car l'homme naît et vit en esclavage. Je m'en vais le coeur léger, espérant que, même si tu me hais, tu garderas une image propre de l'homme qui n'a été ton père que sur un bout de papier. Ne viens sur ma tombe que lorsque tu auras compris ma vie et réussi la tienne. Ma vie a été parfaite, à contresens, mais parfaite. Je suis une légende, ne meurt jamais..."

 

André Riffin plia le papier et le baisa. Il entendit des pas qui se rapprochaient de sa cellule. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit; le gardien réapparait avec un curé d'une trentaine d'années.

 

- Monsieur Riffin, enchaîna le gardien, voici le Père Pillard, il est disposé à vous confesser et à vous administrer le viatique.

- Il peut s'approcher, répondit Riffin.

- Bien, je vais rester le temps de votre entrevue. Je garde l'oeil ouvert, Riffin, ne tentez pas un mauvais coup.

- T'en fais pas , Silas, je ne vais pas dévorer ton moine, s'il veut causer, il peut.

 

Le prêtre s'assit en face du condamné et commenca :


- In nomines Padre et Filli et... (c'est du latin)

- Ecoutez, mon Père, je n'ai rien contre vos balivernes mais je n'ai pas l'éternité devant moi ; alors si vous pourriez abréger vos trucs, ça ma ferait grand plaisir.

- D'accord, mes questions seront courtes. Croyez-vous au pardon ?

- Bien sûr ! Du moment que ce n'est pas moi qui pardonne.

- Je vois. Lisez-vous la bible ?

- La bible est un roman d'une rare qualité littéraire, losrque je m'ennuie j'y jette un coup d'oeil. 

- Qu'est-ce que vous avez contre Dieu ?

- Je n'ai rien contre Dieu, Seulement j'aurais préféré que le Christ soit une femme.

- Et pourquoi cela ?

- Quoi ! une fille au milieu de douze mecs. Ils l'auraient déchiquetée !

 

Le curé se leva sans dire mot et demanda au gardien de le raccompagner. Riffin, lui, se tordait de rire, c'était le dernier gag de sa vie. Il avait remis au gardien le papier destiné à sa fille. Il était vingt heures, c'était l'heure de dormir. Riffin, seul danss sa cellule, se déshabilla; il commença à se masturber, pour une toute dernière fois... Le lendemain matin, le gardien ouvrit la porte de la cellule pour appoter son déjeuner au prisonnier, il y découvrit Riffin, pendu au plafond, tout nu, un lacet de chaussures au cou.

 

 

Schélomi LACOSTE

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Publié le 6 Août 2010

Anderson Dovilas: jeune plume avec qui Parole en Archipel a fait connaissance. Ci-joint trois de ses poèmes et une notice autobiographique qui trouvent leur place sur notre blog

 

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Anderson DOVILAS est né à Port-au-Prince, le 2 juillet 1985. Il est Poète, comédien et étudiant en Psychologie à la Faculté d’Ethnologie et en Linguistique à la Faculté de Linguistique Appliquée de l’Université d’Etat d’Haïti. Ses textes sont traduits en Roumanie par Marilena Lisca. Auteur de deux ouvrages « Les Iles en Accent Aigu » publié en France parle le Chasseur Abstrait Editeur. Et « Pwel na Zo » Avec les éditions Lagomatik . Cette année il a été au 30ème éditons de Salon du livre à Paris. 

 


 

 

Demi-pause

 

Moi     

Poète de l’errance

Je partage mon vécu

Avec quelques strophes de l’au-delà

Pour imprimer l’instinct du quadrilatère 

Qui cagoule le verbe

Sur mon passage

Je me présente sans titre

Sous-titrage  d’une virgule à craindre

Quand les mots ressemblent

A des ustensiles sales

 

 

Terre à taire

 

Souffle d’écume

Je traverse  l’intemporel

Des images clause 

Sur l’épithète des tressages funestes 

Ma terre hybride de sinus

Chevauche les formules

Des siècles en arc de cercle

Quand on doit renouveler

La signature des ustensiles

Sur les crachats de ce monde

Sans portefeuille

Ici la vie est ailleurs

Ici l’amertume est référent

Thérapeutique des soupirs creux

Ici on a des factures

Pour bayer au bout des autres

Et si se taire est bleu

Ma vie est un blason

De rouille sans squelette

Qui grimpe les formes

De l’atmosphère sans dépouille

 

 

Rectiligne

 

J’éclabousse mon nom

Sans tiroir

Avec une carapace lexicale

Qui tranche l’opacité

De mes voyelles sèches

Et comme le temps qui se lève sans signature

Je cherche ce don chuté

Des échos de sang

Pour être obscure à tire-bouchon

J’aime la vie

Quand elle s’applique au verso

D’un trou d’ombre salé                                    

 

 

Anderson Dovilas 

 

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Publié le 19 Juillet 2010

Deux poèmes reniés d'Aimé Césaire

 


Découvrez deux des Sept poèmes reniés écrits entre 1948 et 1950 : "Varsovie" et "La guerre qu'ils veulent nous faire c'est la guerre du printemps".

III

 
Varsovie

 
1948

ici la brique est le ricanement du mal
briques sur les rues dispersées
briques sur les juifs massacrés
briques briques briques
fers tordus moignons nus rats sas tas sur tas
linceul

ici la brique est la syllabe la plus simple du cauchemar
ici la brique s'emmêle à la brique comme le corps au cadavre
ici la brique est l'accumulation des jours frappés en plein soleil
et des lettres sans réponse

ici le raz de marée s'appelle brique
le buisson ardent s'appelle brique
brique l'éruption volcanique
brique le hoquet
brique la secousse sismique
brique les trois balles dans la peau
brique la vomissure du soldat

il y a des briques sur l'odeur des morts
des briques sur le dernier sursaut
des briques sur l'innocence des mots

mais qu'importe que jours et nuits
semblent un champ non défait des griffes d'une escadre de sauterelles assassinées
brique c'est désormais hors du monde le pas premier du monde
brique chaque poussée de l'enfant en avance sur l'encoche
brique la frêle marche énorme du pétrel sur le grondement montant des eaux

brique surtout
l'aile feu de l'oiseau feu

et à jamais
plus fort que l'ostensible mât blanc
le sabre de la sirène ou le trou du dragon
toute aile
jusqu'au lait qui nourrit la naissance méconnue d'un astre
L'ESPOIR
notre ESPOIR
moins fort seulement
que les prairies bleues où se balancent les yeux de tes enfants
POLOGNE

et l'insolence tranquille des vastes tournesols.

Aimé Césaire
30 août 1948


"Varsovie" a été publié dans Action, en date du 8-14 septembre 1948
 


V

La guerre qu'ils veulent nous faire c'est la guerre au printemps
1949

Aimé Césaire, député de la Martinique, vient lire à la Conférence son dernier poème, le plus beau.
Aragon présente Césaire en ces termes : « Lui et moi, nous avons fait, à des époques différentes, le même chemin et, au moment où il va prendre la parole, je dois vous dire que c'est avec une grande émotion que l'ancien surréaliste que je sais salue en Aimé Césaire le grand poète qui fut surréaliste comme moi, un des plus grands parmi les poètes politiques d'aujourd'hui, et que l'on peut ranger à cêtê de Pablo Neruda et de Maiakftwski. »

Ni jour
Ni nuit
Ceci n'est pas un roman
Là guerre qu'ils veulent nous faire» c'est la guerre au printemps
Il n'est ni jour ni nuit
Quand Baruch parle nouvelle voix d'ange
Ça fait un bruit d'Hiroshima
Quand Mister Churchill sourit aux anges
Je vois brûler Hiroshima

Dans les taudis d'Europe de Flande ou de la Chine
Il est clair qu'on est mort trop peu ce printemps-ci
Pour que James Forrestal recouvre la raison
Brûlez en cierge Hiroshima

Ni jour ni nuit
Ceci n'est pas un roman
Il n'y a jamais de roman dans le coeur des coffres-forts
Et pourtant simples gens
Vous avez raison de croire au printemps
Simplement plus haut que l'or
Et le pouvoir des coffres-forts
Des cris de femme
Et le printemps superbe de la colère des hommes

O Guerre sous nos talons
Ceci n'est pas un roman
Nous parlons mais c'est au nom de continents
De Paris, de Moscou, de Pékin
De New-York qui charge mal l'antique Yenin
Au nom de l'oeuvre de nos mains
Au nom des fleuves qui sont des mains
Au nom des haines oubliées
Ceci n'est pas un roman

Cuve obscure entassement de Broadway
Étage par étage un building monte Jamais vu furie de vivre

Des hommes bâtissent un monde nouveau
Ceci n'est pas un roman

Occident orient
la déraison est de vous séparer
pour dire où le soleil a passé
ma bouche n'est qu'un va-et-vient de rayons
tics roses poussent dans la toundra glacée

Je parle au nom des champs
Au nom des tombes
Au nom des plaies mal fermées
Au nom Afrique des hommes courbés sur leur silence
Je parle au nom de notre force qui démêle la a née de l'événement
Au nom des yeux qui ne voient pas encore
Au nom des bouches qui ont soif
Grèce au nom des hommes qui brisent leurs liens
Asie au nom des rêves qui montent de loin

Partout au nom de l'homme qui veut voir loin
Hommes du crime» hommes des banques
un coeur qui bat dans une foule
Ceci n'est pas un roman
C'est vrai il vous faut compter avec nous
Mieux que légion
nous sommes la foule
Foisonnement de peuples et leur grondement

Ce poème a été prononcé par Aimé Césaire lors de la conférence nationale du Mouvement des intellectuels français pour la défense de la paix qui s'est tenue en avrïl 1949 à Paris. Il a été publié pour la première fois dans les colonnes du journal L'Humanité en date du 27 avril 1949, et repris dans Justice le 12 mai 1949. Nous le reproduisons avec le texte qui l'introduit dans les deux journaux.


Edition établie par David Alliot
Une vingtaine d'exemplaires en vente au prix de 400 euros. Renseignements : 7poemesrenies@gmail.com
 

 

 

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Publié le 17 Juillet 2010

LA PLUIE DE MON ENFANCE
pluie sur les ramiers de palmes

 

 

Dans cette maison où craque le plancher,
Où l'odeur des vieux règnent
Souvenir d'une enfance enfouie dans le coeur et pourtant si vivant.
Jeux merveilleux, partagés avec ma grande soeur.
Jour béni où la pluie tombe,
Faisant monter la nostalgie de mon enfance.
Bruits de nos pas, courant vers cette chambre,
Avec son lit si haut ! Que cela fût un exploit de pouvoir atteindre cette couche.
Enfin voilà l'extase ! Je m'enfonce dans ces draps si doux et épais à la fois.
Par les persiennes, les couleurs de la pluie,
Me chantent de douces mélodies.
Ma soeur tente vainement de m'attirer dans ses jeux,
Mais je plonge délicieusement dans ces draps et ma rêverie.
J'aimerai être dans ce grenier où nous n'avons jamais pu encore y accéder,
Par cet escalier qui paraissait être à la fois,
Le Ciel et l'Enfer !
Peu à peu le sommeil m'envahit et l'Odeur de la Terre
Monte et exalte mon coeur.
Je cours dans ce jardin sans entretien réel,
Mais si beau à la fois ! Avec ses hautes herbes mouillées, ses arbres aux larges feuilles
Et aux fruits si délicieux, que je tente de cueillir et qui me renvoient des ribambelles de gouttes,
Et font chavirer le petit être que je suis !
Sous cette maison des tas de ferrailles amoncelées, des voitures de ces années si lointaines
Illuminent mes yeux.
Et me voilà dans cette maison, entourée d'une véranda au sol dallé,
Je parcours avec mon oeil vif cette grande salle, plongée dans la pénombre, aux volets clos !
Les meubles sentent l'humidité et la cire.
Doucement je me dirige dans ce lit, mes yeux fixent cette moustiquaire,
Qui s'accroche au mur d'un rose pâle de cette solide bastide tout en bois.

Mes oreilles écoutent cette pluie saccadée,
Qui parle à voix basse avec la tôle,
Et lui murmure son Amour.

Ma mère est là, nous devons partir,
Il fait beau, je me sens triste !
J'embrasse tendrement les joues rondes et molles de ma grande tante,
Mon oncle m'applique un baiser,
Qui ressemble à la musique que fait la pluie sur la tôle,
Et ses lèvres aspirent ma peau,
Et j'entends son chant d'Amour.

Aujourd'hui il pleut et je pense à Eux;
Elle est partie la première,
Il l'a suivie après quelques années,
Ma soeur aussi s'en est allée, bien trop tôt,
Emportant avec Eux, un peu de ce Doux Chant d'Amour.

 

 

Guilaine SABINE
 

 

Chants de canne
morne martiniquais
photo Evariste zephyrin


 

Poète

Le coeur en plis de cannes
Je te revis
Dans mes ballades
Certaines sont plaines de douceur
D'autres dévalent en cascades

Nombre d'entre elles perdent la tête
D'autres décochent quelques flèches
Une ou deux partent en débandade
Bien trop de bagues dans les doigts

Sais-tu...

Où se terre l'ennemi
Il naît des pluies que l'eau pourchasse
Jusqu'à la rue si loin des toits
N'est pas sous vent où tu crois

Poète

La vie ce livre entre deux lignes
L'attaque et puis la défensive
Elles vont reviennent baissent la garde
L'attaque est sur la défensive
Défis sucrés entre nos doigts...

 

Jocelyne Mouriesse

 


   

PORT-AU-PRINCE SUR LA GRANDE RUE
 
Port-au-prince je n'ai pas oublié
Tes nuits obèses de baises
Sur la grande rue
Apres un Champ de Mars
Vetu de tout age
 
Port-au-prince je n'ai pas oublié
Cette leçon bordelienne
Ou l'on venait envouter la biere
Parce qu'il faut laver un discours
Avant de mettre une jupe en bouteille

Port-au-Prince je n'ai pas oublié
Tes samedis soirs
Pleins de portefeuille
Ou l'on trinquait à nos cavalières
Comme pour rendre les vers jaloux
 
Port-au-Prince te voilà amaigrie
 
Anderson Dovilas 

 

 

Naissance des Antilles

 
Paupières allongées
Contre les bleus du large
Une capresse enlace
Les fuseaux d’une vague
Sables s’ y fraient passage
Aux confins de l’ errance

Paupières frémissantes
Sur les flots qui s’ardoisent
Une capresse en brasse
La bécune narquoise
Contre-courants de sombres
Trop longues grilles d'attente

Paupières défiantes
Entre les coraux sombres
Une capresse chasse
La murène sagace
Qui dévalise l’ombre
De dauphins nonchalants

Paupières insolentes
Pétales s’ écarquillent
Vent de fièvre florale
Les Antilles chenillent
Entre vagues ardentes
Et volcan cardinal

Jocelyne Mouriesse
 
Nouvelle offrande


Martinique
Le Diamant - Anse Cafard
Monument aux esclaves
Photographie: Christine Le Moigne-Simonis


Si près de saluer
la montée de la pluie
dans les craquètements du vent
Ô terre abasourdie
par la curée des mots
j’offre le sel à l’orpaillage
tranquille des mémoires
au vol tragique des papillons
à contre-attente de la nuit
et ma prière en ordalie
à la lagune tourmentée

©José Le Moigne
La Louvière
29 avril 2010


Le Vaucin, Martinique, cimetière de la famille
Photographie: Christine Le Moigne-Simonis


À ces matins voués
à l’agonie des calebasses
j’offre mes veines reliées
à d’anciennes reliques
soleil porteur de cabosses
avec pour seuls totems
la marque des pieds nus
sur les tracées de latérite
rebelles à la peau scarifiée
par des pontifes maladroits
dans les chenaux obscurs
des dernières mangroves
où le seul balan alourdi par le sel
se décline en écume
sur l’acier gris des tombes

©José Le Moigne
La Louvière
26 avril 2010


Le matin est à peine réveillé, mais la lumière déjà belle et le ciel bleu, on a le sentiment que jour aspire à la sérénité, à la quiétude.

Je m'en vais !

Le long du chemin, j'aperçois les arbres s'enfeuillant et les haies buissonner.

A chaque détour de rue, je me convaincs que Dieu est à l'ouvrage, la vie à la renaissance, la nature en prise avec sa fleurissure vernale.

Le monde renaît !


Evariste Zephyrin

 
Pour Joseph Zobel


Nous marcherons
par des chemins bordés
de perles et d’améthystes
et tu me guideras

***

Assis
comme un moine copiste
le pinceau à la main

Dessinant des bambous
d’une main qu’il voudrait
ne jamais voir trembler
Zobel interroge les ombres

Au loin
sur l’océan des îles
la main se charge
de terribles orages

En cet été torride
la terre a soif de jardins

José Le Moigne
Poèmes du sel et de la terre
éditions L'Arbre à paroles

 

 

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Rédigé par Parole en Archipel

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