Publié le 12 Janvier 2011

Un an après la catastrophe, le grand écrivain haïtien Dany Laferrière raconte, dans un remarquable livre de «choses vues», le séisme qu’il a vécu en janvier 2010 à Port-au-Prince. Entretien

 

Né en 1953 à Port-au-Prince, Dany Laferrière vit à Montréal. Prix Médicis 2009 pour «l’Enigme du retour», il raconte dans «Tout bouge autour de moi» (Grasset) le séisme qu'il a vécu à Port-au-Prince le 12 janvier 2010, et vient de préfacer des poèmes d’écoliers rassemblés dans «Haïti mon pays» (Editions de la Bagnole). (c)Sipa 
Né en 1953 à Port-au-Prince, Dany Laferrière vit à Montréal. Prix Médicis 2009 pour «l’Enigme du retour», il raconte dans «Tout bouge autour de moi» (Grasset) le séisme qu'il a vécu à Port-au-Prince le 12 janvier 2010, et vient de préfacer des poèmes d’écoliers rassemblés dans «Haïti mon pays» (Editions de la Bagnole). (c)Sipa

  

Le Nouvel Observateur.- Le 12 janvier 2010, vous avez pris des notes tout de suite, sur votre carnet noir. A quel moment avez-vous eu l’idée, le besoin ou le désir d’écrire un livre sur le séisme?

 

Dany Laferrière.- Sur le moment, beaucoup de gens couraient, j’ai pris des notes pour me concentrer sur autre chose : sur l’écriture, en tentant de décrire ce qui se passait. Il fallait d’ailleurs être assez bien entraîné pour y arriver… Ça me rendait invisible, j’avais l’impression qu’on ne pouvait pas me voir. Que même le séisme ne pouvait pas me voir. Etrangement, dès que j’ai commencé à prendre des notes, c’était pour moi comme si tout ça se passait dans un rêve. L’idée d’en faire un livre n’est venue que beaucoup plus tard. Je préparai un livre de conseils à un jeune écrivain, qui s’adressait à mon neveu. J’ai voulu ajouter un chapitre sur le séisme... et ça a pris toute la place. Brusquement tout est sorti. J’avais vu ce qui se disait dans les médias ; je pensais qu’il fallait quelque chose de complémentaire. De plus intime. Du dedans. Il fallait que quelqu’un qui était présent raconte l’événement depuis l’œil du cyclone. Il fallait dire comment ça se passe. Sinon on ne voit que les dégâts matériels à la télé...

N.O.- Le traitement médiatique vous a-t-il agacé, ou gêné?

D. Laferrière.- Non, pas tant que ça. Je n’ai pas été d’accord avec des mots comme « pillage », parce que je ne voyais pas cela sur place. Mais je n’ai pas écrit le livre pour ça. Très peu de journalistes étaient présents quand c’est arrivé, parce qu’il ne se passait rien à ce moment-là à Haïti... J’ai donc voulu proposer la vision d’un écrivain qui connaît assez bien l’expérience haïtienne, tout simplement. La publication à chaud de certaines de mes notes, dans «le Nouvel Observateur» notamment [=> Tout bouge autour de moi], a également contribué à déclencher l’écriture du livre, quand j’ai vu que des gens les avaient reprises sur internet en les ornant de photos. J’ai compris qu’il y avait un désir d’entendre autre chose que le bruit et le fracas qui ont accompagné l’événement. C’était évidemment valable pour les Haïtiens, aussi.

N.O.- Ce qui rend votre point de vue précieux, c’est votre don d’ubiquité : vous vous tenez au plus près de l’expérience quand vous êtes à Port-au-Prince, puis vous avez eu très vite la possibilité de regagner le Canada. Ce qui vous permet soudain de rejoindre le point de vue du reste du monde…

D. Laferrière.- C’était important d’avoir le zoom, puis le plan éloigné. Car il y a en fait eu deux événements. En Haïti, bien sûr, mais aussi ailleurs, où les gens n’ont pas seulement observé : ils ont été touchés personnellement, ils ont littéralement été bombardés par les informations. Certaines personnes qui se trouvaient à l’étranger ont, en quelque sorte, vécu ça plus douloureusement que d’autres qui étaient sur place : parce qu’à la télévision ils ont brusquement tout reçu à la gueule. La télé ne leur a rien épargné. J’ai vécu ça. J’ai été bombardé d’images. J’ai eu plus peur face à la télé que lorsque j’étais à Port-au-Prince.

N.O.- Est-ce pour cela que votre livre tient l’horreur à distance ? On y trouve très peu de scènes affreuses. Vous suggérez les drames humains qui ont eu lieu, mais c’est, paradoxalement, un livre extraordinairement optimiste... Etait-ce délibéré ?

D. Laferrière.- Il y a d’abord un tempérament personnel qui entre en jeu. Je suis du côté des peintres haïtiens, qui sont capables de peindre des paysages colorés quand tout est désolation autour d’eux. Et puis je voulais, en suivant honnêtement les événements, me tenir au plus près de ce que je voyais. Raconter. Comme je l’ai fait dans un moment extrêmement prenant, je n’ai pas eu le temps de penser. Je suis sûr qu’il me reste beaucoup de choses à découvrir dans ce que j’ai noté. Le fait que tout soit imbibé de religion, par exemple, ne m’est apparu qu’après coup, quand une amie journaliste me l’a fait remarquer.

N.O.- Et pourquoi ne l’avez-vous pas vu sur le coup ?

D. Laferrière.- Parce que je décrivais les gens, mais je ne les observais pas ! Je n’avais pas de distance avec ça, pas de thèse, ni d’analyse à proposer : je voulais faire « choses vues », raconter ce que je voyais, en espérant que la masse de choses finirait par faire ressortir des éléments auxquelles je n’avais moi-même pas pensé. C’est pourquoi le livre a une structure qui ressemble à celle du séisme, avec des morceaux très éclatés, éparpillés : c’est une maison explosée, ce livre. Les morceaux, on les recolle soi-même. J’espère qu’on retrouvera tous les morceaux.

N.O.- Ce qui est très beau, très fort, mais aussi très paradoxal, c’est la manière positive dont vous évoquez la parenthèse ouverte par le séisme. On a le sentiment que le temps s’est arrêté : il n’y a plus d’argent, les institutions sont à terre, tout est à reconstruire...

D. Laferrière.- Oui, je ne pense pas que la vie soit uniquement du confort. Je ne pense pas que le malheur nous éloigne de la vie. Il ne sert pas à attirer la pitié des gens: c’est une expérience humaine très forte, très dense. Dans ce moment explosif, je me suis rappelé les cyclones : les enfants étaient contents. C’est un vieux rêve humain, refaire le monde ; dans ces moments-là, tout est chambardé, on a l’impression que c’est possible. Ceux qui sont là sont soit morts, soit blessés sous les décombres, soit vivants par miracle. Alors avant l’arrivée des grandes personnes, on est comme des enfants sur une île: faisons donc quelque chose, avec de nouvelles règles, de nouveaux principes... J’avais vraiment ce sentiment-là, ce n’est pas venu après coup. Je ne l’avais pas de manière militante, mais j’avais cette impression qu’une parenthèse s’était ouverte et qu’on pouvait faire quelque chose. Je me suis souvenu de Rimbaud. Tenter quelque chose! Pas de façon idéologique, mais tenter quelque chose d’autre, puisque nous sommes tous là et qu’il n’y a personne d’autre.

Je ne veux pas faire une provocation à la Radiguet, qui présentait la Première Guerre mondiale comme «quatre ans de grandes vacances». Mais les moments de grand malheur et de grand bonheur se ressemblent: ils peuvent mettre l’homme hors des règles. Et là il y avait bien la perspective de quelque chose de nouveau, notamment par rapport à la mort: ce n’est pas chaque jour qu’on meurt en compagnie de 300.000 personnes... Ça enlève la condition individuelle.

N.O.- C’est-à-dire?

D. Laferrière.- Pendant quelques secondes, on ne pense pas à soi, on ne pense pas à sa petite mort... Par ailleurs, j’aime beaucoup que les gens arrivent à faire des choses au moment même. C’est ça qui m’intéresse, comme le fait que j’ai pu, quinze minutes après le séisme, sortir mon carnet et aller voir les fleurs. Oui, quinze minutes après j’étais déjà écrivain. Après avoir vu tout tomber, je suis allé voir si les fleurs étaient toujours là: il n’y avait pas une tige de cassée, j’ai ressenti une émotion... J’étais très content d’avoir eu cette idée. C’était déjà une vision d’écrivain: je n’étais pas un mortel, je n’étais pas un individu, j’étais déjà au travail. Et cette image est restée. Elle a contré les images de destruction totale qu’ont montrées les télévisions. Le séisme s’attaque au dur, le béton tombe, la fleur reste intacte.

Je me dis que j’étais dans une forme olympique: j’étais bien entraîné, j’écrivais depuis des mois, je n’avais pas l’esprit engourdi. C’est pourquoi, quand une première journaliste est venue m’interviewer, j’ai parlé de la culture alors que j’aurais dû parler des cadavres. Elle m’a regardé avec l’air de trouver que j’exagérais un peu. Que j’aurais dû dire au monde «venez nous aider, faites quelque chose». C’est bizarre, moi qui suis souvent un peu en retard, là, j’étais tout présent. Je n’ai jamais été aussi présent.

N.O.- Vous allez jusqu’à écrire: «on n’aura pas une pareille chance (façon de parler) une deuxième fois»... Ce sentiment a-t-il été partagé par vos compatriotes, ou les a-t-il au contraire choqués?

D. Laferrière.- C’est une manière de dire, bien sûr. Mais encore une fois, on n’a pas chaque jour la possibilité de vivre un événement aussi fort, de revoir les choses dans les grandes largeurs. C’est pour ça que ce livre est écrit sur un ton à la fois intimiste et distant. J’ai dit qu’Haïti n’a pas besoin de larmes, mais d’énergie. On m’a fait remarquer, avec raison, qu’Haïti n’a pas besoin d’énergie parce qu’il en a trop! Mais il a besoin qu’on reconnaisse cette énergie. Il s’agit d’une énergie humaine: 8 millions de candidats à la présidence…

Le discours désespérant qu’on entend tout le temps sur Haïti ne sert à rien. Il n’ébranle personne, il ne met rien en mouvement, il démotive même. Il faudrait pouvoir dire les choses autrement, en commençant par saluer l’extrême courage de ces gens, leur capacité de se retenir.

Car je pense aussi que cette expérience-là a apporté quelque chose. Cette société a vécu des moments extrêmement difficiles: deux ans plus tôt, il y avait eu quatre cyclones! Et depuis, il y a les inondations, le choléra, les élections – qui sont elles-mêmes un autre séisme… Il y a là une expérience qui se passe au su de tout le monde et que, me semble-t-il, on n’interprète pas bien: c’est vrai que les gens meurent et qu’il faut les aider, mais ceux qui interviennent ou commentent la situation ne devraient pas avoir peur de l’audace de certaines réflexions. On ne devrait pas rester dans un espace de bondieuserie. Parce que c’est intéressant, tout de même, ce qui se passe: on a là affaire à des maîtres de la douleur, à des gens qui peuvent se contrôler dans les moments les plus extravagants.

Puisqu’il n’y avait plus de règles, ils auraient pu piller, tuer, massacrer. Il y a des endroits où il y aurait des guerres civiles pour bien moins que ça. Or, devant la possibilité d’une barbarie, les Haïtiens se sont retenus dans un moment où ils étaient seuls, et où la moitié du travail était fait par le séisme. On n’a pas assez salué ça. On devrait pourtant le souligner. Ce devrait être un apport à l’expérience humaine. J’ai parlé tout à l’heure de mon propre sang-froid, mais beaucoup de gens l’ont également gardé, alors qu’ils venaient de perdre cinq personnes d’un coup! On devrait tenir compte de cela, davantage, comme d’une leçon humaine exportable. Face à un ennemi terrible, ces gens se sont comportés de manière héroïque. Il faudrait regarder ce peuple sur un plan autre qu’en se demandant ce qu’on peut faire pour lui. Car si vous le regardez bien, vous verrez, il peut faire beaucoup de choses pour nous

N.O.- Vous-même et vos proches avez été relativement épargnés?

D. Laferrière.- Oui, mais je ne veux pas m’appesantir sur mes proches. On a tous eu des morts. Et je ne voulais surtout pas prendre la parole pour raconter ça. Je voulais garder ce qui donnait un sens au moment. Donc ne pas utiliser les dévastations du paysage, comme je n’ai pas utilisé toute ma douleur personnelle.

N.O.- Un an après, l’aide internationale n’arrive pas toujours comme prévu, une épidémie de choléra s’est déclarée, le second tour des élections sénatoriales, législatives et présidentielle n'a toujours pas eu lieu... Gardez-vous cependant le sentiment que tout reste possible, avec une énergie positive à employer?

D. Laferrière.- C’est bizarre, je ne sais pas si c’est le fait de vivre sur une île, avec une langue et une population qui, dans sa majorité n’a pas de contacts avec l’extérieur, mais j’ai l’impression que les Haïtiens sont dans une solitude qui leur donne une certaine force. J’ai l’impression que, profondément, ils n’attendent rien de personne. Ni de l’Etat haïtien, ni du reste du monde. Naturellement, ils reçoivent l’aide qu’on leur donne avec plaisir. Mais je pense que, mentalement, les gens se font surtout des plans pour savoir comment refaire leur petite maison. Ils ont envoyé leurs enfants à l’école tout de suite. Beaucoup de gens pourraient utiliser un tel drame pour ne rien faire dans la vie! Comme les enfants qui, quand il y a une tempête de neige, en profitent pour ne pas aller à l’école... Alors que dans la rue, j’ai vu la vie quotidienne reprendre très rapidement, dès le lendemain. Ça ne veut pas dire que l’Etat peut continuer à les écraser ! Mais il faut qu’on parle de leur structure personnelle: ce sont des êtres autonomes qui font comme ils peuvent. Je crois que ce tissu humain n’a pas été touché. Ces gens sont des trompe-la-mort, comme dans les bandes dessinées: un train leur passe dessus, ils se relèvent...

Et je ne suis pas en train de peindre des êtres surhumains, non, c’est comme ça: quand on est seul et traversé par une histoire assez puissante – l’histoire coloniale, puis celle des indépendances-, qu’on a une religion autonome, une langue à soi, une histoire qui est un peu plus grande que le territoire, on finit par avoir une vision du monde personnelle. On le voit dans l’art, dans la culture. «Pourquoi la couleur?», comme disait Malraux. Tout ça finit par créer une autre dimension, et j’ai vu que cette dimension était l’endroit où les Haïtiens se sont retrouvés le plus fortement. La culture. Peut-être que la grande richesse haïtienne est là: ce n’est pas le pétrole, c’est la culture. Je crois qu’il faudrait tenir compte de cela pour l’avenir.

Ce n’est pas quelque chose de fou. Ce ne serait pas la première fois qu’un peuple miserait sur la culture… la France l’a bien fait! Et New York s’était refait avec la culture, quand Nixon avait dit qu’il ne lui donnerait pas un sou.

D’autre part, les pays de la Caraïbe ont besoin de tourisme pour vivre. Or s’il n’y a pas une culture forte, ça va être du tourisme sexuel… Il faut créer l’image que si l’on vient en Haïti, c’est pour autre chose: parce qu’il y a de la vie, que le pays est habité, qu’il y a des gens à rencontrer… Ça pourrait donner une autre proposition de voyage. Pas de tourisme: de voyage! Allez donc voir Haïti, plutôt que d’envoyer de l’argent aveuglément en vous demandant où il va. Allez voir, vous rencontrerez des gens, vous nouerez des partenariats, de quelque manière que ce soit. Vivez cette expérience avec des individus qui, tout de même, sont indomptables! Allez voir ces gens qui ont résisté aux séismes, aux inondations, aux élections, à tout!

N.O.- Les élections, précisément, sont assez mal engagées. Quel regard portez-vous là-dessus?

D. Laferrière.- Je ne sais pas. Moi je n’ai pas le droit de voter, les élections sont faites pour les gens qui vivent dans le pays et qui subissent les gens qu’ils élisent. J’aurai une opinion s’il y a une injustice, si des électeurs se font voler leur vote. Là tout le monde a le droit d’ingérence. Mais s’il y a un vote démocratique, alors je n’ai pas d’opinion. Il faudrait pour ça que j’aille vivre à Port-au-Prince.

N.O.- Et pensez-vous le faire un jour?

D. Laferrière.- C’est très intime. Même à moi-même, je n’ose pas donner de réponse définitive. Il faut faire attention quand on se donne des rendez-vous… Ce qui est sûr c’est que je voyage beaucoup. J’ai l’air d’habiter un pays, le Canada. Et en fait, mon pays, c’est l’avion. Je vis dans un espace qui est de moins en moins délimité. Je suis en mouvement.

N.O.- Vous parlez de ces gens qui, comme vous, ne vivent pas ou ne vivaient plus en Haïti, mais se trouvaient là presque par hasard au moment du séisme, et retrouvent ainsi une légitimité pour s’exprimer. En ce qui vous concerne, cet épisode n’a-t-il pas resserré votre lien avec Haïti?

D. Laferrière.- J’ai parlé de cela avec un peu d’ironie, parce que j’ai toujours eu une distance envers tous les nationalistes. Là, je dis que ça va créer un nouveau nationalisme. Ce qui est intéressant, c’est que les journalistes et les touristes de passage ont, brusquement, recouvré une partie de l’identité haïtienne parce qu’ils ont vécu l’un des plus grands moments de l’histoire du pays. A cela s’ajoute l’idée d’une nationalité par la mort, ou par le grand danger de mort, qui pourrait s’ajouter à la nationalité de naissance. On devrait donner la nationalité haïtienne à tous les étrangers qui étaient présents à ce moment-là! Et une médaille de l’ordre de la fraternité à tous les étrangers qui y ont trouvé la mort. Là où je suis ironique, c’est envers les gens qui vont dire «j’étais là», comme on dit «moi, monsieur, j’ai fait la guerre».

N.O.- Même si vous le faites sans en tirer gloire, c’est d’une certaine manière ce que vous faites avec ce livre…

D. Laferrière.- Je témoigne. On peut dire «j’étais là», mais c’est agaçant quand on s’en sert, surtout si c’est pour couper la parole à quelqu’un d’autre… Il y a même des gens qui disent «j’étais là» alors qu’ils n’étaient pas là! Je voulais plutôt rire de ce débat qui, comme bien souvent, divise le pays en deux: ceux qui sont à l’étranger et ceux qui sont en Haïti. Ceux qui sont légitimes sont ceux qui vivent l’expérience de la difficulté. Brusquement, des gens qui ont passé toute leur vie à l’étranger ont vécu ça. Il y a un «ça» qui donne une force, qui fait que la personne peut se sentir plus haïtienne qu’avant. Mais personnellement, j’ai beaucoup écrit sur Haïti, et je ne me suis jamais posé le problème dans ces termes, je ne me suis jamais demandé si j’étais haïtien ou pas: je vis tout à fait au Québec, je ne me mêle pas, ou alors très rarement, de la politique politicienne haïtienne.

N.O.- Votre rapport avec l’île est tout de même assez singulier. Dans «l’Enigme du retour» vous avez raconté y être revenu pour la première fois depuis très longtemps, et quelques mois plus tard vous vous retrouvez là, dans ce moment historique…

D. Laferrière.- Il y a des gens qui trouvent ça intéressant, qui disent que j’aurais dû appeler mon livre «le Retour sismique». Ils m’ont vu comme un scribe, ils comptent sur ma présence dans les médias internationaux. Ils m’ont dit: «tu leur diras».

N.O.- On retrouve ici votre «ubiquité».

D. Laferrière.- Oui, c’est pour ça que je ne cherche pas de légitimité territoriale. Même dans mes livres, je n’ai jamais caché mon passé… Au contraire. Je ne cherche pas une pureté nationale parce que je crois au mixage. Pas exactement au métissage, mais à une forme d’hybridité. Il y a beaucoup d’écrivains du sud qui viennent dans le nord et qui gomment leur expérience du nord quand ils retournent chez eux. Moi je souhaite que cette expérience soit connue. Je ne veux pas avoir pensé plus de trente ans à l’extérieur et que ça ne se sente pas! Ce serait une fausseté, il faut que ça se voie. Ça se vit. Il faut que les gens qui sont toujours restés à l’intérieur voient que quelqu’un est parti, puis revenu. Dans le temps, on peut acquérir de nouvelles expériences, il y a la possibilité de bouger dans sa structure humaine. Quand un jeune homme voit que c’est possible sans perdre de son essence, c’est énorme. Oui, on peut voyager très longtemps et parler de l’odeur du café. On peut faire ça. On peut cumuler, additionner les cultures, rester ouvert au reste du monde et sans risque de perdre son essence. On peut changer, et garder des rapports souterrains avec ce que l’on a été.

Par exemple, nous avons souvent, dans notre culture, une parole extravagante. Or on peut être dans la pudeur tout en étant haïtien… Et je me bats depuis longtemps pour faire baisser l’intensité. C’est ce que je dis aux jeunes écrivains: «baissez l’intensité, baissez le ton»; quand l’événement est fort, on n’a pas besoin de hurler comme à la radio haïtienne. Plus vous parlez fort, moins vous êtes crédibles. Baissez le ton! Je me bats pour qu’ils fassent ça dans l’écriture.

N.O.- Jouer cartes sur table à propos de votre parcours, en le mettant en scène à l’intérieur du livre, c’est donc votre façon de répondre à ceux qui pourraient contester votre légitimité à parler du séisme?

D. Laferrière.- Toute ma vie on m’a fait ce type de reproche, depuis «Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer». On a dit: «de quel droit il parle de sexe?». Mais on a dit aussi «de quel droit il ne parle pas?», par exemple quand il y avait des élections… Alors que j’ai refusé depuis 1986 de parler de la question politique haïtienne. J’essaie de ne pas parler de choses que je n’ai pas vécues, ou de gens que je ne connais pas. Même là, dans mon livre, il n’y a pas de noms. Je raconte des histoires, c’est tout. C’est pourquoi je suis réticent, parfois, quand on me pousse à me prononcer sur des questions politiques. Mais ça aussi, c’est une façon de parler à de jeunes Haïtiens, une manière de leur dire qu’on n’est pas obligé de prendre la parole sur tous les sujets, et qu’on peut aussi avoir certaines règles morales. L’une, pour moi, est de ne pas intervenir si je ne suis pas touché par les choses.

Tout ce que je voulais dire ici, c’est que, ce peuple, je le connais. Il est beaucoup plus intéressant qu’on croit. Il n’y a pas que le confort qui définit un être, qui fait qu’un être est civilisé ou pas. Il y a aussi des choses qui regardent l’individu lui-même: comment se comporter dans des moments extrêmement difficiles, face au danger, et comment se comporter quand toutes les règles établies sont tombées. Ce sont de grandes questions qui concernent tous les êtres humains. Comment fait-on quand on est seuls et qu’on a tous les pouvoirs? Que ferions-nous si nous avions pouvoir de vie et de mort sur les gens? Un peu comme les enfants avec les bestioles et les fourmis: est-ce qu’on les tue toutes, est-ce qu’on n’en tue pas? C’est difficile. Mais il y a d’autres questions: que faisons-nous quand nous sommes sous la grande douleur? Quand on a le droit de se sauver personnellement en écrasant les autres? Là, brusquement, j’ai vu des gens aider, s’entre-aider, faire la queue pour aller chercher de l’eau, s’occuper des enfants. Ils n’ont pas perdu la tête. Je voulais témoigner de cela, tout simplement.

 

Propos recueillis par Grégoire Leménager

«Tout bouge autour de moi», par Dany Laferrière,
Grasset, 208 p., 15 euros.

Crédits photo : Chesnot/Sipa

Source: ceci est la version longue de l'entretien paru dans "Le Nouvel Observateur" du 6 janvier 2011

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Rédigé par Parole en Archipel

Publié dans #Thélyson Orélien pour Parole en Archipel

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Publié le 12 Janvier 2011

Grand-père, sa bible et moi

 

Par Schélomi LACOSTE
 

Nous publions ce texte paru dans l’anthologie “ Ancre des dattes ” en mémoire de Schélomi Lacoste, Poète et Nouvelliste de la nouvelle génération des écrivains haïtiens. Ancien rédacteur en chef du journal LE LAMBI du Collège Immaculée Conception des Gonaïves. Lauréat de la Faculté des Sciences Humaines (FASCH) de l’Université d’Etat d’Haïti, du même coup Etudiant au Centre de Téchniques de Planification et d'Economie Appliquée (CTPEA). Succombé du seisme qui a écrasé la Capitale haïtienne, le soir du 12 Janvier 2010.    

  
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Je venais d’avoir neuf ans, cet été là. Ma passion,
à cette époque, était sans limite pour le jeu de billes. Le soleil jouait à étendre ses tentacules sur toute la ville; mais ma ville à moi, c’était le quartier. Je pourrais avoir l’audace d’affirmer que notre maison était la capitale, mais ce serait affirmer que j’étais le fils du Président; tel n’était pas tout à fait le cas. Notre maison, à vrai dire une construction des années soixante, fut bâtie par mon grand-père, ou plutôt il l’avait fait bâtir.

 

Grand-père était fils d’un cultivateur aisé et fortuné de la vallée, un grand don selon les termes de ma maman. Ce grand-père possédait plus de têtes de bétail et de carreaux de terre que quiconque dans la région. A sa mort, ses enfants, ceux du dehors et du dedans, avaient partagé l’héritage tant convoité. Mon Grand-père, quant à lui, avait travaillé et mis en valeur la part qui lui revenait. Il aimait sa terre plus que tout au monde, pourtant, un beau jour, il décida d’aller s’installer en ville. Il fit alors construire la maison, d’abord le rez-de-chaussée, puis il y ajouta un étage. Il y passa des années, sans pour autant se détacher de ses terres. Régulièrement, il rendait visite à ses fermiers et coordonnait, de là où il était et du mieux qu’il pouvait, ses activités agricoles. Grand-mère, elle, prenait soin de la maison, tout en gérant adroitement les récoltes.

 

A la mort de Grand-mère, Grand-père faillit, lui aussi, trépasser. Ils vivaient ensemble depuis plus d’un demi-siècle! C’était comme si on lui avait enlevé sa moitié. Il fit face à la douleur et tourna la page. Il devint moins assidu à l’exploitation de ses terres et se contenta de les louer. Par suite, je vins au monde, le dernier enfant de la benjamine de mon Grand-père. A côté de son attachement à la terre, mon Grand-père avait une autre passion: sa bible. Cette grosse vieille bible, il la chérissait. Elle était un peu sa maitresse, il l’a ensuite épousée à la mort de Grand-mère. Il était un catholique acharné; il ne ratait aucune une messe du dimanche. Il était l’ami des prêtes et des laïcs. Il avait même accroché à un mur de sa chambre une vieille photo du pape. Il s’en est fallu de peu pour que ma mère ne devienne nonne, ce qui aurait hypothéqué mon existence. Mon Grand-père lisait régulièrement sa bible, à haute voix, comme s’il lui adressait la parole. Sa bible était sa confidente et sa religion. Moi, de mon côté, j’avais ma religion: mes billes.

J’aurais préféré passer une journée de jeûne plutôt que dégager une de ces petites sphères colorées. Je les considérais comme mes enfants. Chacune de mes billes me tenait à cœur. Le rêve pour tout petit garçon accro à cette drogue était d’en posséder plus que tous les autres copains. Je jouais donc pour gonfler ma fortune et me faire sacrer roi des billes, le titre le plus prestigieux du quartier. Pendant les vacances d’été, c’était une véritable guerre entre nous, une course folle qui ne s’arrêtait qu’à la rentrée des classes. C’est qu’en acquérant ce titre, on jouissait de beaucoup de faveurs de la part de tous ses rivaux; mais le plus intéressant c’est que le roi seul pouvait fréquenter la reine, la plus jolie fille du quartier. Ainsi, tous les gamins s’entredéchiraient pour ce fameux trône, sans pitié pour les concurrents. Ce fut là ma première ambition qui au fil du temps, s’était transformée en obsession: devenir roi des billes. Je m’entrainais, nuit et jour, à devenir plus adroit dans ce jeu. Dans les parties qu’on organisait, chaque après-midi, tous les enfants étaient au rendez-vous, filles et garçons indistinctement. Alors, tous les après-midi, je sortais de la maison avec mon petit gallon rempli de billes, et je rentrerais trois heures plus tard. Si je revenais avec un sourire aux lèvres en agitant mon gallon, c’est que j’avais fait un carton; si je rentrais avec une gueule de chien battu en maudissant tout sur mon passage, c’est que je m’étais fais plumer.

 

Dans ma fulgurante passion pour les billes, je n’avais pas remarqué que mes sorties coïncidaient avec les séances de lecture biblique de mon Grand-père. Il avait son rite quotidien, j’avais le mien. Lui et sa bible. Moi et mes billes. Nous étions quittes. Puis, un après-midi, comme à l’accoutumée, je m’apprêtais à me rendre sur le champ de bataille habituel; j’avais fini de me préparer et j’étais empreint d’un bon pressentiment de succès, car la veille, j’avais grossi mon gallon d’une bonne victoire. J’allais donc passer la barrière lorsqu’on m’appela de l’intérieur. Quand j’arrivai, on me dit que mon Grand-père m’attendait sur le balcon. Pour ne pas être en retard à mon rendez-vous, je m’empressai d’y aller en escaladant par quatre les marches de l’escalier. J’atterris sur le balcon. Je trouvai mon Grand-père sur la dodine. En face de lui, une chaise vide. Il me fit signe d’approcher et de m’assoir. Et, prenant sa bible ouverte sur ses genoux, il me la mit entre les mains. J’ai tout de suite pensé que Grand-père voulait me faire cadeau de sa vieille bible, mais d’un ton lointain il me parla:

 

- Mon enfant…

- Oui… Grand-papa, répondis-je.

- A partir de cet après-midi, c’est toi qui feras la lecture pour ton Grand-père, car ma vue commence  à baisser sérieusement. Il te faudra lire un peu fort et de manière lente puisque je suis un peu dur d’oreille. Je t’indiquerai les versets à lire. Lorsque tu seras fatigué, nous ferons une pause puis nous continuerons. Bien! Attends-moi un instant.

 

J’étais comme électrocuté, aucun son, aussi effronté qu’il aurait pu être, n’osait sortir de ma gorge. Une foule de sentiments se bousculait en moi. Quoi! J’allais perdre l’occasion de me faire sacrer roi des billes à cause de l’affaiblissement de la vue de Pépé? Ce n’était vraiment pas juste. Je n’avais rien fait pour mériter un tel châtiment, il aurait mieux fallu

me tirer une balle en plein cœur et me laisser agoniser, j’aurais ainsi moins souffert. Le plus dur et le plus agaçant, c’était mon impuissance face à ses cheveux blancs qui m’asservissaient. Sur un ordre de ma mère ou de mon père qui me contrariait en quelque sorte, je pouvais un peu rechigner, mais j’obéissais la plupart des fois. S’il arrivait à Grand-père de nous demander un service, à moi ou à ses autres petits enfants, il nous était strictement interdit de nous rebeller. Oser désobéir à Grand-papa! Nul n’en avait le courage. C’était sous peine d’être fouetté et de subir maintes punitions. Maman avait déjà tracé l’exemple sur ma grande sœur. Elle s’était fait donner une des raclées qui vous font réfléchir à deux fois avant de commettre une gaffe.

 

Ainsi, je détestais la bible de Grand-père et avec elle son propriétaire et le reste du genre humain. Ce fut un supplice, tous les après-midi, trois longues heures de torture avec la bible de Grand-père. La nuit, je rêvais que j’avais cette bible à ma merci, je déchirais les pages les unes après les autres. Mes copains vinrent s’informer de la raison de mes absences. J’avais honte de leur dire que j’étais prisonnier de mon Grand-père et de sa bible, je leur mentis à contrecœur. Chaque après-midi, je me trainais sur le balcon, la maudite chaise m’attendait d’un air moqueur, je lisais à voix haute chapitres et versets. Je ne feignais pas d’accepter mon sort, au contraire, toutes les fois où l’occasion se présentait, j’affichais vigoureusement ma mauvaise volonté. Que de bâillements avais-je simulés, jusqu’à risquer de me décoller la mâchoire! Que d’assouplissements avais-je feint! Que de mots mal prononcés, de versets rabâchés! Grand-père restait de marbre. Je ne savais pas s’il s’en rendait compte ou pas. J’aurais mieux aimé qu’il réagisse en me grondant, en me réprimandant plutôt que de subir son insouciance. Il dodinait les yeux fermés, écoutant mes mots. Il ne se redressait que pour m’indiquer d’autres lectures et reprenait ensuite sa position initiale. Par la suite, je me décourageai, comprenant que mes efforts pour m’échapper de cette servitude étaient vains. Je me résignai donc à passer le reste de mes après-midi de vacances en face de Grand-père sans aucun espoir de liberté.

 

Dès que cette résolution fut prise, quelque chose changea. Je commence à porter intérêt à ces séances de lecture sans même me le remarquer. Le fait de ne plus considérer ces trois heures comme peine expiatoire me permit d’y prendre gout à mon insu. Ces séances de lecture devenaient de moins en moins ennuyeuses. Je m’arrêtais même des fois pour adresser une ou deux questions à Grand-papa sur ce que je lisais. Il faisait de son mieux pour satisfaire mes attentes. Je commençais donc à tomber amoureux de la bible de Grand-père sans même le remarquer. Mes lectures devinrent de plus en plus passionnantes, je m’efforçais de bien prononcer les mots, de leur donner vie à travers ma voix. Lorsqu’une phrase échappait à ma compréhension, je demandais le sens à Grand-papa qui était plus que ravi de me répondre. Ces heures devinrent ainsi trop courtes à mon gout. Je prolongeais alors ces moments en arrachant à mon Grand-père des confidences inédites. Il se lia entre nous une espèce de complicité: Grand-père, sa bible et moi. Un peu comme le Père le Fils et le Saint-Esprit. J’aurais aimé que ces vacances perdurassent éternellement; malheureusement la rentrée avançait à grand pas. Il ne restait donc qu’une semaine avant de reprendre le chemin de l’école. Cela m’attristait un peu mais une autre tristesse fit surface: Grand-père tomba malade. Il ne pouvait plus se rendre à l’étage pour notre rendez-vous quotidien, ce fut moi qui me rendait dans sa chambre. Si ce cas s’était présenté tout au début de nos séances, j’aurais à coup sûr béni le ciel de m’avoir libéré du joug de Pépé. Mais l’inverse se produisit: Pépé fut tombé malade. Je me rendais dans sa chambre et lui faisait ses lectures. Après avoir terminé, il me retenait un peu pour me parler de choses qu’il estimait sérieuses comme mon avenir.

 

La rentrée arriva, j’étais excité à l’idée de revoir mes condisciples pour nous raconter nos vacances d’été. Je me rendis donc à l’école, mais, chose curieuse, avant de partir, j’allai embrasser Grand-papa. Il me souhaita une bonne journée. En effet, la journée fut belle. Je m’empressai donc de revenir pour partager le compte-rendu avec mon Grand-père. Lorsque j’entrai dans la maison, un mystérieux silence planait, je n’allais pas tarder à savoir la cause: Grand-père était mort.

 

Apres l’enterrement, j’héritai de la bible.

Aujourd’hui, en écrivant ce récit, entre un récipient de billes jamais rempli et une bible avec la reliure polie par tant de mains, je ne comprends toujours pas quel royaume d’ici d’ailleurs m’aurait convenu. Sans Grand-père et sans couronne en attendant mon tour de vieillesse, moment où je choisirai mon préféré parmi mes petits-enfants pour ne pas rompre la chaine d’or.

 

 

Schélomi LACOSTE, 

      


 PSYCHOPATE

 

Par Schélomi LACOSTE
                                    

Nous publions ce texte paru dans l’anthologie “ Ancre des dattes ” en mémoire de Schélomi Lacoste, Poète et Nouvelliste de la nouvelle génération des écrivains haïtiens. Ancien rédacteur en chef du journal LE LAMBI du Collège Immaculée Conception des Gonaïves. Lauréat de la Faculté des Sciences Humaines (FASCH) de l’Université d’Etat d’Haïti, du même coup Etudiant au Centre de Téchniques de Planification et d'Economie Appliquée (CTPEA). Succombé du seisme qui a écrasé la Capitale haïtienne, le soir du 12 Janvier 2010.

  

"Monsieur Riffin, il vous reste vingt-quatre heures à vivre. L'exécution est prévue pour seize heures, demain.Je vous apporte un stylo et du papier pour écrire vos dernières volontés. Le prêtre passera dans trois heures, si vous avez besoin de quelque chose, n'hésitez pas à m'appeler" 
 

Le gardien referma la porte de la cellule et s'éloigna. Il y laissait un homme recroquevillé dans un coin. Il s'y était blotti pour éviter les rayons gênants du soleil. Riffin rampa et ramassa la plume ainsi que le papier que le gardien avait jeté par terre. Il écrivit en lettres capitales:  " A MA FILLE", s'arrêta puis recommença: " Hélène, tu avais raison, je suis un monstre. Je le suis, mais je n'ai pas honte. Car, après tout, il en faut des monstres dans ce monde. Lorcequ'on m'a apporté ce papier pour écrire mes dernières volontés, je me suis souvenu que j'avais mis au monde une fille, même si c'était involontaire. Car, en violant ta mère, je ne me doutais pas que mon forfait laisserait autant de traces. Je ne vais pas tenter de me justifier à tes yeux. Je veux juste te faire part des derniers sentiments qui m'habitent. La vie est courte, je m'en rends compte aujourd'hui. Tu n'as aucune idée de celle que j'ai menée; j'ai eu de l'argent à en devenir fou. J'ai fait de l'amour presque chaque jour. J'ai tué des gens comme on tue des mouches. J'ai vécu. Ah ! ça oui ! Ce n'est pas que j'ai peur de mourir, mais je réalise que ma la vie est une belle merde, une merde que j'aurais aimé vivre plus longtemps. A quarante-cinq ans je suis trop jeune pour mourir; mais le juge a trouvé que j'étais trop vieux pour la prison à vie, il a préféré le peloton d'exécution. Ai-je raté quelque chose durant mon existance ? Je ne crois pas. J'ai vu tout ce qui était visible, entendu tout ce qui était audible et sondé tout ce qui était sondable. Quant à la chose que les imbéciles appellent l'amour, je peux te dire ceci : c'est un mythe qu'ont créé les hommes pour rendre leur vie moins ennuyeuse. ça n'existe pas. Toute relation entre un homme et une femme repose sur un intérêt quelconque. Crois-moi, j'en ai connu des femmes dans ma vie, les unes plus belles que les autres, les unes plus putes que les autres, aucune ne m'a jamais totalement satisfait. Aucun homme ne te suffira pleinement. Pourquoi ne me suis-je pas marié ? Peut-être parce que j'aurais trop fait souffrir celle qui aurait été assez dingue pour être ma femme. Ou peut-être que je suis l'un des rares hommes à avoir compris que les époux sont deux " cons joints ".

 

Je n'ai eu qu'une seule femme : mon fligue. La vie est un jungle, soit on mange, soit on est mangé. Je crois que j'ai bouffé trop de vies, et elles en veulent à mon karma. Tu crois que j'irai en enfer ? C'est impossible puisque j'y ai déjà vécu. Nous les hommes, nous créons nos paradis et nos enfers. Le diable, s'il existe , crois-moi, c'est le pouvoir. J'ai créé mon paradis, j'en ai profité autant que je pouvais ; si je dois aller faire un tour en enfer, ce ne sera pas si dur que ça.J'irai, je visiterai. Quelques blagues avec Lucifer et le tour sera joué !

 

Bref, c'est pour te dire ma fille que tout ce charabia, les hommes l'ont imaginé, et à force de les reépéter, ils ont fini par y croire. Dieu existe, mais c'est un gamin qui joue fourmilière. J'ai tué parce que je voulais tuer, personne ne m'a forcé au meutre. Tu ne peux pas savoir ce que je ressenti en commetant mon premier crime ; j'étais fier, j'avais la sensation d'être utile à l'humanité, d'avoir posé un acte que seuls les vrais hommes sont capables de faire : j'avais le pouvoir d'ôter des vies. Tous ceux que j'ai tués méritaient la mort. Je n'ai pas tué pour de l'argent, car l'argent ne me satisfait qu'en partie. J'ai tué pour l'émotion; il en faut des couilles pour appuyer sur gachette. Je n'ai aucun remords. Seuls les assasins en ont. J'ai pris goût à chaque minute de ma vie, chaque seconde m'a été un plaisir. Pourtant je n'ai qu'un seul regret, c'est que tu ne m'aies jamais compris. Tu n'as jamais voulu voir en moi le génie que j'étais, l'artiste de la mort. Il fallait débarrasser ce monde de certains êtres qui le polluaient, je m'étais donné cette mission, j'ai fait tout monpossible pour la remplir, tu ne peux pas m'en blâmer. J'ai donné un sens à ma vie, un but, une direction. Si tu t'étais mise en opposition à ma mission, je t'aurais tuée. Sans regrets. Pour le commun des mortels, mon exécution serait une punition, mais ils ne pourront jamais me punir plus que je me suis puni moi-même.

 

Ma mort sera ma liberté, car l'homme naît et vit en esclavage. Je m'en vais le coeur léger, espérant que, même si tu me hais, tu garderas une image propre de l'homme qui n'a été ton père que sur un bout de papier. Ne viens sur ma tombe que lorsque tu auras compris ma vie et réussi la tienne. Ma vie a été parfaite, à contresens, mais parfaite. Je suis une légende, ne meurt jamais..."

André Riffin plia le papier et le baisa. Il entendit des pas qui se rapprochaient de sa cellule. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit; le gardien réapparait avec un curé d'une trentaine d'années.

 

- Monsieur Riffin, enchaîna le gardien, voici le Père Pillard, il est disposé à vous confesser et à vous administrer le viatique.
 

- Il peut s'approcher, répondit Riffin.

 

- Bien, je vais rester le temps de votre entrevue. Je garde l'oeil ouvert, Riffin, ne tentez pas un mauvais coup.

 

- T'en fais pas , Silas, je ne vais pas dévorer ton moine, s'il veut causer, il peut.

 

Le prêtre s'assit en face du condamné et commenca :

 

- In nomines Padre et Filli et... (c'est du latin)

 

- Ecoutez, mon Père, je n'ai rien contre vos balivernes mais je n'ai pas l'éternité devant moi ; alors si vous pourriez abréger vos trucs, ça ma ferait grand plaisir.
 

- D'accord, mes questions seront courtes. Croyez-vous au pardon ?

 

- Bien sûr ! Du moment que ce n'est pas moi qui pardonne.

 

- Je vois. Lisez-vous la bible ?

 

- La bible est un roman d'une rare qualité littéraire, losrque je m'ennuie j'y jette un coup d'oeil.

 

- Qu'est-ce que vous avez contre Dieu ?

 

- Je n'ai rien contre Dieu, Seulement j'aurais préféré que le Christ soit une femme.

 

- Et pourquoi cela ?

 

- Quoi ! une fille au milieu de douze mecs. Ils l'auraient déchiquetée !

 

Le curé se leva sans dire mot et demanda au gardien de le raccompagner. Riffin, lui, se tordait de rire, c'était le dernier gag de sa vie. Il avait remis au gardien le papier destiné à sa fille. Il était vingt heures, c'était l'heure de dormir. Riffin, seul danss sa cellule, se déshabilla; il commença à se masturber, pour une toute dernière fois... Le lendemain matin, le gardien ouvrit la porte de la cellule pour appoter son déjeuner au prisonnier, il y découvrit Riffin, pendu au plafond, tout nu, un lacet de chaussures au cou.

 

 

Schélomi LACOSTE

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Publié le 11 Janvier 2011

haiti-1an.jpgIci la ville se métamorphose en devenant parcs et places d’attractions, des tentes ont pris la place de ce qui était ma terre liquide, mon ile jouissance dans le chaos, je perds tout mes repères de vie. Il y a deux jours, elle était encore vivante, nous nous amusions à faire glisser des bâtonnets de spaghettis entre nos baisers. Le toit du jour a été penché par ce qu’on n’appellerait surtout pas la nuit. Les chiens errent plus que jamais dans les rues de Port-au-Prince le ventre vide. Depuis deux jours les marchandes ont désertés leur bac, les affiches de publicités offrent des sourires complices à ce nouveau chaos, nous ne savons plus ce qui est.

L’abstraction d’une pluie qui déverse sur les décombres la confusion des chefs. Des étudiants en médecine exercent à l’aide leurs enseignements tout frais, ma jambe gauche a été mutilé à mon insu, ma droite l’était en temps de guerre. Il ne me reste que le soleil qui m’insuffle d’un geste continu de la vitamine D. La peur est ce dont je n’ai plus besoin. J’observe une femme dialoguer par absence de folie et par débordement d’énergie avec son mari tenant encore au fil de la vie au milieu de trois blocs. Je penche vers le mutisme.

L’écriture est encore debout. C’est mon dernier espoir. Je me mets à tout imaginer de travers, je pénètre l’enceinte du palais national avec un jeu de six billes à la mémoire de mes amis d’autrefois, dans l’enfance qui continue en moi et aux alentours. Les chats n’ont pas la mémoire du séisme, ils continuent coute que coute à chasser les rats de gouttières, les souris hybrides qui pensent à la reconstruction d’un fromage brisé.

J’assiste à la distribution de condoms au milieu des tentes, un salon de coiffure fait office d’amour dans le nouveau monde. Je démarre les attaches trop serrés d’un navire et je déploie mes voiles vers les esprits joviales. La sueur d’un dieu glisse sur mon dos, je ressuscite.

Ma barbe me gène. C’est ainsi que l’on traverse les dimensions, les habitants ne cessent leur glissade entre vie et absence. Le futur est enfin accessible, transparent et traversable. La lumière se couche sur mes lèvres, me fait l’amour. Des insectes fuyant l’aurore sont allés se coincés dans un lampadaire gothique. Ma montre ne marche plus.

Mes cuisses de femme sont encore plus sensibles, trois enfants s’asseyent sur une chaise cassée. Je les prends, ils cherchent dans la chaleur leurs parents perdus dans un hôpital bombardé de médecins étrangers, Je leur donne mon sein, ils ne se plaignent pas du gout. Ce n’est pas l’existence qui manque.

Mes visions sont assez claires, les églises sont pleines. Les pluies font courir le peuple dans tous les sens. Tout n’a pas changé. Une radio s’allume dans le champ vide, les vibrations prennent l’espace des immeubles, nous devons nous habituer à d’autres manières de vivre. Des larves de mouche verte sont déposées sur l’infection neuve d’un adolescent pour la guérison d’un pays.

Des feux d’artifices prennent malgré tout naissance dans ma gorge. Sur cette avenue, une rumeur s’amplifie : la terre n’a pas cessé sa colère. Ce n’est pas comme si nous n’en sommes déjà pas fatigués. Les communautés étrangères se mettent avec nous pour faire fructifier plus que jamais notre imagination. Nous assistons à la réquisition rapide des plumes par les bardes d’une face cachée de la mer. Les coqs nus n’ont plus de voix.

Une infinité de requiem enveloppe la nouvelle vie en même temps que l’aube. Une infinité de requête aux dieux auxquels nous sommes enchainés ou nouvellement convertis pour ressusciter ceux qui sont passés sur la liste des invisibles en une poignée de secondes. Nous donnons plus que jamais la main aux fantômes désormais en plus grand nombre.

Je n’ai plus de chaleur familiale, j’erre comme une âme morte sur des immeubles qui autrefois me dépassait. C’est incroyable comme deux jeunes gens s’immunisent en jouant à cache-cache dans ce parc de débris. Des hommes dans la quarantaine se baignent nus sur le dos d’un cimetière. Elle aurait aussi déchiré la face de la terre d’un rire résonnant jusque dans la plaque rebelle, l’empêchant de remonter des enfers. Comment savoir si elle est morte ou pas ?

L’art ? Je me suis mis à courir comme un forcené a la même vitesse que le drap d’avions et d’hélicoptères atterrissant sur cette ville folle. Je ne suivrai pas cette folie. Je ne l’avais pas encore mis enceinte. Je pense à mes parents, tout le reste de ma fille parti depuis longtemps peupler la diaspora. Par dieu j’étais resté accrocher à cette paysanne, disparue.

Je refais la géographie de sa peau. Je suis dans mon énième maison à sa recherche où elle s’était engouffrée à un moment quelconque, il y a deux jours. Mon torse s’inonde, mon cœur ne palpite plus. Je pénètre son tombeau. Son corps a survécu assis dans une bâtisse dont tous les autres étages ont fondus. Son visage est arraché. Rien ne surprend.

Je laisse un message sur sa chemise.

Les ethnies mélangées aujourd’hui en Haïti font tourner les globes oculaires et terrestres en n’y trouvant aucun point concret. Trois mois passés. Nous sommes toujours au chômage, mon sommeil offre des rêves vides. Certains sortent de terre, d’autres sont encore en vie. Le reflux du sable caresse mes pieds inamovibles. Une pluralité de couples flamboient sous les tonnelles, partagent du spaghetti. J’entends par temps rares quelques braves proposer du travail aux paraplégiques.

Cela fait plusieurs semaines que je parasite l’aide étrangère. Le temps passe tels des phénomènes déjà écrits. Entre il y a trois jours et trois mois, entre le futur accessible et le passé méprisé j’ai trouvé du travail en tant que récepteur d’hôtel. J’ai fait don de ma chaise roulante, j’ai la croyance et la volonté débile de marcher.



Fabian Charles

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Publié le 11 Janvier 2011

Même si notre besoin de croire est impossible à rassasier, Haïti, en ce 12 janvier 2011 pour toi je crois...

Jean-Robert Léonidas (© DR)
Jean-Robert Léonidas (© DR)

 

Notre besoin de croire est impossible à rassasier, disait  André Comte-Sponville dans La Sagesse des modernes (Robert Laffont).  Nous  croyons fermement dans les idées, le mot, le livre, tous précurseurs d’action. Nous y croyons d’autant plus profondément que nous griffonnons notre existence sur des pages distantes dans une Haïti oubliée,  à double vitesse, pays de culture et d’inculture, terre de mornes et de plaines, de hauteur et de bassesses, de destruction et de poésie, de ratures et de littérature…

Un an après la fin du monde, la postériorité existe encore sans être capable d’inventer le néant ni le miracle de la résurrection. Et  nous les estropiés, nous  continuons  notre  marche dialectique entre la racine et la fleur, jouant à la marelle entre la terre et le ciel, poussant à cloche-pied les lignes du poème qui  charrie essoufflé les semences sèches de la reconstruction.

Même si  notre besoin de croire est impossible à rassasier, Haïti, en ce 12 janvier 2011 pour toi je crois. Pour toi  j’avais semé la  « Semence » que voici:

 

             quand la morte saison hante le souvenir
             s’installe au creux du ventre et ne veut pas s’enfuir
             âprement résistant à l’oubli
             sans vergogne sans eau sans alibi
             le geste d’un semeur ganté de sécheresse
             annonce la détresse
 
             quand les machettes creusent des entailles
             dans la moustiquaire de la liane corail
             déchaperonnent les gommiers
             et le berceau des amandiers
             quand elles font des chemins de rat
             dans la toison de nos lilas
 
             quand les bambous ne font plus baldaquin
             au lit de la Rouyonne
             et que les files de sapins
             n’égayent ni n’environnent
             le Vieux Bourg d’Aquin
             alors le temps des crachins
             prend une nette revanche
             devient soudain paradoxe d’avalanche

             alors je récite l’alphabet de la vie
             pour toi ma belle au teint d’aubergine
             je fais couver des graines dans des bacs au soleil
             je rêve de dattes de barbadines
             d’une saison de mots d’une formule espoir
             je chuchote les consonnes de ton nom
             dans les couloirs de mes tympans
             j’en écris les voyelles
             sur le tableau de ma rétine
             afin que jamais je n’oublie
 
             ton nom est un désir inscrit dans mon destin
             avec toi je batifole
             je sème des lettres des mots des phrases
             des œuvres de chair et d’esprit
             des gamètes d’abondance
             des germes de femmes qui font pousser des hommes
             des semences d’hommes qui font le tour des mers
             ramenant avec eux richesse et expérience
             des trésors de bonne foi des butins de l’errance
 
             je protège tes fleurs tes fruits ta chevelure
             tes racines tes pieds ton rythme ton allure
             ô terre tourmentée de vallées et de faîtes

             de sublimes efforts de piteuses défaites

             de commencements

             et de recommencements
 
             vieux pays de colons de colonnes d’esclaves
             de biens fonciers de lopins et d’enclaves
             de passion de tension
             d’incompréhension
             de contorsions pour rien de sueurs pour grand merci
             je réclame la paix pour ailleurs et ici
             de nouveaux plants d’hommes et de braves bergers
             de nouveaux animaux des pousses des vergers
 
             j’intercède pour une autre saison
             pour une année de guérison
             une pluie d’arrière-saison
             pour le printemps de la raison 

(extrait de Parfum de bergamote, Montréal 2007)

Jean-Robert Léonidas

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Publié le 4 Janvier 2011

Le chroniqueur sportif très populaire, Patrice Dumont

 

Je ne commencerai pas cette page au même niveau acerbe du crayon de Zola quand il s’insurgeait contre l’iniquité publique en présentant à la une d’un journal les sept grandes lettres du J’ACCUSE inoubliable à avoir marqué la France d’un débat antisémite avant bien même qu’elle collabore aux environs de la seconde guerre mondiale. Certains textes influencent les mentalités, du moins celles avisées à ne pas recommencer des actes d’inintelligence historique qui font naitre un chaos entre les mains mêmes de ses initiateurs et les propulsent éhonté hors de l’histoire, nous parlons de fin de règne.

 

Cependant ce genre de procès peuvent être aussi stimulés par d’habiles artisans, des mains gantés qui suppriment discrètement les éléments nocifs pour eux, capables de les rendre victimes de maladies cholériques. Oui, cette tentative de procès fabriqué ressemble à un lynchage d’ignorants. Et porte par malheur une marque haïtienne. Nous sommes même gras de la fortune que ce nouveau roman-feuilleton n’ait pas bruyamment résonnée à l’extérieur, elle si féru de scoops haïtiens. Mais j’oublie qui fait la presse.

 

L’accusé participe ou mettons le à l’imparfait à ce journalisme influencé comme toutes les institutions directement par le président de la république René Préval, contre qui paradoxalement personne n’a bonne gueule. Les vingt dernières années ont bercé Haïti dans un relent d’anarchisme qui a permis à la presse de s’émanciper de manière telle que les journalistes ont commencé à débattre jusqu'à s’ébattre publiquement dans un tribunal et bruire à travers les organes des médias auquel ils appartiennent une lutte verbale tenant à l’écart le peuple de source idéalisant plus que jamais sur une clarification des sujets.

 

Qui est censé nous informer des vérités contre toute corruption gouvernementale ?

 

Sur l’arène se tiennent apparemment altiers, vertèbres solides d’abord l’accusé, chroniqueur sportif très populaire impliquant ses premiers pas dans la politique publique en tant que porte-parole de la campagne présidentielle de Mirlande Manigat. Contre lui l’accusation aussi spectaculaire de conniver conditionnellement à bruler le local de la radio télévision nationale d’Haïti, il préparerait cette réunion trois jours avant le probable désastre dans les locaux du RDNP, accusé en plus d’avoir projeté des roches sur les murs en béton de cette dite radio de l’Etat lors des jours tumultueux de la crise électorale.

 

Contre lui aucune preuve tangible à l’appui, aucun des actes prescrits n’a été commis disons le puisque ce jour où les photographies fusaient de nulle part nous n’avons à aucun endroit aperçu Patrice Dumont exécutant l’acte. Néanmoins pour que l’affaire soit rigidement tissé au gout d’un roman d’Agatha Christie ou Exbrayat nous devons garder en permanence tous les acteurs en état de suspicion.

 

Mis à part Patrice Dumont, un autre acteur nodal, le directeur de la RTNH, a défendu sa position dans les radios. Il n’a pas porté plainte. En tant que directeur exécutif, ainsi défenseur des propriétés qu’il dirige, il a tenu fréquemment des réunions avec la police pour réfléchir comment ils empêcheront à un employé de l’administration publique de mettre feu à un local d’Etat ce qui justifie la prise en main du dossier par le commissaire du gouvernement. Le motif de cette insubordination romantique en un sens, serait un acte spectaculaire contre les autorités comme cela a été fait lors des joutes par les partisans de Michel Martelly contre les locaux de la DGI et de la douane des cayes incendiés.

 

Quand le débat atteint le summum des élucubrations, une tentative de lumière nous éclaircit le front. Personne ne serait coupable, le procès est conjugué au conditionnel présent, un temps qui correspond à tous bouts à la situation actuelle de notre pays ou toute vérité est son contraire. L’accusé est libéré du parquet sujet à une poursuite en suspens de la part du gouvernement, libérer de commettre les agissements craints d’où l’absurdité de la mise en demeure.

 

Tous les acteurs doivent par honnêteté si ce n’est pas de la politique, féliciter le chroniqueur sportif d’être débarquer dans le tribunal avec une cargaison d’avocats, des sénateurs élus, un parti politique et la potentielle future présidente. Et une argumentation forgé dans une articulation syllabique dont nous a fait la bonne surprise cet homme qui proclame haut et fort : « Je n’ai pas de rendez-vous avec la souillure ! »

 

Certaines comparaisons anachroniques ont réjouit mon oreille d’auditeur attentif, les affaires Calas, Baudelaire et Dreyfus qui avaient signalons le l’avantage d’accusateurs détenant au moins l’autorité étatique pleine et entière à la belle manière de Poutine emprisonnant récemment dans une obscurité voulue un grand PDG d’entreprise.

 

Mais ce procès si c’est une manigance politique contre le parti le plus populaire d’après les résultats électoraux, manigance que Mirlande Manigat ne semble pas encore affirmer, cela a été un jeu stratégiquement à somme nulle, comme l’a conceptualisé l’éditorialiste Roody Edmé à l’égal des déboires des dernières années.

 

Dans la parade de ces joutes médiatiques, la référence suprême a été citée, le procès de Kafka. Dans notre cas K est sur la piste d’être vainqueur. En tant qu’analyste des situations fragiles, j’envoie un coup du coin de l’œil au président de la république pour lui conseiller en tant qu’humble citoyen qu’il est venu le moment de placer les cartes de la franchise, affaire d’éviter l’exil de quiconque, la déconfiture en Gbagbo d’un pays confrère.   

 

Par: Fabian Charles

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Publié le 2 Janvier 2011

Un très bel article de Claudine Tondreau, romancière belge,

paru dans la revue " Indications" et dont voici quelques extraits choisis:  


 


Ce Diptyque à l’élégant format carré est le premier numéro d’une revue littéraire et artistique, paru en juin 2010.

 

L’éditrice, Florence Noël, qui a longuement pratiqué « internet » – elle a co-fondé le site Francopolis dédié à la poésie francophone planétaire – souhaite réconcilier l’inconciliable : la publication virtuelle et la version papier. Très sensible au rapport entre littéraires et plasticiens, elle cherche à développer les échanges, à l’interface des perceptions communes. Elle fait le constat qu’Internet a influencé la littérature par la publication en séquences ou en blocs de textes, une forme de langage « qui bouge »,  sorte d’ateliers vivants. Les synergies avec les photographes et les peintres s’y développent en réseaux d’affinités. Diptyque cherche à « fixer », à garder trace de ce qui fuit, à donner une cohérence « livresque » à partir d’une thématique, tout en attirant les plasticiens en correspondance : retour-papier de l’arbre cybernétique.

 

Quand on pose la question : « Et les auteurs belges… ? », Florence Noël s’étonne. Ceux-ci viennent de Suisse, du Québec, d’Afrique, de France et de Belgique, puisque  l’objectif est d’ouvrir et faire résonner. La revue Diptyque a pour vocation d’être le lieu de rencontre entre les viviers du foisonnant monde numérique, les auteurs d’éditions traditionnelles et les auteurs performeurs. Elle ne s’encombre pas de frontières.

 

Même volonté d’ouvrir les pages à diverses manières, à décloisonner les genres. « (…)

 

« France Burghelle-Rey tente de rendre compte des causes qui provoquent l’émotion chez le lecteur, au même titre que celle suscitée par un texte poétique. Ses impressions intitulées « L’Amour dans la chambre noire de Marguerite Duras » évoquent le « travail d’une photographe aux prises avec le développement de sa pellicule et prisonnière de sa chambre noire ». Elle appelle, d’entrée de jeu, les spécialistes de l’œuvre et les lecteurs de « L’Amour », à faire part de leurs remarques et contestations, ainsi qu’on le ferait sur un « blog ». Elle présente également un texte en chantier : étape un, deux et trois, comme un travail à suivre. On trouve dans Diptyque les notes critiques de l’édition numérique de Brigitte Célerier. Nathalie Riera signe un article intitulé « Pascal Boulanger : de la lecture et de la critique ». Ainsi, ne sait-on jamais qui regarde l’autre. »

 

Claudine Tondreau


 

Voici un premier aperçu du sommaire de la revue DiptYque #2 : Lumières intérieures à paraître début janvier.

 


Edito :

Florence Noël

Œuvres des artistes :

Pierre Gaudu, Solange Knopf, Annik Reymond, Grégoire Philipidhis, Marie Hercberg, Raphaële Colombi, Anastassia Elias, Clarisse Rebotier,Guidu Antonietti Di Cinarca, Anne d’Huart, Jean-Michel Deny, Brahim Metiba, Jacques Vandenberg, Danièle Colin,

Voix à la Une : De Toscane en Provence, Lumières d’un Jumelage au Scriptorium avec :

Paolo Fabrizio Iaccuzi, Maura Del Serra, André Ughetto, Angèle Paoli, Martino Baldi, Laurence Verrey, Olivier Bastide et Dominique Sorrente.

Nouvelles et récits de :

Claudine Tondreau, Camille Philibert Rossignol, Dolores Polo, Angèle Paoli, Marianne Brunschwig, Stéphane Méliade, Isabelle Guilloteau, Raymond Alcovère, Jean Bourgeois, Mathieu Rivat

Anthologie poétique avec :

Nathalie Riera, Loyan, Lionel Edouard-Martin, Ile Eniger, Louis Raoul, Eric Dubois, Brigitte Célerier, Thomas Vinau, Zur, François Teyssandier, Michel Brosseau, Michèle Dujardin, Véronique Daine, Patrick Packwood, Kouki Rossi, Jean-Marc La Frenière, Sabine Huynh, Pascal Boulanger, France Burghelle-Rey, Roland Dauxois, Nicolas Vasse, Cathy Garcia, Sébastien Ecorce, Mathieu Brosseau, Juliette Zara, Arnaud Delcorte, Philippe Leuckx, Catherine Ysmal, Thélyson Orélien, Xavier Lainé, Jack Kéguenne, Denis Heudré, Alain Hélissen, Michel Gerbal

Chroniques des lumières intérieures et articles critiques de :

Sylvie Durbec, Philippe Leuckx, Angèle Paoli, Sylvie Salicetti, Florence Noël

Mais aussi :

Les Tentatives de critique de l’édition numérique de Brigitte Célerier

Un écho littéraire à Lynch par Loïc Marchand

Un écho poétique de Florence Noël

Une humeur de Xavier Lainé


Diptyque est une revue littéraire semestrielle créée en 2010, qui comme son nom l’indique,  explorera chaque année deux versants d’une même thématique. Publiée sous forme papier, elle aura, via son blog link,  son antenne numérique, proposant des sélections d’extraits, mais complétant aussi le contenu par des sons, des vidéos, des liens et des news, et diffusant les appels à contribution.

Diptyque car les contributeurs participent d’emblée aux deux numéros « miroirs »  de la revue (une par semestre),

Diptyque pour souligner sa vocation de promouvoir autant des contributions littéraires qu’artistiques (peintures, gravures, photographies, créations, collages…),

Diptyque enfin, car un certain attachement à une juste représentation homme-femme sera mis en oeuvre.

Les appels à contributions sont très ouverts et tous types sollicités :  poétiques, récits, nouvelles, chroniques, instantanés prosaïques, billets sous forme de journal, articles critiques sur un auteur ou une oeuvre, essais ou réflexions. La sélection se tiendra cependant scrupuleusement à la ligne du thème à la Une. Le tout tendant à présenter un contenu cohérent de format livre d’un peu plus d’une centaine de pages maximum, d’un coût unitaire de 10 euros.

La revue Diptyque a pour vocation d’être lieux de rencontre entres les viviers du foisonnant monde numérique, les auteurs d’éditions traditionnelles et les auteurs performeurs.

 

La première thématique en diptyque se décline selon ces deux versants :

 

- « La part de l’ombre » .

[Réflexion, micro-essai, textes poétique ou en prose, photos, oeuvres plastiques sur l'ombre en tant qu'entité liée, subordonnée, subreptice, traître ou révélatrice,  les prémices de nos ténèbres, les histoires d'ombres, théâtres d'ombres, les silhouettes portées, l'ombre dans la littérature (ex: La fin des temps d'Haruki Murakami, Le conservateur des ombres de Thierry Haumont, L'ombre de Peter Pan, ...], l’absence d’ombre, l’ombre dans les oeuvres cinématographiques….]

 

- « Lumières intérieures» .

[Réflexion, micro-essai, textes poétique ou en prose, photos, oeuvres plastiques sur la lumière en tant que rayonnement intérieur, épiphanie, manifestation découlant d'un état, d'une posture et réciproquement lumière sublimant, modelant, connotant  l'intérieure d'espace, y compris vivants, la lumière dans la littérature, son côté sacré ou cru, sa quête, la lumière dans les oeuvres cinématographiques....]

 

-. Parole en Archipel .- 

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Publié le 18 Décembre 2010

Emmanuel.jpg" Yon pwezi ki pale avèk grenn zye l pou di doulè-malè kè; Kè ki sispann bat pou bay lavi yon lòt koulè san, tou wouj, tou bèl, tou pwòp. Yon pwezi ki mouri pou reviv, ekri lavi yon lòt jan anndan lonbray. Yon pwezi granmoun kannay ki pati pou bay timoun pote la mayòt. Yon pwezi loko vasiye, soti lanesans pase nan fè bèl pou rive nan de pye lonng. Yon pwezi leve danse pyafe, yon fason pou di lavi la tout tan gen tan, anvan epi apre lanmò. "

"Lonbray pou lanmò" (Une ombre pour la mort) est une poésie hurlante parlant d’amour et de cœurs endeuillés, plongés dans le silence pour donner à la surface de la terre une autre couleur de sang, plus rouge, plus belle, plus propre. C’est une poésie qui se meurt pour faire place à d’autres vies futures dans un monde encombré par tant de malheurs et de violences. C’est aussi une façon de dire que, même après la mort, la vie ne mourra jamais ; grâce à l’immortalité de notre ombrage qui nous colle à la peau comme à l’âme. En plein cœur de Paris, le choix d’être aussi un auteur d’expression créole n’est nullement anodin. Il s’explique à travers une démarche identitaire : ayant vécu toute mon enfance et adolescence en Haïti, mes inspirations et influences poétiques sont, à la base, profondément liées à des expériences uniques, tumultueuses, qui ont pu transformer ma vie, lui donnant une autre couleur parfois salée, chaude ou sinistre et dont leur témoignage fait vibrer plus facilement le cœur de ceux qui le reçoivent quand elles sont écrites en créole haïtien, une langue comme toute autre langue , un système de communication reconnu comme langue officielle par la constitution haïtienne et par l’Onu suite au rapport soumis par l’Unesco sur la recherche vis-à-vis du créole haïtien (1981-1982) et qui fait partie des caractéristiques d’une entité sociale (le peuple haïtien) et nationale (Haïti). Il remplit également les quatre conditions établies par les sciences linguistiques essentielles à définir une langue comme il se doit. Il comporte Phonologie, morphologie, syntaxe, lexicologie. Tout cela se retrouve dans ses écritures, sa grammaire, sa littérature et ses expressions orales utilisées par plus de huit millions d’haïtiens chaque jour vivant en Haïti et à l’étranger.

 


 

Désordre (extrait et traduit de "Lonbray pou lanmò")

 

Satan est dans la ville

Courrez ! Vite, courrez !

 

Cette ville à bouche d’écume

Enterrée pour avoir depuis longtemps empesté la mer

 

Cette ville à catégorie énigmatique

 

Pardon papa…pardon

Je l’ai entendu geindre sur le parvis de la Sainte-Anne

 

Des femmes debout en corps béton crachent sur les évangiles

Des enfants riant de travers mettent en feu le baptistaire du Père éternel

Des filles de joie font glisser la grand-rue sous leurs broderies déteintes

Des ferrailleurs battent le vent pour qu’il cesse de tourner

 

Pour chaque fou, un poignard à la main

Pas sage à l’acte quand il faut écorcher l’état

 

Satan est dans la ville

C’est pour discorder des tripes qu’il martèle les mâchoires affamées

Et dissout les langues salivées de Notre Père

 

Satan est dans la ville

Il n’est pas à son dernier repas du vide

Il a déjà bu tout le sang encanaillé dans nos détritus

Et mangé dans le crâne du jour l’ennui de notre innocence

Il nous l’a fait fabriquer, Il nous l’a fait mettre, vous dis-je

Le museau de l’homme enchienné 

 

Satan est dans la ville

Nagez…nagez… - il nous dit -

Des  bouteilles emportées sur le matelot

Des bouteilles à S.O.S. de vertige

Nagez…nagez…

Laissez derrière vous vos caleçons de capitaine piétinés

par des promeneurs de deux gourdins américains

 

Au grand palais, j’ai appris que nous sommes morts

 

Nous sommes assis à la droite des dieux,

Un paquet de feu nous a été confié pour détourner le regard des balles

dans le concert harmonieux des gros poignets

 

Satan est dans la ville !

Cette ville qui recherche pour demeure une nouvelle ville

Une rue pour éclairer le fanal de son temps.

 

 

 
 
Auteur: Emmanuel Vilsaint –Veguy

Genre : Poésie

Editions: ANIBWE
Parution: 20/10/2010

Illustration page de couverture : Woody Casimir

 



Biographie de l’auteur : Emmanuel Vilsaint-Veguy né à Port-au-Prince, Haïti mène depuis 2003 un parcours autour de la poésie, du cinéma et du théâtre, en tant que comédien et metteur en scène. Diplômé de littératures étrangères à l’université Paris XIII, il écrit en Français et en créole. Parallèlement à ses cours d’art dramatique au Conservatoire Erik Satie dans le 7ème arrondissement de Paris, Emmanuel crée Comédiens & Plus qui propose une alliance entre les formes théâtrales traditionnelles et contemporaines. Aujourd’hui, il continue à écrire tout en restant fidèle aux planches. Son premier recueil de poèmes, « Lonbray pou Lanmò » sort en octobre 2010.

 

 

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Publié le 26 Novembre 2010

 
On calcul son âge
De présidence en présidence
Ayiti applaudit un candidat
Un aventurier?
Et le cinéma politique
Et la comédie démocratique
Les comédiens tiennent bien leurs rôles
Partout à tous les niveaux
Les chiffres font rire

Vox Populi, vox Dei
Le peuple aime élever la voix
Pour creuser une voie
Sous le chaud soleil
Sous la pluie
Dans des files longues interminable
Il a affronté les plus amères déceptions

La voix du peuple est celle de Dieu
Et si seulement c’était vrai
Et si seulement la volonté populaire
Pouvait s’accorder avec celle de Dieu
La voix du peuple est aujourd’hui
Le cancer des tympans
De nos chefs d’orchestre occidentaux
Tout ce qui est populaire dérange

Malheur au plus populaire
Malheur à lui
Malheur à sa maison
Malheur à son entreprise
Malheur à son entourage
Malheur à ses amis les plus loyaux

Il n’a pas été chez l’oncle Sam
Chez la tante France
Chez la cousine Germanie
Vox Populi, vox Dei

Le peuple acclame par une vive aujourd’hui
Demain il dira À bas
Vox Populi, vox Dei, vox Satani
Le peuple cherche difficilement sa voie
__________________

Par: Thelyson Orelien

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Publié le 26 Novembre 2010

"Nous avons grand besoin de "Zorro" défenseurs des opprimés"

 

 

Zorro.jpgBeaucoup d'entre nous ont des modèles, bien que se limiter à un exemple n'offre pas toutes les capacités pour s'affranchir et lutter dans cette jungle individuelle qu'est la vie d'aujourd'hui.

Nous avons l'exemple sans égal de Victor Hugo écrivant sur ses cahiers d'écoliers : "je serai Chateaubriand ou rien". Avoir un modèle mythique le plus souvent peut signifier, pour nous, atteindre un infini qu'on ne trouve pas chez le commun des mortels.

C'est ainsi qu'à l'aube de la seconde guerre mondiale, des dessinateurs américains sont venus avec le concept des "comics" pour stimuler la fibre patriotique des GI's : "superman" aux couleurs du drapeau étoilé est devenu le modèle à suivre, leur identité imaginaire. Il a été nécessaire de créer un mythe, que tout le monde devait suivre et qui incarnait des valeurs de bravoure et de courage…
Il est remarquable que toutes les grandes civilisations qui perdurent aient leurs mythes, leurs personnalités "puissantes et invincibles".
Depuis la Grèce antique, Hercule symbolise la force qui ne recule devant aucun de ses "douze travaux". La culture peut toujours servir à modéliser certains comportements, à les offrir en exemple et à valoriser certains idéaux.

A l'occasion des élections cruciales pour l'Haïti post-séisme, une question fondamentale serait : quel candidat peut renouer avec nos mythes de l'indépendance ?

Rares sont les pays qui possèdent des histoires aussi magiques, bien ancrées dans le réel. Certains exploits, tels celui de Capois La Mort, Claire Heureuse et Sanite Belair, ne sont pas assez enseignés, ou, du moins, le sont d'une manière peu efficace. Mais, la limite de nos légendes est qu'elles se renferment dans le cadre encore restreint de la tradition orale.

Sauver notre pays de son propre désastre intérieur n'a pas été, depuis longtemps, la priorité de nos leaders.
Nous avons grand besoin de "Zorro" défenseurs des opprimés, de super héros, chevaliers du développement durable, pour nous hausser à un niveau de croissance, prompte à nous sortir de la pauvreté.

Les contes, qui mûrissent dans la mémoire collective depuis un temps ancien, comblent l'imaginaire et les rêves des masses, leur inconscient.

Manuel a été un héros "exclusif" de la paysannerie et Ti Malice trop individuel, trop centré sur ses intérêts propres pour inspirer positivement l'imaginaire du peuple.
Nous avons besoin de figures de proue, même imaginées, pour incarner nos luttes centenaires, reprendre confiance en nous.
Une révolution culturelle, qui pourrait initier des histoires pour enfants ou serait mise en scène sous forme de bandes dessinées, une Histoire riche qui mérite d'être racontée à celles et ceux qui auront demain à diriger notre pays.
Il ne faut certes pas vivre dans le passé, mais il faut se souvenir de qui nous sommes et monter en épingle ce que nous avons de meilleur pour vaincre le pire.

Article de Fabian Charles paru dans AlterPress le 11 novembre 2010

Retrouvez l'article sur AlterPress : [ici]

 

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Publié le 12 Novembre 2010

http://www.tolerance.ca/Image/DeniseVRAI_147972_G.jpgLa lecture d’un poème de Denise Bernhardt est une invitation à une croisière où terre et sang s'unissent autour d'une perpétuelle quête d'amour, ce qui malheureusement arrive jusqu'à la faire souffrir. Etant amante de la culture Haïtienne, elle s’est oubliée dans le sort de ces paysans qui maudissent leurs pas. Jamais, le sol Haïtien n'a été personnifié avec autant de passion et autant de souci de le ménager. On dirait que cette parole poétique a quitté son siège avec beaucoup de déchirure, de chagrin et l'envie d'effacer les souvenirs insérés dans l'inspiration. On dirait que la terre est devenue cette passerelle de cimentation sentimentale, qui a fait de ses enfants, les résidus d'un coeur inaccessible.  

  

Il n’y a là bas
Que la poussière impalpable du temps
Déposant sur les lèvres
La Parole qui verrouille l’âme.

Avec « là bas » pour exprimer le voyage, le poème est devenu fragile, dans la mesure ou l'on ne sait que dire pour ne pas offenser la pureté de ses images. Et une analyse de ses quatre vers, nous fera découvrir la présence d'une parole qui a fait le tour d'une salive morte, mais assez puissante pour laisser des traces inaltérables dans sa mémoire. « LES HAUTES MAGIES » ou poème de l'amour à cerner, est ici un cri qui ne tranche pas la gorge, mais qui a verrouillé tous les chagrins de l’âme.


Les Hautes Magies

Ne cherchez pas dans ce pays
De terre rouge et de sang noir,
Ne cherchez pas l’amour
Tout frémissant dans les feuillages.
L’amour qui vit et qui palpite
L’incertitude de l’instant.

Ne cherchez pas dans ce pays
De terre noire et de sang lourd
L’amour léger qui virevolte
Et se brûle aux halos des lampes.

Il n’y a là bas
Que la poussière impalpable du temps
Déposant sur les lèvres
La Parole qui verrouille l’âme.

Le pas du paysan draine la mort
A ses pieds nus,
Et les rivières s’assèchent de frayeur,
Quand par les nuits de lune rousse
Résonnent les tambours et les chants
Appelant les esprits
Pour agréer le sang
Qui goutte sur la danse
Des blanches cotonnades.

Toi, mon amour,
Tu es cet homme des nuits insoumises
Tu es la nuit, le ciel , et ses mystères.
Il n’est besoin d’effleurer ta peau
Inaccessible à nos frissons,
Il n’est besoin de chercher tes yeux
Pris par d’autres regards.
Ne tentons point de mêler les eaux,
Au risque de sombrer
Dans les phosphorescences.
Sur les ailes du vent
Tu es venu vers moi
Comme une ombre indécise.

Que cherches-tu dans cette ville
Hâte-toi, le temps est compté,
Déjà le froid suce les corps.
Tu as laissé s’éteindre l’athanor
Et l’Or redevient Plomb.
Le Mal est dans nos cœurs.

DENISE BERNHARDT ( France )

Il faut dire aussi que chaque strophe est une interminable construction dans laquelle la périodicité haïtienne apparaît comme l'aube, et la lueur de ces nuits insoumises, comme dit le poète, témoigne des multitudes coudées qu'avaient parcourue son âme à la recherche d'un désinvestissement.
A lire...


Anderson DOVILAS
09/09/2010 HAITI    

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