Publié le 1 Novembre 2012
Publié le 1 Novembre 2012
Publié le 29 Octobre 2012
Janine Massard, membre de l'association vaudoise des écrivains et de l'association Films Plans Fixes parle à propos de «Les couleurs de ma terre» de Thélyson Orélien, Prix Interrégional Jeunes Auteurs de Genève en 2007 dans La poésie, la prose poétique (Éditions de l'Hèbe, Lausanne, Suisse, ISBN 978-2-88485-112-1) Préface de Jean-Dominique Humbert.

Jai découvert « Les couleurs de ma terre » sans savoir qui avait écrit ce texte qui m’était parvenu de manière anonyme en ma qualité de membre du Jury de présélection du PIJA (Prix Interrégional des Jeunes Auteurs). C’était en 2007, et dès les premières lignes, j’ai senti le souffle d’un poète, un souffle puissant qui disait une terre d’une époustouflante beauté mais meurtrie « Maltraitée ici et ailleurs / Entre son ici, son présent, son maintenant ».
Un chant lyrique nous était offert et nous apprenait la révolte et la souffrance d’un peuple crucifié avec « Ces cauchemars qui nous tuent debout », et juste derrière le cri de révolte d’un jeune homme heurté de voir le destin de son île, de ses habitants qui n’en peuvent plus de vivre au rythme des ouragans, des tremblements de terre (c’était avant janvier 2010 pourtant) et des dictateurs.
La vision poétique est le miroir de la mesure et de la démesure. Les métaphores pour le dire surgissent des tréfonds de la douleur humaine et du désespoir :
« Une ville / Se révèle chaque jour pleurant un fils / Pleurant un inconnu abattu par la nuit / Par un pistolet / Par une, par deux, par trois cartouches… ».
Les repères sont perdus : « Le jour s’est caché / Comme pour éviter d’être la proie d’une balle assassine / Le jour se sauve sur le dos du vent… ».
C’est ça la patte du poète : saisir le lecteur ou la lectrice par des images à couper le souffle!
Il n’y avait pas de doute : un talent se révélait, une personne de l’autre bout du monde se faisait le porte-voix de son pays, de son histoire, de son désespoir et savait le dire parce que tout cela était soutenu par un ton, un rythme, des cadences, des images. Le texte touche le cœur, l’âme et transperce la chair. Le poète frappe juste.
Ce texte fut lauréat de la catégorie français langue apprise. Lors de la remise des prix à Aoste en Italie, le comédien qui devait lire ce texte lors de la cérémonie de remise des prix m’a avoué que chaque fois qu’il en lisait un passage ou un autre, il était tellement saisi par ce déferlement d’images qu’il en éprouvait des tremblements. Et moi, parcourant Les Couleurs de ma terre pour la première fois, j’ai ressenti la même chose. Je me suis dit qu’il y avait là, incontestablement, une plume qui savait capter la détresse humaine et lui donner une forme.
Janine Massard
Écrivain
Qui est Janine Massard
Originaire d'Yverdon-les-Bains et de Lucens, Janine Massard est née le 13 novembre 1939 à Rolle. Elle commence des études de Lettres à Lausanne mais les interrompt après trois semestres. Elle exerce alors divers métiers avant de se vouer à l'écriture. Son œuvre comporte un recueil de nouvelles, un conte, une chronique, mais surtout des récits et des romans, parfois à trame autobiographique comme La petite monnaie des jours (1985), pour lequel elle reçoit en 1986 le Prix Schiller. Son essai Terre noire d'usine, qui reconstitue la réalité quotidienne des paysans et domestiques de campagne des régions industrielles du Jura, connaît un grand retentissement. Aux Éditions de l'Aire, elle publie Trois mariages, analyse de l'institution du mariage à travers les générations et les diverses couches sociales qui lui vaut le Prix des Écrivains vaudois. Ce qui reste de Katharina, également publié aux Éditions de l'Aire, obtient le Prix de la Bibliothèque pour Tous en 1998. Elle reçoit le Prix Edouard Rod (2002) pour Comme si je n'avais pas traversé l'été, son huitième roman. Présidente de l'Association Vaudoise des Écrivains (suisse) et de l'Association Films Plans Fixes, lauréate pour la littérature des Prix culturels vaudois 2007, Janine Massard publie en 2006 Un Jardin face à la France, chez Bernard Campiche Éditeur, comme L’Héritage allemand, et enfin, parue en 2010, son recueil de nouvelles intitulé Childéric et Cathy sont dans un bateau. Elle vit à Pully.-
Publié le 28 Octobre 2012
L’acteur américain Johnny Depp, fan de littérature de longue date, va diriger la publication d’une collection de livres qui reflétera ses passions et ses centres d'intérêt. Ce projet est une corde de plus à l’arc de la star américaine et lui permet de « réaliser un rêve », participer à l'édition d'une collection.
Un acteur touche-à-tout
Johnny Depp, né en 1963 dans le Kentucky aux Etats-Unis, a endossé dans sa vie plusieurs rôles : acteur, réalisateur, guitariste et producteur de films. Il s’est fait connaître à 24 ans grâce à son rôle principal dans la série télévisée, 21 Jump Street. Il a notamment marqué les esprits des téléspectateurs avec ses interprétations d'Edward dans le long métrage Edward aux mains d'argent, réalisé par Tim Burton, et plus récemment, en interprétant le rôle de Jack Sparrow dans la saga, Pirates des Caraïbes.
L’américain est un fan inconditionnel des lettres et notamment de l’écrivain et journaliste, Hunter S.Thompson. Pour preuve, en 2011, l'acteur a incarné un journaliste dans le film Rhum Express, basé sur un roman de celui-ci. Ce long métrage a été produit sur une idée conjointe entre Hunter et Johnny, ce qui nous indique le véritable engagement de l'acteur dans le monde de la littérature. De plus, en 1998, l'acteur incarnait Raoul Duke, sorte de double de Hunter S.Thompson, dans le film Las Vegas Parano.
Un projet qui a pour origine l'amour des mots
Johnny Depp, féru de littérature, a toujours rêvé de monter un projet autour de sa passion. Il s’est associé avec la maison d’édition américaine Harper Collins, qui a notamment publié le bestseller Boues, sueurs et larmes de Bear Grylls, afin de créer une collection de livres.
Cette collection de livres reflétera les centres d’intérêt de l’acteur et s’intitulera Infinitum Nihil, Néant Infini. Elle évoquera « des idées et des voix authentiques, peu entendues ou visionnaires d'auteurs célèbres ou inconnus » a précisé la maison d’édition dans un communiqué. Les auteurs de cette collection ne seront donc pas obligatoirement connus mais partageront tous un point commun avec l'acteur. De plus, la star affirme qu’elle souhaite offrir « des publications qui valent la peine que les lecteurs y consacrent du temps et qui correspondent à leurs préoccupations
L'annonce de la parution du premier livre, à fait un buzz
La première œuvre de la collection sera intitulée Les histoires démêlées de Bob Dylan de Douglas Brinkley et tentera de lever le voile sur la vie énigmatique de l’artiste. Cet ouvrage, qui a été réalisé suite à une série d’entretiens avec le chanteur, sera mis en vente en 2015.
Une implication littéraire qui ne date pas hier
Johnny Depp n’en est pas à son premier coup d’essai dans cet univers. En effet, il a prêté sa voix pour conter l’histoire de Richard Keith, membre du mythique groupe de rock The Rollings Stones, dans la version audio du livre, Life.-
Publié le 27 Octobre 2012
Lettre d’un Citoyen Engagé à L’Empereur du Grand Empire (année 2560 A.D)
Maître,
J’ai longuement réfléchi avant de vous écrire. Je sais que vous avez de nombreuses préoccupations et non des moindres. Vous êtes à la tête du plus vaste Empire de l’histoire, vous êtes sa lumière, son timonier et son destin. Je ne veux surtout pas abuser de votre précieux temps. Je ne suis qu’un simple et humble citoyen mais un citoyen engagé et qui a à cœur les intérêts de l’Empire. Empire qui, est-il nécessaire de le rappeler, depuis bientôt quatre siècles rayonne de tous ses feux, feux de notre réussite qui jaillissent en tous lieux, ainsi empire de loin le plus riche au monde, première puissance militaire au monde, revenu moyen le plus élevé au monde, nous disposons des meilleurs universités, nous avons effectué des découvertes monumentales dans le domaine scientifique, nous avons colonisé Mars et bientôt d’autres planètes, une vie culturelle d’une richesse inouïe mais plus encore l’Empire a permis d’établir une paix quasi-universelle, nous avons, grâce à la diplomatie, jugulé la sédition dans le monde. Nous vivons, Maître, dans un monde qui est loin d’être parfait mais un monde qui est aujourd’hui sur la bonne voie, un monde porteur d’espoir pour tous les hommes et pour toutes les femmes de bonne volonté, un nouveau monde rendu possible par l’Emperocratie, un modèle politique et économique qui a fait ses preuves, un nouveau monde rendu possible par le génie propre de notre peuple, sa détermination et son éthique du travail.
Je ne crois pas en l’Utopie, Maître, mais l’Empire, sous votre sage gouverne, dessine ses contours et son devenir.
Il est, cependant, à l’horizon des dangers, anodins si on en croit certains, mais qui sapent, de façon insidieuse, les fondements de l’Empire, qui pourraient même le détruire.
La situation, à vrai dire, est grave.
Elle est même dramatique. Et il est important d’agir au plus vite.
Je précise que mon ambition est modeste, je ne suis qu’un simple et humble citoyen et je ne suis ni savant, ni intellectuel et elle consiste donc à susciter un débat, à éveiller les consciences. Car il faut être vigilant, demeurer sur ses gardes, l’ennemi, masqué et sournois, est désormais dans la forteresse.
Il est, cependant, impératif de procéder de manière rationnelle. L’Emperationalite est le propre de notre peuple, nous récusons les émotions primaires, nous récusons la spontanéité, les jugements hâtifs, à l’emporte-pièce, nous devons donc analyser, déconstruire et décortiquer les problèmes avant de proposer des solutions.
Mais avant d’aller plus loin, Maître, il est important de rappeler que les dangers évoqués peuvent sembler dissemblables mais ils participent d’une même logique, d’une même volonté, ils forment partie d’un même ensemble dont l’ultime objectif est la destruction de l’Empire.
Cette précision est essentielle.
J’y reviendrai à la fin de ma lettre.
Certains de nos plus brillants intellectuels réclament une nouvelle interprétation de l’Histoire. Ils prétendent que le succès de notre peuple n’est pas dû à son génie propre mais à l’influence d’autres civilisations, notamment l’Occident. Ainsi l’Occident, qui a sombré, depuis longtemps dans le déclin, - rappelons ici rapidement que l’Occident est pauvre et dépendant et qu’elle n’arrive pas à s’adapter aux nouvelles normes de l’Emperocratie, susceptibles de permettre le développement et le progrès, rappelons aussi que son déclin a commencé au début du vingt-et-unième siècle pour les raisons que l’on sait, le surendettement, un modèle politique archaïque, le culte de l’argent facile et surtout l’échec éthique et spirituel, une culture du plaisir et de la débauche -, aurait suscité l’émergence de l’Emperocratie. Ils affirment, par ailleurs, que nos historiens pratiquent l’Emperocentrisme, qu’ils ramènent ainsi tout à l’Empire en négligeant le rôle et la contribution de l’Occident. On aurait donc détourner l’histoire, fait de l’emprise Occidentale, qui n’a duré en tout et pour tout que deux siècles, un égarement, un intermède avant que l’Empire ne reprenne le dessus. Ils tentent aussi de démontrer que l’Occident serait à l’origine des nombreux progrès accomplis. Ils citent plusieurs exemples, les découvertes dans le domaine aérospatiale auraient permis la colonisation de Mars ou encore les découvertes effectuées dans le domaine de la physique quantique auraient permis l’invention de l’ordinateur simulateur d’une réalité parfaite. Il est clair que ce sont des thèses farfelues et qu’il n’est rien de plus que facile que de les réfuter. Soyons justes cependant. L’Occident a effectivement dominé le monde pendant deux siècles mais cette domination était une œuvre impérialiste et barbare, ils ont littéralement saigné les peuples conquis et s’il est vrai que des progrès ont été accomplis à cette époque ils ne sont rien comparables à ce qui a été fait depuis. On pourrait dire et à raison que les découvertes Occidentales ne sont, au bout du compte, que des amuse-gueules qui ne comptent que pour du beurre.
Ainsi comment mettre de telles merveilles (voyage spatio- temporel, teleportation d’objets ou l’énergie perpétuelle) sur le compte d’une vieille civilisation que se morfond aujourd’hui dans la débauche et la superstition? On peut à la limite leur reconnaitre un mérite, celui d’avoir agi comme une courroie de transmission, celui d’avoir transmis le savoir ancien et perdu de l’Empire mais sans plus. Notre civilisation, il faut le réitérer, a réussi grâce à son génie propre, grâce aux mérites intrinsèques de notre peuple, c.à.d. une véritable éthique du travail, le respect de l’hiérarchie, la discipline, une intelligence rationnelle et systémique. Je crois l’avoir dit, nous œuvrons pour la paix et dans un esprit de fraternité et il est malheureux de constater qu’on sabote cette noble entreprise en propageant le mensonge dans des esprits naïfs.
Pour ce qui est de l’Emperocentrisme, il est évident que c’est une thèse absurde. Si nos historiens ont ancré l’Empire au centre de l’histoire c’est pour une raison toute bête, qui a évidemment échappé à nos intellectuels bien-pensants, L’Empire est la civilisation dominante depuis bientôt quatre siècles, nous avons fait l’Histoire, nous l’avons sculptée, forgée et elle est indissociable de notre histoire. Je sais qu’il est de bon ton aujourd’hui de pratiquer du masochisme intellectuel, certains estiment qu’il est agréable de s’auto-lapider mais il faut avoir le courage de ses convictions, il faut pouvoir s’affirmer et le dire, haut et fort, sans complexes, sans aucun sentiment de supériorité ni grandiloquence que nous sommes le souffle qui a façonné l’Histoire des quatre derniers siècles. On peut certes se livrer à des exercices d’acrobaties intellectuelles, prétendre qu’un détail insignifiant (par exemple les frasques politiques des pays Occidentaux) a une portée historique mais un fait demeure, l’Empire domine le monde et l’Histoire (la grande, pas celle des dérisoires) du monde est l’histoire de l’Empire. Qu’on le veuille ou pas.
J’estime que nous souffrons d’un mal, le spectre ou le complexe du vainqueur. Il faut certes faire preuve de modestie, c’est une des qualités de notre peuple, mais cette modestie ne doit pas se métamorphoser en haine de soi. Sinon nous risquons de devenir un peuple faiblard, incapable d’avancer, incapable de réaliser ses ambitions, un peuple Occidentalisé, peureux et sans courage.
Permettez-moi, Maître, de vous raconter une anecdote. Je me suis récemment rendu en Europe. Je comptais aussi visiter les Etats-Unis (désormais désunis, sans jeux de mots) mais comme vous le savez, c’est un pays ravagé par la guerre et seuls les plus intrépides y ont désormais accès. Je dois avouer que j’aime bien le vieux continent, son histoire, son pittoresque, la cuisine est merveilleuse et les Européens dans l’ensemble ont su préserver un art de vivre ancien. On y rencontre aussi des personnes merveilleuses, ils ont un sens inné de l’accueil, il règne d’ailleurs une perpétuelle atmosphère de beuverie, joviale et conviviale. Et franchement on se laisse prendre au jeu, on boit de la bière et on mange des frites, on rigole et on rote. Il faut dire qu’ils sont sympathiques les Européens. Il y a chez eux un curieux mélange de rusticité et de générosité. Et il est plus qu’évident qu’ils ont bon cœur, il leur est difficile d’exercer l’Emperationali é mais ils ont un bon fond. On comprend ainsi que le vent de révolte qui souffle dans ces pays est l’affaire d’extrémistes qui manipulent les modérés. L’Européen moyen désire comme tout le monde une vie paisible (donnez lui du cochon, de la bière et des frites et il est heureux) mais il se trouve des extrémistes qui excitent les flammes de la sédition. Il y a, par ailleurs, une chose qui m’a bouleversé et c’est le spectacle de la déchéance. Ainsi les grandes villes sont dans un état lamentable, les pauvres sont partout, ils vivent entassés, par millions, dans des bidonvilles géants mais pire encore on pratique le culte de l’inculture, des chefs religieux, qui prétendent tout savoir inculquent leur pseudo-savoir aux masses. Ces derniers fanatisés par le désespoir se laissent prendre au piège. Permettez-moi, Maître, de vous raconter une anecdote. Figurez-vous que lors d’une visite à l’université d’Oxford (désormais transformée en musée) un jeune homme a piqué mon porte-monnaie. Mais je ne lui en veux pas le pauvre. Je me dis que c’est peut-être un affamé ou un ces fous qui vagabondent dans les villes. Apres j’ai ressenti comme une étrange nostalgie. C’est un grand penseur de l’Occident qui a un jour écrit que ‘les civilisations sont mortelles’ et elles le sont effectivement. Comment donc expliquer le déclin de cette belle civilisation? Il suffit de peu pour que tout s’écroule et disparaisse à tout jamais. Ou sont passées les belles capitales, Amsterdam, Paris ou Londres? Que sont ainsi devenues les langues européennes, l’anglais, le français ou encore l’espagnol? Comment se fait-il que ces langues, si riches, si spontanées, sont désormais des terres arides incapables d’inventer des concepts, des langues mièvres et morbides. Comment donc expliquer cette métamorphose? On sait certes les raisons objectives mais il n’empêche qu’on éprouve un véritable sentiment de nostalgie. Mais il est une leçon pour nous. Nous ne devons pas dormir sur nos lauriers. Le monde a besoin de l’Emperocratie, il a besoin de nos valeurs, de nos principes, de notre éthique, sans quoi il s’écroulera et on retournera à la barbarie. Il faut donc tout faire pour préserver notre suprématie. Ceci dit, je suis convaincu après mon bref séjour en Europe que nous devons aider ces peuples. Nous devons étendre notre programme d’aide aux pays pauvres. La solidarité Emperohumaniste est essentielle. Nous devons voter un budget pour les aider. Mais plus encore nous devons leur inculquer nos valeurs, nos principes. Il reste cependant une question, est ce que nous avons eu raison de mettre ces pays sous tutelle? Cette question est évidemment complexe. Notre peuple n’a jamais eu une ambition colonisatrice mais je crois ultimement que c’est justifié. La tutelle est le moyen idéal pour permettre le développement de ces pays, de les mettre à niveau.
Voyage agréable mais constat désespéré. Mais tout n’est pas noir.
Car on peut compter sur de nombreux Occidentaux, ceux qui soutiennent et comprennent notre action. Je pense à un intellectuel en particulier qui a récemment publié, ‘La Maladie de l’Occident’, un livre remarquable qui nous démontre de façon très perspicace, je pense, que l’Occident est depuis trop longtemps empêtré pour ne pas dire fossilisé dans une attitude régressive, dans le culte d’une gloire passée, d’un idéal à jamais mort et qu’il est impératif de procéder à une reforme. L’élément clé de cet ouvrage est la déconstruction de la culture victimaire qui rend l’Emeprocratie responsable de tous les problèmes de l’Occident. Le message est fort: nous en sommes là parce que c’est de notre faute. On conviendra que ce sont des idées dangereuses dans le contexte actuel. On sait la montée de l’extrémisme dans ces sociétés. Rappelons que nombreux sont ces intellectuels qui siègent dans des Emperopenseurs qui œuvrent pour aider les pays Occidentaux et qu’ils interviennent régulièrement dans les grands medias. Signalons aussi qu’il ont soutenu notre intervention en Italie et la politique de ségrégation positive en Suisse. Ces intellectuels, et il faut s’en féliciter, sont d’excellents interlocuteurs, ils sont ancrés dans leur culture d’origine, des Occidentaux authentiques mais qui comprennent tous les rouages du modèle Emperocratique. Ce sont des hommes et femmes ponts, qui peuvent contribuer à combler le fossé grandissant entre nous et les Occidentaux. Ils ont besoin de notre soutien. Mais l’autre versant de la médaille ce sont évidemment les intellectuels rétrogrades ou les intellectuels victimaires. On ne connaît que trop bien leurs slogans creux que je me permets, Maître, de résumer : nous sommes des victimes, vous nous persécutez, vous pratiquez une politique de deux poids et deux mesures etc. Ainsi ils nous accusent de tous les maux de la terre. Vous avez probablement, Maître, lu cet ouvrage qui a eu un certain écho, ‘Peau blanche, Masque jaune’ qui évoque les complexes d’infériorité de l’homme blanc, qui l’invite justement à se débarrasser de ses complexes, à affirmer son identité, à se battre pour renverser l’Emperocratie, pour la révolution. D’autres livres, du même acabit, ont été publiés et tous ressassent les mêmes blâmes, évidemment insipides et absurdes. Mais ce sont des peccadilles Maître. L’Occident aujourd’hui est notre fardeau. C’est le fardeau de notre peuple, de l’Empire. Ayons le courage d’énoncer quelques vérités toutes simples. Cessons donc avec la langue de bois. N’ayons plus peur et disons le haut et fort. L’Occident a besoin de nous. Ils ont du potentiel mais ils se doivent se libérer du carcan de leurs immobilismes. Un Occident qui a renoué avec le dynamisme est un Occident qui sera au service de la paix et du progrès. Ils ont besoin d’un nouveau Einstein, d’un nouveau Newton, il en va de leur avenir. Nous devons aider l’Occident, Maître. Nous devons rendre leur Renaissance possible afin d’imaginer des lendemains meilleurs.
Une nouvelle idée a fait son chemin dans nos universités : l’Occidentalisme. C’est, comme vous le savez, Maître, un jeune et brillant intellectuel d’origine Allemande qui a émis cette thèse. Que signifie donc l’Occidentalisme? En deux mots, un système de représentation dans lequel l’Emperocratie a cloisonné l’Occident et l’a ainsi inventé. Le savoir produit par l’Emperocratie à propos de l’Occident serait donc tributaire du pouvoir. Savoir qui n’est donc pas objectif mais biaisé. Cette thèse qui a ses prophètes est évidemment farfelue. L’Occidentalisme n’existe pas. Nos scientifiques, nos intellectuels sont motivés par le désir de comprendre l’autre, de l’appréhender dans sa complexité et dans son humanité. Et c’est ce savoir qui a permis d’excaver l’âge d’or Occidental. Ainsi, pour ne citer qu’un exemple parmi tant d’autres, ce sont nos chercheurs qui ont effectué des recherches sur les grands écrivains Occidentaux, c’est grâce à nous, et seulement à nous, qu’on se souvient encore, dans ces terres barbares, des grandes œuvres de Proust ou de Faulkner. Et c’est ce même savoir qui permet aujourd’hui aux pays de l’Occident d’avancer sur la voie du progrès. Il faut reconnaitre, cependant, que cette volonté de savoir, cette volonté de connaître l’autre a parfois cédé le pas à certains stéréotypes, cela est incontestable, mais elle exprime un désir sincère de comprendre l’autre. Ceux qui en doutent font preuve de mauvaise foi. J’ai eu l’occasion, par ailleurs, de rencontrer nombreux de ces grands chercheurs qui travaillent sur l’Occident ancien, ce sont des Emperohumanistes (concept élégant que vous avez inventé Maître) qui veulent dévoiler les méandres de l’autre afin de construire une humanité plus généreuse et plus juste. Je ne les retrouve absolument pas dans les caricatures des prêcheurs de l’Occidentalisme, ils seraient, selon ces derniers, des ‘racistes, qui souhaitent perpétuer la domination coloniale’. Vous conviendrez , Maître, que c’est absurde. Ainsi cet homme qui a consacré toute sa vie à étudier les tribus barbares anglaises, qui a publié un ouvrage fondamental à ce propos, Foot et Bière ou le retour du Barbare, serait un Occidentaliste. On doit pouvoir le dire, le plus poliment du monde, ce sont, messieurs et dames les intellectuels bien pensants, des foutaises.
Il ne faut pas se leurrer Maître. Ces nouvelles thèses ne sont en rien anodins. Il faut les mettre sur le compte d’une stratégie pour subvertir l’Emperocratie. Ils n’en sont pas encore là mais demain ils réclameront la fin de l’emperocratie.
Mais il n’y pas que l’Occidentalisme, il y a aussi l’Occidentalaphobie. Nos intellectuels savent générer des mots à la sonorité bizarre, qu’ils sont souvent les seuls à comprendre. Ainsi l’Occidentalaphobie serait la diabolisation de l’Occident et on peut dire, que pour une fois, ils n’ont pas tout à fait tort. Je ne parle pas évidemment des élucubrations des théoriciens du complot mais des thèses parfois justes de certains intellectuels. Ainsi il est vrai de dire que les medias (qui servent surtout à assouvir les instincts les plus tenaces des foules) ressassent le stéréotype de l’Occidental apte à des actes fanatiques, amateur de bière et de frites, personnage souvent grossier et primaire, dont le cerveau se situe dans un lieu que la pudeur m’interdit de nommer. On se souvient, par exemple, d’une série récente à succès sur les errements d’un espagnol apparemment parfaitement intégré dans l’Emperocratie mais qui se révèle être un Européen ‘traditionnel’ (bon vivant et pas tout à fait intelligent) et évidemment terroriste. Certains diront que ces stéréotypes ont un fond de vérité mais nous récusons de telles analyses. L’homme Occidental est aujourd’hui pathétique mais il faut faire preuve d’empathie. La caricature ne servira qu’à entretenir la peur et la haine. Il faut rappeler aux grands propriétaires des medias que nous luttons pour conquérir les cœurs, pour qu’il y ait un rapprochement entre les peuples. Ceci dit il est hors de question évidemment de pratiquer la censure. Nous sommes un peuple qui respecte au plus haut degré la liberté d’expression. Je me vois mal par exemple demander à un cinéaste de censurer son film. Il faut, par contre, engager une réflexion constructive, tendre la main à l’autre dans un véritable esprit de partage. Ainsi signalons à cet effet un film remarquable, l’Anglaise, qui raconte, comment après un séjour dans une grande ville de l’Empire, une jeune anglaise retourne au pays pour aider ces concitoyennes. Un film subtil qui parvient à éviter tous les poncifs du genre, qui brosse un portrait très juste de ce peuple. On peut, en effet, croire que les habitants de ce pays ne sont pas à tout à fait humains, du moins pas comme nous mais ils le sont, dans une certaine mesure il est vrai. Je ne veux pas gâcher votre plaisir mais il faut savoir qu’elle parviendra au bout du compte à libérer les jeunes anglaises des entraves de la société traditionnelle., du dangereux phénomène de l’anglicisation des esprits. Il faut aussi préciser que si je suis critique à l’égard de l’Occidentalphobie je considère, néanmoins, que son utilisation abusive, accuser à tort à travers tout le monde d’être Occidentalophobe, ainsi le commentaire, même le plus anodin, sur l’Occident sera Occidentalophone, relève de la supercherie. C’est une tentative insidieuse d’empêcher le débat d’idées. On veut contraindre la pensée, on veut subvertir la liberté d’expression, on s’en prend ainsi aux valeurs fondamentales de l’Emperocratie.
Le reproche est grave. Ainsi des voix et pas des moindres nous accusent d’avoir envahi l’Italie sous faux prétextes. Car notre ambition est, paraît-il, de mettre fin à ses velléités d’Independence, qui représenteraient une menace pour l’Emperocratie. Rien de plus faux, vous en conviendrez Maître. Aujourd’hui l’Italie est un véritable nid de terroristes, qui se livrent à un combat acharné contre l’Empire. Il n’est pas nécessaire ici de rappeler la lâcheté de ces soi-disant insurgés, leurs exactions quotidiennes, qui tuent, massacrent impunément, qui se moquent de l’humain, ces soi-disant insurgés qui sont avant tout des barbares. Nous avons agi ainsi parce qu’on ne pouvait faire autrement. Rappelons que nous avons soutenu l’établissement d’une Emperocratie modèle sur le nôtre, malheureusement le Italiens ont choisi un Empereur, plus soucieux de révolte que de liberté. Nous respectons évidemment le choix de ce peuple fier et parfois vantard mais il est des limites qu’on ne peut outrepasser. Et rappelons, par ailleurs, que nous avons tenté d’engager le dialogue avec les ex-dirigeants de ce pays mais ils sont réfractaires à tout dialogue. On sait pertinemment bien qu’ils soutiennent les terroristes. L’invasion, dans ces circonstances, était la seule option. Il est facile de nous accuser, de nous pointer du doigt, de dire que nous sommes des colons, des monstres mais qui se souvient de l’attaque contre le bâtiment symbole de l’Emperocratie, qui s’en souvient, une merveille technologique, qui se souvient aussi des morts par milliers, de la mort des enfants. Et aujourd’hui on nous parle d’hypocrisie. Qu’est-ce qu’on est censé faire? Dialoguer avec les terroristes, avec des barbares qui jalousent notre mode de vie, nos valeurs? Et puis quoi encore on pourrait suggérer à l’Empereur de les inviter à diner chez lui. Il faut donc arrêter avec de telles sornettes. Il est facile quand on est dans le confort de son salon de critiquer et je me permets de signaler à nos intellectuels bien pensants que des hommes et des femmes sont sur le terrain au quotidien et se battent contre le Mal. Ils se battent et risquent leur vie au nom de nos valeurs Et il est utile de le répéter, nul dialogue n’est possible avec les terroristes, ils ne comprennent qu’un seul langage, celui de la force. Il ne faut plus se leurrer, on ne peut se permettre le luxe de tergiverser, les dangers sont réels. La situation s’est d’ailleurs considérablement stabilisée en Italie. On sait que ce peuple est fiévreux, qu’ils ont le goût du spectaculaire mais notre régime Emperocratique a su les ramener à la raison. Rappelons finalement que le nouveau guide suprême du pays a été formé dans nos meilleurs universités et qu’il est un ex-directeur d’une de nos grandes compagnies aérospatiales. Il est la personne idéale pour gérer cette situation difficile.
Je persiste et signe, je trouve, et je pèse mes mots, qu’il est scandaleux de dire que cette invasion est illégale, qu’elle va à l’encontre de l’Emperohumanisme. Personne n’aime la guerre, ni vous, ni moi, ni personne la guerre est parfois le moindre mal. Il faut donc tuer la bête avant qu’il ne puisse exercer sa férocité. Et l’Emperocratie doit pouvoir agir en toute liberté, répandre ses lumières sur tous les continents, nous devons avoir le droit d’intervenir en tous lieux.
Que les chiens de la passivité et de la médiocrité aboient, qu’ils nous assomment avec leurs insanités mais la caravane de la lumière, la caravane de l’Emperocratie doit pouvoir avancer.
Autre problème qu’il est important d’évoquer, à mon modeste avis, celui de la Suisse, pays que nous avions envahi en 2250 pour les raisons que l’on sait. On se souvient que la populace avait commis des actes odieux à l’égard de la population immigrée, originaire de l’Empire. Cette invasion a servi à rétablir le calme mais aujourd’hui on nous accuse d’avoir reléguée la population suisse dans des quasi-prisons et de les persécuter systématiquement. Nos intellectuels bien pensants ont une de fois plus tout faux. On doit ici parler de ségrégation positive, il est des clivages entre nos compatriotes et les autochtones, clivages qui sont pour le moment insurmontables. Nous voulons établir la paix mais il nous faut des interlocuteurs qui sont en quête du même objectif. Nous constatons qu’il y a un refus systématique d’engager la dialogue et un recours à des méthodes peu louables. Ainsi certains prétendent que ce qu’on appelle désormais la quasi-prison (alors que c’est un exemple réussi de ségrégation positive) de Neuchâtel est une honte, que l’Emperocratie est à blâmer, qu’on punit injustement une population. Mais Neuchâtel fomente des terroristes par centaines, par milliers, on peut trouver la méthode dure et révoltante mais peut-on procéder autrement? Nous avons à faire à un peuple qui ne comprend en rien le langage de l’Emperocratie. N’avons-nous pas d’ailleurs instauré le fameux Contrat de la Paix dont l’objectif est d’établir la paix au bout de trois ans? Mais il nous faut des interlocuteurs qui inspirent confiance, qui ont les mêmes objectifs que nous. On bute, au contraire, sur le silence. On nous affirme vouloir la paix puis on procède à des attaques terroristes sur les civiles. N’est-ce pas scandaleux Maître? On nous accuse par ailleurs de pratiquer une politique de deux poids, deux mesures, il n’est rien de plus faux, ce sont les jaloux, les envieux, ceux qui veulent miner notre suprématie. Il faut comprendre que l’Emperocratie a à cœur les intérêts des peuples faibles. La ségrégation positive est au service de ceux qui ne sont pas encore aptes, mais qui le seront un jour, à comprendre nos valeurs.
Certains de nos intellectuels prétendent qu’il faut encourager l’immigration provenant de l’Occident. Il parait qu’il y a un manque de main d’œuvre, ce qui n’est pas tout à fait faux. Mais sait-on les conséquences de l’immigration? Pendant combien de temps, Maître, est-ce que nos concitoyens devront subir ces immigrés Occidentaux qui abusent du système, qui font beaucoup d’enfants, qui pratiquent la culture des frites et de la bière. Il nous faut désormais une approche rationnelle. Nous avons certes besoin d’immigrés, ils peuvent contribuer au développement de notre pays mais il faut savoir de quoi on parle. Nous proposons donc une alternative, qui est la suivante, une immigration sélective. Aujourd’hui on dispose de techniques sophistiquées qui nous permettent quasi instantanément de déterminer le profil génétique d’un individu. On sait que l’Occidental est avant tout un être charnel mais il se trouve qu’il y en a qui peuvent faire preuve d’Emperorationalite, condition essentielle vous en conviendrez pour intégrer l’Emperocratie. Je sais que nos intellectuels bien pensants vont crier au scandale mais il est impératif d’effectuer des tests sur tous ceux qui envisagent d’immigrer. Il nous faut agir, il en va de l’équilibre de l’Emperocratie. On ne veut se retrouver avec une foule d’immigrés sur le dos, avec des problèmes insolubles. On constate ainsi une lente et insidieuse Occidentalisation des mœurs, qui s’explique par le nombre démentiel d’immigres occidentaux dans nos terres. Aujourd’hui on leur permet d’ouvrir un bar occidental, demain on leur permettra d’instaurer leur système juridique dans l’Empire. L’emperocratie appartient aux habitants de l’Empire et les immigres occidentaux, qui sont si différents de nous, doivent savoir rester à leur place.
Vous me pardonnerez, Maître, de vous avoir écrit une si longue lettre. Je vous prie d’excuser ma virulence mais c’est le cœur confus et blessé d’un citoyen ordinaire qui s’exprime. Je sais que vous ne cessez d’œuvrer pour le bien-être de l’Empire, vous êtes sa lumière et son destin. Mais je sais aussi que vos subordonnés et vos conseillers, des gens de grand mérite évidemment, ne sont parfois pas assez lucides. Il n’est, cependant, pas trop tard. Il faut élaborer au plus vite des solutions car des idées dangereuses circulent dans notre pays et elles pourraient contaminer les esprits et subvertir les fondements de notre Empire.
L’heure est à l’urgence.
J’ai, comme vous pouvez le constater, cerné plusieurs dangers qui forment partie d’un même ensemble. Je n’ose parler de complot, il n’y en a probablement pas mais il est clair que des forces apparemment disparates ont procédé à une alliance dont l’objectif est l’annihilation de l’Empire. Des forces qui agissent au sein même de l’Empire, au sein de nos universités, des forces liguées avec celles de l’Occident jalouse et vengeresse.
Il faut donc pouvoir identifier son ennemi pour s’en défaire. Et il ne fait pas oublier que nous avons à faire à des personnes organisées et déterminées. Leur objectif à long terme est clair, détruire de l’intérieur l’Emperocratie, instaurer un régime barbare.
Il ne faut pas être naïf. Croire que ces dangers sont des peccadilles. La bête occidentale est parmi nous, elle attend son heure, elle saura quoi faire pour nous dévorer, elle est insidieuse et subtile et si on ne réagit pas fermement, l’Empire succombera à sa voracité.
Merci d’avoir lu ma lettre, Maître.
Votre humble serviteur.
Vive l’Empereur! Vive notre pays! Vive l’Emperocratie!
Umar Timol
Publié le 26 Octobre 2012
Ernest Pépin, Le soleil pleurait, Paris, Vents d’Ailleurs, 2011, 144 pages
Ernest Pépin, la voix succulente, la voix « douce-amère » où la parole charnue, tendre comme le sein d’un premier amour, dégoulinant absinthe et sirop de canne, fiel et jus de corossol, gratifie Haïti d’un roman vivace, vivant où s’entrelacent cruauté sadique des « kidnappeurs », souffrance inhumaine et indignante des « pauvres gens » (comme dirait Dostoïevski), espoir ensoleillé et vitalité du cœur de ceux qui ont fait le choix de la vie, puisque la vie ne meurt pas, même dans la mort : la vie est par-delà la mort.
Un roman sur la force vitale, existentielle d’Haïti par-delà les forces mortelles des politiciens, des financiers, des kidnappeurs, etc. : « Haïti ne mourra pas ! » Tel est le maître mort d’ordre du roman qui, par une tournure spiraliste, déploie les coins et les recoins du « problème haïtien ». Formule, remplie de vie, de vœux en ce temps de profondes « désolations » haïtiennes. Par ailleurs, il faut comprendre qu’une telle formule est une incantation, sorte d’exorcisation qui veut chasser les entraves de ce que l’auteur définit comme la « question haïtienne » : qui s’exprime insuffisamment dans le fait « socio-historique » de couleur :
« Le mulâtre est un cheval ailé que personne n’attendait. Une poule avec des dents, un poison qui marche. Un être de l’entre-deux qu’on pourrait dire gémeaux et qui regarde tantôt vers sa mère, tantôt vers son père. On n’a jamais admis cet extra-terrestre. Alors, on l’a banni dans un exil sans lieu. On lui a prêté intelligence, beauté, un peu d’argent et beaucoup de pouvoir. Alors, on l’a haï comme un colon ancien pour faire croire qu’Haïti n’appartenait qu’aux Nègres. On l’a manipulé, vomi en mauvais sang, emprisonné dans sa peau. Parfois, lui-même y croyait, virant dos à l’Afrique, grimpant un mât de cocagne et s’aveuglant. Haïti l’a porté sur son dos comme font les Africains mais on lui reproche de ne pas avoir porté Haïti. Haïti est un tout et c’est l’absence de ce tout qui a fait la question mulâtre. Il n’y a pas de question mulâtre, mon sieur, il n’y a que la question haïtienne ! Voilà, monsieur » p. 65-66.
La quelle question haïtienne prend aussi d’autres formulations :
A) Haïti et ses exploits historiques dans la structure mercantiliste des relations internationales :
« Tu vois Haïti courant dans tous les sens –depuis des temps-longtemps- comme une chienne terrifiée. Et malgré 1804, la descente aux enfers et les soleils empoisonnés. Tu vois Haïti debout quand même. Titubant sous sa charge, portant sa couronne de montagnes chauves, le poudroiement des villes et la pitié de ses campagnes. Tu vois Haïti qui a donné et que tout le monde a trahie. Et par-delà le Palais National, les statues stupéfaites, les péristyles, les marées de sisal, les houmfò, le long cigare des nuits, les pieds nusdes étoiles, la nasillarde de la mort, la forte cadence des femmes (…) » p. 66.
B) Les héritages africains déniés qui restent le lieu de l’ultime résistance et créativité face aux pratiques « méprisantes » de l’Etat abandonnant la société à elle-même.
« Tout un bruissement de divinités africaines, venues du Bénin, niche dans ses yeux. Elle est traversée par des sauts de douleur et des ondes de terreur. Du fond de sa détresse, elle tire courage, une volonté de faire face. Elle veut donner à sa vie la chance d’un vertige et d’un éblouissement. » p. 78.
C) Le développement anarchique des espaces urbains où les espaces entièrement remplis accueillent désordonnément toutes les formes de survie d’une société face à un Etat « prédateur ». « Je suis arrivé l’après-midi à Port-au-Prince. Pour moi, c’était rentrer dans la chaudière d’un volcan. Port-au-Prince m’a pris à la gorge, m’a secoué, m’a largué dans un chaudron bouillant d’odeurs et de sons. » p. 82.
D) Elle se manifeste dans le paradoxe du machisme haïtien où l’homme se croit porteur d’une puissance ravageuse. Puissance creuse qui n’est que la compensation d’une impuissance que seule la femme perçoive…Ce malentendu, cette illusion d’un homme à puissance imaginaire, et ce secret détenu par la femme haïtienne de l’impuissance de son homme créent une tension, un parler à demi-mot où le sens échappe à l’homme et à la femme. C’est la femme abandonnée, même engrossée, et c’est l’homme courant de jupes en jupes pour remplir un vide testiculaire qu’il confond avec sa puissance.
« Ils chantent : « lumé difé nan deu jamb yo ! Lumé difé nan tyou a yo ! » en se trompant de champ de bataille. J’allume le feu dans leurs testicules. Je mets en route mon moulin à cannes. Ils croient, pour de bon, que ce sont eux qui font chanter mon amende douce-amère. Mais Bon Dieu : Pourquoi tiennent-ils tant à punir les femmes ? D’où vient leur besoin de vengeance ? Où est leur victoire ? Est-ce parce que nous les avons mis sur terre ? » p. 105.
E) La question haïtienne c’est aussi la présence du discours théologico-religieux qui confisque un souci scientifique d’explication des événements : « Tout Port-au-Prince gémissait, demandait délivrance, suppliait les ravisseurs de libérer Régina et tous les kidnappés. Des nuées de mouches envahirent tout-partout jusqu’au Palais National et des vers frissonnaient dans les moindres flaques d’eau. Une armée de prophètes, de pasteurs en profita pour recruter des âmes. Elle annonçait la fin des temps, le Jugement dernier, montée sur des chevaux bibliques aux sabots couverts de confessions publiques. » p. 108.
F) Enfin, c’est le mutisme d’une paysannerie trop méfiante pour se raconter au premier venu qui est soit étranger, soit citadin ou « élite ». « J’ai traversé les ombres de ma case avant de jeter mon corps sur ma couche. Les questions me torturaient encore. Pourquoi ce refus de conter l’histoire du père de Regina ? Que s’était-il passé qui bouchait le présent ? » p. 48.
G) par-delà les exploits… La déréliction que connaît Haïti au cours de son histoire nous permet de constater qu’une vitalité gît au creux de sa misère, et nous invite à postuler que la « vie ne veut jamais mourir ! » (…) Elle sert à s’éprouver ! A vaincre la mort !/ La mort gagne toujours !/ Elle ne gagne jamais puisque la vie continue !/Haïti souffre…/ Haïti souffre parce que nous l’avons voulu ainsi !/ Quel nous ?/Nous, les éclaireurs de la vie !» « Tu cherchais Haïti. La Première République noire avait elle aussi disparue. Engloutie. Avalée. Il ne restait d’elle qu’une belle légende. Elle avait vaincu Napoléon, aidé Simon Bolivar, réunifié Saint-Domingue avant de couler au fond du fond. Tu nageais car tu t’obstinais à croire que tu allais la retrouver quelque part. Tu entendais des voix qui t’encourageaient. Elles te criaient que non, non, non, Haïti ne pouvait pas mourir. » p. 9 »-94.
Qui sont ces éclaireurs de vie » dont les voix encouragent ? Qui sont ces « éclaireurs de vie » qui sont capables de voir dans le « nan nan » de la misère en y décelant la possibilité de la vie, la jouissivité de la vie en-deçà de la souffrance et de la pauvreté ? L’éclaireur de vie sera celui qui, fort de sa conscience de la misère innommable d’Haïti, ose affirmer et assumer : « Je ne suis pas un désastre ! Je suis un combat ! Une guerre qui a commencé depuis longtemps et qui peut-être ne finira jamais. » p. 132. Guerre contre les forces destructrices de toutes les vitalités du peuple… L’éclaireur de vie reste celui qui peut faire le pari de la vie qui ne meurt, celui qui ne tue pas la vie dans la vie. Un roman où le fabuleux, le « réalisme merveilleux, croisent le rythme avec le conte, le magico-religieux, la philosophie en donnant la force au dire caribéen.
Edelyn Dorismond
«·Quand le malheur ouvre sa gueule de caïman, ses dents sont sans pitié·! Pardon pour Marie-Soleil·! Miséricorde Seigneur·! Qui veut comprendre doit tenter de reconstruire une histoire qu’elle porte en elle comme un boulet de silence. Il faudra piéter des mangroves de choses non dites, récolter des bribes. Sonder l’impénétrable d’Haïti et plonger dans l’obscur. Je ne suis là que pour emboîter des paroles rapportées. C’est mon travail. J’effile ma langue sur des mensonges et je bobine le tout pour obtenir un racontage plausible. Nous savons tous que la vérité est une mendiante. Belle parole n’a pas de maître mais la mauvaise a toujours un visage. Loués soient les raconteurs·!·»
La jeune Régina, une belle mulâtresse, est kidnappée un beau matin à cause de son teint clair, voilà tout le malheur de Marie-Soleil. Sur cette terre sans mercis où les mythes tiennent lieu d’explications, la lutte pour la survie exige des talents hors du commun·! Le raconteur consigne ici le malheur humain pour pénétrer davantage le mystère de la survie·!
Publié le 25 Octobre 2012
Francois Latour a été enlevé et tué à Port-au-Prince, Haïti, en mai 2007. Il avait 63 ans. Avec sa mort prématurée, les Haïtiens du monde entier ont perdu un génie créateur, et son pays a perdu un vrai patriote - un homme qui aimait son pays plus que la vie elle-même, mais aussi un homme qui nourrissait le rêve d’une Haïti prospère, saine, paisible et qui se consacrait a cet objectif. Les biographes peuvent documenter les débuts de Francois comme acteur. Sitôt terminées ses classes secondaires, et la longue période durant laquelle il a été directeur du Théâtre National d’Haïti. Ils peuvent élaborer sur la bourse d’une année qu’il a eue pour étudier le théâtre a Paris - année pendant laquelle il ne cessait de compter les jours jusqu’à son retour en Haïti. Ses anciens collègues peuvent confirmer qu’il a travaillé comme démarcheur pharmaceutique et qu’il a passé des années à écrire des lettres pour les hommes d’affaires qui avaient besoin de communiquer avec leurs fournisseurs à l’étranger. Ceci lui permettait de subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants tout cela pendant qu’il montait et jouait des pièces de théâtre devenues partie intégrante du patrimoine théâtral haïtien, ainsi Pèlen-Tèt de Frank Étienne (* Adaptation d'une œuvre du dramaturge polonais Slawomir Mrozek : Les Émigrés).
Mais avant tout François était un homme éminemment discret. On connaissait bien l’homme public, mais peu de gens avaient prise sur sa vie privée. Il parlait rarement de lui-même ou de sa famille qu’il aimait beaucoup. François n’apparaissait jamais dans ses publicités à la télévision; beaucoup de gens connaissaient sa voix, mais peu le reconnaissaient en le croisant dans la rue. Naturellement timide, il pouvait jouer Caligula devant des centaines de spectateurs, caché par les projecteurs sur scène, mais on ne le verrait pas sur un podium comme conférencier. Il adorait les mots écrits, il aimait jouer avec les mots pour savourer une idée, et on le voyait rarement sans un livre à la main. Il pouvait mémoriser tous les rôles d’une pièce en cinq actes au cours d’une seule soirée et les réciter parfaitement, des mois après la fin du spectacle. Il avait un penchant pour les gens inhabituels ou un peu différents; un éclat de rire drôle, un trait physique hors du commun, ou une vulnérabilité de l’être, pouvaient, sur le coup même, faire de quelqu’un un ami pour la vie. Il aimait les enfants et les chiens; la vue des petits gens réveillait en lui de chaleureux sourires qui reflétaient dans ses yeux. Son visage s’illuminait quand il traînait dans les villes encombrées et surpeuplées comme New York, Mumbai et San Salvador parce qu’elles débordaient d’une humanité toujours fascinante, et qu’elles débordaient d’une humanité toujours fascinante, et qu’elles lui rappelaient son Haïti qu’il aimait tant. Il n’avait pas de temps pour ce qui est guindé ou formel. Publié le 24 Octobre 2012
Rodney Saint-Eloi et Maryse Condé
Ouessant. Pluies et vents. Vagues tourmentées. Sous la tempête, je m’enferme dans ma chambre et lis La vie sans fards de Maryse Condé.
J’oublie l’île et les humeurs de la météo. Je plonge dans le livre deux jours avant l’ouverture officielle du salon international du livre d’Ouessant. Sur l’île d’Iroise, je dévore cette autobiographie sans concession. Moi, qui fréquente Maryse Condé depuis plusieurs années, l’auteure et son œuvre, je suis entièrement happé par sa trajectoire. Je lis le livre, en attendant Maryse Condé, elle aussi invitée à Ouessant.
J’avais jusqu’ici de Maryse Condé l’image d’une guerrière, celle qui a participé dans les années cinquante à la décolonisation de l’Afrique, l’auteure de Moi Tituba, sorcière noire de Salem et de Ségou (tomes 1 et 2) qui vit entre Paris et New York, professeure à la prestigieuse université américaine Columbia. Le livre change simplement mon regard. J’ai envie de dire : «Respect Maryse».
La réputation de Maryse Condé n’est plus à faire. La mythologie est établie. Diva à sa manière, autoritaire, emmerdeuse, désagréable, chialeuse, caractérielle on ne peut plus… Son portrait, à quelques variantes près, souvent pas trop flatteur, fait le tour des cercles littéraires. Ses admirateurs comme ses détracteurs respectent son œuvre et l’exigence de cette écriture patiente et risquée. Le dernier scandale est d’avoir abandonné son île, il y a quelques années, après y être retournée pour sa retraite, avec un grand vent de fracas que digèrent mal certains de ses compatriotes. Les rumeurs circulent vite et rentrent au tuyau de l’oreille.
La vérité est que Maryse Condé n’utilise pas de gants. Elle dit clairement et vivement sa pensée. Sans ménager quiconque. À commencer par elle-même. Arrivée à l’âge où il n’y a plus rien à cacher, libérée des peurs et des fantômes, elle parvient à se raconter, sans fard. C’est d’abord une écriture fluide, qui éclate miroirs, mensonges et rumeurs. Maryse raconte Boucolon, la fillette de bonne famille, noire élevée comme une princesse aux yeux bleus dans le mépris de son île, puis la jeune fille à Paris aux études, ensuite la dame Condé, qui connaît et vit la souffrance dans son expression la plus forte.
Elle annonce ses confidences, interpellant directement les lecteurs, en paraphrasant Jean-Jacques Rousseau. « Je veux montrer à mes semblables une femme dans toute la vérité de la nature et cette femme sera moi.»
Enfance confortable, issue d’une famille de la petite bourgeoisie de «grands nègres» aliénée, qui fait tout pour la détourner de l’île. Partie à 16 ans pour ses études supérieures à Paris, elle découvre là-bas le monde créole, la musique créole, la cuisine créole… L’apprentissage est féroce pour cette jeune fille qui s’est vue projetée dans la réalité.
Tout bascule quand elle rencontre le jeune intellectuel haïtien Jean Dominique. Coup de foudre. Intense compagnonnage intellectuel dans lequel elle avoue avoir fait son éducation sentimentale et intellectuelle. Tout est parfait jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte alors qu’elle est aux études. Jean Dominique l’abandonne et repart en Haïti sous prétexte, d’après l’auteure, de combattre le dictateur François Duvalier. Plus d’un demi-siècle après, Maryse Condé n’a pas encore compris cet abandon qu’elle traduit ainsi : «Jean Dominique s’envola et ne m’adressa pas même une carte postale. Je restai seule à Paris, ne parvenant pas à croire qu’un homme m’avait abandonnée avec un ventre. C’était impensable. Je refusais d’accepter la seule explication possible : ma couleur. Mulâtre, Jean Dominique m’avait traitée avec le mépris et l’inconscience de ceux qui stupidement s’érigeaient alors en caste privilégiée. Comment interpréter ses stances antiduvaliéristes? Quel crédit accorder à sa foi dans le peuple? Il va sans dire que pour moi, ce n’était qu’hypocrisie.» (p. 23)
L’enfant Denis Boucolon naît. Commence le cycle atroce d’un quotidien de survie. Puis elle fait la connaissance de celui qui va devenir son premier mari, Mamadou Condé, comédien, guinéen, sans vocation ni talent, inscrit au conservatoire. Maryse Condé n’est pas au bout de sa peine, ce mariage bat de l’aile dès les premiers mois. Elle devra par la suite tenter l’expérience de l’Afrique, explorant d’un bout à l’autre le continent. Pour être confrontée à sa négritude. Septembre 1959, elle prend seule le bateau qui la conduira à Côte d’Ivoire à titre d’assistante enseignante. Après ce sera la Guinée où elle retrouvera Condé avec leur première fille. Suivront deux autres filles. Le calvaire continue jusqu’à la rupture avec Condé. Elle passe d’un pays à l’autre, Sénégal, Ghana, avec ses quatre enfants, se débrouillant dans une Afrique qui se cherche difficilement entre les valeurs traditionnelles et les idéologies de l’Occident.
Ce livre dresse aussi le parcours intellectuel de Maryse Condé, avec ce qui ressemble à un acharné combat contre la médiocrité. Elle découvre la négritude avec Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, René Maran, Claude Mackay, et surtout Frantz Fanon. Elle évoque aussi les poètes américains qui ont durablement marqué sa vie et son œuvre.
Outre cette peinture d’une certaine négritude vécue au quotidien, c’est en Afrique qu’elle est initiée à la politique et s’attache au marxisme. La fréquentation des révolutionnaires africains, dont Mario de Andrade, leader du mouvement de la libération de l’Angola, Hamical Cabral (fondateur du parti pour l’Indépendance de la Guinée-Bissau et des îles du Cap-Vert), Seyni Gueye (leader sénégalais), est décrite ici en détails. Tout aussi éclairant est le témoignage de première main sur des politiciens africains, dont Sékou Touré, Félix Houphouët-Boigny, Kwame Nkrumah.
Maryse Condé commence à écrire très tard. Son premier roman En attendant le bonheur a été publié, elle avait 42 ans. C’est que trop engluée dans les problèmes de l’existence elle n’avait pas de temps pour écrire. « En fait, je n’ai commencé à écrire que lorsque j’ai eu moins de problèmes et que j’ai pu troquer des drames de papier contre de vrais drames.»
Pour elle, La vie sans fards est «le plus universel de ses livres… Un livre où les femmes peuvent être en résonnance avec leur histoire, leur amour et leur vie. Les hommes aussi», espère-t-elle.
En plus de nous parler en toute vérité, Maryse Condé nous offre, au-delà du pacte autobiographique, les clefs pour mieux lire ses œuvres en indiquant les lieux, les scènes et les évènements de sa vie qui ont nourri ses récits.
J’avoue que c’est l'un des meilleurs livres de Maryse Condé. La vie sans fards dit la part de blessures qui forge tout être, et on en sort éclairé. On a envie de dire merci à Maryse, l’aînée capitale, pour ce grand acte de courage qui nous fait méditer sur ces mots de Césaire: « La force de regarder demain».
Rodney Saint-Éloi
Ouessant, 22 août 2012
Crédit : Rodney Saint-Éloi
Publié le 23 Octobre 2012
Les journalistes de la scène culturelle de Québec sont venus nombreux lundi, le 22 octobre, au Musée national des Beaux-Arts du Québec à l'occasion d'une conférence de presse où les mots de Jack Kerouac jammaient avec le jazz de Charlie Parker pour souligner l'événement multiculturel Québec/Kerouac 2012, qui se déroulera du 21 au 25 novembre dans la capitale nationale.
Principal partenaire du Festival de jazz de Québec, le Centre de la francophonie des Amériques est convaincu que ces cinq jours d'hommage destinés à l'auteur du roman On the road feront redécouvrir aux Québécois la communauté franco-américaine de la Nouvelle-Angleterre. * Reportage de Radio-Canada: Visionnez le reportage du Téléjournal/Québec: Un événement multidisciplinaire consacré à Kerouac
Programmation variée: Une série de tables rondes permettra de constater que le fait français est toujours visible en Nouvelle-Angleterre, 90 ans après la naissance de Jack Kerouac à Lowell, au Massachusetts. Des thèmes comme la dualité linguistique, l'héritage de valeurs et l'américanité du Québec et de Kerouac seront abordés et discutés.
La soirée Paroles d'Amérique permettra à des lecteurs franco-américains, acadiens et québécois tels Grégoire Chabot, Anika Lirette et Tristan Malavoy-Racine de mêler leur voix aux notes de musiciens de renom comme David Amram, Chet Doxas, Rémi-Jean Leblanc et Philippe Melançon pour mieux apprécier l'héritage de Kerouac.
Plusieurs spectacles de jazz et de chansons seront également à l'affiche dont C'tà ton tour Jack, un spectacle collectif qui réunira des acteurs majeurs de la scène artistique québécoise dont Yann Perreau, Isabelle Blais, Pierre Flynn et Raoul Duguay, et qui démontrera également l'influence de Kerouac dans la chanson québécoise. Pour avoir un aperçu de la programmation toujours en devenir: JazzQuebec
Galérie de photos: Consultez les photos prises lors de la conférence de presse Québec Kerouac 2012. Consultez également la page couvertue de la section Arts & spectacles du Journal Le Soleil (23 octobre 2012) : Québec au rythme de Kerouac
Parole En Archipel
Crédit : francophoniedesameriques
Publié le 22 Octobre 2012
BRÈVE
En prélude des célébrations internationales de la langue et de la culture créoles au cours du mois d'octobre 2012, «La Caravane ville en livre», un projet initié par le jeune écrivain haïtien Anderson Dovilas, a fait sa première tournée dans deux Grandes Villes des États-Unis, le 13 octobre au Consulat haïtien à Orlando et le 14 octobre dans l'arène de la Librairie Mapou à Miami. Cette Caravane artistique a pour objectif de promouvoir le livre et les œuvres des artistes haïtiens partout à travers le monde. Ainsi, des centaines d’ouvrages ont été vendus aux particuliers sur les stands itinérants de la Caravane.
À chacune des étapes, on note des animations spécifiques. Outre des conférences sur la littérature d'expression créole et française et les ventes de livres à tarif spécial, diverses animations avaient été organisées dans chacune des deux villes desservies par la Caravane, à savoir : Miami et Orlando. L’événement a été organisé en présence de la jeune icône de la musique haïtienne Stéphanie Séjour dit Tifane, du consul haïtien à Orlando, Laurent Prosper et des personnalités du monde des lettres et des arts. Les écrivains et artistes qui ont été présentés aux planchers de cette première tournée de la Caravane sont : Bito David, Andre Fouad, Lokandya Fenelon, Erolds Saint-louis dit Vye Ewol et Anderson Dovilas.
L'initiateur du projet, le poète Anderson Dovilas pense que l'autorité haïtienne ne soutient pas assez ses artistes afin de les aider à avoir un cadre d’expression. Il est d’avis qu'il faut donner plus d’opportunités aux artistes sans aucune distinction tout en défendant leurs droits.
«La culture est le principal facteur qui, à elle seule, n'a pas cessé de redorer le blason haïtien sur la scène internationale» fait-il ressortir. «L’art est un métier qui fait rêver, il faut encadrer les jeunes artistes pour qu'ils puissent évoluer. Il faut que les autorités établissent des contacts avec les jeunes artistes et les aident pour qu'ils puissent faire chemin.» Fin de Citation.
L'auteur des ''Îles en accent aigu'' espère relancer sa Caravane chaque deux mois (2), partout à travers les États-Unis, spécialement dans les villes où s'établit la diaspora haïtienne, avec la modeste courtoisie de Haitian American Art Network, Inc. en collaboration avec les Éditions Perle des Antilles.-
Thélyson Orélien
blogueur, chroniqueur et poète
Publié le 21 Octobre 2012
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El mundo alucinante, (1969)
Reynaldo Arenas
Un roman hallucinant, où l’écriture est une véritable aventure : telle est la première impression qui se dégage à la lecture de ce roman à succès de l’écrivain cubain, Reynaldo Arenas, qui, comme un bon cru, est toujours agréable à déguster. Paru à la fin années 1960, son vieillissement lui ouvre, toutes grandes, les portes des grands récits « surréalistes » caribéens. Il s’agit d’une œuvre ouverte à tous les vents, au risque de brouiller les repères de la lectrice la plus têtue ou du lecteur le plus têtu.
Un récit d’aventures, où le rêve, l’imagination, atteignent des proportions insoupçonnées. Arenas s’est permis toutes les audaces, à travers une narration qui ne cesse point de rebondir et de surprendre la lectrice ou le lecteur. Au fil des pages, on est frappé par la grande fantaisie des situations, des descriptions et des métamorphoses, que subissent les personnages. Des célébrités de l’histoire et de la littérature apparaissent sous un angle jusqu’ici inconnu.
L’auteur se joue de tout. Il refait l’histoire des choses et des gens, à travers un prisme déformant : celui des caprices d’un créateur qui joue à être Dieu. Fray Servando, religieux dominicain, vit, dans sa chair, l’histoire tumultueuse de son pays, le Mexique. Il s’est enfui de sa terre natale pour avoir contredit le message officiel de l’Église sur l’apparition de la vierge de Guadalupe. Et, de là, commencent les aventures de ce personnage haut en couleur, qui découvre le fond insondable de la condition humaine.
Mais, jamais, on ne tombe dans le discours moralisateur, ni la tentation réaliste ; le talent d’Arenas réside dans sa manière de mettre son imagination au service d’une vérité toute philosophique : la fascination du vide et de l’absurde. Toute chose qu’une certaine actualité ne cesse pas de nous rappeler au quotidien. Fray Sevando Teresa de Mier , le personnage central du roman, a tout vu, tout connu. Lui, qui est passé par les geôles les plus infectes de la planète, est indestructible. Il survit à toutes les infamies, pour pouvoir continuer à nous les faire vivre par procuration. Le romancier lui a assigné la mission de survivre pour nous faire de l’anti-histoire.
Il a rencontré Simon Bolivar et nous offre une version revisitée de la vie du Libertador. Il s’est retrouvé projeté dans le temps, par le magie du roman, dans la chambre de Madame de Staël et a dû, en moine fidèle à son vœu de chasteté, refuser ses avances. Il a, en outre, visité les « trois pays de l’amour », où, malgré lui, il échoua, dans un lac de liquide séminal.
Le monde hallucinant est une œuvre picaresque, qui ose : le projet d’écriture est on ne peut plus lisible. Même si le roman lui-même, dont nous avons lu la version espagnole, parait, par moments, ardu, la satisfaction est au bout de l’effort. Un peu, comme l’ivresse de l’alpiniste parvenu au sommet et qui contemple, médusé, le monde à ses pieds. Littérature psychanalytique, s’il en est, mais aussi et surtout conte philosophique, qui réunit des préoccupations, des inquiétudes qui ont traversé la littérature, de Voltaire à…Camus.
Mais, avant tout, ce qui frappe, dans cette œuvre aux mille facettes, c’est la grande liberté de l’écriture, l’évolution en spirale de sa composition, qui bouleverse toute chronologie. L’auteur arrête la narration pour, de temps en temps, s’entretenir avec la lectrice et le lecteur, dans une interaction qui rappelle nos « lodyans ». Il est recommandé à la lectrice et au lecteur d’ouvrir le roman… comme une voyageuse /un voyageur, visitant un pays étranger et qui en découvre, au fur et à mesure, les mœurs et coutumes. Il se passe tant de choses, dans cet espace-livre, qu’on est gagné par le vertige. Mais, n’est-ce pas la sensation que peut donner un grand cru ?
Roody Edmé
Éducateur, éditorialiste