Publié le 8 Août 2012

Le message poétique

Ou lettre ouverte aux reporters culturels

 

 

http://4.bp.blogspot.com/-bkP1mQgF_eQ/ThsMCkakI6I/AAAAAAAAGhw/9pP27_ULVDw/s1600/DSC00061.JPGDepuis plusieurs années je suis l’événement traditionnel, Livres en Folie (Haïti). Nombreux sont ceux qui critiquent l’organisation voire la tradition de cette foire du livre. Moi, ce qui m’a toujours intrigué, Ce n’est pas l’organisation ni l’activité ou les rencontres, c’est de préférence les reporters culturels. Etre reporter culturel, ce n’est pas cela le problème, mais la nature des questions qu’on pose aux écrivains. Doit-on aborder un écrivain politique de la même manière qu’un poète ou un romancier? Je crois qu’il y a là une erreur méthodologique qu’il faudrait réparer.

 

L’année dernière, à la 17e édition de Livres en Folie, un reporter posa la question suivante à Franketienne après l’avoir posée à Dany Laferrière et à bien d’autres : « quel message voulez vous faire passer dans ce livre ? » La question, bien sur, a embarrassé les écrivains et Franketienne a même répondu avec un peu d’ironie : « Je vois que vous aimez cette histoire de message » Et cette année encore la même erreur s’est reproduite.

 

Une œuvre poétique, a-t-elle un message ?

La réponse pourrait bien vous surprendre.

 

Pour le critique littéraire François Bilodeau « une œuvre n’a rien à dire, sinon elle le dirait sans ambages ; une œuvre existe, à la façon d’une personne, avec un halo qui la définit dans sa réalité intime » Pour l’auteur de Balzac et le jeu des mots, l’œuvre (poétique) est. Elle n’a pas de fonction, donc pas de message. Je pense ici, sans doute, à Charles Baudelaire qui questionnait la fonction de la poésie. Je ne veux pas tomber dans une poétique du non-sens ou dans un surréalisme à outrance. La poésie, dans son sens premier (créer, fabriquer) ne s’enracine pas forcément dans une réalité, Elle peut évoquer cette réalité, la transfigurer ou la fuir. Lyonel Trouillot, dans son esthétique du délabrement avait bien compris que les poètes n’ont « pas de mémoire », d’où l’incommodité de la poésie moderne à faire passer un message social. Le poète est différent du journaliste, son rôle est de créer un effet esthétique.

 

lepoemephonetique-copie-1.pngLe linguiste Jakobson n’avait pas omis cette fonction du langage qui est la fonction poétique, Son « message est centré sur lui-même, sur sa forme esthétique ». Loin de tomber dans la théorie de l’art pour l’art qui serait une mauvaise interprétation du message poétique ou dans une masturbation intellectuelle. On doit comprendre, par là, que le message poétique est sensoriel. C’est un impact crée chez le lecteur. La poésie, comme toute œuvre littéraire, s’accomplit dans sa lecture. Donc « l’histoire d’une œuvre serait avant tout l’histoire des lectures qui ont en été faites » (F. Bilodeau). De là, surgit la problématique de la littérarité ou de la poéticité d’une œuvre, Existe-t-il d’œuvres poétiques ou de lectures poétiques d’une œuvre ? C’est ici un autre débat. Le message poétique se crée dans sa lecture, d’où sa pluri-dimensionnalité. Pour expliciter le message poétique on peut prendre l’exemple du fameux poème de Man Ray, le poème phonétique, qui est composé uniquement de barres horizontales et d’espaces, sans mots. Tout le monde s’accorde pour dire que c’est un poème, par sa forme et livre son message esthétique. On peut voir ici que la poésie est antérieure au sens, à la compréhension et au message.

 

La poésie n’est pas une confrérie et sa lecture n’est pas réservée aux intellectuels comme on a tendance a le penser. Le problème se pose dés le départ. Il ne s’agit pas de comprendre, ni d’informer mais de sentir. Car la poésie s’ouvre au lecteur créant ainsi son propre message esthétique.

 

___________________ 

Note :

1, le poème phonétique de Man Ray 

  

Webert Charles

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 5 Août 2012

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Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage.

Joachim Du Bellay, Les Regrets.

 

Par Dieulermesson PETIT-FRERE, M.A

  

Publié en 2004 aux Editions Presses Nationales d’Haïti dans la collection Souffle Nouveau avec l’aimable autorisation des Editions Actes Sud, le Testament du mal de mer de Lyonel Trouillot est d’abord un récit de voyage. C’est un dialogue poétique entre une voix qui se cherche –le testataire- et une enfant qui cherche à se faire une compréhension du monde. La voix se construit à travers le souvenir et le voyage et l’enfant d’après ce qu’ont dit les livres.

 

Le recueil est divisé en deux parties. Dans la première, titrée « Trois poètes », il est question de trois poèmes écrits à René Philoctète pour lui dire que les îles ne marchent qu’à reculons ; à Georges Castera qui refuse de terrer ses mots et à Syto Cavé, le poète des villes. Le premier est l’aîné de l’auteur  de plus de vingt ans et les deux autres sont de sa génération.

 

La seconde partie qui s’intitule ‘‘Le testament du mal de mer’’ est dédicacée à Maïtée et Manoa. Le livre compte 59 pages. La couverture est illustrée d’une toile de Dieudonné Cédor titrée Marine où sont présentés des voiliers en mer sur le point de partir. 

 

‘‘Raconte-moi le volcan’’ (p 21), dit l’enfant à la voix – le vieillard si l’on peut ainsi l’appeler-, sont les premiers mots du texte. On pourrait les assimiler une question. Une question qui, au prime abord, fait appel au souvenir, s’agissant d’un récit. Le volcan évoque ici l’idée du voyage – une longue traversée- et tous les maux qui s’ensuivent. La mort par exemple. Et le vieillard de soulever le lot de difficultés qu’engendrent les souvenirs. Car on ne peut pas toujours se remémorer totalement le passé. Les souvenirs ne sont toujours que des fragments. Et c’est ce qu’il a bien fait comprendre à l’enfant.

 

Toujours en quête d’aventure – le récit l’étant à ses yeux- l’enfant interroge son interlocuteur sur le meilleur souvenir qu’il a gardé de son périple. Il énumère : le vent, le port, les arbres, les hommes, les bateaux, la mort, le feu et l’eau (p. 22).  On peut remarquer dans son énumération la présence des quatre éléments fondamentaux qui constituent le fondement du monde. Cette évocation donne une dimension – un peu- mystique et même mythique au texte. Ces éléments renvoient, dans une certaine mesure, à la création du monde – le mythe de la création- et à un voyage – très loin- dans le temps.

 

En effet, le voyage évoque l’idée de mouvement, de déplacement. A l’enfant qui voulait savoir le plus grand souvenir qu’il a gardé lors de sa traversée, le vieillard répond :

 

«  – Le ciel courait dans tous les sens

On aurait dit que le vent perdait

Le sens du vent… » (p.22).


Ceci aurait pu être assimilé à ce qui est dit dans le livre de la Genèse au sujet de la création. A savoir l’esprit de Dieu mouvait au-dessus des eaux –et sur toute la terre 1. Ce retour sur le passé permet au vieillard de refaire le voyage et nous permet également de voir que les souvenirs sont restés dans sa mémoire comme de l’encre sur du papier. Mais ce qui lui revient souvent dès les premiers instants, c’est la mort, la monstruosité et la violence. Puis la conversation tournait autour du voyage, des hommes, du commerce jusqu'à la découverte (du vieillard) qui n’a pas voulu révéler son identité à l’enfant.


‘‘ Les enfants me connaissent.

 Chacun m’a inventé quand il était petit.

 … je suis le testament de ta première

 Enfance, et je ne t’ai rien dit que

 Tu n’avais rêvé’’ (p 56).

 

On peut se demander s’il ne s’agit pas là d’un rêve –l’enfant qui rêve- ou des événements que le vieillard a vécus dans son enfance. Dans le deuxième cas, l’enfant serait le double du vieillard. Ce dernier revient au stade de l’enfance. Ce fait marque un retour en arrière dans la vie du personnage. Ou encore l’enfant devenu vieux et qui parle à lui-même. Ici, il s’agirait d’une anticipation. Ces éléments viennent renforcer le caractère de récit du poème.

 

Un long et périlleux voyage

 

S’il s’agit d’un récit de voyage – sous sa forme poétique-, la grande partie du poème est constituée d’une série de questions-réponses. Sa lecture nous plonge dans un univers de voyage. De souvenirs. Les maux qu’a causés ce voyage et qui a engendré de mauvais souvenirs. Pour nous en convaincre, le terme voyage, mis à part les vocables traversée, escale, retour, conquête, routes, est repéré en 6 endroits du texte. La mer qui constitue l’axe du poème en occupe 9 et charrie avec lui tout un éventail de termes qui l’évoque : bateaux, marin, port, atlantique, vagues, mousse, navire.  En effet, l’illustration de la couverture est très significative.

 

A bien lire le texte, on se rend compte que la voix est celle d’un marin – un homme de la mer- qui, à force de voyager et devenu vieux, fait le bilan de sa vie à un enfant (peut-être le sien ou son double). Il le dit lui-même : ‘‘je fréquentais un vieux marin. Il m’aidé dans ma carrière’’ (p 31). C’est un voyage long et périlleux. Le bilan est lourd car il n’a pas gardé de très bons souvenirs. Ainsi, il raconte comment il a échappé de peu à la mort (nous, nous étions sur son flanc/Gauche et la mort nous a épargnés p 23), l’agitation de la mer et ses conséquences (la mer nous cassait tout… le grand mat et les bastingages p 26) et il continue (je me souviens de ce marin que le vent emporte… p 30).

 

Les propos du vieillard sont teintés d’une pointe d’amertume et nous laissent croire qu’il n’a pas connu d’autres vies que celle de la mer. Le métier de la mer l’a refait de fond en comble. La mer est devenue pour lui ce miroir à travers lequel il contemple son âme. Toute sa vie est faite de voyages. Vie d’errance et de conquêtes. Les découvertes ont pour lui une valeur impérissable. Ainsi, il augmente sa science et construit son univers. Quand il découvre un morceau de terre, il voit des hommes et conclut que la terre appartient aux hommes. Cette terre est leur patrie. Pourtant, il n’en a pas. Sinon la mer.

 

C’est un aventurier au même titre qu’Argan – le personnage du Flibustier de Vilaire- toujours en quête d’aventures. Si le marin se cherche – à travers ses voyages-, c’est pour mieux exister. Donner un sens à sa vie qui lui inspire le goût du rien. Car prendre la mer, c’est aller à la rencontre de la mort aussi bien que de la vie. Le voyage étant une quête et une perte de soi. Si l’on admet que le marin s’inscrit dans la première logique, l’on admettra également que c’est au retour de son voyage – son errance- qu’il a pu comprendre le monde et l’expliquer. Contrairement à l’enfant qui lit le monde dans les livres. A cette fin, on pourrait se demander s’il ne s’agit pas d’une invitation au voyage pour comprendre le monde.

 

Esprit aventureux et infatigable au même titre qu’Ulysse, le marin fait mention des villes qu’il a parcourues ou habitées. Ne serait-ce le temps d’une journée ou plus. Il cite entre autres Palerme, Trinidad, Nantes (p 36), Southampton (p 43),  Congo (p 48). A cette longue traversée se mêlent la fatigue et le goût de l’aventure.

 

Des souvenirs au testament

 

Si le voyage est une fuite du monde vers d’autres cieux – une quête de liberté- en vue de se construire, le marin n’a pas pu, en tout cas, atteindre cet idéal. Vu qu’il n’a gardé de son périple que des maux. Et son testament n’est autre qu’une collection de ses souvenirs les plus mauvais. Les premiers qu’il a eus sont ceux de la mort ; des hommes et des bateaux mouraient (p 22) il y eut qui moururent comme ils avaient vécu (p 24).

 

Devant un tel danger, il cherche un abri, une fois de l’autre coté.  Je suis resté au port pour échapper/ un temps à l’épreuve du retour (p 28), confie-t- il à  l’enfant. Ceci est un rappel important pour le marin. Comme l’oiseau, il s’était libéré de certains soucis en prenant la mer mais il devait tout aussi se préserver des dangers qu’apportait cette liberté. Et ce n’est qu’après sa difficile traversée qu’il se souvient des risques du voyage. Il s’agit d’une rude épreuve. A l’heure qu’il est, il se souvient encore ‘‘ de ce marin que la mer emporta le temps d’un regard et redéposa sur le pont’’ (p 30). On est en droit de comprendre que la mer fut la cause de tous ses maux.

 

En effet, le Testament du mal de mer est la somme d’une vie. La vie ou plutôt l’autre vie d’un marin. La re-constitution de cette autre vie n’est autre que le fruit de ses souvenirs. Ces derniers le rendent malade. Au point qu’il est possible de croire et même d’affirmer qu’il n’a plus de futur ou que son avenir n’existe pas. Ce qui compte pour lui, c’est ce passé douloureux et tumultueux qu’il continue de vivre même dans son présent. La mer, dans ses premiers souvenirs, au lieu d’être pour lui un lieu d’évasion, un moyen d’accéder à la liberté, se transforme en une sorte de gouffre, de labyrinthe ou tout se mêle et se confond.

 

Cependant, le marin n’a pas connu seulement de mauvais souvenirs. Certains sont pour lui très enrichissants. Il se souvient du ‘‘marin qui l’a formé et qui riait comme un gosse’’ (p31), de ses ‘‘idées sur le ciel et la terre’’ (p33). Pourtant il n’a pas dit ce qu’est devenu ce marin. En voici quelque chose qui l’échappe. Et il en a conscience. Parce que c’est lui qui dit que la ‘‘mémoire est un mot creux’’ (p30). Les souvenirs ne durent pas toujours.

 

Si certaines fois, certains souvenirs lui échappent, d’autres fois, ils défilent devant lui comme les images d’un film. Les villes et continents qu’il a visités, les danses et les gens des ports qu’il a aimés, ceux qui ne vont nulle part mais qui ont toujours une histoire à raconter. Les souvenirs du marin sont aussi vieux que le temps. Le temps de la colonisation et de l’esclavage. 

 

Un passé re-constitué

 

Souvenirs, voyages, évasion constituent entre autre la dominante thématique du poème. Du début jusqu'à la fin, le texte est plongé dans un univers de rêve et d’évasion. Un passé présent qui ne saurait mourir. Il évoque les déboires, les misères et les désillusions mais aussi les bons vieux temps du marin. Cette voix qui se cache de peur de révéler son identité. Ou qui n’a pas voulu se forger une autre identité parce qu’il s’identifie déjà à la mer.

 

Avec ce recueil, Lyonel Trouillot donne une ‘‘poésie modérée 2’, comme l’a dit Gérard Genette à propos de la prose, qui s’apparente ou plutôt fait corps avec le langage parlé. Le texte évoque une succession d’instants qui s’accomplit dans une durée mais dans un espace pluriel dont le principal est la mer. Il y a une certaine fascination du poète –ou du marin- pour ce lieu.

 

Comme l’homme et la mer de Baudelaire, la mer est, pour le marin, son miroir, il ne fait que contempler son âme 3. Le testament du mal de mer est un poème insulaire qui se veut être le témoin d’une périlleuse traversée. Il illustre à bien la thématique du souvenir et du voyage. C’est la re-constitution d’un passé sous le mode du souvenir.

 

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Bibliographie 

  1. BARTHES, Roland : Le degré zéro de l’écriture, Paris, Seuil, 1953.
  2. GENETTE, Gérard : Figures II, éditions Gallimard, coll. Seuil, 1972, Langage poétique, poétique du langage, p 123-153.
  3. RICHARD, Jean-Pierre : Onze études sur la poésie moderne, éditions du Seuil, coll. Points, 1964.
  4. KRISTEVA, Julia : La révolution du langage poétique, Paris, Seuil, 1974.
  5. PILOTE, Carole : Guide des procédés d’écriture et des genres littéraires, éditions Groupe Beauchemin, coll. Langue et Littérature au collégial, Québec, 2003.
  6. STALLONI, Yves : Les genres littéraires, Armand Colin, 2eme édition, coll. 128, Paris, août 2008.
  7. TROUILLOT, Lyonel : Le testament du mal de mer, éditions Presses Nationales d’Haïti, Collection Souffle Nouveau, octobre 2004, Port-au-Prince, 57 pages.

1 Genèse 1 verset 2.

2 GérardGENETTE, Figures II, editions Gallimard, coll. Seuil, 1972, Langage poétique, poétique du langage, p 140

3 Charles BAUDELAIRE, Les fleurs du mal, éditions L’Aventurine, Paris 2000, p42-43

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 5 Août 2012

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© Jean Kanyarwunga  
Le Dictionnaire biographique des Africains est l'oeuvre du congolais Jean Kanyarwunga

 


Le tout premier Dictionnaire biographique des Africains vient de paraître aux éditions Le Cri à Bruxelles en Belgique et aux éditions Buku à Kinshasa, en République démocratique du Congo. Cet ouvrage est l'œuvre du congolais Jean Kanyarwunga qui a consacré 17 ans à sa rédaction, selon les propres confidences de l'auteur. Le "Dictionnaire biographique des Africains", comprend 2.665 biographies de personnalités africaines de toutes les époques et pays du continent sans distinction de races, de langues ou de religions rassure-t-il, dans une correspondance récemment adressée à paroleenarchipel.com. Sur les motivations qui ont présidé à la réalisation de cet ouvrage de 855 pages, Jean Kanyarwunga explique avec une once de subtilité: L’histoire africaine a toujours été anonyme. J’ai choisi d’en faire l’histoire des Africains.

 

Le panel des personnalités qui y figurent est assez large : Ils sont conquérants, politiciens, écrivains, cinéastes, acteurs, sportifs, musiciens, artistes, religieux, saints, papes ou humbles citoyens, etc. détaille l'auteur. Le dictionnaire s'adresse à une cible tout aussi variée. Professeurs, étudiants, élèves, journalistes, chercheurs, intellectuels et tous ceux qui veulent découvrir la vie des Femmes et des Hommes qui ont écrit par leurs actes l’Histoire du continent africain devraient s'y retrouver, assure Jean Kanyarwunga. Pour l'auteur du tout premier "Dictionnaire biographique des Africains", cet ouvrage va forcément bénéficier d'un accueil favorable auprès du public. Un public qu'il a d’ailleurs déjà commencé à conquérir car, rapporte-t-il: ma première lectrice est une jeune fille de 13 ans qui a tenu à ce que sa mère lui achète le livre à la Foire du Livre de Bruxelles. Elle voulait absolument connaître ses origines africaines à travers les biographies de ceux qui ont fait et font encore son histoire.

 

A ma grande satisfaction et malgré sa taille (855 pages) l’ouvrage a eu un tel succès que, ma première lectrice est une jeune fille de 13 ans qui a tenu à ce que sa mère lui achète le livre à la Foire du Livre de Bruxelles. Elle voulait absolument connaître ses origines africaines à travers les biographies de ceux qui ont fait et font encore son histoire. Je suis certain que vous serez fier (e) de l’avoir ou de l’offrir à vos relations qui seront heureuses de le ranger bien en vue dans leur bibliothèque. Vous aurez le plaisir d’y trouver un parent célèbre, un ami proche, des personnalités que vous avez  toujours voulu connaître.


Jean I.N. Kanyarwunga est né le 18 août 1953 à Mugwata au Nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC). Il fait ses études secondaires au Petit Séminaire de Buhimba puis au Collège de Jomba et obtient une licence en Histoire à l’Université de Lubumbashi. Après avoir été professeur à l’Institut de la Gombe à Kinshasa, il travaille pendant une décennie au Ministère du Plan. En 1987, il obtient un diplôme en Etudes du développement à l’Université de Genève (I.U.E.D). Installé à Genève depuis plus d’un quart de siècle, il travaille dans le secteur privé et s’adonne à la recherche scientifique et à la littérature. Il est auteur d’une monographie politique intitulée: République démocratique du Congo. Les générations condamnées. Déliquescence d’une société pré-capitaliste et d’un roman de société: L’Envers du parchemin, publié aux éditions Publibook à Paris en décembre 2006.

 

Parole en Archipel

http://www.kabyle.com/sites/default/files/styles/large/public/dictionnaire_biographique_africain.jpg

Jean I. N. KANYARWUNGA
   Dictionnaire biographique des Africains
      Dictionnaire, 832 pp, 2012
      ISBN 978-2-8710-6567-8
      40,00 €

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 5 Août 2012

 

imagesCAT1IA6I-copie-1.jpgPar Jean-Robert Léonidas   

 

Je ne pouvais plus tenir dans le monde de la science où le hasard m’avait conduit. Le hasard de la vie en Haïti telle qu’elle fut dans les années 60. Quarante ans après, je charrie dans mon havresac toute une carrière d’endocrinologue vécue ailleurs par la force des choses. Utilitaire bien sûr, mais très utile heureusement. Cela m’a permis de me construire loin de mon pays et d’aider à reconstruire ma part de pays, mais en contrepartie cela m’a fabriqué un corset étouffant, hélas ! Il y a quelque temps, je ne pouvais guère souffler les bougies de mon gâteau d’anniversaire avec l’aisance qu’il fallait. Quelque chose comme un boulon foiré clochait dans la respiration. L’inspiration (dans le sens de la gâterie de la muse) donnait forcément des signes de ratage. Alors,  j’ai jeté le manche après la cognée, abandonné volontiers les quartiers de mon ancienne vie, pour emménager ailleurs. Prof de médecine aux Etats-Unis et fatigué de science, je vous assure que je me détruisais l’âme dans le sens quasi rabelaisien de l’idée. Mais Il faut certes aller plus loin que Docteur Rabelais. Adieu cher maître ! Trop de science, même avec un excès de conscience est encore ruine de l’âme.

Un coup de pied dans la fourmilière et me voici dos à dos avec mes premières amours. Je suis un toubib consciemment et volontairement remisé à cause d’une passion effrénée pour les lettres. Médecin mort et enterré, né de nouveau des cuisses de la littérature, j’ai posé l’acte ultime de la cassure. Provoqué un avatar. Je suis devenu du même coup un écrivain de 25 ans (mes premiers écrits ont le même âge). Je me porte à merveille dans mon univers neuf, respirant librement, irrespectueux de mes heures de sommeil. Vie d’artiste. Merde à la discipline ! Et je vous le jure, j’adore les choses telles qu’elles sont désormais … Tchékhov m’en est témoin. J’ai plaqué ma jalouse épouse, la médecine, mauvaise coucheuse,  pour aller pacser avec ma maîtresse, la littérature, plus facile à vivre.  Et je me suis surpris à écrire dans Parfum de Bergamote :

 

la poésie m’éclaire

dans mes lombes s’ébat

devient ma partenaire

m’enjoint de mettre bas

 

suprêmement vaincu

je tremble en mes artères

et la science cocue

m’accuse d’adultère

 

Mon stylo : un pinceau, je souhaite.  J’aime les peintres. Ils gèrent sans le savoir un atelier d’écriture. J’ai appris à écrire en les observant. Et je n’ai pas pu résister à produire  avec  le photographe Frantz Michaud un livre mémoire sur l’art haïtien ( Rêver d’Haïti en couleurs, Montréal 2009). Chaque œuvre d’art à mon sens est leçon magistrale, résumé de livre, morceau de poésie. Toujours une perspective, une composition, des descriptions, de la lumière. Je comprends enfin la couleur franche assignée carrément aux voyelles par le poète voyou, cette fabuleuse fonction chromatique qui déconcerte et traverse l’arc-en-ciel de l’alpha à l’oméga. J’arrive à saisir finalement la vocation sculpturale de tout poème immortel qui prend forme sous la plume devenue ciseau, comme un rêve de pierre baudelairien...

Ah, le bien-fondé du jardin secret si cher au poète maudit !  Des célèbres lieux de retraite littéraire réels ou souhaités, Ferney, les îles de Guernesey, de Jersey. Des coins cachés et vertueux  d’Haïti, de quelques oasis de Port-au-Prince la mal connue, de quelques villes de province pondeuses d’écrivains, de Jérémie, mon propre petit coin de pays. J’ai failli être vieux jeu et en retard sur la vie. Adieu l’Amérique du Nord, où j’ai concocté mes recettes de cuisine à la sauce scientifique, berceau de mon côté pervers à la Frankenstein! Je réintègre ce que j’ai toujours appelé « ma poche des eaux » : le pays natal. Pour y vivre en bonheur et en littérature. Ma cahute est cachée dans un foisonnement de gingembres rouges,  de cordylines, de néfliers, de manguiers. J’ai pris un coup de jeune dans le griffon de l’encre, dans le jardin des mots. Moi qui croyais avoir perdu la fraicheur de mes neurones.

Plusieurs mois après mes cabrioles, mes danses folles exécutées à la cadence de ma Rythmique Incandescente (Riveneuve, Paris 2011), paraît  À Chacun son Big-bang (Zellige, France, Septembre 2012). Pourvu que ce titre explosif de roman fasse jaillir un geyser. À 25 ans, mon nouvel âge de ressuscité, je me retrouve dans la cour des jeunes. Je fais comme tout le monde, je repars à zéro dans mon pays aux sempiternels big-bangs, ma terre de commencements et de perpétuels recommencements. Je tremble devant les frasques de la jeunesse sans avoir le droit de sermonner quiconque. Heureusement. Je vois Rimbaud, roi du bordel et du dérèglement, aussi bien que les poètes ruinés d’un Port-au-Prince en ruine. Peut-on être un jeune et génial  écrivain et en même temps savoir bouder l’indiscipline ? On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

 

Jean-Robert Léonidas 

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 3 Août 2012

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Image|Patrick Dion Auteur, chroniqueur, journaliste. Rédacteur-en-chef de l'émission Cliquez à TV5.

 

Par Jean Néhémy Pierre

      

Le bel intérêt croissant autour des lettres haïtiennes a été soldé de pas moins de quatorze prix littéraires en Europe et en Amérique du nord ces cinq dernières années. Ces écrivains représentent un devenir littéraire qui fait d’eux le récipiendaire d’une histoire. Toutefois, face à de récents malaises sur le passage à la légitimité littéraire, il devient urgent de se poser le problème du mécanisme de légitimation dans le paysage littéraire actuel en Haïti. Ce qui reviendrait à évaluer les mises en place et à identifier les défaillances depuis les premiers lieux de contact jusqu’à l’installation dans l’écriture, avec ambition de carrière.


Le contact des mots


Les principaux lieux publics de transmission de la littérature sont en principe l’école et les bibliothèques. En ce qui concerne l’école, l’enseignement de la littérature au cycle secondaire n’est qu’une vague périodisation qui s’inspire principalement des travaux de R. Berrou et de P. Pompilus. Laquelle s’arrête, dans le meilleur des cas, aux années 50-60 avec ce qu’ils appellent les “avatars de l’indigénisme”. En classe de première, après avoir rabâché trois ans durant les dates de naissance d’écrivains (surtout des poètes du 19e S.) et le résumé de leurs principales œuvres, les élèves se voient signifier que tout sens historique de la littérature s’arrête là. Alors que le terme de “littérature contemporaine” prend le relai pour désigner ce vide de sens. Pour un élève normalement constitué, c’est-à-dire la majorité écrasante des jeunes scolarisés sur tout le territoire national, la littérature contemporaine est ce non lieu volatile sur lequel il vaut mieux ne pas poser de question.


Un autre lieu d’émergence de la littérature, plus intéressant celui-là, parce que plus précis et probablement plus récent : ce sont les bibliothèques de proximité. Depuis plus d’une décennie, un certain nombre de jeunes et moins jeunes se réunissent en atelier pour se partager les plus récents textes haïtiens publiés en Haïti et à l’étranger. 
Ces bibliothèques ont chacune leur histoire particulière. Soutenues financièrement par la FOKAL, elles sont un peu partout dans la capitale et plus rarement dans les villes de province. L’atelier Marcel Gilbert à la Bibliothèque Justin Lhérisson de Carrefour, les dimanches en poésie de la Bibliothèque Étoile Filante de Fontamara et plus récemment le club Signet de la Bibliothèque ARAKA au centre ville, etc. C’est aussi de ces lieux que naissent les nouvelles ambitions littéraires. Autrement dit, la tentation d’écrire et de se faire connaitre en tant que tel. La volonté d’hériter et de faire écho à une histoire littéraire qui ne demande qu’à être construite. Ce sont des littéraires souvent jeunes en âge – entre 17-20 et 30-35 ans – dont le désir légitime de diffuser leur art conduit souvent à des moyens de publication alternative. D’abord les réseaux sociaux en ligne, principalement facebook, ensuite les publications à compte d’auteur, enfin le louvoiement par des moindres maisons d’édition étrangères. Chasseur abstrait, Rivarti-co, Lagomatik, Ruptures, etc. Quelqu’en soit les garanties éditoriales.

 

Représentant la plus fraiche tentation littéraire, c’est également par eux que le débat s’impose de savoir ce que les principaux acteurs littéraires pourraient façonner comme circuit de légitimation. En attendant ce débat, fort de ce vide de résolution, on accumule des malentendus outranciers qui ne résolvent rien.


Les maîtres du jeu


La tension qui existe autour de la construction de légitimité littéraire a récemment pris la tournure habituelle de conflit de génération. C’était, comme souvent, par la suite d’une manifestation littéraire d’envergure dans la capitale : Étonnants voyageurs. Deux articles de protestation ont fait le tour des réseaux sociaux et ont été beaucoup commenté. L’un, signé par James Pubien et Toussaint Jean Francois, protestait principalement contre le silence porté sur le travail que fait leur nouvelle initiative : les éditions Bas de Page. L’autre de Claude Sainnécharles, plus cinglant en apparence, dénonçait ce qu’il considère être une paternité littéraire abusive revendiquée par Georges Castera et Lyonel Trouillot. Car le précédant poète soulignait le fait qu’une nouvelle production littéraire se met en place. Aussi, qu’il a bien à l’œil ces nouveaux textes dont eux deux sont les garants de la qualité d’une infime partie d’entre eux. Cette situation typique rend nécessaire ce diagnostique qu’il faudra peut-être conduire de manière plus exhaustive, dans l’espoir d’arriver à des initiatives. Mais, ce devrait être les initiatives de qui, et dans quel sens ?

 

Il y a d’un coté les écrivains reconnus en Haïti et à l’étranger dont les importants travaux en nombre et en qualité constituent effectivement un tournant de légitimité. Ils en sont arrivés là par des circonstances socio-historiques différentes, et chacun avec leur histoire particulière. De Lyonel Trouillot à Frankétienne, passant par Yanick Lahens, Gary Victor, Eveline Trouillot etc… sans compter la littérature dite de la diaspora sur quoi il vaut mieux se taire pour le moment. D’un autre coté, soit qu’on considère un tâtonnement dans le relai avec ces messieurs-dames de la nouvelle tentation littéraire, soit qu’on se borne au discours de transition littéraire se limitant bien souvent aux James Noel, Bonel Auguste, et tout dernièrement Marvin Victor et Mackenzy Orcel. Vu de cet angle, la question s’avère très difficile. Car l’on admettra unanimement – pour ceux qui en ont lus quelques-uns - que le nombre de textes publiés par les moyens dits alternatifs, à quoi on peut reconnaître des qualités littéraires, est au moins aussi élevé que la quête légitime de reconnaissance.


Il est effectivement difficile d’abandonner une certitude, même construite par caprice, pour du tâtonnement. Surtout que celui-ci est très proche d’une prophétie de la crise qui consiste à dire qu’il y a aujourd’hui un changement imminent de géographie littéraire. Lequel est dû à la fois à une défaillance côté infrastructure, mais aussi à une production incessante dont les auteurs, d’origine sociale plus variée que jamais, tentent de mettre leur pierre de sens dans l’herméneutique de l’histoire littéraire.


Défaillances et alternatives : le devenir écrivain


Les Éditions Mémoire est la dernière entreprise éditoriale ayant fait long feu en Haïti. Depuis son émigration au Canada en Mémoire d’Encrier, on peut noter quelques émulations comme les deux rentrées littéraires organisées par les Presses Nationales d’Haïti, Les deux tentatives de Zémès avec Jean euphèle Milcé, les discrètes sorties de “Atelier Jeudi Soir” de Lyonel Trouillot, les actuels efforts de Bas de Page, soutenus par la Fondation Culture Création, et un certain nombre de tentatives mort-nées sur lesquelles on peut ne pas s’attarder. Toute proportion gardée sur les travaux de Fardin, Deschamps et Kopivit qui n’ont pas la vocation de faire des auteurs, on ne croit pas exagérer en postulant donc qu’il y a actuellement un grand vide éditorial. Autant dire que ce n’est pas sur une quelconque maison d’édition opérant actuellement en Haïti qu’on comptera pour identifier un quelconque circuit de légitimation.

 

Les récents efforts, en vue d’identifier des personnes qui écrivent, de les mettre en commun pour en faire un moment de l’histoire littéraire, ont été fait dans quelques articles critiques et quelques anthologies. Par exemple, l’article de Bonel Auguste (intitulé…) publié dans les colonnes du Nouvelliste (en date du…) ou l’anthologie dirigée par Jean Max Beauchamps et soutenue par la Direction Nationale du Livre il y a de cela quatre ans. Mais ces deux modes de légitimation, s’ils peuvent bien confirmer l’appartenance à un certain milieu littéraire, ne garantissent en rien un accès à la légitimité, voire éventuellement, un passage à la postérité. Car leur principe est de puiser dans une matière déjà fournie. Il n’y a que l’édition qui puisse recueillir des qui écrivent, en faire des auteurs et garantir le relai de leurs œuvres disponibles pour un travail de construction de sens. Travail qui sera de l’apanage des revues littéraires, que notre actuelle défaillance éditoriale ne favorise guère.


Sans maisons d’édition avec vrai comité de lecture, recherche et accompagnement de nouvelles têtes, revues littéraires et, à la limite, prix littéraires en Haïti, la dynamique de légitimation tombe à la merci d’aléas très variés. Il peut s’agir de parrainage en quatrième de couverture, rédigé par un personnage connu du milieu. Aussi, de propos élogieux distribués en préface ou en conférence par un écrivain prisé. Dans de telles conditions complètement subjectives et informelles, encore trop maigres en résultat, il ne faudrait pas s’étonner que des écrivains aguerris usent de leur caprice pour sceller ou rejeter des intéressés dont les réactions seront à la hauteur de leur ambition bafouée.


Un problème majeur est que personne n’est tenu de se lancer dans cette entreprise privée qu’est l’édition, sachant que ce ne sera pas un secteur bien rentable.


L’ascenseur le plus évident reste, bien entendu, la réussite à l’étranger. C’est à dire, l’usage du circuit de légitimation d’autres pays – de l’Amérique du nord ou de l’Europe. Ce qui reviendrait à dire que devenir écrivain haïtien implique aujourd’hui plus que jamais d’être publié et reconnu ailleurs. Ce qui signifierait qu’Haïti, tant renchérit récemment pour ses lettres, ne soit qu’une province littéraire d’outre mer.


- Si vous voulez devenir écrivain, voyagez et gagnez de la légitimité ailleurs !

Est-ce vraiment le message qu’on veut adresser aux jeunes et moins jeunes lecteurs et écrivains qui n’arrêtent pas de manifester leur intérêt grandissant pour l’activité d’écriture rémunérée et reconnue ? Personne ne peut s’en enorgueillir.

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 28 Juillet 2012

Par Camille Poirier (LEXPRESS.fr) - (Goncourt oubliés 4 : René Maran, 1921)

Remporter le prix Goncourt en 1921 n'a pas empêché René Maran de sombrer dans l'oubli. Son roman ''Batouala'', critique virulente du colonialisme, est pourtant considéré comme l'un des premiers textes de la "Négritude".

 

René Maran, 1887-1960  

René Maran, 1887-1960

BNF/Domaine public

 

Comment expliquer que Batouala de René Maran, précieux témoignage de l'émergence d'une culture française noire à l'aube du XXe siècle et prix Goncourt 1921, n'évoque presque plus rien à personne? Tentons de dépoussiérer ce "véritable roman nègre" (ainsi sous-titré), couronné par le plus prestigieux des prix littéraires français il y a 91 ans. 

 

Le premier roman "nègre" écrit par un "nègre"

Né à Fort-de-France le 5 novembre 1887, René Maran quitte sa Martinique natale dès l'âge de 6 ans pour étudier en métropole. Il publie en 1909 un premier recueil de poèmes, La Maison du bonheur. Son séjour en Afrique centrale, en 1912, est une révélation: alors qu'il travaille comme administrateur d'outre-mer en Oubangui-Chari (actuelle République centrafricaine), il découvre les conditions de vie indécentes des populations colonisées. Il entame à cette période l'écriture de Batouala, qui est publié en 1921 chez Albin Michel grâce au soutien de ses amis, le traducteur Manoel Gahisto et le poète Henri de RégnierBatouala remporte le prix Goncourt. Mais le scandale ne tarde pas à éclater: dans sa préface, l'auteur dénonce les rapports conflictuels entre blancs et noirs et accuse la civilisation européenne de "bâtir son royaume sur des cadavres". L'administration coloniale l'oblige à démissionner et interdit la diffusion de son livre en Afrique. 

 

Batouala, un héros en crise existentielle

Au bord du fleuve Nioubangui vit le grand chef Batouala, l'un des plus puissants féticheurs du pays des bandas, dont le monde traditionnel commence à s'effondrer. Tandis qu'il s'éveille aux côtés de sa femme, la fière Yassigui'ndja, mille préoccupations l'assaillent: il doit organiser la fête initiatique des "Ga'nzas" puis se préparer pour les grandes journées de chasse. Il redoute la concurrence du jeune et vigoureux Bissibi'ngui, "coq préféré des femmes", qui a jeté son dévolu sur Yassigui'nda. Il s'inquiète également de voir des soldats noirs enrôlés dans l'armée française pour participer à un conflit absurde entre "blancs frandjés" et "blancs zalémans". Dans quelle galère sont-ils embarqués? Faut-il souhaiter la victoire des "zalémans" contre les colons "frandjés"? 

Les blancs, décrits comme des figures bouffonnes et autoritaires,ont pour les noirs un mépris absolu et féroce. Batouala ne se lasse pas de dénoncer "la méchanceté des 'boundjous', leur cruauté, leur rapacité". Malgré les reproches qu'il adresse ainsi indirectement aux colons, René Maran ne sombre pas dans le manichéisme et décrit sans complaisance les vices des tribus africaines - jalousie, paresse, lâcheté. Grandeur et bassesses vont de pair, car "l'homme, quelle que soit sa couleur, est toujours homme".  

 

Un témoignage ethnologique

Après l'Histoire de Louis Aniaba (1740), racontant la vie de ce prince guinéen adopté par la cour de Louis XIV, rares ont été les romans français à prendre des Africains comme personnages principaux. Batouala nous fait découvrir les traditions, mythes et croyances des tribus bandas, en utilisant de nombreuses expressions africaines. Il décrit avec une précision ethnologique l'organisation des villages et le quotidien de leurs habitants, des spécialistes de la chasse au filet confrontés à Mourou la panthère et à M'bala l'éléphant, et menacés en permanence par la disette. Les contes et légendes inspirés par la toute-puissante nature, les chants des femmes en deuil, l'allégresse et la frénésie de la chasse sont dépeints avec une grande richesse de vocabulaire: "frisselis" de feuilles d'arbre, oiseaux "foliot-tocols", éclatement des "siliques" des tamariniers, "saltations" lors des "Ga'nzas". L'art narratif de René Maran restitue tout un monde, jusqu'à nous en faire sentir proches. 

 

Non à la négritude

Considéré par Aimé Césaire et Léopold Senghor comme un acteur du combat anticolonial et un précurseur de la négritude, René Maran exprimera pourtant sa réserve vis-à vis de ce mouvement. "Il avouait qu'il le comprenait mal et avait tendance à y voir un racisme plus qu'une nouvelle forme d'humanisme", explique Lilyan Kesteloot dans Histoire de la littérature négro-africaine (Karthala 2001). René Maran écrit d'ailleurs, dans Batouala, qu' "il n'y a ni bandas ni mandjias, ni blancs ni nègres; - il n'y a que des hommes - et tous les hommes sont frères".  

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 17 Juillet 2012

* Le 20 décembre 1994 (quelques semaines après le retour en Haïti du président Jean-Bertrand Aristide au moyen d'une nouvelle occupation du territoire haïtien) pressé de lire un texte pour le public des Vendredis littéraires de l'Université caraïbe, René Philoctète écrit sur place ce poème et le lit à la foule. Déjà gravement malade et pouvant a peine se tenir debout, le poète était soutenu au moment de la lecture par deux de ses proches amis : l'écrivain Franketienne et l'anthropologue Jean Coulanges. Ce fut sa derrière intervention publique - René Philoctète est décédé à Port-au-Prince le 17 juillet 1995.-  

 

 

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René Philoctète (1932-1995) : Né le 16 novembre 1932 à Jérémie. Il a passé la plus grande partie de sa vie en Haïti. Il se rend au Québec pour rencontrer les membres de son mouvement littéraire et écrire son chez d'oeuvre "Ces îles qui marchent" en 1969. Il se rend également à Buenos-Aires pour recevoir le Prix du Parlement argentin. Poète humaniste, sensible à la beauté des choses, au temps qui passe et à la relation entre hommes et femmes, il est également romancier et dramaturge et compose des pièces de théâtre. Son œuvre littéraire publiée compte une dizaine de recueils de poèmes, quatre pièces de théâtre, trois romans. Il fut l'un des membres fondateurs du groupe Haïti Littéraire au début des années 1960 avec Anthony Phelps, Roland Morisseau, Serge Legagneur, Davertige et Auguste Ténor, et, quelques années plus tard, cofondateur du spiralisme avec Jean-Claude Fignolé, Frankétienne et Bérard Cénatus. Après la fin de la dictature des Duvalier (père et fils), il tient une rubrique dans le journal Le Nouvelliste (Haiti), qui aborde sous la forme d'une chronique, le quotidien des faits et gestes des politiques haïtiens.Tout en menant une carrière d'enseignant, il fut partie prenante de toutes les aventures artistiques haïtiennes des années 1960 à 1980. L'ampleur de son influence sur la littérature haïtienne d'aujourd'hui est considérable. René Philoctète est décédé à Port-au-Prince le 17 juillet 1995 - Pour Rodney Saint-Éloi, éditeur chez Mémoire d'Encrier, La poésie de René Philoctète influence de nombreux jeunes poètes et d'écrivains. Mais cette œuvre, saluée par la critique haïtienne et si frémissante de fraternité et d'humanité, n'a pas bénéficié jusqu'ici de reconnaissance internationale. Pour refuser l'oubli, l'écrivain haïtien Lyonel Trouillot rassemble quelques textes de Philoctète, publiés aux Actes Sud en 2003, Poèmes des îles qui marchent - Anthologie poétique.- PEA 

 


 

                           Pourquoi ici demeuré-je?

 

Jamais je ne me suis demandé pourquoi je continue

     de vivre ici

comme je ne me suis jamais demandé pourquoi je

     respire

pourquoi je dors

pourquoi je parle comme je parle

 

Au fait
pourquoi suis-je encore ici?

 

Peut-être pour ce pic appelé Morne-la-Selle,

peut-être pour le chemin dit des Quatres-Chemins,

ou parce qu'il manque d'écoles,

pour ce fleuve nommé Artibonite,

la dame-oiselle appelée Sara,

ou pour le manque d'hopitaux,

peut-être pour cette rue appelée rue des Miracles,

une fleur qui fleurit a dix heures,

peut-être pour toutes ces âmes qui vivent dans le noir.

 

Parce que le FMI nous abuse-atrophie-démantèle-
vilipende,

parce qu'un policier a tué un étudiant place Capois-la-Mort,

parce que mon pays s'est fait yoyo, toupie folle,
coeur d'igname sans couteau.

 

Mais je reste

Pour cet arbre que j'aime à l'entrée de la Grande Anse,

Pour mon soleil brûlant qui rit des faux soleils,

Pour une femme nommée Emeline Michel,

Pour ces tambours qui ne cessent de battre,

Parce qu'il y a un héros appelé Dessalines,

Parce que inébranlable

il y a ici un peuple qui veut s'ouvrir à la vie.

 

Poème écrit en créole haïtien (Conjonction, n 195-195,"Cent poèmes créoles",

    Port-au-Prince, 1992), traduction de Lyonel Trouillot.  

 


 

Qui donc ira jeter des fleurs

 

  

Qui donc ira jeter des fleurs

au Pont Rouge

au Champ de Mars

les offrandes coulées dans la honte

blessent

 

Les yeux ne portent pas le printemps

si la nuit s'annonce

l'aurore prévue

 

Tant de bruits arrimés sur nos têtes

le ciel se rétrécit

tant de jeux sévères dans nos rues

les enfants vieillissent

 

Moi je maudis le manège qui sabre

qui sourit qui bénit

et qui tue

 

Qui donc l'opprobre au front

ose jeter des fleurs à Vertières au Pont Rouge

 

Les dieux habitent des vertiges

ou n'entrent pas les flétrissures

 

 

René Philoctète

 

Biographie de René Philoctète : Île en Île

 


 

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Poèmes des îles qui marchent

René Philoctète

préface de Lyonel Trouillot. -

Arles : Actes sud, 2003. -

97 p. : portr. ; 24 cm.

ISBN 2-7427-4114-3                

 

La dernière fois que j'ai vu René Philoctète, quelques semaines avant son décès, il m'a dit : « Je suis né pendant l'occupation américaine d'Haïti et je vais mourir sous une nouvelle occupation ». Sa voix, cassée et lasse vers la fin, s'est toujours opposée au malheur, cherchant dans la vie quotidienne et dans un rêve d'avenir une bonté du monde. Sa poésie, sans être simpliste dans sa forme, restait simple dans son projet. Fidélité à l'enfance, sans cynisme ni désespoir. « Par abondance de nature », comme disait un autre poète.- Lyonel Trouillot 

Avec des mots de rien du tout
les mots du bord ni trop malins ni trop naïfs
entre les deux
ou pas du tout
les mots usés qu'on dit partout aux occasions les plus
banales
toujours les mêmes et sans façon
j'ai mis mon cœur à partager
comme un gâteau

Rarement la poésie aura été si soucieuse de sa vérité : l'authentique et le solidaire.- Préface, p. 11

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Rédigé par Parole en Archipel

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Publié le 16 Juillet 2012

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L'entrée suivante présente certains auteurs et œuvres de la littérature des Caraïbes.


 

Par Thélyson Orélien

 

Les îles des Caraïbes, par définition, espace très prisé des voyageurs en quête de soleil et de plages de sable fin, ont longtemps été considérées comme une région politiquement, culturellement et linguistiquement fragmentée, ce qui lui donne un fond unique, mais varié. En raison de la longue colonisation des nations des Caraïbes, il y a un débat permanent sur les pays qui composent l'espace caribéen. Certains intellectuels insulaires plaident pour l'inclusion d'un nombre de pays latino-américains dans les Caraïbes sur la base de la similitude apparente des cultures de ces pays, y compris ceux qui étaient auparavant sous la domination néerlandaise. Sont les piliers de la culture littéraire des Caraïbes: Haïti (Jacques Stéphen Alexis, Jacques Roumain, Jean Price Mars, René Depeste, Dany Laférrière), Cuba (Nicolas Guillén), Porto-Rico (Luis Matos Paléso), Guyane française (Léon Gontrand Damas), Martinique (Aimé Césaire, Édouard Glissant), Jamaïque (Louise Bennett), Trinité (CLR James), Sainte-Lucie (Derek Walcott ), Guyane (Wilson Harris) et caetera.

 

Colonisés d'abord par l'Espagne, l'Angleterre, la France et la Hollande dans les XVe et XVIe siècles, toutes les influences associées à la culture de l'esclavage et de la tyrannie politique ont continué même après l'indépendance dans la plupart de ces pays, donnant lieu à une littérature profondément préoccupée par les questions de l'identité culturelle et ethnique; la politique, la construction ou la reconstruction des nations. La nécessité de former une identité culturelle, régionale, distincte de leurs ancêtres colonisés a conduit de nombreux intellectuels antillais à développer l'idée des Nations Unies des Caraïbes. Bien que cette notion ne soit pas encore devenue une réalité politique, mais il y a un point commun du point de vue culturel à travers les îles de la Caraïbe qui relie ces sociétés de façon très fondamentale. Une partie intégrante de cette assimilation culturelle a commencé sur les plantations esclavagistes, où une culture commune de création et d'expression se faisait sentir, culture qui continue à prospérer même aujourd'hui. Commençant dans un premier temps par des Amérindiens de la tribu des Arawaks et des Caraïbes (gravures, pétroglyphes, créations vodouesques, areytos, hymnes religieux et/ou spirituels). Les expressions créatives des immigrants africains ont survécu à l'ère de l'esclavage, jusqu'au XXe siècle, où on les a toutes retrouvées dans certaines oeuvres d'écrivains tels que Jean Price Mars, Jacques Roumain, Edward Kamau Brathwaite et Lamming George.

En plus des personnes d'ascendance africaine, les îles des Caraïbes sont également une maison aux auteurs espagnols et néerlandophones, dont de nombreux écrits reflètent largement les préoccupations relatives à l'identité régionale et culturelle, à la fois dans la prose et la poésie. Un axe principal dans l'écriture de langue espagnole qui a pour nécessité l'articulation des prises de conscience face à l'existence continuelle des inégalités sociétales, les auteurs de langue espagnole des Caraïbes utilisent le plus souvent des stéréotypes coloniaux dans leurs écrits pour mettre en évidence toute prise de position. L'agitation politique et les conflits qui continuent d'affliger de nombreuses îles des Caraïbes ont également forcé un grand nombre de ces auteurs à quitter leur pays natal pour les États-Unis, le Canada, l'Europe et d'autres parties du monde.

Au début, la littérature des Caraïbes était clairement une littérature de l'exil, puisque la plupart des auteurs qui écrivaient à ce moment-là avaient fui leur pays d'origine pour échapper à des sténoses politiques qui leur étaient imposées par leurs nations dominantes ; on peut citer des écrivains, tels qu'Émile Ollivier, René Depestre, Reinaldo Arenas, Dany Laferriere, Carlos Guillermo Wilson, Gérard Étienne, Alejo Carpentier, Gérard Bloncourt, et tant d'autres. Bien qu'ils aient continué à écrire sur leur pays d'origine, ils ont également incorporé leur vie dans leur pays d'adoption par le biais de leurs oeuvres. Bien que modernes, les écrits expatriés en provenance des Caraïbes continuent d'être préoccupés par l'état du pays d'origine, le discours s'est élargi pour inclure d'autres préoccupations au sujet de leurs expériences en terres étrangères. Beaucoup de ces écrivains utilisent aussi la langue d'adoption pour s'exprimer.

La littérature contemporaine des Caraïbes n'a pas une tradition indigène. La civilisation précolombienne (Indiens d'Amérique) a laissé peu de gravures rupestres ou des inscriptions (pétroglyphes), et leurs traditions orales n'ont pas survécu à la colonisation du 16e siècle espagnol. On retrouve aussi une carence de tradition écrite chez les Africains de l'Ouest qui les ont remplacés. La littérature des Caraïbes depuis plusieurs siècles fut une émanation et l'imitation des modèles des puissances coloniales: Espagne, France, Grande-Bretagne, et Pays-Bas. Donc, les écrivains de la Caraïbe n'étaient pas conscients de leur propre environnement, jusque dans les années 1920, cependant que le défi d'une forme distinctive littéraire ait été accepté. Puis, dans le cadre de modernisme hispano-américain, espagnol et français, les écrivains des Caraïbes ont commencé à rompre avec des idéaux européens et à s'identifier à leur réalité. Les dirigeants de ce mouvement, principalement des poètes, étaient: Luis Matos Palés (Porto Rico), Jacques Roumain (Haïti), Nicolás Guillén (Cuba), Léon Damas (Guyane française), et Aimé Césaire (Martinique). Jean Price-Mars, un ethnologue haïtien (Ainsi parlait l'oncle, 1928), a déclaré que son but était, de restituer à son peuple la dignité de son folklore dans un discours finement exprimé. Aimé Césaire dans Cahier d'un retour au pays natal (1939), construit dans des formes poétiques des éléments rythmiques et tonals de l'archipel Caraïbes, les rituels et les formes linguistiques, en utilisant les techniques surréalistes et symbolistes.

Dans les îles britanniques, le développement de la littérature nationale après 1945, a apporté sa propre contribution dans le roman dialecte populaire: Vic Reid, New Day (1949), Samuel Selvon, A brighter Sun (Un Soleil plus brillant, 1952) et The Lonely Londoners (Les Londoniens solitaires, 1956), George Lamming, In the Castle of My Skin (Dans le château de ma peau, 1953), et de VS Naipaul, The Mystic Masseur (1957) et A House for Mr. Biswas (Une Maison pour Monsieur Biswas, 1961), entre autres, et dans la poésie de Louise Bennett (Labrish, 1966).

Paradoxalement, le développement de la Caraïbe anglophone a été officiellement conservateur, mais en un travail «ouvert» plutôt que d' expression autochtone, ou indigène, dans le travail de CLR James (Trinité) et la poésie de Derek Walcott (Sainte-Lucie). Dans les romans de Wilson Harris (Guyana), le symbolisme et les techniques surréalistes de la modernité réapparaissent, et la poésie de Edward Brathwaite Rights of Passage (Droits de passage, 1967), Masks (Masques, 1968), Islands (Les Îles, 1969) tente de réaffirmer la place de l'Afrique dans les Caraïbes.


Quelques grandes voix de la littérature caraïbéenne:

Aimé Césaire, Earl Lovelace, George Lamming, Malcolm de Chazal, Léon-Gontran Damas, René Despestre, Édouard Glissant, Jacques Stéphen Alexis, Gilbert Gratiant, Marie Vieux Chauvet, Édouard Maunick, Dany Laférierre, VS Naipaul, Anthony Phelps, Daniel Maximin, Jacques Roumain, Maryse Condé, Mervyn Eustace Morris, Colville Norbert Young, Émile Ollivier, René Vázquez Díaz, Frantz Omar Fanon, Frankétienne, Severo Sarduy, Saint-John Perse, Lyonel Trouillot, Virgilio Piñera Llera, Jean Price Mars, Louis-Philippe Dalembert, Joseph Zobel, Guy Tirolien, Gaspar Octavio Hernández, Patrick Chamoiseau, Berthène Juminer, Rodney Saint Éloi, Gisèle Pineau, André Schwartz-Bar, Simone Schwartz-Bart, Edris Saint-Amand, Luis Rafael Sánchez, Derek Alton Walcott, Vic Reid et caetera.

 

 

Thélyson Orélien

Blogueur, chroniqueur et poète

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 14 Juillet 2012

 

Fabi-copie-1.jpgNé à Port-au-Prince, Fabian Charles a à peine une vingtaine d’années, mais cela est une pure supposition… Il n’aime pas donner sa date de naissance ; on dirait même qu’il ne veut qu’on sache rien de lui en tant que personne : cela se base sur un choix idéologique, celui dicté par la conviction qu'on n’est pas déterminé par son âge, son sexe ou son origine, ce ne sont pas ces éléments qui font l'identité d'une personne. Alors exit pour le commentateur toute tentative d’expliquer, interpréter, conjecturer l’œuvre à partir des éléments de contexte qui lui sont extérieurs. Ambitieux projet d’écrivain, qui se pose devant ses lecteurs et ses critiques, même pas nu comme tant d’auteurs soi disant épris de la volonté de dépouillement mais comme transparent, invisible, anonyme…


Obsession justement qui se transcrit dans le titre de son recueil Anonymat, en cours de publication chez L’Harmattan (extraits et chronique dans le numéro de mai de la revue en ligne Francopolis en ligne Francopolis : et Francopolis . Mais surtout obsession directement perceptible dans son projet poétique, qui fait tabula rasa des thèmes, des sentiments, des lieux communs, tout en les utilisant comme dans les techniques de collage, de citations, de jeux de mots. Brouillage  de cartes efficace qui aboutit à donner de l’homme contemporain – sans distinction de sexe ou plutôt, dans la confusion des sexes, sans distinction d’origine, de lieu d’habitation, de marques culturelles mais plutôt dans la simultanéité des prédéterminations – l’image révélatrice d’un patchwork désarticulé, d’un pantin mécanique, d’une créature au fond paumée, au bord d’une autodestruction annoncée. D’où cette écriture hachée, entrecoupée, brutale, corrosive, qui renouvelle courageusement le concept de poésie, tout en perpétuant le filon puissant des grands révoltés des années de l’après-guerre, avec une source toujours vive de recherche et d’apprentissage dans  la  parole de l’archipel René Char.


Oui, en effet, et très significativement : le poète est l’un des fondateurs et piliers du blog, ensuite de la revue en ligne, pour ne pas dire carrément du mouvement poétique Parole en archipel, qu’il anime avec Thélyson Orélien, le directeur de la publication, et avec Anderson Dovilas. Tous les trois, poètes d’une nouvelle avant-garde qui se veut non pas haïtienne, non pas insulaire au sens large (avec tout ce que le concept d’île comporte comme métaphorique, métaphysique même), mais planétaire (Parole en Archipel). La revue ne se sous-intitule-t-elle pas « Paroles en Îles-Monde, pour déclasser toutes aires géographiques » ?


Étudiant en philosophie et sociologie à l'Université Paris IV, Sorbonne, poète et revuiste, Fabian Charles est aussi journaliste d’opinion, son blog (Fabian Charles) lui sert de moyen pour partager une façon originale d’interpréter l'actualité haïtienne, avec à l’appui des coups d'œil sur l'étranger. Il a une précocité étonnante dans la compréhension des faits d’histoire, de politique et de société, qui lui vient peut-être d’une longue ascendance familiale. Et nous voilà tomber dans le travers à évier : expliquer… Mais peut-on faire abstraction de tout ? Le poète lui-même nous permet quelque exception, puisque, conscient du poids des ancêtres, il a bien voulu nous révéler un peu de son secret, qui est peut-être tout simplement celui d’être né vieux. Autrement dit, d’avoir à un point extrême assumé une conscience collective, étant, par son hérédité familiale, impliqué dans toute l’histoire récente de son pays sur plusieurs générations, alors que par sa formation culturelle, il prend ses racines dans toute la francophonie littéraire des 5 continents…  

 

Donnons-lui la parole, comme pour jeter un petit coup d’œil sous la pèlerine d’invisibilité…

 

« Ma vie est composé de si peu d'éléments concrets, je sens pourtant qu'il y a longtemps que je vis. J'ai été élevé dans une grande famille très chrétienne, mais aussi une famille où pratiquement chacun de mes parents ont occupé de grandes fonctions. Du coté de ma mère mon arrière grand père a refusé le poste de président qu'on lui avait proposé et qu'il était censé occuper après un coup d'état, puisqu'il était président de la cour de cassation et que c'était lui la personne légale qui devrait remplacer le président démis. Son fils a été ministre de tous les présidents haïtiens de la fin du vingtième siècle, et surtout de François Duvalier, il me racontait chaque soir autour d’un verre de lait chaud et de pain toastés ce qui se passait à cette époque. Du coté de mon père une famille nombreuse qui a surtout vécu dans les provinces et qui ont migré vers la capitale après que mon grand père, qui était préfet de la petite ville de l'Anse à Veau, a été évacué par un homme extrêmement corrompu. Mon père lui est capital dans mon histoire parce qu'il a été un leader de gauche qui a participé à la chute de Duvalier, qu'il était d’abord un fervent partisan d'Aristide, qu'il est devenu l'un de ses ministres rebelles et qui a connu la grande déception comme tant d'autres. Les femmes dans la famille étaient surtout de ferventes défenseuses de la chrétienté et ont connu de grandes réussites académiques, dans le professorat aussi. Il y avait beaucoup de débat dans la famille et j'ai connu beaucoup de mouvements sociaux… »

 

C’est le profil d’un chaman qui se reconstitue des plis de son discours poétique, de son vécu, de son être composite et universel. Suivons-le ! Au-delà de la déconstruction d’une image de l’homme arrivé au  bout de sa déchéance, car vidé de tout sens, peut-être nous révélera-t-il, avec la vigueur d’un tailleur de pierre, un sens nouveau.

 

Fabian Charles a publié son premier recueil, Séquences d'une confusion nue,  aux Editions Zémès / Page Ailée, livre salué par Yanick Lahens et Jean Euphèle Milcé. Certains de ses textes ont été publiés dans des anthologies ou recueils collectifs, comme Poètes pour Haïti paru chez L’Harmattan (collection Témoignage poétique, 2011, sous la direction de Dana Shishmanian et Khal Torabully). Le recueil Anonymat, à paraître aux éditions de L’Harmattan, est sous presse.

 

       

Dana Shishmanian

En Île-de-France, le 14 juillet 2012


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Sélection d’articles :

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 7 Juillet 2012

VIENT DE PARAITRE: MON PAYS, RIEN DE LUXE

ANDERSON DOVILAS


 

mon paysIllustration de couverture : Klode Michelle Garoute

Nombre de pages : 95

ISBN : 978-1-67592-475-4

Prix : $16us/18 EU

 

 

Présentation de l’ouvrage.

 

Les Editions Trouvailles vous annoncent la sortie officielle, de « Mon pays, rien de luxe » d’Anderson Dovilas.

 

Ce recueil de poèmes, tout original par son titre que par son contenu propose un prospectus d'écrit poussé jusqu’aux plus fins ressorts des mots, d’un langage-témoin de la folie, de la douleur et des multiples tremblements d’une Île…

 

Tout part de cette phrase « Je vous écris d’un séisme polyglotte ». Au fait, c’est le squelette même de toute l’œuvre. Pour tous ceux et toutes celles qui, ici ou ailleurs, l’ont vécu, tout séisme est en effet polyglotte. Aussi, Denise Bernhardt, de la Société des Poètes français, qui préface l’ouvrage définit-elle cette structure poétique comme : « Un fouillis d’objets hétéroclites, parfois des plus banals où sommeillent les mots qui attendent d’être lavés de leur gangue. »

 

Jugez par vous-même :

 

‘‘Si la nuit vous arrive

Comme un poème étouffé de rhum

Et que l’horizon devient fragile

A l’image d’un paradoxe de la forme

N’oubliez surtout pas que la plume

Sert à balancer l’équation du sang

 

Et si la pluie jumelait les larmes

Pour une terre de semence inépuisable

Avec la faim, la soif      

Préoccupation d’une péripétie romanesque

On saurait écrire demain en pied de page

Comme une couronne de fleur sur les paragraphes

 

Je vous écris depuis un séisme polyglotte  

L’avalanche des consonnes rouillées

Dans la gesticulation du temps

Il est sans doute un mauvais métier

L’amour des césures

Quand les regards autocollants

D’une issue de vertige

Plane au-dessus des phrases

Un moment à sécher

 

Et si par l’audace de l’esthétique

Les jours vous arrivent

De printemps chauves

Faites-vous une note de chanson

A mettre au nid

Pour vous grossir la mémoire

 

A PROPOS DE L’AUTEUR

 

Anderson DOVILAS est né le 2 juillet 1985 à Port-au-Prince. Ancien étudiant de la faculté d'ethnologie de l'UEH (l’Université d’Etat d’Haïti), il est membre de l'Atelier Création Marcel Gilbert de la bibliothèque Justin Lhérisson de Carrefour (banlieue sud de Port-au-Prince)

 

Poète mature précoce, Anderson DOVILAS a la force et la tendresse de son âge. Il est l’auteur de  « Pwèl nan zo » « Les iles en accent aigu » et de « Vingt poèmes pour traverser la nuit »… « Mon pays, rien de luxe » est son premier recueil de poèmes aux Editions Trouvailles.

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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