Publié le 30 Juin 2012

 

Edition : Revues & Cie | Médiapart

Élaboré par James Noël et Pascale Monnin en Haïti, le luxuriant numéro inaugural de la revue Intranqu’îllités, annoncé dès janvier sur notre site, est arrivé à bon port. Adossée à l’association Passagers des Vents, première structure de résidence artistique et littéraire sur l’île, la revue fourmille de contributions qui sont de véritables fanaux d’espérance sur le long et étroit chemin qui doit nécessairement ramener Haïti au « foyer de la mondialité », selon le vœu de l’aîné René Depestre.  

Mediapart s’est pleinement associé à ce véritable manifeste littéraire et artistique que représente ce 1er numéro de la revue Intranqu’îllités en publiant (voir ici) l’hommage qui y est rendu à Jacques Stephen Alexis. Mémoire vive, ce dossier rassemble des lettres écrites par des auteurs contemporains à leur fille ou fils, réel ou imaginaire, sur le modèle de la lettre adressée par Jacques Stephen Alexis à sa fille Florence en 1955 de Cuba, avant qu'il ne fût assassiné par les hommes de main de Duvalier père. Cette même lettre que Dany Laferrière a récemment évoquée lors de l’émission « Des kiwis et des hommes », le 12 juin dernier, sur Radio Canada en ces termes : « J’ai eu l’occasion de rencontrer sa fille, Florence Alexis, récemment à Bruxelles et à Saint-Malo qui m'a dit combien cette lettre l'avait marquée. Cette lettre, écrite à cette petite fille de trois ans, a hanté sa vie. Elle n’a fait que penser à ce clou, c’est-à-dire son intelligence, qui pourrait se rouiller et qui pourrait finir par rouiller son cœur, c’est-à-dire l’empêcher d’aimer. Elle a été pour elle une sorte de chemin pour la vie. »

J. S. Alexis avec Françoise et leur fille FlorenceJ. S. Alexis avec Françoise et leur fille Florence© Gérald Bloncourt

Dans le sillage de la figure tutélaire d'Alexis, sur uneligne de crête faisant « la part belle aux imaginaires du monde », la revue égrène un chapelet de rubriques qui rendent compte de tous les rapports rêvés à la vie par-delà les séismes de l'Histoire, redevables à l'écriture. Et ce, des promesses de l'invention à la nécessité d'éveiller les consciences d'une société civile déshéritée en Haïti. Ainsi, « De la poésie avant toute chose » y figure un nécessaire ressourcement à des individualités créatrices de l'île et d'ailleurs (Ananda Devi, René Depestre, Davertige, Hubbert Haddad, José Manuel Fajardo, Dany Laferrière, Lyonel Trouillot, Yahia Belaskri, Makenzy Orcel, Marvin Victor, Patrick Chamoiseau, Boris Gamaleya, Bruno Doucey, Michel Le Bris, Frankétienne, Yanick Lahens...) ; la rubrique « En temps et lieux », sur les traces de la toujours précieuse Emmelie Prophète, s’attache à l’apprentissage de la lecture, à la vie du livre en Haïti ; la superbement dénommée « Coq-à-l’âne » (dans les pas du défricheur d'âmes Michel Monnin...) vante les rencontres insulaires inoubliables que prolongent des portraits in vivo d’artistes contemporains et une présentation détaillée de l’action concrète de Passagers des Vents en Haïti. 

Et avant de boucler ce tour du monde d'un pied ferme, à Port-Salut, dans le sud de l'île,Intranqu’îllités prend soin de dispenser à la ronde les trésors de découvertes visuelles (tableaux, dessins, sculptures, installations...) de l'ensorcelante fontaine de Jouvence de l'art de tout un peuple. 

Voici un extrait de l’« entrée en matière » concoctée pour ce numéro par James Noël :

« Pour répondre à nos envies, nos pulsions “intranquilles”, nous préférons substituer au mot revue, le mot rêve. En réalité, l’art ne semble respirer et rayonner que dans l’étrangeté des rêves, de ceux qui, paradoxalement, ne font pas de quartier au sommeil. Nous ne dirons jamais assez notre organique et impérieux besoin d’utopies. Dans le commerce intime qu’entretient le créateur avec l’utopie, il est une ligne de faille qui produit quelque chose comme un tremblement de l’esprit, entre l’angoisse qui précède la création et le jaillissement jubilatoire de l’œuvre. D’aucuns parlent de miracles. Ce moment mystérieux trouve tout artiste dans la jalouse condition d’un démuni grandiose.

Pascale Monnin, "L'ange sacrifié", installation

Pascale Monnin, "L'ange sacrifié", installation© Pascale Monnin

« Où vont tous ces mots, tous ces mondes qui nous traversent dans nos déraillements divers, sans que nous nous donnions le temps, ni la peine de les accoucher ? Où se cachent ces pépites, ces éclairs de rêverie qui métamorphosent et diffusent nos idées noires en feux d’artifices et pulvérisent notre bon sens, pour foutre le camp aussi sec, aussitôt qu'ils nous sont apparus ? Une idée qui passe en éclair surprend toujours par sa force de frappe et nous éclaire avec brio sur notre incapacité à nous en dessaisir. Comment faire, comment procéder pour charrier avec nous les bijoux sonores de langue, sans risquer notre peau de mineur qui rêve de remonter en surface, paré de mille signes et de preuves d’identifiables merveilles. Il faudrait posséder la foi et la légèreté insoutenable d’un rêveur à gages. »

 

Revue Intranqu’îllité   

•    En librairie en France : le no 1, 102 p. / 20 euros. La liste des librairies ici.
•    Pour vous procurer le pdf en ligne (10 euros) ou le numéro “papier” (30 euros frais de port inclus), cliquer ici.
•    Pour entrer en contact avec l'association : passagersdesvents@gmail.com.

Sources : Revues & Cie | Médiapart

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 25 Juin 2012

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Aimé Césaire, chantre de la décolonisation, est mort en 2008. Crédits photo : Coppee Patrice/Abaca

 

(26 juin 1913 - 17 avril 2008) 

 

Au bout du petit matin... Parole en Archipel rend Hommage - une fois de plus - à Aimé Césaire le «chantre de la négritude» né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe. Il fut un grand poète ainsi qu'un homme politique actif, notamment autour de la décolonisation. La nation française a déjà rendu hommage à Aimé Césaire (1913-2008) en déposant dans la nef du Panthéon une fresque monumentale, composée de portraits évocateurs de quatre périodes de sa vie. Le poète martiniquais fut entré au Panthéon National Français, aux côtés de Voltaire, Victor Hugo ou Jean Moulin: mais son corps resta, conformément à la volonté de sa famille, en Martinique, sa terre natale. L'hommage s'est tenu en présence de Nicolas Sarkozy, Président de l'époque, qui a d'abord entretenu des rapports compliqués avec Césaire, avant de s'en rapprocher - au point de décider d'obsèques nationales à sa mort (Source le Figaro). Aimé CESAIRE est né au sein d’une famille nombreuse de Basse-Pointe, commune du Nord-Est de la Martinique, bordée par l’océan Atlantique dont la « lèche hystérique » viendra plus tard rythmer ses poèmes. Le père est un petit fonctionnaire. La mère est couturière. Il s'est battu pour la reconnaissance de l'identité antillaise. Il rencontra Senghor à Paris et créèrent la revue « L'étudiant noir ». Ils sont à l'origine du concept de « Négritude » qu'ils revendiquent. Il fut poète, écrivain, auteur de pièces de théâtre, dramaturge mais également homme politique. Dans le texte « Cahier d'un retour au pays natal » (écoute le sublime extrait docu-poème-fiction de «Cahier d'un retour au pays natal» ci-dessous), il dénonce avec violence la colonisation qui a plongé son pays dans la misère. C'est une poésie engagée, au-delà de la critique de la colonisation, c'est une louange du monde noir. Il nous donne beaucoup de détails sur les agressions quotidiennes subies par son pays mettant en valeur les champs lexicaux de la violence et de l'humiliation pour décrire le calvaire de la population colonisée. Le poème est composé de versets avec des strophes inégales rythmées, mais non rimées. La versification est libre, mais il n'y a pas de ponctuation hormis les points d'exclamation. Nous soulignerons l'absence de majuscules au début de chaque vers. Nous nous interrogerons sur la question de savoir quel regard l'autre porte sur nous et afin d'y répondre, nous étudierons dans un premier temps, l'opposition entre deux mondes, la glorification du monde noir et le champ de célébration... La guerre marque aussi le passage en Martinique d’André BRETON. Le maître du surréalisme découvre avec stupéfaction la poésie de CESAIRE et le rencontre en 1941. En 1944, BRETON rédigera la préface du recueil «Les Armes Miraculeuses», qui marque le ralliement de CESAIRE au surréalisme. Invité à Port-au-Prince, par le docteur Pierre MABILLE, attaché culturel de l’Ambassade de France, Aimé CESAIRE passera six mois en Haïti, donnant une série de conférences dont le retentissement sur les milieux intellectuels haïtiens est formidable. Ce séjour haïtien aura une forte empreinte sur l’œuvre d’Aimé CESAIRE qui écrira une pièce de théâtre au roi Henri CRISTOPHE et consacrera un essai historique sur Toussaint LOUVERTURE, héros de l’indépendance haïtienne. Aimé Césaire disait qu'Haïti, c'est « la terre où la Négritude se mit débout pour la première fois et dit qu'elle croyait à son humanité » (Cahier d'un retour au pays natal). Dans son hommage rendu à Jean Price-Mars à l'occasion de son quatre-vingtième anniversaire, en 1956 .- Parole en Archipel


"Et nous sommes debout maintenant, mon pays et moi, les cheveux dans le vent, ma main petite maintenant dans son poing énorme et la force n'est pas en nous, mais au-dessus de nous, dans une voix qui vrille la nuit et l'audience comme la pénétrance d'une guêpe apocalyptique. Et la voix prononce que l'Europe nous a pendant des siècles gavés de mensonges et gonflés de pestilences, car il n'est point vrai que l'oeuvre de l'homme est finie que nous n'avons rien à faire au monde que nous parasitons le monde qu'il suffit que nous nous mettions au pas du monde mais l'oeuvre de l'homme vient seulement de commencer et il reste à l'homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l'intelligence, de la force et il est place pour tous au rendez-vous de la conquête et nous savons maintenant que le soleil tourne autour de notre terre éclairant la parcelle qu'à fixée notre volonté seule et que toute étoile chute de ciel en terre à notre commandement sans limite'' .- Aimé Césaire

 


Entrée d'Aimé Césaire au Panthéon National Français




Cahier d'un retour au pays natal - (extraits documentés)


Sublime docu-poème-fiction de «Cahier d'un retour au pays natal».

Une perle de rareté dans le documentaire.

Tourné en Guadeloupe.

Musique : Joël Grare

Image : Thierry Deshamp

Son : Ludovic Escallier 

Un film de : Philippe Bérenger 

Ajoutés sur Youtube par kmermix et togolais 75

 


UN GRAND POÈTE NOIR


         

extraits de la préface à l'édition de 1947

de

« Cahier d'un retour au pays natal »

d'Aimé Césaire


En avril 1941, André Breton arrive à la Martinique.

Il achète, dans une boutique, le premier numéro d'une revue intitulée Tropiques.

 

« ... C'est dans ces conditions qu'il m'advint, au hasard de l'achat d'un ruban pour ma fille, de feuilleter une publication exposée dans la mercerie où ce ruban était offert. Sous une présentation des plus modestes, c'était le premier numéro, qui venait de paraître à Fort-de-France, d'une revue intitulée Tropiques. Il va sans dire que, sachant jusqu'où l'on était allé depuis un an dans l'avilissement des idées et ayant éprouvé l'absence de tous ménagements qui caractérisait la réaction policière à la Martinique, j'abordais ce recueil avec une extrême prévention... Je n'en crus pas mes yeux : mais ce qui était dit là, c'était ce qu'il fallait dire, non seulement du mieux mais du plus haut qu'on pût le dire ! Toutes ces ombres grimaçantes se déchiraient, se dispersaient; tous ces mensonges, toutes ces dérisions tombaient en loques : ainsi la voix de l'homme n'était en rien brisée, couverte, elle se redressait ici comme l'épi même de la lumière. Aimé Césaire, c'était le nom de celui qui parlait.


Je ne me défends pas d'en avoir conçu d'emblée quelqu'orgueil : ce qu'il exprimait ne m'était en rien étranger, les noms de poètes et d'auteurs cités m'en eussent, à eux seuls, été de sûrs garants, mais surtout l'accent de ces pages était de ceux qui ne trompent pas, qui attestent qu'un homme est engagé tout entier dans l'aventure et en même temps qu'il dispose de tous les moyens capables de fonder, non seulement sur le plan esthétique, mais encore sur le plan moral et social, que dis-je, de rendre nécessaire et inévitable son intervention. Les textes qui avoisinaient le sien me révélaient des êtres sensiblement orientés comme lui, dont la pensée faisait bien corps avec la sienne. En plein contraste avec ce qui, durant les mois précédents, s'était publié en France, et qui portait la marque du masochisme quand ce n'était pas celle de la servilité, Tropiques continuait à creuser la route royale. « Nous sommes, proclamait Césaire, de ceux qui disent non à l'ombre. »

 

« Et, le lendemain, Césaire », poursuit Breton.


« ... Et c'est un Noir qui est non seulement un Noir mais tout l'homme, qui en exprime toutes les interrogations, toutes les angoisses, tous les espoirs et toutes les extases et qui s'imposera de plus en plus à moi comme le prototype de la dignité... ».


« ... Qu'une fois pour toutes j'ai été confirmé dans l'idée que rien ne sera fait tant qu'un certain nombre de tabous ne seront pas levés, tant qu'on ne sera pas parvenu à éliminer du sang humain les mortelles toxines qu'y entretiennent la croyance — d'ailleurs de plus en plus paresseuse — à un audelà, l'esprit de corps absurdement attaché aux nations et aux races et l'abjection suprême qui s'appelle le pouvoir de l'argent. Rien ne peut faire que ce ne soit aux poètes qu'ait été dévolu depuis un siècle de faire craquer cette armature qui nous étouffe et il est significatif d'observer que la postérité ne tend à consacrer que ceux qui ont été le plus loin dans cette tâche. Cet après-midi-là, devant la fastueuse ouverture de toutes les écluses de verdure, j'éprouvai tout le prix de me sentir en si étroite communion avec l'un d'eux, de le savoir entre tous un être de volonté et de ne pas distinguer, en essence, sa volonté de la mienne... ».

 

« ... Et d'abord on y reconnaîtra ce mouvement entre tous abondant, cette exubérance dans le jet et dans la gerbe, cette faculté d'alerter sans cesse de fond en comble le monde émotionnel jusqu'à le mettre sens dessus dessous qui caractérisent la poésie authentique par opposition à la fausse poésie, à la poésie simulée, d'espèce vénéneuse, qui prolifère constamment autour d'elle. Chanter ou ne pas chanter, voilà la question et il ne saurait être de salut dans la poésie pour qui ne chante pas, bien qu'il faille demander au poète plus que de chanter. Et je n'ai pas besoin de dire que, de la part de qui ne chante pas, le recours à la rime, au mètre fixe et autre pacotille ne saurait jamais abuser que les oreilles de Midas. Aimé Césaire est avant tout celui qui chante... ».

 

« ... La poésie de Césaire, comme toute grande poésie et tout grand art, vaut au plus haut point par le pouvoir de transmutation, qu'elle met en œuvre et qui consiste, à partir des matériaux les plus déconsidérés, parmi lesquels il faut compter les laideurs et les servitudes mêmes, à produire on sait assez que ce n'est plus l'or la pierre philosophale mais bien la liberté... ». 


 En ce recueil d'Aimé Césaire conte son départ de Paris et de l'École normale supérieure... et son retour sur une île enchanteresse, son pays... mais...


« ... Derrière ce ramage il y a la misère du peuple colonial, son exploitation éhontée par une poignée de parasites qui défient jusqu'aux lois du pays dont ils relèvent et n'éprouvent aucun trouble à en être le déshonneur, il y a la résignation de ce peuple qui géographiquement a contre lui d'être de loin en loin un semis sur la mer. Derrière cela encore, à peu de générations de distance il y a l'esclavage et ici la plaie se rouvre, elle se rouvre de toute la grandeur de l'Afrique perdue, du souvenir ancestral des abominables traitements subis, de la conscience d'un déni de justice monstrueux et à jamais irréparable dont toute une collectivité a été victime. Une collectivité à laquelle appartient corps et âme celui qui va partir, riche de tout ce que les Blancs pouvaient lui apprendre et à cet instant d'autant plus déchiré ».


« ... Mais ce serait réduire impardonnablement la portée de l'intervention de Césaire que de vouloir s'en tenir, si foncier qu'il apparaisse, à ce côté immédiat de sa revendication. Ce qui à mes yeux rend cette dernière sans prix, c'est qu'elle transcende à tout instant l'angoisse qui s'attache, pour un Noir, au sort des Noirs dans la société moderne et que, ne faisant plus qu'une avec celle de tous les poètes, de tous les artistes, de tous les penseurs qualifiés mais lui fournissant l'appoint du génie verbal, elle embrasse en tout ce que celle-ci peut avoir d'intolérable et aussi d'infiniment amendable la condition plus généralement faite à l'homme par cette société. Et ici s'inscrit en caractères dominants ce dont le surréalisme a toujours fait le premier article de son programme : la volonté bien arrêtée de porter le coup de grâce au prétendu «bon sens», dont l'impudence a été jusqu'à s'arroger le titre de « raison », le besoin impérieux d'en finir avec cette dissociation mortelle de l'esprit humain dont une des parties composantes est parvenue à s'accorder toute licence aux dépens de l'autre et d'ailleurs ne pourra manquer d'exalter celle-ci à force d'avoir voulu la frustrer. Si les négriers ont physiquement disparu de la scène du monde, on peut s'assurer qu'en revanche ils sévissent dans l'esprit où leur « bois d'ébène » ce sont nos rêves, c'est plus de la moitié spoliée de notre nature, c'est cette cargaison hâtive qu'il est encore trop bon d'envoyer croupir à fond de cale ».

 

 

André Breton

New York, 1943

                         Source : l’association Les Amis de la Musique Française


Aimé CESAIRE | Au bout d'une vie
"Aimé Césaire - Au bout d'une vie". Hommage posthume à Aimé Césaire. RFO

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 20 Juin 2012

Lèche Vitrine Le 15 juin 2012, si vous étiez dans le quartier Saint-Henri et écoutiez attentivement, vous avez probablement entendu quelques cris. Organisé par Véronique Bachand, Anik de Repentigny et Alexandre Faustino, en collaboration avec Poème Sale et les Ateliers Jean-Brillant, La Nuit de la poésie avait lieu, rassemblant une trentaine de poètes de tous les horizons.

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Si les amateurs de poésie ressentent habituellement une légère amertume en sortant d’une nuit de poésie, faute d’assez de poètes ou faute d’assez d’énergie, le 15 juin dernier, ils ont retrouvé la vigueur, l’authenticité et le verbe qui, à une autre époque, avaient fait de 1970 (voir : Nuit de poesie 27 Mars 1970, le film - ONF), un moment d’anthologie – le plus grand de la poésie du Québec, peut-être.

Dans le cadre de la troisième édition du festival Chantier libre, événement multidisciplinaire, la Nuit de la poésie réunissait une trentaine de poètes autour du seul désir de dire et de performer une poésie contemporaine. Et au risque de faire mon étudiant en communication qui rédige la narration d’une publicité de grand magasin, « il y en avait vraiment pour tous les goûts ». C’est en partie ce regroupement de voix éclectiques, autant sur le plan des générations que des styles, qui a fait de cette nuit de la poésie, selon moi, la plus réussie de l’année (et l’année est encore jeune. C’est dire à quel point j’y crois). Quand Claude Beausoleil et Jean-Paul Daoust partagent la scène avec Mathieu Arsenault et Danny Plourde, c’est qu’il se passe quelque chose de rare.

Au cœur des Ateliers Jean-Brillant à Saint-Henri, hôtes du festival et lieux historiques datant du tout début du XXe siècle, la petite scène de bois a tenu le coup pendant plus de sept heures sous les pieds de :

Mathieu Arsenault - Martine Audet - Véronique Bachand - Claude Beausoleil - Carl Bessette - Sébastien Blais - France Boisvert - Sébastien Boulanger Gagnon - Sylvain Campeau - Marc-André Casavant - Catherine Cormier Larose - Jean-Paul Daoust - Jean Simon Desrochers - Joël Des Rosiers - Rose Eliceiry - Alexandre Faustino - Christine Germain - Marie-Paule Grimaldi - François Guerette - Benoit Jutras - Fabrice Koffy - Corinne Larochelle - Julien Lavoie - Daniel Leblanc Poirier - Thélyson Orélien - Danny Plourde - Amélie Prévost - Omar Alexis Ramos - Mathieu Renaud - Eliz Robert - Éric Roger - Hector Ruiz - Jocelyn Thouin - Tony Tremblay - Claudine Vachon - Yollande Villemaire et Ouanessa Younsi.

D’une lecture à l’autre, l’actualité faisait évidemment surface : la grève, le gouvernement libéral, les casseroles, le rouge et le noir (pas le roman, les carrés) et les matraques ont déclenché cris et applaudissements. Danny Plourde, Mathieu Arsenault, Jocelyn Thouin et Carl Bessette s’y sont mêlés alors que Jean-Paul Daoust a, à cet effet, marqué le discours de la crise du Québec de la soirée en nous parlant de sa BMW qu’il avait fait rouler à 130 km/h jusqu’à l’événement. Mais le fond social actuel n’a jamais laissé de côté toute la force du verbe déconstruit, du langage poussé vers ses limites et d’une profonde subjectivité. Des élans venus de tous les côtés ont plongé les spectateurs aux confins de leurs performances, des plus uniques et personnelles. Claude Beausoleil a lu un Kérouac français au rythme des mains des spectateurs ; Mathieu Renaud et Marc-André Casavant ont livré, chacun, une performance extrasensorielle. La carte blanche laissée aux auteurs a véritablement régné sur la soirée. Invité mystère, gardé secret jusqu’à la fin, Yann Perreault a interprété une chanson a cappella, accompagné par les pieds frappés au sol des spectateurs.

Mais la poésie des mots n’était pas la seule à tenir tête à une salle comble. Une poésie de l’image s’était aussi installée. Éric Poirier et Charles-André Coderre avaient recueilli plusieurs heures de film Super 8 de l’ONF (à voir la quantité, je dirais qu’on en avait pour une semaine de visionnage). Après avoir modifié la pellicule à l’aide de peinture, de produits chimiques et d’altérations physiques, ils ont projeté le tout sur différents vitraux et fenêtres des Ateliers. Au-delà de la beauté de leur travail, les divers extraits portaient aussi en eux toute l’histoire d’un jeune Office National du film. En observant les scènes, la mission actuelle de l’ONF, axée en partie sur l’animation et les expériences interactives, était drastiquement remise dans son contexte historique et représentait soudain un pas de géant.

La soirée s’intitulait La Nuit de la poésie. Néanmoins, la présence des deux jeunes cinéastes, du DJ Pranapapa, de deux documentaristes intéressés par l’événement et des installations, photos et vidéos qu’avaient léguées à la salle les cinq derniers jours de festival ont permis aux spectateurs de s’immerger dans une définition bien large de la poésie, guidés, bien entendu, par la voix de trente poètes.

Et si vous avez envie de parcourir le territoire poétique de Montréal, vous pouvez assister physiquement aux régulières soirées Solovox à l’Escalier et aux Cabarets de la pègre, ou vous rendre sur Voix d’ici pour visionner les différentes vidéos qui s’y trouvent. Les Cabarets de la pègre sont parfois difficiles à trouver. Ils sont habituellement annoncés sur le blogue de la maison d’édition Poètes de brousse.

Source : Lèche Vitrine


Le film de Jean-Nicolas Orhon se souvient, en nous entrainant avec lui au coeur des souvenirs touchants souvent encore chauds, parfois enflammés de ceux et celles ayant pris part à la fameuse Nuit de poésie du 27 mars 1970 , véritable acteur fondateur et mythique de la poésie québécoise qui a également fait l’objet d’un film que vous pouvez regarder en ligne sur le site de l’ Office National du Film du Canada - ONF.-

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 20 Juin 2012

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« Il n’y a que moi

Pour compter les pas

Dans cette nuit d’émoi

Nuit solitaire à la densité

Des iles »

 

Avec le « Sang de l’oubli », Jean-Mino Paul nous envoie une collection de missives qui semblent provenir du monde du rêve, un « rêve Caraïbe qui redit la vie l’amour l’espoir ».

 

Le rêve est puissant et souvent charnel.  Comme le « Tjukurpa » des aborigènes Australiens, il est un univers aussi réel et souvent plus sensé que le royaume du jour.  Un univers de la nuit qui agence secrètement les errements et les vicissitudes du quotidien.  Un univers parallèle hors du temps qui charpente et structure le visible, le sensible et l’humain.  On pense évidemment à l’inconscient de Freud voire au-delà (en-deça ?)  Pour Jean-Mino, c’est le rêve qui tire les ficelles.  Il est puits dans lequel plonger pour trouver son identité, pour se reconstruire.    

 

« Je pars en quête

De moi-même à l’unisson

Du rêve et de la banalité »

 

« Homme hérésie

Floraison

Cauchemar rêve inachevé »

 

Qui rêve l’homme si ce n’est lui-même ?  « L’homme est condamné à être libre » dit Sartre.  Floraison de potentialités absolues.

 

Du rêve fondateur sourdent le sang, c’est-à-dire la chaleur et la douleur du corps, dans sa réalité, ses lourdeurs mais aussi son dynamisme et ses promesses de volupté, et l’oubli, cet effacement de l’être qu’on espère parfois remède aux afflictions, cette absence qui confine à la transparence et à l’immobilité.  Le néant est l’apanage de la conscience de l’homme.

 

« Je fus saupoudré de douleur

De peine de Malheur

Je suis poète assassiné »

 

Pulsations du cœur et de l’amour contre gel des tourments mais aussi des passions.  Le feu et l’eau.  L’air et la pierre.  Le sang et l’oubli ne se mélangent pas aisément mais sont pourtant indissociables.  Et le poème voyage sans cesse entre le premier et le second.  Aux pages du songe qui confine à l’amnésie succèdent les réminiscences douloureuses : « La vie poignardée / Vogue éperdue / Dans le visage du jour » ; « Je repasse l’énigme de mes déboires ».

 

Tout du long l’écriture est fluide et polie, maîtrisée, colorée, d’une manière qui estompe parfois l’âpreté du propos : « Soliste tu chantonnes / le cantique de ma mort » ; «Depuis qu’on a planté / Sur mon épaule d’ombre / Le drapeau ensanglanté d’étoiles ».  Parfois même avec le goût du jeu : « Tout le temps des temps / Coule dépasse/ Avec mon cœur dans l’égout » ; « Ecroulement futur du va-et-vient / Debout sur le pont des reviens-en ».

 

Le poète questionne l’identité, la mémoire, le temps et l’absence, et son recueil s’achève dans le choix de l’amour, réponse intemporelle à la détresse de l’homme.  Il se clôt dans le dynamisme d’une interpellation à l’amour : « Ô femme redis-moi ta promesse ! »

 

Le « Sang de l’oubli » est un petit livre curieux.  Une fois achevé, on ne peut s’empêcher de le rouvrir et de le reprendre du début, pour s’élancer, comme dit le poète, « vers d’autres départs de rêves… », dans une boucle infinie qui rappelle les grands cycles de la nature et de l’humain.  Et à chaque lecture, le sang du poème renaît magiquement du vide de l’oubli.

 

 

 

Arnaud DELCORTE

Bruxelles, le 16 juin 2012.

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 18 Juin 2012

http://memoiredencrier.com/wordpress/wp-content/uploads/2011/07/Anthony-Phelps.jpgLe six juin dernier, deux jours avant l’ouverture de la 18ème édition de Livres en Folie, le président haïtien, Michel Martelly, a décoré dans les jardins du palais national un groupe d’écrivains haïtiens dont Georges Castera, Georges Corvington, Franck Etienne (Frankétienne), Odette Roy Fombrun. Deux autres ont été honorés à titre posthume. Il s’agit de Paulette Poujol-Oriol et Georges Anglade, le célèbre géographe et écrivain haïtien décédé lors du séisme du 12 janvier 2010. Un troisième, Anthony Phelps, ne se trouvait pas en Haïti ce jour-là. Le 15 juin dernier, il faisait parvenir au quotidien Le Nouvelliste une note expliquant que le 4 juin, il avait reçu un courriel des services de la Présidence lui signifiant qu’il sera honoré en compagnie d’un groupe d’écrivains par le président Martelly. La réponse d’Anthony Phelps a été un retentissant « NON ! » [Voir : Pour l'histoire | NON MERCI !]


Est-ce une première en Haïti qu’un écrivain rejette un Prix ou une décoration littéraire qui lui est décernée par le chef de l’état ? A ma connaissance, oui. Selon Haïti Référence qui se présente comme un guide de référence sur Haïti, il n’y a eu qu’un seul cas de rejet de prix par un écrivain. En fait, ce n’était pas un écrivain mais une journaliste, et le prix n’était pas décerné par un président. La journaliste était Liliane Pierre-Paul, journaliste de radio Kiskeya qui avait refusé en 2003 le prix Jean Dominique de la Presse, dans la catégorie article ou émission. Selon Haïti Référence, Mme Pierre-Paul avait refusé ce prix pour des raisons personnelles.

Le rejet de la décoration qui devait être décernée par le président Michel Martelly à l’écrivain Anthony Phelps a fait grand bruit dans les milieux intellectuels haïtiens et a traversé les forums de discussion avec un éclat particulier. Comment faut-il considérer cet événement ? Pourquoi cela s’est-il fait maintenant ? Pourquoi a-t-il fallu que ce soit Phelps qui refusât cette décoration ? En ce qui concerne le président haïtien et son passé notoire, déclaré, fier, d’« anti-intellectuel » qu’est-ce qui lui a pris tout à coup de vouloir jouer au protecteur de « l’intellectuel et de l’artiste » ? Ces questions méritent d’être posées et il appartient à tout le monde d’y réfléchir. Je doute que l’Haïtien moyen ou les membres des classes populaires et paysannes englués dans leurs luttes quotidiennes de survie y consacrent quelques minutes de réflexion, mais qui peut les blâmer ? En revanche, tous ceux et toutes celles qui ont à cœur de voir un état de droit s’établir en Haïti et qui ne sont pas obligés de penser uniquement à leurs strictes conditions de survie en Haïti ou même dans l’émigration devraient en tenir compte. 

Il convient tout d’abord de placer cette affaire dans son contexte socio-politique qui est pour moi la récurrente question de l’intellectuel dans la formation sociale haïtienne. Je renvoie ici à mon texte « Revisiter la question de l’intellectuel haïtien » paru dans ma chronique hebdomadaire Du côté de chez Hugues sur Haitian Times en avril 2011.

Dans ce texte en effet, j’avais posé ces questions : Qui est l’intellectuel haïtien ? Quelle place occupe-t-il/elle dans la société haïtienne ? Avons-nous besoin de lui ? Quelle est sa fonction ? Quand est-on un/une intellectuel/le dans la société haïtienne ? La question de l’intellectuel haïtien a toujours été présente dans notre histoire de peuple et a fait surface clairement dans l’histoire de notre société en 1902 durant la bataille pour le pouvoir présidentiel entre Anténor Firmin, superbe intellectuel, auteur du fameux « De l’égalité des races humaines (1885) » et Pierre Nord Alexis, militaire bardé de décorations mais, dit-on, sachant à peine lire et écrire.

Les historiens de ce terme s’accordent autour d’un consensus que le mot « intellectuel » en tant que nom date de la fin du XIXème en France à la faveur de l’affaire Dreyfus, un officier français d’origine juive faussement accusé de trahison et condamné aux travaux forcés. Grâce à des personnalités littéraires, scientifiques et politiques comme les écrivains Emile Zola (et son fameux pamphlet « J’accuse »), Anatole France, ou Octave Mirbeau, le mathématicien Henri Poincaré et l’homme politique Georges Clemenceau, Dreyfus fut libéré et réintégré dans l’armée. C’est à partir de cette époque que l’intellectuel occidental en tant que personnage public engagé politiquement dans la défense des exclus de la société, en rupture avec le consensus social, s’est érigé en tant que figure dérangeante face au pouvoir en place. On connait le mot célèbre de Sartre : « L’intellectuel est quelqu’un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas. » Cette figure de l’intellectuel occidental peut être considérée comme la figure classique qui prédominait en Occident et que la gauche a contribué à propager dans la plupart des sociétés postcoloniales. Elle a légèrement perdu de son éclat à la suite des percées de la droite et des extrêmes droites, et du déclin relatif de la gauche (communiste, mais pas marxiste).

Dans le cas d’Haïti, contrairement à l’image traditionnelle de l’intellectuel occidental, les figures d’intellectuels haïtiens qui se soient impliqués dans l’arène publique pour défendre des causes politiques, redresser des abus sociaux, assumer des valeurs morales sans démagogie sont réduites. Très peu d’intellectuels haïtiens se sont montrés critiques à l’égard du pouvoir durant le cours de l’histoire haïtienne. Au contraire, ils ont été longtemps soumis ou alliés au pouvoir. C’est dans ce contexte qu’il faut analyser « l’affaire Phelps ». 

Durant les heures les plus sombres de la dictature duvaliériste (milieu et fin des années 1960), Anthony Phelps a symbolisé brillamment la résistance des intellectuels haïtiens qui refusaient de se courber devant le dictateur et ses fameux Tonton Makout. La plupart, quand ils le pouvaient, prirent le chemin de l’exil et s’établirent au Québec, aux Etats-Unis, en France ou en Afrique. Avec la publication de son recueil Mon pays que voici, véritable livre-culte, produit également sous forme audio et gardé jalousement par des milliers d’exilés haïtiens, Phelps devint une véritable icône dans le monde des amants de la littérature en Haïti et dans l’émigration.

La décision de Phelps de ne pas accepter la décoration offerte par le président Martelly revêt une importance capitale quand on connait le milieu politique haïtien et les traditions de soumission et d’embrigadement politique de certains intellectuels haïtiens. Cependant, j’entends tout de suite des gens me rétorquer qu’Anthony Phelps peut se permettre de refuser cette décoration dans la mesure où il vit loin d’Haïti, que vraisemblablement il ne gagne pas sa vie à partir d’activités produites en Haïti et qu’une telle prise de position ne risque pas de compromettre sa sécurité personnelle. Je ne suis pas certain que ces raisonnements tiennent le coup quand on connait les traditions à la fois brutes et subtiles d’élimination physique qui font partie des arsenaux à la disposition des différents pouvoirs qui se sont succédé en Haïti durant ces cinquante-cinq dernières années.

Après tout, ce n’est pas par hasard que Phelps ait été le seul qui ait décliné cette décoration. Les quatre autres qui étaient présents l’ont acceptée sans faire des vagues mais j’imagine tout de même que la décision de Phelps les ait surpris. Mais, là, c’est une autre histoire et je n’en dirai pas plus. De toute façon, ces propos posent un problème fondamental : celui de la fonction et du rôle de l’intellectuel dans le corps social haïtien. Doit-il toujours dénoncer le pouvoir ? Faut-il qu’il se mette toujours dos à dos avec le pouvoir ? Dans ce cas, qu’arrivera-t-il à sa sécurité personnelle ? Comment pourra-t-il gagner sa vie dans une société où l’état a toujours été le plus gros employeur du pays ? Vu sous cet angle, l’intellectuel en Haïti semblerait condamné à être toujours à la remorque du pouvoir. Nous entrons alors dans la question de l’existence et de la pertinence d’un état de droit en Haïti. Une société haïtienne basée sur le droit et qui exclut le favoritisme le plus malsain semble être incontournable pour l’établissement d’une vraie démocratie en Haïti. Le refus de Phelps d’accepter la décoration offerte par Martelly met en pleine lumière ces questions de fond et semble constituer une mise en garde aux pouvoirs en Haïti.

D’autre part, en ce qui concerne le président Martelly et son passé notoire, déclaré, fier, d’anti-intellectuel, qu’est-ce qui lui a pris tout à coup de vouloir jouer au protecteur de « l’intellectuel et de l’artiste » ? Michel Martelly a bâti toute sa popularité haïtienne qui lui a servi si bien au cours des élections présidentielles de 2011 sur un usage délibéré de l’obscénité la plus révoltante et de l’incongruité la plus vulgaire. Il a été élu d’abord sur ces bases par des électeurs haïtiens mystifiés et complètement dépassés par le contexte et les enjeux. Ayant été élu président, sans comprendre qu’il était devenu le chef de l’état, il s’est complu à avilir la fonction présidentielle elle-même en poursuivant ses obscénités révoltantes, ses prises de parole ordurières et son comportement détestable. Pour lui, il s’agissait de régler ses comptes avec ses ennemis en leur disant à peu près ceci : « Votre présidence, voilà ce que j’en fais, c’est de la … et vous ne pouvez rien faire contre moi ! » Jamais, on n’a été aussi loin dans la dégradation délibérée de la fonction présidentielle, de l’état haïtien !

L’autre composante de la popularité de Michel Martelly est son anti-intellectualisme affiché clairement durant sa carrière de chanteur populaire et remis en activité durant l’élection présidentielle de 2001. Martelly a été un grand pourfendeur d’intellectuels bien avant sa déclaration de candidature à la présidence en 2011. Durant ses concerts, il n’a cessé de les minorer et de leur répéter qu’il était bien plus riche qu’eux. Avec Michel Martelly, les intellectuels haïtiens étaient devenus le groupe social à abattre. Comment donc faut-il interpréter ce brusque virage qu’il vient d’effectuer en se présentant comme le protecteur de l’intellectuel et de l’artiste ? Son discours de circonstance est truffé de clichés les uns plus racoleurs que les autres et de banalités tout à fait déconcertantes, mais on n’attendait pas plus de celui qui a déclaré la guerre pendant de longues années aux intellectuels et qui a inspiré beaucoup de personnes à dénigrer ceux à qui l’on a adressé les épithètes les plus injurieuses.

Ce qui est certain, c’est que, avec ce geste de récupération sans vergogne des intellectuels haïtiens (à lire les propagandistes de tous poils qui sévissent sur le Net et dans les forums de discussion, certains le méritent bien), Martelly s’est fait rattraper par l’Histoire. On ne se moque pas impunément de la fonction présidentielle, de l’institution étatique et de la conduite d’une Nation. En voulant jouer au plus malin, il s’est fait assommer par le retour de bâton de l’intellectuel. La portée du geste de l’écrivain Anthony Phelps doit être appréciée dans toute sa pertinence. Sera-t-elle suivie d’une façon ou d’une autre par d’autres ? Je le souhaite...

 

Par Hugues St. Fort


 


Biographie

Hugues Saint-Fort a obtenu un doctorat de linguistique à l’université René Descartes, Paris V et enseigne le français à la City University of New York (CUNY). Ses recherches portent sur la création lexicale en créole haïtien, le phénomène des alternances codiques en anglais et créole haïtien et l’évolution de la littérature haïtienne dans l’émigration nord-américaine. Il a publié plusieurs articles et comptes rendus sur ces sujets dans des revues telles que The French Review, Études créoles, Journal of Haitian Studies… Son prochain livre a pour titre : « Haïti : Questions de langue, langues en questions »

 


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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 6 Juin 2012

Vent alizee-copie-1Robert Berrouët-Oriol - Thélyson Orélien - Anderson Dovilas - Samson Jean Erian Ludhovick

 

VENTS ALIZÉS – Poétiques du monde : une nouvelle revue accessible en ligne, au graphisme soigné, voit le jour ce 5 juin 2012 dans l’Océan indien pour faire le pont, par-delà mers et terres, langues et peuples, entre les voix plurielles de la fiction et de la théorie littéraires. VENTS ALIZÉS – Poétiques du monde est une revue électronique semestrielle de création et de théorie littéraires. Elle s’est donnée pour mission d'assurer une diffusion plus large et plus marquée aux auteurs de l'Océan indien, des Caraïbes et du Pacifique. Sous cet angle, elle est également une plateforme d'expérimentations poétiques et un neuf laboratoire d’expression des voix de la fiction dans leur singularité et leur diversité.


La revue a été fondée par la poétesse seychelloise Magie Faure-Vidot et par Károly Sándor Pallai, chercheur doctorant en littérature francophone et comparée (Université de Budapest - ELTE).

 

Longuement mûrie dans sa conception, la revue électronique VENTS ALIZÉS – Poétiques du monde  a été conçue pour assurer une diffusion en accès libre et  étendu aux auteurs de l’Océan indien, des  Caraïbes, du Pacifique et d’ailleurs. Les alizés, vents des régions intertropicales, désignent le concept fondateur de la revue : établir et nourrir de vifs rapports entre les aires océaniques de la langue française, entre les littératures des océans. Qu’il s’agisse d’auteurs débutants ou d’écrivains confirmés, la revue s’attachera à la mise en valeur d’une production littéraire de qualité et d’un discours critique autonome. Le principe de la libre circulation des textes et des études vise à encourager la diffusion de la création littéraire et de la recherche théorique afin de favoriser l’intercommunication et les enrichissements mutuels.

 

Dans le but d’amplifier la libre circulation des idées, et pour se situer dans l’interculturel, la revue VENTS ALIZÉS – Poétiques du monde  est d’emblée ouverte aux différentes formes de la poésie. Résolument contemporaine, elle se veut un lieu essentiel de rencontre de la création et de la théorie, de nouvelles voies d’emboîtements et d’interinfluences des diverses formes artistiques. Laboratoire de voix plurielles, la revue est au croisement des cultures, des continents, des langues et des littératures. Dans cette optique la revue publie des textes en français, en anglais et en créole (guadeloupéen, réunionnais, mauricien, seychellois). Le créole haitien, il faut déjà s’en réjouir, y trouvera une dynamique voie d’expression.

 

La revue VENTS ALIZÉS - Poétiques du monde paraîtra deux fois l’an. Les numéros seront structurés autour d’un noyau thématique choisi par le comité de rédaction. Une rubrique sera réservée aux œuvres et articles qui ne sont pas associés au thème du numéro. La revue favorisera la diffusion de résultats de recherche portant sur un sujet lié aux domaines retenus. Conformément à sa politique éditoriale, elle  valorisera également les parutions récentes dans les domaines de la création et de la théorie littéraire, de l'esthétique et des sciences humaines apparentées.

 

Komansman. Tel est le titre générique d’une livraison de 244 pages riche de la diversité de ses voix. Le liminaire éditorial en précise à dessein le projet : « Ce commencement est la naissance d’une plateforme créée dans l’intention d’améliorer l’accessibilité de la production littéraire de l’Océan Indien, de la Caraïbe et du Pacifique. Nous voici engagés sur l’archipel des formes expérimentales et inventives qui servira aussi de passerelle aux acquis de la tradition. La revue VENTS ALIZÉS - Poétiques du monde  est née pour unir les divers héritages --vécus et imaginaires--, des trois océans et de plusieurs continents. Elle représente l’unité dans la diversité, les rencontres et échanges enrichissants des singularités. Nous remercions tous ceux qui ont contribué à la réalisation de ce projet par leurs textes, photos, remarques, conseils et observations, par leur temps et énergie. Bonne lecture et bon voyage ! »

 

Plusieurs contributions haïtiennes figurent aux côtés des textes d’écrivains des Seychelles, de la Martinique, de La Réunion, de l’Île Maurice, de l’Inde et de la Guadeloupe :

 

  • Anderson Dovilas [1] : ‘’Récit d’une nuit blanche’’ - ‘’Laviwonn’’ (extrait) - ‘’Des âmes nues’’ (p. 79 – 83).
  • Samson Jean Erian Ludhovick : ‘’Écho du verso’’(p. 85 – 91).
  • Thélyson Orélien : ‘’Fossoyeur de rêves étranges’’ (p. 93 – 96).
  • Robert Berrouët-Oriol : ‘’Découdre le désastre’’ (extrait : p. 75 – 77).

 

À coup sûr, la lente traversée, page après page, de VENTS ALIZÉS - Poétiques du monde, saura apporter d’agréables et jouissives surprises à tous ses lecteurs. Revue de grand foc, VENTS ALIZÉS - Poétiques du monde mérite illico d’être consommé –-et sans aucune modération !


Robert Berrouët-Oriol

Linguiste-terminologue

Montréal, le 5 juin 2012

 


safe_image.jpgCliquez sur la photo de couverture pour accéder à la fenêtre de lecture de la revue VENTS ALIZÉS. Puis cliquez sur Expand pour ajuster l'échelle de l'agrandissement. Pour télécharger cliquez sur pdf à côté du titre et choisissez Download dans la fenêtre qui s'ouvre.

  

 

 

 


[1] Anderson Dovilas est l’un des jeunes poètes haïtiens qui, récemment, est intervenu avec sérieux et hauteur de vues sur la problématique de la quasi-captation, de la ‘’nationalisation’’ du champ littéraire haïtien et de son capital symbolique par un petit groupe d’écrivains gravitant autour du ‘’pouvoir’’ autocratique et discriminant que s’efforce d’ordonnancer ‘’Étonnants voyageurs – Haïti’’. Voir son texte ‘’Pouren finir avec cette dérogation littéraire en Haïti’’ du 2 avril 2012 : http://www.potomitan.info/ayiti/dovilas.php

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 5 Juin 2012

Carton nuit de poe sie

 

Le mouvement est en marche et le mot est lancé : vendredi le 15 juin prochain se tiendra à Montréal, aux Ateliers Jean Brillant une folle et longue nuit de poésie dans le cadre de la 3e édition de l’événement Chantier libre.

La nuit de poésie est une grande première à Chantier libre, cet événement multidisciplinaire qui propose à des artistes de travailler en toute liberté dans un espace industriel qui se transforme, du 7 au 17 juin, en un lieu de diffusion et d’exposition de pratiques artistiques audacieuses et de collaborations inusitées.

Au coeur de ce Chantier d’expression libre et artistique, cette incontournable prise de parole collective en appelle au choc de la parole, de la rencontre et de l’expérimentation sous toutes ses formes...

Dans la nuit du 15 au 16 juin, ils seront une quarantaine de poètes au micro, au coeur du chantier de béton des Ateliers Jean-Brillant :

 

Mathieu Arsenault - Martine Audet - Véronique Bachand - Claude Beausoleil - Carl Bessette - Sébastien Blais - France Boisvert - Sébastien Boulanger Gagnon - Sylvain Campeau - Marc André Casavant - Catherine Cormier Larose - Jean Paul Daoust - Carole David - Jean Simon Desrochers - Joël Des Rosiers - Rose Eliceiry - Alexandre Faustino - Christine Germain - Marie-Paule Grimaldi - François Guerette - Sophie Jeukens - Benoit Jutras - Fabrice Koffy - Corinne Larochelle - Julien Lavoie - Daniel Leblanc Poirier - Thélyson Orélien - Danny Plourde - Amélie Prévost - Omar Alexis Ramos - Mathieu Renaud - Elizabeth Robert - Éric Roger - Hector Ruiz - Jocelyn Thouin - Tony Tremblay - Claudine Vachon - Yollande Villemaire et Ouanessa Younsi.

Charles Dionne et Fabrice Masson-Goulet, cofondateurs de Poème Sale, présideront à l’événement. DJ Pranatofu assurera l’animation musicale tout au long de la nuit qui, en plus d’accueillir quelques invités-surprises, se terminera par la tenue d’un micro-ouvert dont les inscriptions se feront sur place, dès l’ouverture des portes.

L’événement est organisé par Véronique Bachand, Anik de Repentigny et Alexandre Faustino, en collaboration avec Poème Sale et les Ateliers Jean Brillant.

__________________________
_____

15 juin 2012 – 20h – portes 19h
Ateliers Jean Brillant
3550 rue St-Jacques – Métro Lionel-Groulx
Prix suggéré : 5$
Bière et vin en vente sur place

 

 

 

 

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 4 Juin 2012

intranquilles-copie-4.jpg                

L'Île-Monde|

L'insurrection lyrique du Tout-Monde d'Édouard Glissant trouve écho dans la revue IntranQu’îllités. James Noël a signé l'éditorial de ce premier numéro dans sa version imprimée, revisitée et augmentée en mai 2012, à l’occasion du Festival Etonnants Voyageurs  à Saint-Malo et de la rencontre en décentralisation de ce Festival à Bruxelles organisée par CEC. 

Intranqu’îllités, revue littéraire et artistique, élaborée par James Noël (écrivain) et Pascale Monnin (artiste plasticienne), est une émanation de l’association Passagers des Vents, première stucture de résidence artistique et littéraire en Haïti.

Mise en ligne en janvier 2012 et hébergée par le journal Médiapart, la revue haïtienne Intranqu’îllités fait la part belle aux imaginaires du monde en rassemblant dans son premier numéro une quarantaine de contributions avec des participants comme Ananda Devi, René Depestre, Hubbert Haddad, José Manuel Fajardo, Dany Laferrière, Bruno Doucey, Rodney Saint-Éloi, Marvin Victor, Patrick Chamoiseau, Michel Le Bris, Frankétienne, Louis-Philippe Dalembert, Thélyson Orélien, Eléna Paz, Emmelie Prophète, Laure Morali, Boris Gamalaye et tant d’autres…

Répartie en 8 rubriques avec les imaginaires comme thème à l’épicentre de ses objectifs, la revue se propose d’être une boîte noire qui capte et rassemble les mouvements, les vibrations et autres intranquillités créatrices. Ce premier numéro comprend un hommage à Jacques Stephen Alexis et rassemble  ainsi des lettres écrites par des auteurs contemporains à leur fille ou fils, réel ou imaginaire, telles la lettre écrite par Jacques Stephen Alexis à sa fille Florence.

"Pour répondre à nos envies, nos pulsions « intranquilles », nous préférons substituer au mot revue, le mot rêve. En réalité, l’art ne semble respirer et rayonner que dans l’étrangeté des rêves, de ceux qui, paradoxalement, ne font pas de quartier au sommeil. Nous ne dirons jamais assez notre organique et impérieux besoin d’utopies. Dans le commerce intime qu’entretient le créateur avec l’utopie, il est une ligne de faille qui produit quelque chose comme un tremblement de l’esprit, entre l’angoisse qui précède la création et le jaillissement jubilatoire de l’œuvre. D’aucuns parlent de miracles. Ce moment mystérieux trouve tout artiste dans la jalouse condition d’un démuni grandiose.

Où vont tous ces mots, tous ces mondes qui nous traversent dans nos déraillements divers, sans que nous nous donnions le temps, ni la peine de les accoucher? Où se cachent ces pépites, ces éclairs de rêverie qui métamorphosent et diffusent nos idées noires en feux d’artifices et pulvérisent notre bon sens, pour foutre le camp aussi sec, aussitôt qu'ils nous sont apparus ? Une idée qui passe en éclair surprend toujours par sa force de frappe et nous éclaire avec brio sur notre incapacité à nous en dessaisir. Comment faire, comment procéder pour charrier avec nous les bijoux sonores de langue, sans risquer notre peau de mineur qui rêve de remonter en surface,  paré de mille signes  et de  preuves d’identifiables merveilles. Il faudrait  posséder  la foi et la légèreté insoutenable d’un rêveur à gages."

  • Découvrez ICI l’Éditorial de ce premier numéro de la revue Intranqu’îllités. 
  • Si vous souhaitez un ou plusieurs exemplaires version papier, envoyez un message àpassagersdesvents@gmail.com
  • Pour consulter les premières pages ou pour vous procurer de la version numérique, cliquez ICI 

         

© Passagers des Vents - La revue IntranQu'îllités

Direction : James Noël

Conception visuelle : Pascale Monnin

Graphisme : Jacky Russo

ISBN : 978-99935-7-079-0.

Dépôt légal : 12-01-008, Bibliothèque Nationale d’Haïti

Prix de vente: 20 euros (+frais de port)

 

Sources : Passagers des VentsPapalagui

 

"Intranqu’îllités" une revue d’art Haïtienne

Écoutez Pascale Monnin et James Noël au micro d’Edmond Morrel (15.1 Mo)  

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 3 Juin 2012

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Vents Alizés est une revue de création et de théorie littéraires, un laboratoire de voix plurielles, une plateforme d´expérimentations poétiques. Elle s'est donnée pour mission d'assurer une diffusion plus large aux auteurs de l'océan Indien, des Caraibes et du PacifiqueElle a été fondée par la poétesse seychelloise Magie Faure-Vidot et Károly Sándor Pallai, chercheur doctorant en littérature francophone/comparée (Université de Budapest - ELTE).

 

Le premier numéro de cette revue vient de paraître en version électronique. 

 

 

Présentation 


La revue électronique Vents Alizés est conçue pour assurer une diffusion d’accès libre étendue aux auteurs de l’océan Indien, des Caraïbes, du Pacifique et d’ailleurs. Les alizés, vents des régions intertropicales, désignent le concept fondateur de la revue : établir et nourrir de vifs rapports entre les aires océaniques de la langue française, entre les littératures des océans. La revue est destinée à la mise en valeur de la production littéraire et du discours critique. Le principe de la libre circulation vise d’encourager la diffusion de la création littéraire et de la recherche théorique afin de favoriser l’intercommunication et les enrichissements mutuels.

 

Dans le but d’élargir l’échange des idées, et pour se situer dans l’interculturel, la revue Vents Alizés est largement ouverte sur les différentes formes de la poésie. Elle se veut être un lieu de rencontre de la création et de la théorie, de nouvelles voies d’emboîtements et d’interinfluences des diverses formes artistiques. Laboratoire de voix plurielles, la revue est au croisement des cultures, des continents, des langues et des littératures. Dans cette optique, Vents Alizés publie des textes en français, en anglais et en créole (guadeloupéen, réunionnais, mauricien, seychellois). 

 


Périodicité, politique des rubriques


Vents Alizés paraît trois fois l’an. Les numéros sont structurés autour d’un noyau thématique déterminé par le comité de rédaction. Une rubrique est réservée aux œuvres et articles qui ne sont pas associés au thème du numéro. Vents Alizés offre des possibilités de diffusion pour la représentation des résultats de recherche portant sur un sujet lié aux domaines visés par la revue. La revue s’est donnée pour mission de servir de laboratoire d’expérimentations littéraires et d’offrir des possibilités d’une diffusion plus vaste aux œuvres de voix traditionnelles. Conformément à l'optique de la revue, Vents Alizés se consacre également à valoriser les parutions récentes dans le domaine de la création et théorie littéraires, de l'esthétique et d’autres sciences humaines.


Langues :

français, anglais, créole (guadeloupéen, mauricien, réunionnais, seychellois)

 

 

Cliquez sur la photo de couverture pour accéder à la fenêtre de lecture. Puis cliquez sur Expand pour ajuster l'échelle de l'agrandissement. Pour télécharger cliquez sur pdf à côté du titre et choisissez Download dans la fenêtre qui s'ouvre. 


 

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Date de création : Juin 2012
Périodicité : trimestrielle

ISSN : 1659-732x

Numéros parus en 2012 : KOMANSMAN

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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Publié le 30 Mai 2012

poze-copie-1.jpgJ’ai reçu la plaquette avec des idées préconçues, comme si le poids de l’imprimé pouvait dire autant sur la qualité des textes. Dès le premier poème, j’ai reçu les mots d’un d’homme bien élevé à la mentalité paysanne haïtienne : Lonè ! Un poème d’une simplicité éloquente, sur un ton de révolté, mais surtout un texte osé mettant en garde tout critique qui aurait tendance à regarder de travers et à poser des observations tendancieuses sur la nouvelle poésie-créole. C’était un petit fragment prêt à servir d’introduction à un manifeste de la défense de toutes les formes qu’emprunterait la poésie, créole en particulier. C’est pourtant le texte choisi par Dovilas pour décocher le hochet ouvrant la voie : Liminasyon.

 

Lonè : titre d’introduction du recueil est constitué de quatre lignes comme dans le champ des horizons, neuf mots comme les neuf planètes, survol de l’état de notre connaissance du système solaire que la science explore de jour en jour. Tandis que ces vers sont si denses, il nous faudrait prendre assez longtemps à les transcrire par explications psychologiques pour constituer tout un ouvrage d’essaie. L’auteur par enchantement nous met en garde de ne pas planter nos os dans une couane de gombo pour en extraire l’âme de la poésie jugée au prime abord produit d’inspiration ; une vérité que tous les jeunes poètes qui rêvent de modernisation doivent apprendre et surtout tous les critiques qui s’aviseraient de dénoncer les défauts ou de louer les qualités des textes poétiques.

 

De toute façon, il faut admettre qu’il n’est pas le premier à exposer sur l’idée, d’autres avant lui ont déjà spéculé sur les manières de lire et d’apprécier la poésie, sans écarter le fait qu’Anderson l’a fait sur un ton magistralement original laissant croire qu’il serait le premier à élucider la situation :

 

« Powèm pa fèt

Pou korije

Enspirasyon an

Tou gramè ».

 

Voici donc un texte assez cynique autant de rendre ce que l’âge de son auteur, âme bien née, ne saurait lui offrir : la paternité d’une nouvelle voie poétique !

 

La poétique de l’auteur s’exhibe sur les cordes de son temps, fragile, exigeante et authentique. Toutes sensations que le corps et l’esprit peuvent éprouver transcendent sous la plume de ce prodige haïtien en parfum de poésie sur papier Chaque texte de Liminasyon est un pas mesuré au rythme de la cérémonie commandée avec rigueur par les mots choisis par l’auteur ; ce recueil envoutant, se laisse chevaucher dans l’arène surchauffée de la poésie-créole. C’est un catéchisme littéraire simple et beau, petit mais combien puissant à la démesure de sacrifices courageusement consentis.

 

Par le langage presque complètement inventé, à l’usage du verbe quotidien, il fait la démonstration d’un recul face au comportement de certains poètes de son temps traitant les mêmes thèmes que lui sans pourtant arriver à se démarquer de la tradition qui les retient victimes. Son souffle littéraire s’enclave dans une lutte pour une amélioration des conditions des gens de son pays. Même quand il est souvent question d’amour à tisser les vers de ses textes, il laisse sous les lèvres le gout pressenti des revendications justes : « Liminasyon silans kap dechire souf nou » (Woulib) ou bien encore dans le texte titré Mibalè : « Ou nan Mibalè / Jenn fanm limyè / Jenn fanm an fè… ».

 

Tous les textes de Limasyon comportent des messages subtil qu’il faut rechercher dans les dénonciations d’une tradition culturelle séculaire, dénoncée sans sauvagerie. Il ne s’abuse pas de sa plume ni de sa verve pour inculper mais pour servir de guide avisé . Dovilas reconnait ses limites, son impuissance à régenter la nature des événements d’où son rêve de l’inaccessible partagé comme un vœu exprimé dans le texte Douz Janvye, une date qui a ajouté du feu sous la misère déjà atroce du peuple haïtien : « M’anvi sere janvye / Lè lap rive sou douz

 

La poésie de Dovilas cumule des comparaisons accompagnant chaque moment de l’existence du peuple haïtien dans ses habitudes à exposer son amour (Anvanm ekri lèt sa a / Mal nan diksyonè… (Prèv damou)), dans ses manières de confronter les vicissitudes de la vie quotidienne (Anba dra gon sekrè / San kouvèti / K’ap konvèti / Chèlbè nan asyèt… (Chen janbe)), constat qui ne manque pas de révolter le poète et qui préfigure dans tous les textes, palpant ou apparent.

 

Dovilas emploie des images truffées de susceptibilités qui accusent au départ la grammaire qui posent des balisent avec plutôt comme proposition péremptoire de recourir à la compréhension sans ambiguïté si l’on veut pour témoignage le texte Azoumounou, : « Si w gade m nan manch / Wap jwenn on kouto tab / san moustach… ». Un passage qui nous rapelle une composition carnavalesque du groupe Bossa Combo qui nous faisait répéter des insanités sans que la plupart d’entre nous n’aient pu réaliser qu’ils le faisaient : magie de la poésie !

 

Si le langage de Dovilas se construit avec des prétextes dans Liminasyon, la poésie pourtant n’y perd rien, la pensée de l’auteur s’énonce toujours claire dans la plus parfaite simplicité qui explique n’importe quel sujet, un langage de travers exprimé dans la réalité, témoignage de Daphta sur fond de croyance : « Anvanm al dòmi / M’mòde zòrye a / Pou lannwit ka di w / Jan rèv la santi bon… »

 

Il promène avec sa plume comme un œil pour attirer l’attention de tous les haitiens « Dwèt sou bouch », qui cherchent leurs histoires au « Pòtay Leogàn ». Il revendique aussi un changement dans l’actuel de ce peuple : « Sa fè lapenn / Pou Pòtay… » Lieu devenu dépotoir de détritus : « Si son ti pil / Rale kreyon make figil /Pou ekri longèl pita… ». Son langage est aussi imprégné de syncrétisme qui assure un mélange de Liminasyon et de Neuvaine ; lisons cet extrait de Losti : « Wout ki mennenm /Pi pre w la / Pase nan do / Siy delakwa / ak yon balèn nan menl… » :

 

Liminasyon est un recueil à multiple interprétation qui offre une manière originale de lire la nouvelle poésie sans trop de difficulté avec des textes qui se lisent de part eux-mêmes, rythmes et sensations combinés, un recueil « Tout bon nan won » qui allume « Limyè pou pike devan / Konsa konsa nap grennen tripotay… »

 

Liminasyon est planté debout au carrefour qui donne sur la poésie créole dans la modernité, traçant une orientation aux jeunes esprits qui voudraient emprunter la voie de la poésie avec peu d’expérience ; c’est aussi un cahier imaginaire « Alfabè » qui fait la leçon : « Lèm al lekòl / Map konn koule kafe / Map konn monte pye bwa… »

 

Liminasyon est réellement un jardin fleuri de prétextes qui dénoncent de manière inattendue avec beaucoup d’audace et de prétention : « Lèm al lekòl / M’pral aprann pa konnenm… » : Notre système scolaire est pris pour cible…

 

Il serait bien de vous convier à lire ce recueil pour avoir le plaisir de mesurer la pointure d’une poésie en gestation dans toute sa forme physique et intelligible à travers un petit « Filalang » : « Lè solèy la fin sekwe kòl… ». C’est un canon poétique qui doit faire partie de vos objets de voyage et doit être déposé sur votre table de chevet afin que : « Lèwap pase lwenm nan yon foto » où « Tan an te apiye sou nou », pour que nous ayons la chance de faire une « Dènye priyè » à l’horizon deLiminasyon.

 

Les textes de Liminasyon invitent à gouter l’infini comme annoncé par le poète dans les points qui ponctuent chaque titre traité comme une invitation à participer à la cérémonie d’inauguration d’une nouvelle Poésie Créole.

 

Jean Rony Cinéus

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Rédigé par Parole en Archipel par Thélyson Orélien

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