Publié le 19 Mars 2012

NB : Cette lettre de l'écrivain Rodney Saint-Éloi n'est pas une réponse à une quelconque revendication. Elle a été écrit sur demande de la section Conseils d'écriture des Prix Littéraires de Radio-Canada bien avant 2011. Nous l'avons ré-publié ici à Parole en Archipel.

rodney       

On m’a demandé de m’adresser aux jeunes écrivains. Autant le dire tout de suite : je n’ai aucune légitimité pour une telle entreprise. Vous écrivez vos premiers textes, et vous avez peut-être besoin de conseils. Au risque de vous décevoir, je dirai simplement que tout est dans les livres. Tout est dans les auteurs que l’on lit et relit. Dans leurs histoires. Dans leur témoignage. Et surtout dans leur vie.

 

Borges préférait son statut de lecteur à celui d’écrivain.
Alors lisez… Puis relisez.

Frankétienne, sur une île dévastée, jure qu’il ne mourra pas sans le Nobel. 

Alors, de votre vie faites une profession d’espoir. 

Pour Virginia Woolf, la recette était plutôt simple : Une chambre à soi.

Alors, trouvez votre chambre à vous afin de cultiver votre jardin et votre solitude.

Dany Laferrière, le petit fils de Da, nous a appris à conquérir l’Amérique en une nuit, de sa galerie de Petit-Goâve, au pied de sa grand-mère.

Alors devenez conquérant… Ou guerrier de l’imaginaire, dans ce voyage immobile.

Cherchez simplement la poésie et la tragédie du quotidien. Et créez vous-même la légende qui est la vôtre.

 

Je ne sais pas trop ce que veut dire être un jeune écrivain… Un écrivain a toujours en lui l’expérience de toute vie. Vivez mille vies. Car les jeunes qui écrivent sont des vieux qui se souviennent qu’ils ont eu une jeunesse. Ils n’ont pas été épargnés par la vie. Ils ont besoin de dégager le trop-plein de gestes et de mots qui les étouffe.

 

Des conseils : non… Évitez les conseils et les mentors… Laissez germiner les semences en vous. Puisez dans le clair-obscur des drames et des situations…  Écoutez les maîtres… Mêlez vos voix à leurs voix. Entrez en dialogue, par exemple, avec le vieux Rilke qui écrivait dans ses Lettres à un jeune poète : « Cherchez en vous-mêmes. Explorez la raison qui vous commande d’écrire; examinez si elle plonge ses racines au plus profond de votre coeur; faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s’il vous était interdit d’écrire. Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit; me faut-il écrire ?

 

Creusez en vous-mêmes à la recherche d’une réponse profonde. Et si celle-ci devait être affirmative, s’il vous était donné d’aller à la rencontre de cette grave question avec un fort et simple “il le faut”, alors bâtissez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu’en son heure la plus indifférente et la plus infime, être le signe et le témoignage de cette impulsion. » Aux jeunes écrivains, Hemingway, dans ses dix conseils, par: « Soyez amoureux ». Il termine par : « Taisez-vous ». Beckett dénude et dénude… Dépouille et dépouille… Jusqu’à l’épure extrême afin de nous apprendre à nous accrocher à l’essentiel, mettant ainsi en échec l’infini bavardage humain.

 

Engagez-vous surtout envers vous-même et envers la Parole. Car au commencement, il n’y eut que la parole. Cherchez en vous la petite musique discrète qui est votre voix. Boccace rappelait à propos de Dante la « douce odeur de l’incorruptible vérité. » Cherchez cette vérité-là. C’est le seul chemin qui mène à l’écriture.

 

 

Rodney Saint-Éloi 

                                                                                                                                                   

© - Rodney Saint-Éloi est écrivain et éditeur.                         

Ses deux derniers livres :                                                                                                           

Haïti kenbe la! édité chez Michel Lafon, 2010                                                                   

Récitatif au pays des ombres édité chez Mémoire d'Encrier, 2011


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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 14 Mars 2012

Par: Anderson Dovilas

 

Anderson.jpgToutes les portes sont fermées, laissez passer ce jeune c’est un ami de la famille. La littérature n’a qu’une seule porte d’entrée, toutes les bénédictions nous reviennent ...

 

Il suffit de rassembler les affiches de conférences à l’institut Français d’Haïti, à la DNL (Direction Nationale du Livre) et autres endroits de consommation littéraire de qualité (quelques rares lieux ont échappé à cette épidémie gérontocratique), de collectionner les articles prestigieux parus sur la littérature haïtienne en Haïti ou à l’étranger, pour comprendre qu’à chaque événement les mêmes têtes se retrouvent.

 

«Le 23 Aout 2004, Les Presses Nationales d’Haïti ont lancé leurs propres éditions sous le même label. Cet outil permettra aux Presses Nationales de rééditer des livres de référence, publier des oeuvres capitales, éditer des auteurs susceptibles de contribuer au renouvellement des lettres haïtiennes et démocratiser le prix du livre», a poursuivi Willems Edouard.

Les éditions des Presses Nationales d’Haïti prévoient de publier des livres dans quatre autres collections: Intemporel (classiques de la littérature haïtienne) Souffle Nouveau (auteurs contemporains), Pensée (essais, analyses), Méthode (ouvrages didactiques). Source, Alter-Presse, 30 Aout 2004.


Ce qu’il faut surtout souligner dans cette Collection Souffle Nouveau (Koleksyon souf nouvo), c’est que les mêmes auteurs ont été édites et réédités. Autrement dit, est-ce qu’il n’y a pas eu de manuscrit déposé venant des jeunes qui serait à la hauteur de ce renouvellement? Sans aucune prétention, nous pouvons constater que, depuis un certain nombre d’années, l’acceptation d’un jeune écrivain haïtien se fait d’abord à l’extérieur, avant de jouir des privilèges notoires dans son propre territoire. Ce qui offre une large possibilité d’être exploité par des éditions étrangères. Une simple préface de Trouillot, de Castera, de Franketienne etc. peut faire d’un jeune un génie. Ou du moins, une simple publication avec une édition en France, au Canada et j’en passe, même s’il s’agissait d’une maison quasi-inconnue peut faire ce même effet. En passant je n’ai rien contre le fait d’être préfacé par quelqu’un qui a déjà fait un travail salutaire dans la littérature haïtienne, ou d’être publié à l’étranger. Mais la course à la reconnaissance des jeunes et le refus de reconnaissance de la part des ainés dérangent beaucoup. Et nous pouvons citer à titre d’exemple des livres, à trois et même à quatre notes d’appréciations. Qui sait combien de corruption cette perspective littéraire nous réservera à l’avenir. Puisque nous avons atteint la formule liée à l’imposition des mains, où il faut oindre les poètes de cette nouvelle génération littéraire pour les faire connaître.

 

Une littérature à l’image du pays

 

Mise à part cette crise clanique dont souffre la littérature haïtienne, il y a aussi la crise de l’institutionnalisation littéraire. Comment comprendre qu’en 2012, nos auteurs les plus prestigieux cherchent aussi la reconnaissance de l’ailleurs? Se mettre au défi de gagner des prix littéraires à l’étranger, par exemple Médicis, Renaudot et Goncourt interposés. Qu’est ce qui empêche ces autorités des lettres haïtiennes de créer une maison d’édition avec un prix littéraire de prestige dans leur propre pays? Faut-il affirmer notre petitesse de peuple dans tous les domaines, faut-il s’engager à jouer dans la cour des grands pour une meilleure image de l’Art haïtien?


On ne peut considérer les faits littéraires comme des faits qui se réfléchissent en un lieu, dans un espace, ou dans toute forme génératrice de modèles. Parce que le créateur n’obéit pas à une formule applicable par tous, mais de préférence utilise un ensemble de techniques comme base pour arriver à d’autres techniques. Dans le cas contraire, ce serait banaliser le potentiel humain dans son dynamisme, qui lui prodigue aussi une dimension culturelle unique. En ce sens, les jeunes n’ont pas besoin d’une écriture justifiable par quiconque. Ils n’ont besoin que d’être justifiés par les faits littéraires qui constituent leur matériel sensible, servant à caractériser les moments littéraires. Il nous faut donc casser ce mythe, avant d’être claquemuré par nos propres mainsEn effet, ce scandale qu’au Festival du Livre «Etonnant Voyageur», Georges Castera ait pu affirmer, avec outre cuicidance, sans reserve aucune, devant plusieurs vingtaines de personnes: «les jeunes qui publient de nos jours publient sous nos supervisions, en dehors de ce privilège, ils ne publient que de la merde.» (Source Claude Sainnécharles). N’était pas le premier et ne sera pas le dernier, tant que nous continuons à pleurnicher pour une bénédiction qui ne peut bénir. Sans comprendre qu’il est temps de rompre avec cette tradition de littérature méritocratique. Et de nous regrouper autour d’une idéologie, semblable à celle de nos ancêtres pour nous libérer de toute forme de main mise.

 

Ainsi, cette réflexion nous permettra de comprendre que nos ainés subissent eux-mêmes ailleurs le même sort qu’ils nous font subir à nous dans le pays. Et que la priorité doit être pour aujourd’hui, celle de trouver comment créer une littérature autonome, en faisant vivre nos lettres par elles-mêmes, sans l’intervention d’une note de référence, et l’attente d’une appréciation d’outre-mer.

 

 

Anderson Dovilas, poète

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 14 Mars 2012

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Chers amis de la “Nouvelle Vague“, 

 

En tant que Déléguée de la Société des Poètes Français, comme à titre personnel, j’approuve l’article de mon ami Anderson Dovilas. En effet je n’ai jamais prétendue être Déléguée par rapport à des écrivains connus, qui ont déjà fait carrière, mais au contraire au regard des plus jeunes aux talents prometteurs. Il est inadmissible que le seul message que certains se permettent de transmettre à leurs cadets, soient arrogances et insultes. Car on ne peut mettre en doute la parole de Claude Sainnécharles.

 

Déjà je m’étais rendue compte que ces jeunes poètes étaient seuls dans leurs démarches créatrices. Et que les initiatives ne venaient que d’eux-mêmes. Le système de parrainage, fréquent dans d’autres pays, n’avait pas lieu d’être en HAITI, ou quand il existait se révélait hautement sélectif au détriment de jeunes tout aussi méritants.

 

Dans cette situation, mieux vaut passer outre, Nul besoin d’adoubement ni de bénédiction. Formez vos associations, continuez à vous encourager mutuellement, cherchez avant tout à être VOUS-MEMES, comme c’est la mission de chaque artiste digne de ce nom.

 

La reconnaissance doit venir du lectorat et non pas d’un quelconque Cénacle. Claude, Anderson, Coutechève, Samson, Fred Edson, Thelyson,Yves Romel, Duckens et tant d’autres, vous avez déjà écrit les plus belles pages de la poésie contemporaine, alors si quelques uns vous font grise-mine, et vous accablent de leur morgue jusque dans la presse, quelle importance !!!!!

 

Laissez parler votre coeur, et n’oubliez jamais comme le disait JEAN COCTEAU:

 

«ECRIRE EST UN ACTE D’AMOUR 

 S’IL NE L’EST PAS 

IL N’EST QU’ECRITURE.»

 

Enfin gardez toujours à l’esprit, que si HAITI est votre berceau, la poésie est universelle.

 

 

Denise Bernhardt 

Membre de la Société des Gens de Lettres de France 

Pen Club Français 

Montmorency 

Le 12 mars 2012

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 10 Mars 2012

 

Une lecture d'Assaut à la nuit de Roussan Camille 

 

Par Jean-Durosier Desrivières 

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© Jean Durosier DESRIVIERES. Photo Sandra Kraljevic - Anis GRAS, le lieu de l'autreArcueil (France)


Il est des poèmes et des poètes qui vous obligent à vous attarder dans leur univers, à y prendre pied, en dépit de tout. Indigénisme, négritude, négrisme, «noirisme»… tout cela peut vous irriter. Rien que des théories, des concepts, des idées à générer crainte et méfiance perpétuelles chez certains lecteurs. Mais le chant poétique – hors tout champ catégorique, carcéral, hormis son propre champ, ouvert, en marge des œillères – stipule toujours un possible émerveillement. Serait-il ainsi de celui de Camille?


J’ai passé des nuits quasi inassouvies avec Camille. Entre nous, un poème, un complice, une jeune femme: «Nedje». Je l’ai traînée avec moi, en maints lieux clairs-obscurs: café, cabaret, piano-bar, hôtel, et que sais-je encore. Elle épouse toutes les inflexions de ma voix, tous les caprices de mes lèvres, mon souffle, au gré du rythme, de la mélodie, du poids de ses propres mots et de l’élan du cœur brûlant les planches. Je dis:

 

Tu n’avais pas seize ans,

toi qui disais venir du Danakil

et que des blancs pervers

gavaient d’anis et de Whisky,

en ce dancing fumeux

de Casablanca. («Nedje»)


Et l’émotion se présente, toujours solennelle, exquise. A chaque fois, ton histoire soulève des âmes, «Nedje». Tu convies malgré toi des cœurs insensibles à essuyer une larme sournoise, au détour de ta souffrance désarmante; toi, chevauchée par

 

Les marins en manœuvre,

les soldats en congé

les touristes désoeuvrés

qui ont broyé ta poitrine brune

de tout leur vaste ennui de voyageurs («Nedje»)

 

Rappelle-toi, «Nedje», c’est toi qui m’as conduit vers ces autres plages de perles rares, presque à ton image, tristement joyeuses et révoltées, toutes ouvertes dans ce même menu espace qui assure leur structure: Assaut à la nuit.

 

Les premiers mots de cette composition poétique – Assaut à la nuit, précisément – nous viennent par «Vagues»: premier poème. Elles nous entraînent, dès le premier vers, «au fond des mers tropicales», dans les abysses, la profondeur. Mais encore, au fond des nuits enfumées d’ennui, de méfaits et d’errances, en résonance avec les nuits des temps de barbarie subis par ceux qui, «semés aux sillages des négriers», n’avaient guère de voix: «des peuples anonymes / dont les muscles [sont] dissous / au jeu souple des vagues». Et l’on comprend que cette joie – côté poésie – angoissante – côté histoire – de descendre dans les souillures flamboyantes des nuits surpasse toute postulation vers Satan tel que le voudrait Baudelaire. Bien qu’enfin de compte la nuit soit «nourrice du désespoir et du péché» («Nocturne»).

 

Premier poème: autre seuil du recueil ou prolongement du seuil? A la cinquième strophe, comme dans un tombeau, sommeille ce vers marquant le centre du quintil: «monter à l’assaut de la nuit». Ce clin d’œil au titre qui trône sur la couverture ne saurait tromper la vigilance du lecteur le plus distrait. Un titre sans doute perfide. Car la nuit, loin de subir l'offensive du poète, serait plutôt celle qui le hante, l’habite, le séquestre:

 

[…] guet-apens de l’âme et de la chair

la nuit ne m’a jamais laissé.

Je l’ai baisée si fort,

tant haïe,

et tant aimée,

que je la porte

en ma peau noire,

en mes yeux noirs,

en mon cœur noir. («Nocturne»)

 

C’est Rimbaud, injuriant la Beauté, assise sur ses genoux. La nuit, s'édifiant dans son corps, obsède notre noctambule, au point que l’Assaut à la nuit se lirait plutôt comme un Assaut de la nuit. Situation que le poète, trappeur de lune et d’étoiles, voudra constamment renverser dans l’espace textuel.

 

Toute la qualité du poète en tant que sujet agissant se décrypterait à travers une certaine intention d’enquête et de quête. Le journaliste semblerait parfois précéder le poète qui, motivé par la recherche d’informations et de sensations au plus profond de l’espace nocturne, aboutit enfin aux blues et aux complaintes des tavernes, aux chants des navires, des mers et des fleuves, aux valses des salons et au jazz endiablé des usines, scandant «le divin tapage des bielles rédemptrices» («Espoir»). Et toujours tout près de tout cela, des nègres, des frères: leurs chants douloureux inspirent ceux du poète, pareils à des récits de cris nourris de fibres mélancoliques, de silences, de souffrances et de fausses gaietés traversant tant de lieux:

 

J’ai traîné ma faiblesse

aux boulevards indifférents

de neuf capitales.

Je marchai les yeux fermés,

l’esprit fermé,

parmi les frères agonisants

dans la nuit de moi-même («Poison dans le cœur»)

 

Assaut à la nuit: un recueil de poèmes tel un journal. Il suffit de penser à celui de Blaise Cendrars:

 

On a beau ne pas vouloir parler de soi-même

Il faut parfois crier

Je suis l’autre

Trop sensible 3

 

Et de reconnaître tout de suite, en paraphrasant Magritte, que ceci n’est pas un journal. Quand bien même des indices ou des aveux du poète le laisseraient entendre. Pourtant, les textes témoignent de tant d’itinéraires et de tant de personnages (entre)croisés, de tant de temps et de places visités, inventoriés, remémorés et inventés.

 

Dans le poème de Roussan, le langage est traité de façon tel que le texte devient un récit raté représentant les aventures d’un sujet et de quelques êtres de papier, des fantômes littéraires, des ombres momentanées, embarqués sur le bateau de l’imaginaire de l’aède lançant des «Appels» aux «frères de toutes parts» avec l’amour de ses yeux et le geste de ses mains chercheuses d’aurores.

 

Les «Vagues» du premier poème nous ramènent au temps «des cadavres ensablés des caravelles», temps de mainmise et de mort injustifiée. Les «Soutiers nègres» des temps modernes ne sont pas moins en péril: loin de s’accommoder du «voyage de fête», ils font plutôt revivre

 

[…] cet autre voyage

que nous fîmes jadis

de la lointaine Afrique

aux îles atlantiques. («Soutiers nègres»)

 

Le poète paraît (re)connaître, de près comme de loin, la «Litanie des îles», toutes ces îles petites, fragiles, «filles des sismiques orgies», irriguées de fleuves de sang et de sueur. De «l’estuaire du Congo» à l’Artibonite, via le Mississipi, le poète habite et est habité par tous les «Fleuves».

 

Notre âme est faite,

comme les fleuves,

de trésors à peine cachés

et de mille élans sans barrières

comme les cavalcades des soirs de rapt. («Fleuves»)

 

Le poème prend quelquefois l’allure d’un conte constellé, échappé pourtant à toute magie. L’on voit des nuits illuminées pour mieux éblouir les consciences, mieux dissimuler les faux rires, mieux étouffer la mélodie éraillé des dancings, écorcher les remords et ignorer la fiesta des balles qui anéantissent tout, «dans la nuit madrilène» en l’occurrence.

 

Un jour,

sur un bateau plein de lumières…

 

Voilà le début de «Soutiers nègres» qui en vaut bien un il était une fois. «Un jour», temps indéfini. Intemporalité qui fait vite place à l’imparfait («qui faisait un voyage de fête») et au passé simple («je vous vis en sueur»), marques du récit. Le décor est installé. L’on peut donc découvrir au fil du libre cours des vers la belle aventure du navire qui chantait et à laquelle se joignaient les chansons torturées des hommes et des femmes noires.

Le «Front haut», le poème de Camille, voudrait faire échec à toutes les nuits resplendissantes, quoique humiliant, grossièrement, l’homme. Le poème de Camille se veut une exigence de promesse. Il faut donc revoir, interpeller les légendes les plus engageantes, hautement symboliques:

 

Une nuit,

en Galilée…

 

Un autre conte n’épargnant point le «Christ» qui «mit des mains calleuses de pêcheurs / en de blanches mains d’artistes.» Qu’il renouvelle les Pâques ! Des Pâques où les mets et les boissons «feront librement le tour de la table». Des Pâques annonçant de meilleurs jours, célébrant une autre alliance.

Comment ne pas entendre entre les lignes du «Christ» de Camille, une résonance du poème-prière fleuve de Cendrars, «Les Pâques», écrit à New York un soir de l’an 1912, en pleine crise de foi:

 

Seigneur, la foule des pauvres pour qui vous fîtes le sacrifice

Est ici, parquée, tassée, comme du bétail, dans les hospices.

[…]

Seigneur, ayez pitié des peuples en souffrance.4

 

Ayez pitié de «Nedje» dont son cœur est en attente d’un nouveau bonheur, «lorsqu’aux aurores nouvelles» elle retournera danser pour tous ses héros, morts ou vivants. Ayez pitié de «Sola», la prostituée, à l’écoute de «l’appel prodigieux / de la simple vérité des jours». Ayez pitié de ceux qui n’ont pas pu achever leur grand geste «aux heures où l’avenir / appelle le passé par-dessus le sommeil / amoncelé entre leurs feux» («Heures inachevées»). Ayez pitié aussi du poète qui a des étoiles à cueillir:

 

Ah ! tremble, vieux monde magnifique et triste,

Car voici le temps de ma récolte d’étoiles. («Front Haut»)

 

D’actions de grâce en blasphèmes, d’images surprenantes en figures (ré)percutantes, de réseau d’assonances et d’allitérations en écho sonore, de refrains en répétitions – assurant, assumant la mise en abîme même du chant – la chanson de Roussan se répond à elle-même, affrontant textuellement tous les continents, flirtant avec tous les temps et les lieux infâmes, réels ou recréés, dans l’espoir de bouleverser les cœurs les plus arides pour que soit renversé ce monde inique plongé dans l’absurdité insoupçonnée des nuits merveilleuses, dépourvues souvent des lumières bienfaisantes de la conscience.

 

Des îles australes

jusqu’au Nil

ma mélodie s’étendait

comme un fleuve de cristal.

Mais pendant trois siècles,

des vaisseaux noirs

promenèrent leurs effroyables proues

dans toutes les eaux

où vibraient ma mélodie […] («Notre chanson»)

 

Le poète refuse, malgré son impuissance, de mettre son chant en berne sur le dôme de la nuit ou de l’engloutir dans l’immensité de son âme généreuse. Le poète refuse de se réveiller avec «des désirs asphyxiés, / des cadavres d’amours, / des squelettes de rêves…» Le poète prend la nuit à bras-le-corps, occupant à la fois la lumière et l’obscurité, sillonnant tous les espaces, épiant toutes les lèvres hypocrites, communiant avec tous les tourments des hommes, en espérant les rayons liminaires et radieux du soleil levant.

 

Jean-Durosier DESRIVIERES

Fort-de-France, Martinique, le 31 août 2004.



 

Notes

 

Roussan Camille, Assaut à la nuit, Montréal, Québec, Ed. Mémoire d’Encrier, 2003.

Roussan Camille est né le 27 août 1912 à Jacmel, Haïti. «À 24 ans, Camille visite des pays de l'Europe, où il observe, et les réceptions fastes des bourgeois et les conditions difficiles du petit peuple. Il rentre en Haïti en 1940, non sans une escale obligée, en temps de guerre, à Casablanca, ville qui va l'inspirer, comme on peut le voir dans le poème «Nedje» de son premier recueil, Assaut à la nuit, publié en Haïti à compte d'auteur.» Voir le site «Île en Île». 

 

Blaise Cendrars, «Journal», Poésies Complètes, vol 1, Paris, Ed Denoël, 2001, p. 65 et 66. 

Blaise Cendrars, «Les Pâques», Poésies Complètes, vol 1, Paris, Ed Denoël, 2001, p. 7 et 8.

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 9 Mars 2012

Poème à l’Anonyme

 

Très grande majesté

son excellence majesté SEM dit-on

je chante pour toi

si le tambour sonne dans la nuit

il donne des sons discordants

dirai-je comme Verlaine

les sanglots longs

des violons monotones

ont embarqué aux ports d’automne

à la différence qu’ici

sur mon torse nu le soleil s’est levé

 

Ravi d’un baiser de chair fraiche

cueilli à la mer sur des poissons cuivrés

que j’ai mangé par sacrifice

sang de mes ancêtres renouvelés en moi

sang de la mer changé en vin

comme tes rapports sexuels

changés en bain de couleuvres

car ce n’est que la couleuvre qui peut tromper

ô

 

Anonyme

homme ou couleuvre

nous ne mangerons pas ta pomme sur la durée

car à un certain moment

elle sera bloqué dans notre gorge

pour permettre de crier plus fort

à bas l’abus

qui s’empile sur mon désir

de jour de la femme

tu étais plus belle anonyme quand tu t’habillais de rubans

de dérisions

et que tu avais une culotte

car nous ne pouvons savoir si ton sexe

est à tête

de serpent ou d’aigle

car l’aigle semble accroupi sur la tête

sans cheveux, sans mornes de mon

 

Haïti

ô mon pays dirait Anthony Phelps

il est venu le temps de se parler par signes

ou par chiffres 8 dit-on

croiser les 8 premières lettres des strophes de ce poème

et les huit lettres de ton nom de famille

les 8 énigmes étalés sur la table bleu

divisé par deux donne 4

quatre photos identiques répétés comme dans un tableau de consommation

trois passeports en deux mille un

deux dates d’émission et d’expiration se confondant

en un seul mensonge

mais

 

Il n’y a pas une seule fois

que Dieu est resté anonyme

nous le peuple ne saurons jamais

si la faim s’égrène ainsi  

aux paroles tafia de cents hommes qui manifestent

et parlent-et-mentent

nous ne connaitrons jamais ton genre sexuel

ton origine

ton regard se perd

monsieur qui ressemble bien à un apatride

sans papiers

ou plein de papiers qui se chiffonnent

et

 

Sentent le beurre d’arachide

les papiers hygiéniques d’un homme d’affaires dit-on

qui ne s’est installé jamais nulle part

et qui vient sur  ma terre

pour la cultiver comme son entreprise dit-on

sache que ma terre est nue

et que le soleil se lève sur mon torse

comme le printemps se lèvera toujours

à la bonne heure

même s’il y a durée indéterminée

vient danser

secouer tes hanches sur mon corps

nu pour un corps à corps

de sueurs à

 

Odeurs fortes

de parfum Jean Paul Gaultier

Jean sera grand comme pierre

Pierre que nous n’avons jamais connu

car sur sa pierre s’est bâti plusieurs désastres

de terres qui glissent

et moi qui ne glisserai pas avec

parce que Hugo m’a dit que je serai le dernier

à combattre

ceux qui n’ont pas de masque

de

 

Négativité

par delà nos frontières

des groupes d’anonymes se réveillent

et te manifestent un grand

faux sourire

indigné je suis

indigné je resterai

de ces capitalistes qui ont la cravate nouée jusqu’à leur pomme d’Adam

qui ne pourra jamais plus descendre

comme le cri des opprimés de ce monde

 

poème à l'anonyme

 

Fabian Charles , écrit en regardant le dessin de Jerry Wolf


b

 


Poème(Ode) à Erzuli

 

Tu m'as changé en pierre

pétrifié par le souvenir

que tout recommence

par ton regard

 

porté sur mes seins

acollés aux tiens

s'allaitant à l'infini

 

si un jour je déciderais de vivre sans dieu

je ne pourrai pas m'écarter de toi

des serpents qui circulent parmi tes cheveux

 

et des signes d'amour

car tout ce qui glissera entre mes jambes

proviendra de toi

tout ce qui tombera entre mes mains

clous ou fleurs

seront le fruit de mes sueurs tremblants

des sacrifices de coqs

qui ne cessent de chanter après leur mort

 

le temps s'est évanoui quand tu m'as chevauché

et mes formes ont pris les volumes d'un nègre

ou d'une négresse

peu importe

 

comment définir ce qui a ouvert mes veines

et est passé à travers moi

sans sang

 

libère moi sans me regarder

pour que je désintègre 

sans m'asphyxier

 

Fabian Charles, écrit en regardant le dessin de Jerry Wolf

 

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 6 Mars 2012

 

n1219840718_2572.jpgDans son dernier recueil de poème intitulé “Pwent tete soley” (les seins du soleil), le poète et comédien Fortestson “Lokandya” Fénelon explore les thématiques de l’amour et de la mort qui semblent se côtoyer dans une ville à la fois morbide et enchanteresse, Port-au-Prince.


L’amour est plus fort que la mort, écrit le roi Salomon. A Port-au-Prince, ville fétiche, du poète et comédien Fortestson Fénelon, qu’il aime autant qu’il la déteste, éros et thanatos semblent habiter le même espace. Dans le recueil “Pwent tete soley” (les seins du soleil), ils se retrouvent au coin de la rue.


On peut être aussi bien frappé par la beauté d’Ida au détour d’une rue comme on peut mourir au carrefour des sombres ruelles de la ville où la vie ne vaut rien.


Éros et Thanatos, la petite mort au bout du coït comme l’exprime si bien le poème “Mort d’amour”. Port-au-Prince, une ville où l’on peut mourir d’aimer, une cité qui résonne de ses crimes passionnels.


“Mourir à l’intérieur de toi, pour que les cimetières ne s’imprègnent de mon odeur”,  s’exprime le poète.

 


Dans la ville, l’amour et la mort sont omniprésents, des cortèges funèbres circulent au son lugubre des adieux, dans l’indifférence la plus totale. La mort est devenue si banale ici. Le poète visualise lui-même la scène de son décès et prophétise que tous les cimetières “manifesteront dans les rues”.


Le poète semble obsédé par l’idée de la mort ou est-ce la morbidité ambiante qui l’influence. Dans « Deuil », il écrit “Une étoile filent, deux filent, trois filent, nos souffles se croisent et recroisent aux carrefours”.


"A chaque coin de Port-au-Prince nous avons rendez-vous avec l’amour, nous avons rendez-vous avec la mort”, poursuit-il.


Mais à chaque fois que le poète parle de mort, de désespoir, de folie, l’amour n’est pas loin, tant  il semble le remède, la seule chose à laquelle sa raison s’accroche.


C’est amour est celui d’Ida, la femme qui marche nue dans son poème. « Tu es la femme qui inspire les poètes, celle qui étonne la nuit et fait pousser des fleurs dans les jardins, la femme qui fait danser les rues, les hommes et les femmes te suivent ».


Mais cet amour qui est celui d’une femme, et cette femme est un pays, Haïti, écrit le poète Robert Josaphat Large.  A l’intérieur de ce pays, une ville à aimer. “Je regarde passer Port-au-Prince, une femme rondelette portée sur des talons haut, un bout de femme que j’aimerais habiter”.


Mais il n’est point d’amour qui ne se quitte. Le poète a du laisser le pays  avant 2010, échappant a une tentative d'assassinat (sa maison a été incendiée) pour aller s’établir à Miami, une autre vile qu’il apprend à aimer et qui l’aime bien.


Né le 2 février 1982, Fortetston Fénelon est poète, journaliste, metteur en scène, diseur et dessinateur.


Ancien responsable de  la section culturelle de Signal FM, il avait collaboré aussi avec le Nouvelliste, le Matin. Il a joué dans plusieurs pièces de théâtre comme “Monsieur de Vastey” de René Philoctète, “Foukifoura” de Frankétienne.


Fénelon écrit en français et en créole. Il avait déjà publié un recueil en français intitulé “Nuit à deux battants”.

En Floride, le poète n’a pas laissé tomber sa plume. Il continue à produire, à monter des spectacles. Après la vente-signature spectacle de “Pwent tete soely” le 29 avril dernier, il présente la pièce "Opération Bagdad-Sometimes in Haiti", le vendredi 16 et dimanche 18 septembre 2011 au Gold Choice Ballroom, 345 South State Road 7, Margate FL 33068. Un titre faisant référence aux moments sombres qu’a connus Haïti après le départ d’Aristide en 2004.


Fénelon anime également une émission de débats sur une station de radio floridienne. 

jjuste02@gmail.com

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 5 Mars 2012

Même si l’émotion est retombée, et c’était attendu, l’urgence demeure en Haïti. Dans l’effort général de reconstruction mené malgré les difficultés et les oppositions sans nom, certaines initiatives sont plus visibles que d’autres. La multiplication louable des projets a parfois rendu la tâche malaisée de les identifier.


Ainsi ce court livre publié par Beaudelaine Pierre et Nataša Ďurovičová, anthologie trilingue (créole, anglais, français) par Autumn Hill Books et le très réputéInternational Writing Program  de l’Université d’Iowa. Beaudelaine Pierre a publié en 2011 un roman, La Négresse de Saint-Domingue (Paris, L’Harmattan) qui revient sur les débuts de l’histoire de son pays, Haïti. Ce court livre doit pouvoir cependant être lu.

How to write an earthquake… peut être téléchargé sur le site de son éditeur . Il a été publié pour marquer le deuxième anniversaire du tremblement de terre du 12 janvier 2010. Avec Joëlle Vitiello, qui depuis des années enseigne les littératures francophones à l’université de Saint Paul (Minnesota), les éditrices ont réuni des contributions de seize auteurs haïtiens et d’origine haïtienne, vivant aux États Unis ou au Canada. Parmi eux des écrivains renommés, comme Yanick Lahens, Edwige Danticat, Lyonel Trouillot et Dominique Batraville, et des plumes émergentes, dont certaines ont déjà publié un recueil au moins, comme Chenald Augustin.

La lecture fait remonter ce qui était là, cette plaie sur laquelle le temps semblait avoir servi de pansement. La plupart des textes ont été écrits dans l’immédiateté, et leur charge émotionnelle est en effet intense. « Il y a un travail de mémoire qui passe inévitablement par ce regard sans cillement sur l’événement, seul gage de connaître un jour le nécessaire commencement de l’oubli » écrit ainsi Yanick Lahens. C’est de l’expression retenue ou non dans l’écriture que traitent tous les textes : les regards ne sont pas détournés, ils tiennent face à ce qui résiste, mais sur quoi les contributeurs fomentent une insurrection des mots. Il y a bien sûr la révolte « La terre / Mégère de sangsue / A englouti nos maisons / Nos amours / Nos faux espoirs / La mort n’est pas venue avec la pluie / Pour compter les disparus », écrit Gaspard Dorélien. Raoul Altidor, Fortestson ‘Lokandya’ Fenelon, Patrick Sylvain et Joël Lorquet témoignent eux aussi de cette révolte face à l’innommable. C’est l’univers entier qui est comptable de cette souffrance et de l’horreur :« Le soleil est allé se coucher / avec des décombres et des taches de sang dans la gorge » constate Chenald Augustin. Et c’est Dominique Batraville qui lit dans la catastrophe la présence de mythes fondateurs, dans une image particulièrement saisissante : « J’entends encore les galops des chevaux de la mort / Je revois la face dure de Baron-Lacroix / Je capte les cris des agonisants / Et je croise les regards des Gorgones ». Lucie Carmel Paul-Austin propose elle quatre poème qui disent le reflux de l’écriture, de la pensée, vers une intériorité désormais sanctuarisée. Il faut accepter l’inacceptable, et approfondir encore la schize qui traverse l’être haïtien au monde : « j’ai fini par abandonner / Sans regret ni amertume / ceux et celles dont le visage s’estompe ». Ils constituent cette part manquante qu’évoque Lyonel Trouillot, et qui est désormais plus importante que celle qui reste…

Mais c’est aussi de là qu’il faut repartir, se redresser. Beaudelaine Pierre fait parler Haïti, femme qui se relève : « Pliée mais non vaincue ; affaiblie mais non terrassée », comme à chaque catastrophe de son histoire violente. « Il y a rage de vivre ! » fulmine la conteuse Joujou Turenne. Et puis, il y a l’après, l’aide internationale, appelée par Edwige Danticat, dès le 17 janvier de l’année funeste : « Haiti needs, and will continue to need, the kind of love and commitment that is not slippery. It needs our attention and care now, but i twill also need it months, years, and perhaps décades from now ». Et pourtant, dans un paragraphe particulièrement dense, Beaudelaine Pierre dénonce une certaine mise en scène de la « fête de l’humanitaire », dont la bouffonnerie prêterait à sourire n’eussent été les échecs patents d’une part non négligeable des actions et des projets, deux après.  Un texte terrible, mais d’une sobriété exemplaire de Claude Bernard Sérant, « Une amputation mal digérée »renforce encore ce sentiment de l’échec.  

Pourtant, demeure ce cri lancé par Joëlle Vitiello : « Nou la ! Nou ansanm ! » qui doit continuer à résonner, et à être répercuté. Ce Nousest cette prise de conscience sans cesse prolongée qui s’opère en chacun d’appartenir à une seule et même humanité et d’être liée à elle par le sentiment d’une indicible solidarité. Voici alors la mère Haïti qui apparaît devant nous : « J’ai mis ma ceinture à mon ventre et sur ma tête, mon mouchoir à trois pointes. J’ai bouilli mon café depuis l’aube et rempli mon pain de mamba. Je me tiens sur le linteau de la porte. J’attends que mon soleil se lève ». Il serait obscène de la regarder et de lui adresser la parole depuis un quelconque surplomb. C’est bien ce que nous répètent ces textes.


Yves Chemla

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 3 Mars 2012

007.jpgLe 18 février courant environ 2 000 personnes ont assisté, Plaza de la Independencia, à la clôture du VIIIe Festival international de poésie de Granada, l’un des trois festivals majeurs de poésie de l’Amérique latine. Tenue en hommage national au poète nicaraguayen Carlos Martinez Rivas (auteur, entre autres, de ‘Como toca un ciego el sueño’’), l’édition 2012 de cet événement annuel s’est achevée par la lecture de la ‘’Déclaration de Granada‘’ --document d’appui à la candidature de la ville de Granada au Patrimoine mondial de l’humanité--, ainsi que par la convocation à la cuvée 2013 du festival qui célèbrera le poète Ernesto Cardenal.

 

Le Festival international de poésie de Granada : la poésie donnée en partage

 

Festif, bellement et ouvertement prisé par la population de Granada qui en tire une légitime fierté, ce festival, dont la première édition a eu lieu en 2005, est une extraordinaire célébration polyglotte et polyphonique de la poésie. Dans une entrevue accordée au magazine ‘’La Brújula‘’ (Managua, 9 - 15 février 2012, no 166), la poétesse nicaraguayenne Gloria Gabuardi, Directrice exécutive du Festival, en précise le projet initial : il s’était agi pour plusieurs poètes et intellectuels du pays --parmi lesquels Nicaso Urbina, Blanquita Castellón, Francisco de Asis Fernàndez, Pedro Javier Solis, Irene Arébalo et elle-même--, de défendre et de diffuser, par l’organisation d’un festival international, les œuvres des grands poètes du Nicaragua. Ils entendaient ainsi mettre ces œuvres à la disposition des jeunes pour qu’ils s’ouvrent à une production poétique moderne à l’échelle nationale tout en s’ouvrant à la poésie qui s’écrit à l’échelle internationale.

 

La cuvée 2012 de l’événement a réuni 150 poètes de 47 pays : ils ont convergé vers Granada ces poètes de l’Ukraine, de la Zambie, de l’Argentine, de la Russie, de la Belgique, d’Haiti, du Québec, des États-Unis, du Japon, du Maroc, de Puerto-Rico, du Chili, de la France, de l’Australie, etc. et, évidemment, en grand nombre depuis le Nicaragua. Durant une semaine, sur le parvis des églises datant des 18e et 19e siècles, dans des écoles et centres municipaux de la culture, au périmètre des places publiques et dans les rues de la ville, la poésie s’est dite, s’est chantée, s’est dansée et, surtout, s’est donnée en partage dans les langues maternelles ou secondes des poètes et en traduction espagnole.

 

Ce sont précisément ces deux caractéristiques majeures du Festival international de poésie de Granada qui m’ont d’emblée séduit : son caractère hautement festif et populaire –toutes les activités du Festival sont d’ailleurs gratuites--, ainsi que sa constance à offrir la poésie en partage à travers les rues et institutions historiques de la ville. J’en donne deux exemples.

 

D’abord : le ‘’Carnaval poétique’’ du mercredi 15 février 2012, qui a consisté en une traversée de la ville de Granada en ‘’11 stations’’ ou arrêts au coin des rues pour un récitatif public et multilingue de poésie. Fort couru, acclamé notamment par des centaines d’élèves en uniformes d’écoles, ce carnaval poétique a culminé en un défilé multicolore au bas de la ville, sur les quais du Lac Nicaragua. (Ce lac couvre une superficie de 8 624 km² et constitue le troisième plus grand lac d'Amérique latine après le lac Titicaca et le lac Maracaibo; il est l'un des plus grands lacs d'eau douce du monde). Au cours de ce défilé carnavalesque, des ‘’bandes à pied’’ thématiques avaient revêtu leurs plus beaux costumes et accoutrements pour mettre en valeur et avec soin la culture des différents peuples ayant tissé l’histoire du Nicaragua.

 

Ensuite : la ‘’Tournée en poésie des municipalités avoisinantes’’, le vendredi 17 février 2012, au cours de laquelle les poètes sont allés à la rencontre des élèves du primaire et du secondaire dans des centres culturels municipaux. Avec des poètes du Mexique, du Costa Rica, du Honduras, de Puerto Rico et des Phillipines, je me suis retrouvé dans la charmante localité de Catarina, qui abrite un important centre d’observation et de préservation de la nature et qui surplombe la très belle Lagune d’Apoyo. (Cette lagune, issue d’une éruption volcanique il y a 20 000 ans, mesure 6 km de diamètre et s'étend sur 34 km2). Là j’ai été frappé par le soin avec lequel des élèves du primaire, courtois et hospitaliers, nous ont offert des poèmes spécialement écrits pour célébrer notre rencontre.

 

À l’aune de la poésie donnée en partage durant ce festival, j’ai eu le bonheur de lire plusieurs fois et en français mon poème ‘’Découdre le désastre’’ , suivi d’une excellente traduction espagnole assurée par le poète Mexicain Omar Alexis Ramos que j’avais rencontré à la Foire du livre de Barcelone il y a quatre ans.

 

‘’Nicaragua es un país de poesía’’ (Gloria Gabuardi)

Il n’est pas du tout fortuit que ce soit la ville de Granada qui abrite un festival centro-latinoaméricain de poésie aussi ample et aussi diversifié. Première cité du Nicaragua et l’une des villes les plus anciennes du continent américain, fondée en 1524 par le conquistador espagnol Francisco Hernandez de Cordoba, la ville coloniale de Granada compte aujourd’hui 100 000 habitants et se situe à 47 km de Managua, la capitale d’un pays de 130 000 km2 et dont la population s’élève à 5 666 personnes.

Pendant l'époque coloniale Granada devint l'un des ports commerciaux de la plus grande importance en Amérique centrale en même temps que la ville s'érigeait selon la tradition architectonique espagnole de la « Grande place et des pouvoirs de l’État » au centre de la ville.

Le 22 novembre 1856 le flibustier Henningsen incendia la ville de Granada en causant d'énormes dégâts aux édifices et, de leur côté, les troupes du pirate nord-américain William Walker écrivirent en anglais, avant de se retirer de Granada, cette phrase de victoire : « Here was Granada ». La reconstruction de Granada commença après la « Guerre nationale » et la ville devint la capitale politique du pays jusqu'en 1893 date à laquelle elle perdit son hégémonie politique à cause d'une révolution libérale menée par le Général Zelaya. Ces trente années de gouvernement conservateur virent de nombreuses réalisations dans les édifices et les infrastructures : éclairage public (1872), télégraphe (1875), téléphone (1879), eau potable par canalisation (1880), chemin de fer (1886) avec sa gare (restaurée récemment), le marché et le parc Colón.

Alors même qu’elle a connu les rivalités et les guerres coloniales entre les anciennes puissances européennes et régionales qui ont sévi dans la totalité des territoires de l’Amérique centrale et du Sud, Granada a conservé en excellent état son admirable patrimoine historique et architectural, comme en témoignent l’Iglesia Guadalupe ainsi que le Couvent et l’Église de San Francisco. San Francisco est la première église de la ville et l'une des constructions coloniales les plus importantes d'Amérique centrale. Il fut bâti en 1529 par Toribio Benevante Motolina, ecclésiastique de l’ordre des Franciscains. En 1835 il est devenu siège de la première université du Nicaragua, jusqu’en 1867, lorsqu’il reprit sa mission première de couvent. Le couvent de San Francisco, converti en un musée fort fréquenté et qui abrite des statues précolombiennes du Nicaragua, a été le lieu d’une magistrale et émouvante lecture de poésie donnée en anglais (avec traduction simultanée en espagnol), le 16 février 2012, par l’Antillais Derek Walcott, Prix Nobel de littérature 1992, et auteur notamment de ‘’Sueño en la montaña del mono‘’, ‘’Otra vida‘’ (1973), ‘’El reino del caimito‘’, ‘’El testamento de Arkansas‘’ (1987), ‘’Poemas escogidos‘’ (édition spéciale réalisée pour le Festival international de poésie de Granada, Managua, 2012).

Le Festival international de poésie de Granada, enfin, a également accueilli une Foire du livre par l’exposition et la vente de livres de poésie (mais aussi d’histoire, d’architecture, etc.). Cette foire a permis aux festivaliers et aux nombreux touristes de passage durant l’événement de visiter des musées (par exemple le Centre culturel San Francisco) et plusieurs autres institutions historiques de la ville, dont la célèbre Cathédrale néoclassique de Granada. Événement majuscule de la vie culturelle du Nicaragua, le Festival international de poésie de Granada a reçu le support de l’Institut nicaraguayen du tourisme, de l’Assemblée nationale, de l’Union européenne et du secteur privé des affaires (Grupo Pellas, Grupo Chamorro, Agricorps, etc.).

Parce qu’il est une ample et ouverte célébration multilingue de la poésie, le Festival international de poésie de Granada a su privilégier, cette année encore, une représentation fortement inclusive de ce qui s’écrit aujourd’hui dans le champ diversifié de la fiction poétique. Et c’est selon cette vision éditoriale du partage et de la copulation parolière qu’un festival aussi hospitalier s’attache à mettre en dialogue de jeunes pousses et des artisans rigoureux de la parole, ainsi que des voix confirmées dans leur singularité et celles du Nicaragua hôte.

 

Par Robert Berrouët-Oriol

Linguiste-terminologue

Montréal, le 23 février 2012


Robert Berrouët-Oriol, ‘’Découdre le désastre’’. Première édition : Riveneuve Continents, Paris, printemps 2011.

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 15 Février 2012

Toussaint Louverture

Toussaint Louverture, personnage historique héros d'une fiction en deux parties diffusée mardi 14 et mercredi 15 février à 20h35 sur France 2, aurait pu rester anonyme parmi les anonymes : né esclave, cet homme s’est battu pour ses frères et sœurs en servitude. Une histoire forte, et vraie, à découvrir durant deux soirées.

 

1803. Un homme se meurt à des milliers de kilomètres de chez lui. Atteint de pneumonie, il est emprisonné dans le Fort de Joux (Doubs). Son nom : Toussaint Louverture. L’un des rares généraux noirs de la République. A un fonctionnaire venu recueillir ses dernières confidences, il raconte son histoire… 1791, Saint-Domingue, colonie française établie à l’ouest de l’île Hispaniola, dans les Caraïbes. Esclave affranchi, Toussaint de Bréda y possède une petite plantation. L’esprit de la Révolution française fait souffler un vent de révolte au sein des esclaves et le pousse à la tête d’un mouvement de libération.


Son sens inné de la tactique militaire et ses nombreuses victoires sur l’armée française lui valent le surnom de "Louverture". Pour apaiser les révoltés, Napoléon décide de nommer Toussaint gouverneur de Saint-Domingue, qui reste sous domination française. Mais le rebelle refuse de se soumettre à Bonaparte et proclame l’autonomie de l’île, qui aboutira à l’indépendance et à la création d’Haïti, en 1804.


Toussaint Louverture reste à l’origine du tout premier Etat noir émancipé. Mais peu de gens connaissent cet acteur majeur de l’Histoire. La productrice, France Zobda, qui voulait lui rendre hommage, a porté ce film à bout de bras six ans durant, le temps de concocter un scénario tonique, en français et en créole, et de dénicher l’acteur principal. Après de longues recherches, on trouve la perle rare : Jimmy Jean-Louis, un Haïtien parlant créole. Installé à Los Angeles, il a joué dans la série fantastique "Heroes". Il aurait d’ailleurs pu incarner Toussaint, mais pour les Américains. En effet, depuis dix ans, le comédien Danny Glover, partenaire de Mel Gibson dans L’Arme fatale, souhaitait porter la vie du général haïtien au grand écran.


"S’il avait réussi avant nous, j’aurais été malheureuse, reconnaît France Zobda. Toussaint fait partie de notre histoire." Le tournage s’est déroulé en Martinique [...] la productrice a bon espoir d’y projeter les deux épisodes dans les prochains mois.


Anne-Charlotte BONNET de Télé 7 Jours

source http://tele.premiere.fr

 

 


BANDE ANNONCE :


 

http://www.wat.tv/video/toussaint-louverture-14-15-4uuqn_2fkwr_.html

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 9 Février 2012

Le Théâtre et la Lettre

 

palmarès 2011


Parole en Archipel, les Éditions de l'Hèbe et Thélyson Orélien, ambassadeur et ancien lauréat du PIJA ont le plaisir de vous présenter le PIJA-2012 adréssé aux jeunes de 15 à 20 ans.



Vous avez
Entre 15 et 20 ans
Des choses à dire
Marre de vous taire
Marre du politiquement correct
Envie de jouer avec les mots ?

L’écriture est toujours une mise en scène : de soi, du monde, des autres…

Le théâtre, le style épistolaire ne sont-ils pas des moyens privilégiés de décrypter les masques de la fiction? Ou peut-être plutôt ceux de la réalité ?...

Lancez-vous, levez le rideau…

Et que le spectacle commence !

Prix Interrégional Jeunes Auteurs (PIJA)

Le Prix Interrégional Jeunes Auteurs a pour vocation d'encourager la création littéraire. Il souhaite être un lieu d'échange. Il permet une première confrontation avec le public puisque les textes retenus sont publiés aux Editions de l'Hèbe. Il offre en outre aux lauréats l'occasion d'une vraie rencontre en les invitant à partager leurs expériences lors de la remise des prix. Ainsi, il espère offrir à ceux que la plume démange un prétexte pour passer à l'acte et aux pages noircies en secret l'occasion de sortir du tiroir...

Le PIJA propose d’aborder alternativement différents genres littéraires: la poésie, les contes et nouvelles etle théâtre (pièce en un acte) ou le style épistolaire qui font l’objet du concours 2012.

Genre
Cette année, les candidats au PIJA se confronteront au théâtre (pièce en un acte) et au style épistolaire. Ces deux genres s’apparentent au dialogue, mais derrière la contrainte se cache une foule de possibles. Une pièce en un acte peut être écrite pour un ou plusieurs personnages et le styleépistolaire peut comprendre une ou des lettres, mais aussi des courriels, des sms, etc. Il peut s’agir d’un cri, d’une demande, d’une déclaration ou d’un récit adressé à une personne en particulier, à l’inconnu ou à la terre entière, comme à soi-même, à hier ou à demain.

Prix
Une somme de CHF 10'000.- (€ 7'500.- ) en espèces sera répartie entre toutes les œuvres primées par le Jury international. Le premier prix peut atteindre les CHF 2'000.- (€ 1'500.- ).

Conditions de participation
Etre âgé(e) de 15 à 20 ans le vendredi 25 mai 2012.
Présenter un texte n’excédant pas dix pages dactylographiées (corps 12), original, inédit, n’ayant bénéficié d’aucune récompense.
Autoriser la publication du texte par les Editions de l’Hèbe.
Un(e) candidat(e) ne peut présenter qu'une œuvre par édition.

Palmarès
Un jury de personnalités du monde des lettres se réunira à la fin de l'été 2012. Il sera particulièrement sensible à l'originalité, à l'inventivité des textes. Les participants seront avertis des résultats par courrier. La cérémonie officielle de remise des prix aura lieu à la fin de l'année 2012.

Modalités du prix

Le texte sera accompagné dubulletin de participation(cliquer pour l’obtenir) et d'unephotocopie de la carte d’identité de l’auteur(e).
Le texte sera dactylographié en cinq exemplairesanonymes. Letitredoit figurer clairement sur la première page de chaque exemplaire et sur le bulletin de participation. Les textes ne seront pas renvoyés.

Deux catégories sont ouvertes aux participants : « français langue première, langue maternelle » ou « français langue seconde, langue apprise ». Les participants doivent, en toute conscience, cocher la catégorie choisie.

Sauf en cas d’empêchement grave et justifié, l’octroi d’un prix à un(e) lauréat(e) est subordonné à sa présence effective à la réception organisée pour la remise des prix.

Délai : les œuvres seront envoyées, au plus tard, le vendredi 27 mai 2011 à

Prix Interrégional Jeunes Auteurs (PIJA)
Editions de l'Hèbe SA
Editions JMB SA
Case postale 45
1637 Charmey

Pour tous renseignements : Tél. 026 927 50 30 – Fax : 026 927 26 61

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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