Publié le 17 Novembre 2011

Par Michel Lapierre  

http://www.latraversee.uqam.ca/sites/latraversee.uqam.ca/files/imagecache/Fiche_Media_Full/Couv._Ha%C3%AFti%20d%C3%A9lib%C3%A9r%C3%A9e%20_RGB_72DPI.jpgComprendre les Amériques à partir de deux nations que tout rapproche et oppose en même temps: Haïti et le Québec. Voilà le défi insolite qu’a relevé le géographe Jean Morisset, qui rappelle que les Haïtiens ont proclamé l’indépendance de leur pays dès 1804. «Tu vois où ça les a menés», lui disent des compatriotes québécois. Morisset leur réplique: «Oui, je vois. Je vois même où ça ne nous a pas menés.» Et vlan! Il nous transperce.


Dans des textes écrits en marge des événements qui ont bouleversé le pays de 1986 (chute du dictateur Jean-Claude Duvalier) à 1990 (victoire électorale de Jean-Bertrand Aristide), publiés sous le titre Haïti délibérée, Morisset insiste sur le témoignage d’un Haïtien qui, après avoir séjourné ici, voit le Québec «comme l’image inversée» de sa patrie. Cela confirme l’idée qui inspire le livre.

 


Pour étayer de façon objective cette idée, le géographe cite encore l’observateur: «Pour l’Haïtien, le Québécois, contrairement au Français, ne sait pas du tout comment jouer son rôle de Blanc... Le Québécois apparaît alors comme une espèce de Blanc non blanc qui dérange profondément l’élite haïtienne.» Il s’agit, comme l’explique Morisset, d’un être dominé politiquement par les Anglo-Saxons et culturellement par les Français, maîtres historiques de sa langue.

 


Comment aller plus loin que l’essayiste dans l’analyse de notre aliénation? En rappelant qu’Haïti, issue de l’ancien Saint-Domingue, constituait, avec le Canada, l’un des «pô-les» de l’aventure coloniale française au Nouveau Monde, Morisset souligne que la pauvreté spirituelle du Québec, cette société nantie, se compare à l’extrême pauvreté matérielle de son pendant antillais!

 


En 1990, il écrit des mots peut-être excessifs. Mais on ne saurait les écarter d’un revers de main: «Quant aux Canadiens, ils se sont laissé usurper leur nom, leur mémoire et leur symbole pour se transformer en Québécois, tout en luttant depuis trente ans pour réaliser une souveraineté avortée et sans cesse reportée. Un Québec perdu et macoutisé dans son esprit tout autant qu’Haïti, et ayant aussi honte de la couleur de son accent que les Haïtiens de leur peau.»



Morisset ne nous laisse plus perplexes, il nous envoûte lorsqu’il souligne qu’Haïti restera un modèle. Prélude à l’indépendance, la révolte des esclaves de Saint-Domingue en 1791 n’est-elle pas une date injustement négligée dans l’histoire des Amériques?



La cause de l’indépendance américaine bénéficia de l’aide française, mais Haïti, pour s’être libérée seule de la France, fut mise au ban des nations. C’est de ce pays ostracisé, où Bolívar avait séjourné, que s’étendit, contre l’Europe colonisatrice, un mouvement de libération dans toute l’Amérique latine.

 


Que la liberté acquise par les propres forces des opprimés soit née de notre double inversé, noir et miséreux, cela devrait provoquer en nous une honte positive, agissante.

 


***

Collaborateur du Devoir

***

Haïti délibérée

Jean Morisset

Mémoire d’encrier

Montréal, 2011, 290 pages 

 

source : lemonde.fr link

 


Conception & réalisation : Thomas Salaun
Entrevue : Angéline Vallet
Production : Mémoire d'encrier

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 6 Novembre 2011

Le plus prestigieux prix littéraire du Québec

décerné à un écrivain d’origine haitienne

Par Robert Berrouet-Oriol
Linguiste-terminologue
Montréal, le 3 novembre 2011

 

 

 

 

Joël Rosiers

                                                                                                                          Photo : Rémy Boily

Le Prix du Québec / Prix Athanase-David 20111, le plus prestigieux prix littéraire du Québec, sera décerné le 8 novembre prochain à la Salle du Conseil législatif de l'Hôtel du Parlement, dans la ville de Québec, au poète, psychiatre et essayiste Joël DES ROSIERS pour l’ensemble de son œuvre.

Le Prix Athanase-David a été créé en 1977 lorsque, "pour refléter la richesse et l'essor de l'activité culturelle, artistique et scientifique dans la société québécoise", le gouvernement a instauré les fameux ‘’Prix du Québec’’. Le Prix Athanase-David est l’un desdouze Prix nationauxque le Québec accorde chaque année dans des domaines tels que  les arts visuels (PrixPaul-Émile-Borduas ), les sciences naturelles et le génie (Prix Marie-Victorin ), la promotion de la langue française (PrixGeorges-Émile-Lapalme )la création ou le développement d'institutions de recherche ou l'administration et la promotion de la recherche (Prix Armand-Frappier ).

D’une voix forte, le Québec le dit en ces termes: «La contribution exceptionnelle de la lauréate et des lauréats à la discipline dans laquelle ils ont choisi de faire carrière est le fruit de leur persévérance, de leur détermination, de leur soif de connaissances et de leur disponibilité constante à transmettre leur savoir-faire. L’héritage qu’ils laissent à la société québécoise est inestimable. Nous sommes très fiers d’en saluer la valeur en leur décernant la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans les domaines de la culture et de la science», ont souligné la  ministre de la Culture madame Christine St-Pierre et le ministre délégué aux finances monsieur Alain Paquet lors du dévoilement des noms des lauréats au cours d’une conférence de presse tenue le lundi 31 octobre dernier aux Archives nationales.

On retiendra cette caractéristique essentielle desdouze Prix du Québec:IL S’AGIT D’UN HOMMAGE NATIONAL QUE LE QUÉBEC ACCORDE À L’ŒUVRE D’UN CRÉATEUR(un écrivain, un artiste, un chercheur, etc.)AU TITRE DE SA CONTRIBUTION, MAJEURE, À LA CULTURE QUÉBÉCOISE. C’est donc un hommage national --le PRIX ATHANASE-DAVID 2011, le plus prestigieux prix littéraire du Québec--,que recevra Joël DES ROSIERS le 8 novembre prochain, et cette distinction répond à des critères précis auxquels se conforme un jury.

Critères, jurys et évaluation des dossiers

Chaque année, des institutions ou groupes de personnes reconnues dans leurs champs de compétences culturelles ou scientifiques soumettent un dossier destiné à soutenir la candidature d’un artiste, d’un écrivain ou d’un chercheur. Pour chacun des Prix du Québec, les candidatures sont évaluées par des jurys distincts formés de trois à cinq personnes. La ministre de la Culture, des communications et de la condition féminine désigne les jurés des prix culturels, qui sont des personnes représentatives des disciplines reconnues pour les prix. On ne peut se porter soi-même candidat ou candidate à un Prix du Québec, et on ne peut pas non plus être membre d’un jury et candidat à ce même prix.

Le dossier du candidat au Prix Athanase-David doit répondre aux critères et qualités suivants:

  • la qualité et la force de l'écriture,
  • la continuité dans la carrière,
  • le rayonnement de l'œuvre et de l'écrivain,
  • le caractère novateur et l'envergure de l'œuvre,
  • l'apport de la personne à la vie culturelle québécoise.

Dans le droit fil de ces critères, le jury de la cuvée 2011 du Prix Athanase-David –composé de Jean-François Beauchemin (président), Mario Brassard, Francine Noel (membres)--, honore cette année l’œuvre de Joël DES ROSIERS. Et cette reconnaissance nationale de l’œuvre du poète a été précédée de celle d’écrivains majeurs du Québec parmi lesquels Gaston Miron (1983, Prix Guillaume Apollinaire 1981); Marie-Claire Blais (1982, Prix Médicis 1966 et Prix de l’Académie française 1982), etc.

L’œuvre primée par le jury du Prix Athanase-David 2011 comprend les titres suivants, presque tous parus aux Éditions Triptyque à Montréal:

Catégorie Poésie :
  • Métropolis Opéra. Montréal / La Tronche (France): Triptyque / Vague à l'âme, 1987.
  • Tribu. Montréal: Triptyque, 1990;
  • Savanes. Montréal: Triptyque, 1993;
  • Vétiver. Montréal: Triptyque, 1999;
  • Caïques. Montréal: Triptyque, 2007;
  • Lettres à l'indigène. Montréal: Triptyque, 2009;
  • Gaïac. Montréal: Triptyque, 2010;
Catégorie Nouvelle:
  • Un Autre soleil(2007);
Catégorie Essai:
  • Théories caraïbes.Poétique du déracinement(1996, 2010).

Il est important de noter que l’œuvre de Joël Des Rosiers a été saluée par nombre de distinctions, notamment :

  • 1990     Finaliste du prix du Gouverneur général, pour ‘’Tribu’’.
  • 1993     Prix de l'excellence artistique de la Ville de Laval, pour ‘’Savanes’’.
  • 1997     Prix de la Société des écrivains canadiens pour‘’Théories caraïbes.Poétique du déracinement’’.
  • 1999     Grand Prix du livre de Montréal, pour Vétiver.
  • 2000     16e Grand Prix du Festival International de la Poésie, Trois-Rivières, pour Vétiver.
  • 2010     Invité d'honneur, Salon du livre de Montréal.

L’acte d’écrire à l’endos des ordonnances

Voici en quels termes la journaliste culturelle Francine Bordeleau2nous trace le portrait du lauréat:

« Poète, essayiste et psychiatre, Joël Des Rosiers appartient à la longue lignée féconde d’écrivains-médecins, qui va notamment par des voies entremêlées d’Empédocle, Rabelais à Arthur Conan Doyle, Louis-Ferdinand Céline, Gottfried Benn, Antonio Lobo Antunes, ou encore André Breton, Maurice Blanchot, Jacques Stephen Alexis et Jacques Ferron, figures vouées à la double identité littéraire et scientifique qui ont façonné son panthéon culturel.

Issu d’une vieille famille du Sud, Joël Des Rosiers est l’aîné de trois frères et de trois sœurs. Son père, juriste, lui donne le goût des lettres en l’emmenant se promener au bord de la mer et en lui récitant entre autres le poème «À une dame créole»de Baudelaire, sa mère, neuropsychologue, lui communique son intérêt pour l’exploration de la psyché. Il découvre sa double vocation dès l’enfance aux Cayes, en Haïti, qu’il quitte à l’âge de 10 ans lorsque ses parents, opposants de la première heure à la dictature, gagnent Chicago, New York et enfin Montréal, par choix de la langue française. La poésie se révéla vitale à cet enfant affligé d’un grave bégaiement. «Affaire de souffle: quand je récitais un poème, le trouble disparaissait.»

Au début des années 1970, Joël Des Rosiers, alors étudiant en médecine, suit à Strasbourg, en France, les séminaires du psychiatre et psychanalyste lacanien Lucien Israël. Celui qui rappelle aujourd’hui que «la naissance de l’humanisme doit beaucoup à la conjonction de la littérature et de la médecine» y organise l’accueil de réfugiés clandestins et participe à la défense des sans-papiers, «peut-être par identification en raison de mon état d’exilé», hasarde-t-il. Cela étant, le poète se veut hors «des impasses» de la nostalgie et de l’exil – qu’il nomme aussiex-île, jeu de mot révélateur de ses «rapports ambigus» avec le pays natal –, et l’annonce dès son premier recueil,Métropolis Opéra(Triptyque, 1987), par cette «anti-dédicace»: «À toi qui geins sous le Tropique, ces vers ne sont pas dédiés.»

Provocation? Nenni:Métropolis Opéra, bien qu’écrit sous «la dictée de la mémoire», puise à la vie de ces grandes scènes postnationales et multiraciales que sont les mégalopoles, et bien que traversée par le déracinement, l’errance, la migration, le métissage, l’œuvre tout entière se caractérise d’abord par un extraordinaire travail sur la langue. Partisan des explorations formelles et esthétiques, Joël Des Rosiers se réclame d’une écriture «froide, presque clinique» – d’ailleurs se glanent ça et là des termes scientifiques parfois empruntés au lexique médical pour leur étrangeté sonore –, à distance de ce qu’on appelle inspiration, mais nullement incompatible avec la sensualité: de nombreux actes de langage dans sa poésie s’accomplissent au nom du corps féminin. «Je plaide pour une biodiversité lexicale», dit-il, et celle-ci se parachève, dans le poème, par la polysémie, l’érudition, les jeux langagiers, l’intertextualité et le recours à plusieurs niveaux de langue. Et le tréma, inscrit dès l’origine dans le prénom Joël, et retrouvé dans Haïti, Caraïbe, comme dans le titre de certains recueils, doit sans doute être élu comme signe initial de sa poésie.

Son projet poétique, sa conception de l’écriture et même sa vision du monde, Joël Des Rosiers les a formalisés dansThéories caraïbes. Poétique du déracinement(1996), un essai composé entre autres de textes critiques sur des écrivains caribéens. Lauréat, en 1997, du Prix de la Société des écrivains canadiens, le livre ajoute une contribution forte, sinon nécessaire, à cette réflexion sur la mémoire et l’identité qui habite ardemment plusieurs sociétés, dont le Québec. Joël Des Rosiers, géographiquement déraciné mais «tout à fait enraciné dans les traces et dans la mythologie de la culture», écrit-il dans cet essai, effectue là un passage entre Haïti et le Québec pour démontrer, au final, que le déracinement s’inscrit comme le propre de la condition postmoderne.

De l’Argentine à la Chine, Joël Des Rosiers a beaucoup voyagé, et si sa fréquentation des grandes villes tout comme sa passion pour l’architecture et la peinture contemporaines alimententMétropolis Opéra, le recueil suivant,Tribu(1990), se ressent fortement d’un séjour parmi les Touaregs du Sahel en 1987. Ce recueil où les «poètes ont fui la tribu braver le soleil froid» inscrit en filigrane le rôle du poète tout en portant l’idée que « le XXIe siècle sera tribal» et se déroulera à l’enseigne du nomadisme, l’autre horizon du déracinement. La tribu, dit Joël Des Rosiers, est «un espace tiers entre ces deux écosystèmes anthropologiques que sont la famille et la nation», un espace intermédiaire aujourd’hui en mutation permanente. «Les populations humbles et asservies sont fragmentées mais se reconstituent autour d’un NON essentiel porté par ces vecteurs numériques tribaux que sont les réseaux sociaux. À cet égard, ceux que j’appelle les “voyous démocratiques” – ces errants porteurs d’insoumission, ces itinérants imbus de technologies – , nous révèlent les pressentiments décisifs qui annoncent le retour du monde à la poésie.»

Persuadé à la fois de la responsabilité de l’écrivain au regard du monde et du caractère éminemment politique de l’écriture, observateur lucide et critique de sa société et des mouvances planétaires, Joël Des Rosiers n’est pas seulement un poète: il est aussi un intellectuel au sens sartrien du terme. Une posture que n’aurait sûrement pas désavouée son aïeul Nicolas Malet, un colon français et officier signataire de l’Acte d’indépendance d’Haïti! Nul doute que «l’horreur politique et obscurantiste» installée en 1957 a exacerbé le goût de la liberté chez le médecin-poète. Et cette question identitaire, leitmotiv de l’œuvre, qui lui est si chère, prend un tour capital en nos temps de mondialisation. Jusqu’à un certain point, donc, ceci explique cela.

Parmi ses titres fétiches, Joël Des Rosiers nommeSavanes (1993),Vétiver(1999) etGaïac(2010). Le premier nous convie à l’origine du monde, là «d’où vient la terre d’où vient le paradis»: c’est Haïti, lieu violé par Christophe Colomb, «lent amiral aux lombes de Maria/ aux champs d’amour jonchés de prières infâmes». Le deuxième, qui se lit comme un heureux et très charnel hommage aux Cayes, compte assurément parmi les dix recueils majeurs de la poésie québécoise, et a été fort justement honoré du Grand Prix du livre de Montréal et du Grand Prix du Festival international de la poésie (sa version anglaise a aussi été récompensée du Prix du Gouverneur général en traduction). Quant au troisième recueil, foisonnant kaléidoscope d’odeurs, de formes et de couleurs où n’est pas sans résonner l’écho du séisme de janvier 2010 qui devait laisser Haïti exsangue, son auteur avait déjà décidé du titre lorsqu’il a découvert cette légende des Indiens Muisca de Colombie qui associait le gaïac, un bois très dur, à l’origine des tremblements de terre. Émouvante découverte qui conduira à un «recentrement» du recueil…

Se démarque encoreCaïques(2007), du nom d’une petite embarcation en usage dans la mer Égée, où s’entremêlent les impressions des cayes (au sens d’îles) et des lieux de passage et d’exil traversés par l’auteur, une évocation puissante de la figure du père disparu et la sensualité des corps des femmes. Autre variation sur les thèmes jamais épuisés que sont la quête des origines, l’errance, la description des espaces, la mémoire, la mélancolie assumée, les sens, sur ces sillons creusés par un scribe qui se «situe dans une parole incantatoire», et qui affirme que «le poète déchire la langue car il est un étranger dans sa propre langue».

Ce penseur de l’identité qu’est Joël Des Rosiers est à peaufiner le concept demétaspora,né plus ou moins de l’expérience créole, dont les tenants et les aboutissants seront explicités dans un ouvrage intitulé pour l’heureMétaspora: Essai sur les patries intimes. «La métaspora est l’au-delà de la diaspora. Placée sous le signe du provisoire, de l’éphémère, fabrique d’espaces culturels dysharmonieux qui traduit ce que vivent les migrants dans le réseau mondialisé dans lequel ils sont insérés à leur corps défendant, la métaspora procède d’une logique d’improvisation de l’espace, d’un désir de dépaysement. C’est ce mouvement ambivalent qui conduit les migrants à se constituer en métaspora, c'est-à-dire à devenir les cosmopolites de leur propre culture, les étrangers de leur propre langue.»

Lamétaspora, ou le propre des migrants contemporains, qu’ils soient des Caraïbes, d’Afrique ou d’Occident… Nous conviant à cette nouvelle façon de penser l’identité, Joël Des Rosiers, poète, psychiatre, témoigne d’une conscience aiguë de son temps, à laquelle n’est sans doute pas étrangère la nostalgie créatrice de l’ex-îlé.»

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 28 Octobre 2011

10132_269686480229_777130229_9157765_7246651_n-copie-1.jpgPenché sur mes études dans une capitale qui n’est pas la mienne, dans une métropole que nous avons vaincu, je suis comme tout haïtien de la diaspora l’actualité de mon pays. Nous savons tous que le degré de perception diminue avec la distance mais que les sentiments sont encore plus profonds et plus attachants. Si chacun de nous pense retourner à un moment quand même dans notre cour, le cadre qu’on nous prépare ne cesse pas d’être désagréable. 


Après des semaines de tractations d’élections fausses ayant abouti à de faux chefs, à de faux leaders, suivent les luttes intestines pour qui trouvera le plus d’intérêt a la nomination du nouveau premier ministre dans un pays sans chef. Gary Conille est passé entre plusieurs manches pour arriver à ce poste. Après tout ce n’est que de la politique aussi ancienne que nous la connaissons, pour s’affirmer dans l’arène il faut prendre les couleurs de la majorité, selon Hegel, c’est par le chef suprême que doit s’affirmer la cohésion de la société, l’état aurait pour but de résoudre les conflits, qu’il tiendrait le rôle d’arbitre. Aujourd’hui nous constatons qu’il n’y a aucun arbitre dans l’arène ou plutôt s’il y en a un il n’est pas vu au grand jour. 

Pour Durkheim toute nation se réunit autours de principes sacrés et le chef symbolise ce sacré, infranchissable. C’est d’après ces réflexions que dans les débats récents, certains sénateurs qui étaient d’abord pour la nomination d’un premier ministre quelque soit ce que cela coute ont décidé de s’abstenir parce qu’ils ne voyaient pas clairs, ils ont douté de tout et ils ont par des arguments tirés d’observations quelque peu élémentaires justifié leurs abstentions. Nous disons élémentaires parce qu’il n’ont pas développé toute l’étendue de leurs arguments et qu’ils avoueront d’eux même qu’ils se sont trompés de cible, parce que si ce nouveau premier ministre est de source douteuse, la primordiale préoccupation devrait être le choix de cet homme fait par leur président internationaliste, la décoration de Bill Clinton par ce même homme et le mutisme catégorique d’une nation qui n’en a rien a voir. 

Entre vote technique et politique, le premier n’a aucun sens, parce que les politiciens sont élus pour décider là ou les technocrates échouent, ils sont là pour défendre la dimension humaine et symbolique de la nation. La constitution haïtienne est désuète et accordons nous que si un référendum se fait auprès du peuple pour leur demander s’ils sont en accord avec leurs lois ils répondront par la négative. Ce genre de principe n’est donc pas sacré en Haïti, a vrai dire franchissable. Changer ces principes est une urgence et les bafouer ou pas ne sont pas des préoccupations du peuple. 

Platon nous dit que le chef doit éclairer la nation. Si Martelly trouve qu’il est un chef et qu’il se vante de parler clairement, récemment il est assez trouble. On dit que les choses sont roses en Haïti, le peuple accroupi dans sa misère est peut-être daltonien. La problématique haïtienne est si vaste qu’à chaque problème découvert on se demande intuitivement sa cause, j’en ai discuté avec des collègues économistes et constitutionnalistes, il semblerait que c’est un jeu à somme nulle. Penché sur l’aspect social de nos blessures, on remarque que si les classes sociales disparaissent progressivement dans les pays économiquement plus riches, elles sont encore présentent ici, et que la classe populaire ne se reconnait pas en tant que classe ouvrière mais classe de chômeurs, de malheureux. 

Leur chance est peut-être à saisir sous la présidence Martelly, même si la priorité gratuite de l’éducation n’a pas encore complètement atterri et face à l’incompétence visible de Sweet Micky et malgré la séparation incessante entre les discours et les actes, il faut se placer dans le bon sens de l’histoire et supporter toute initiative de l’administration actuelle, supporter la compétence du nouveau premier-ministre et le placer en chef inconditionnel de la nation en devenir, ne pas inciter son alliance mais plutôt sa mésalliance avec les faux donateurs qui donnent depuis que la nation souffre et demande encore plus de dons. 

L’important est que l’ensemble de ceux qui occupent les medias pousse le nouveau chef a penser indépendance au lieu de l’y ancrer s’ils veulent durer, car ce n’est que dans l’indépendance que se trouve leur salut. L’indépendance c’est arrêter de douter de sa propre puissance pour affirmer à la transversal comme Descartes que nous sommes, nous existons face au monde, et déduisons en logiquement la seule vérité indubitable, je suis chef et ainsi un peu en profiter, parce qu’être chef d’un pays libre c’est être au dessus entre 25 000km de tout autre homme qui voudrait s’immiscer dans la corruption et l’aide de sangsue, Les rats politiques pourraient s’ils sont intelligents ainsi sortir de l’ombre car étant dominants dans l’arène, ils utiliseront le processus démocratique et leur possibilité de s’opposer à toute tentative dictatoriale.

C’est ainsi qu’en refusant le lobbying tout un nouveau pays s’offre les premiers jours de son existence. Nous ne conseillons pas un refus systématique des offres ce qui serait irresponsable et provoquerait sans doute des blocages à l’image de Cuba mais une visée de développement axé principalement sur ses propres ressources, sur une nouvelle constitution, l’existence de principes, en acceptant l’aide de façon à mettre tous les donateurs sur une balance équitable et leur proposer la même considération. Ce que nous remarquons bien au contraire c’est la position atlantiste de sweet micky, or comme le dit Marcel Mauss chaque don occasionné mais celui qui reçoit dans l’embarras d’une dette. Je me souviens avoir vu Aristide dans ses premiers jours de gloire, lors d’une messe déclamé « Qui est la cause de nos malheurs ? » et tous les fidèles de répéter « les États-Unis » et lui de poursuivre « Ils disent que nous sommes sous-développés et pourtant ce sont eux qui sont sous-développés, ils sont sous-développés au niveau humain » il s’agira de prouver cette affirmation. 

Fabian Charles

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 11 Octobre 2011

A l'initiative du centre culturel Jean-François Brierre, la poésie va couler pendant quatre jours dans la Grand'Anse lors du 1er festival national de poésie. Jérémie, la ville des poètes, joue grand jeu en sortant sa carte culturelle pour allécher le touriste local, le temps d'un week-end prometteur.


http://www.lenouvelliste.com/images/nouvelliste/2009-03-10/dsc_0198.jpgHaïti: Jérémie, la ville des poètes, accueille du 14 au 17 octobre 2011 le festival national de poésie. « Ce festival est conçu en vue de créer un lieu de rencontre où tous les poètes du pays peuvent poser ensemble les problèmes de la poésie, échanger leurs expériences et communiquer aux jeunes leur passion et leur savoir-faire », a déclaré le président du centre culturel Jean-François Brierre, le docteur en droit Jean Guy-Marie Louis.


« Le choix de Jérémie permettra aussi de remettre cette ville sur la carte culturelle du pays en misant sur ce qui a toujours fait sa force : la poésie », a souligné le natif de Jérémie. Ainsi, la Cité des poètes veut perpétuer sa légende et contribuer au développement économique, social et culturel de la Grand'Anse.

« Le choix de la ville de Jérémie pour la tenue de la première édition dudit festival n'est pas le fait du hasard, c'est un témoignage de reconnaissance envers cette ville qui a donné naissance à tant de grands poètes comme Etzer Vilaire, Edmond Laforest, Jean-François Brièrre, Emile Roumer, Regnor C. Bernard, les frères Philoctète, et plus près de nous, Josaphat Large, Claude Pierre, Syto Cavé, Clotaire Saint-Natus, pour ne citer que ceux-là », a vanté le président du centre culturel Jean-François Brierre, qui est aussi le recteur de l'Université Anacaona de Port-au-Prince.

Ranimer la flamme poétique dans la Grand'Anse

Organisé en partenariat avec le foyer culturel de Jérémie, l'Alliance française, l'école supérieure catholique de droit, la mairie de Jérémie, la mairie des Abricots, la Bibliothèque nationale d'Haïti, Communications Plus et l'Institut français d'Haïti, ce festival, dont le partenariat se limite à un appui logistique et technique, se donne des objectifs nationaux et régionaux. 

Sur le plan national, les enjeux du centre culturel Jean-François Brierre sont définis : réaliser des assises de la poésie ; créer l'Association nationale des poètes ; créer le Prix national de la poésie ; organiser un atelier national sur la problématique de la poésie en Haïti ; lancer un mouvement de solidarité nationale entre les poètes en vue de renforcer la qualité des oeuvres poétiques.

Sur le plan régional, le centre culturel Jean-François Brierre veut ranimer la flamme poétique dans la Grand'Anse : on relancera la vie culturelle à Jérémie; on stimulera l'intérêt des jeunes Jérémiens et Grand'Anselais pour la production littéraire et artistique et particulièrement pour la poésie ; on formera une centaine de jeunes de la ville en technique d'écriture poétique, romanesque et théâtrale.

On s'attend à ce que la poésie, longtemps endormie dans la Cité des poètes, se réveille ; parallèlement à ces activités culturelles, ceux qui ont investi dans l'hôtellerie devront s'attendre à une politique de soutien pour appuyer leurs efforts. Beaucoup de gens de lettres vont visiter ces lieux, une occasion de produire des textes sur ces sites à mettre en valeur pour un réel développement de l'écotourisme dans la Grand'Anse. « Nous souhaitons que ce festival servira de prétexte pour mettre en valeur les sites et les parcs naturels de cette si belle région -, ce qui contribuerait à encourager la participation des Jérémiens et des Grand'Anselais au développement intégré de leur région », a dit le Dr Louis.

Un week-end-end prometteur

Tout un ensemble d'activités est prévu durant ce grand week-end de poésie : lecture de textes poétiques par leurs auteurs; montage de textes (accompagnement Boulot Valcourt, Wooly Saint-Louis, Alan Cavé); vente signature des oeuvres poétiques et autres (romans, essais, etc) ; exposition de recueils de poèmes des poètes jérémiens et ceux de leurs collègues qui participent au festival; exposition d'ouvrages d'auteurs jérémiens sur jérémie et sur d'autres sujets; exposition de peinture de peintres Jérémiens et grand'Anselais ; conférences-débats; ateliers d'écriture poétique, romanesque et théâtrale.

Pour stimuler et raviver le feu de la poésie dans la cité, sont prévues des rencontres des jeunes avec les poètes dans quatre sites simultanément. On dira des poèmes à la corde; la poésie sera présente sur les ondes de toutes les stations de radio de Jérémie, qui transmettront en direct ces événements.

On partira en excursion aux Abricots qui, selon la légende, est le paradis des Indiens. L'écrivain Jean-Claude Fignolé, le maire de cette commune, accueillera les poètes. Pour trouver quelques résonances poétiques dans les lieux mêmes, Anaïse Chavenet deCommunication Plus nous fera visiter l'Habitation Madhère(non loin de Jérémie où naquit Alexandre Dumas (l'auteur des trois Mousquetaires et de "Le Conte de Monte Cristo"). Sur ce site sera construit un Village Culturel. Le Projet sera présenté aux poètes par deux membres de la famille Chavenet.


Le poète Clotaire Saint-Natus informera le public sur le prix littéraire 2011 de la ville de Jérémie. On assistera, entre temps, au 1er congrès des auteurs jérémiens et grand'Anselais.

Pour faire vibrer la lyre aux quatre vents, a précisé le docteur Jean Guy-Marie Louis, six ateliers d'écriture vont bourdonner d'activités intellectuelles : trois ateliers d'écriture poétique. Ces ateliers seront animés respectivement par Claude Pierre, Mérès Wèche et Christophe Philippe Charles : un atelier d'écriture romanesque animé par Kettly Mars; un atelier sur le théâtre animé par Daniel Marcelin et Syto Cavé; un atelier sur le langage clair animé par Eddy Cavé.

Une ruche de poètes va faire couler le miel de sa lyre dans la Grand'Anse au cours de ce premier festival où tous les mots qui sortiront de la bouche des mages prendront une résonance poétique : bonjour Jérémie. Nous venons tous comme des enfants vers toi ; berce-nous dans tes bras; chante-nous tout le saoul des chansons de Brierre.

 

Claude Bernard Sérant

serantclaudebernard@yahoo.fr

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 7 Octobre 2011

Jusqu'en 1990, il a exercé comme psychologue et publié une quinzaine de recueils de poésie. Découvert en France grâce au Castor astral, son oeuvre a été traduite par Jacques Outin. Né à Stockholm le 15 avril 1931, Tomas Tranströmer est psychologue de formation.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/cd/Transtroemer.jpg/220px-Transtroemer.jpg

On soupçonne souvent le jury du prix Nobel de littérature de calculs complexes -respecter l'équilibre des langues, un certain sens de l'alternance... Bref, d'être plus politique que littéraire. Ainsi, parieurs et experts s'accordaient-ils cette année sur quelques noms : on parlait du très beau poète syrien naturalisé libanais Adonis (de langue arabe, bien placé après les événements du printemps), du populaire Haruki Murakami (le Japon ne compte que deux lauréats depuis 1901), des AméricainsThomas PynchonPhilip RothCormac McCarthy ou Joyce Carol Oates (toujours évoqués mais jamais récompensés depuis plusieurs années) - et même du chanteur Bob Dylan, favori de certains bookmakers britanniques.

On en avait presque oublié Tomas Tranströmer, toujours dans la course depuis le début des années 1990. Le jeudi 6 octobre, c'est pourtant lui qui l'a emporté. Contre toute attente ? Rien n'est moins sûr. Ou, pour le dire autrement, le choix de l'Académie suédoise marque sans doute le retour de considérations exclusivement littéraires. Un contre-pied bienvenu.

Car il faut balayer un autre soupçon sans attendre. En récompensant un poète suédois, le jury Nobel n'a pas choisi la facilité. Si, jusque dans les années 1950, la Scandinavie est surreprésentée parmi les lauréats, par la suite, la tendance s'inverse. La neutralité s'impose, presque comme une règle. Cette année, l'enthousiasme bruyant d'une partie de l'assistance au moment de l'annonce le prouve : ce Nobel est un soulagement. Une juste récompense pour l'un des plus importants poètes de la seconde moitié du XXe siècle.

Traduit dans une soixantaine de langues, récompensé par une multitude de prix un peu partout dans le monde, étudié à l'université, Tomas Tranströmer n'est pas un inconnu. Il n'y a guère qu'en France que son nom n'évoque pas grand-chose. Et cela malgré les très belles traductions de Jacques Outin pour les éditions du Castor astral - qui l'éditent depuis plus de vingt ans ; malgré de nombreuses publications en revues ; et malgré la reprise d'une intégrale (1954-2004) en édition de poche chez Gallimard. Mais cette injustice tient plus sûrement à la situation hélas confidentielle de la poésie contemporaine en France qu'à Tranströmer lui-même.

Né en 1931, Tomas Tranströmer a raconté sa jeunesse, sa passion pour l'entomologie et ses résultats scolaires plutôt moyens dans Les souvenirs m'observent (Le Castor astral, 2004). A l'âge de 15 ans, il découvre la littérature et la poésie, écrit des textes modernistes, est fasciné par les poètes classiques, notamment latins. Rapidement, sa voix et sa langue s'affinent, se précisent. Il n'a que 23 ans lorsque paraît son premier recueil, 17 poèmes, en 1954. Il n'est encore alors qu'un étudiant de l'université de Stockholm, dont il sortira diplômé de psychologie, deux ans plus tard.

Ses textes brillent par leur sobriété, la délicatesse de leurs perceptions et de leurs impressions intimes, leur richesse métaphorique. Le premier vers du poème inaugural de 17 poèmes est saisissant à cet égard, déjà cohérent avec toute l'oeuvre à venir : "L'éveil est un saut en parachute hors du rêve." Il est immédiatement remarqué. Le vertige de l'évidence, la densité complexe d'une énonciation a priori banale, l'originalité de l'image : tout est déjà là.

Dans sa postface aux Œuvres complètes (1954-1996) publiées par Le Castor astral en 1996, le poète Renaud Ego dit très bien cette fausse simplicité, presque narrative, de Tomas Tranströmer : il fait l'expérience du "caractère instable de la matière, cet état dont la physique moderne nous a appris qu'il était l'essence". Apparemment, le poème constate le réel, s'inscrit dans un mouvement énumératif qui dénote et qui recense. Pas à pas, mot à mot, ce qu'il est donné de voir, au poète comme au lecteur. En vérité, le procédé révèle en quelques lignes ce qui nous échappe, les blancs et les failles de l'observation, les profondeurs sous la surface.

Poète de notre temps, qui prend le train et le métro, dort parfois dans des chambres d'hôtel, regarde par la fenêtre, visite des églises, écoute de la musique, contemple la nature et voyage beaucoup, l'écrivain suédois est cependant un homme de tous les temps, du permanent dans ce qu'il a de changeant et de mouvant. Un voyant à l'articulation du temps qui passe et de celui qui demeure. Du moment, de l'histoire et de la mythologie à la fois.

Exemple parmi des dizaines, cet "Oiseaux du matin" (Accords et traces, 1966, repris dans les Œuvres complètes), qui commence presque mine de rien - "Je réveille la voiture/au pare-brise saupoudré de farine" - avant de changer de cap, à mi-chemin, mais sur le même ton : "Par une porte dérobée dans le paysage/la pie arrive/noire et blanche. Oiseau de Hel."

L'ordinaire devient extraordinaire dans la langue du poète. Le singulier devient universel. Car Tomas Tranströmer donne constamment à saisir des perceptions et des situations singulières, individuelles. Avant l'irruption de métaphores aux héritages surréalistes, de béances métaphysiques, de silences et de vides éclatants. L'une de ses plus belles pièces des années 1960, "Solitude" (également dans Accords et traces), prend ainsi le prétexte d'un accident de la circulation ("C'est ici que je faillis périr un soir de février./La voiture sur le verglas glissait/du mauvais côté de la route") pour précipiter le texte dans une saisissante inquiétude ("J'ai longtemps parcouru/les campagnes glacées de l'Östergötland./Et n'y ai vu âme qui vive"). Une inquiétude définitive ("Tout lemonde fait la queue chez tout le monde").

Dans les années 1970, la langue de Tomas Tranströmer s'épanouira encore, accueillant de plus en plus souvent la prose et le verset. Ainsi dans Visions nocturnes et Baltiques, en 1970 et 1974. A cette époque, son ami, le poète américain Robert Bly, le traduit pour la première fois en anglais. Sa renommée devient mondiale.

A la suite d'un accident vasculaire cérébral qui le laisse en partie paralysé et aphasique en 1990, Tomas Tranströmer ralentit sa production. Les silences s'agrandissent, la lumière devient plus intense, parfois grave. Des premiers haïkus apparaissent dès Funeste gondole (1996), avant d'envahir ses derniers travaux, fulgurants : Poèmes courts (2002) et La Grande Enigme (2004).

Admiré par le Russe Joseph Brodsky, le Chinois Bai Dao et de nombreux autres poètes, notamment de langue anglaise, sans compter son rayonnement dans les pays scandinaves, Tomas Tranströmer n'était certes pas le nom le plus clinquant parmi les favoris de cet automne, mais c'est celui d'un grand poète.

 

Nils C. Ahl


Découvert en France grâce au Castor astral

- Baltiques et autres poèmes, anthologie (1966-1989), Le Castor astral - Les Ecrits des forges, préface de Kjell Espmark, 1989.

- Œuvres complètes 1954-1996, Le Castor astral, 1996.

- La Grande Enigme, Le Castor astral, 2004.

- Poèmes courts, Le Castor astral, 2004.

- Les souvenirs m'observent, Le Castor astral, 2004.

- Œuvres complètes 1954-2004, Gallimard, 2004.

Signalons aussi le choix de poèmes publiés dans le n° 19 de la revue Jungle (1999) consacré à Tomas Tranströmer et à la poésie internationale.

 

Source  : lemonde.fr link

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Publié le 7 Octobre 2011

 

LITTÉRATURE / PRIX NOBEL / ENTRETIEN - 
Article publié le : vendredi 07 octobre 2011 - Dernière modification le : vendredi 07 octobre 2011

Tomas Transtromer, le prix Nobel de littérature 2011, sourit après une conférence dans sa maison de Stockholm, le 6 octobre.
Tomas Transtromer, le prix Nobel de littérature 2011, sourit après une conférence dans sa maison de Stockholm, le 6 octobre.
Reuters/Fredrik Sandberg/Scanpix Sweden

Par Catherine Fruchon-Toussaint /Pascal Paradou

Tomas Tranströmer. Voici donc le nouveau nom qu’il va falloir retenir, qu’il va falloir rajouter dans les livres de littérature à la rubrique poésie, avec en sous-titre : « Prix Nobel 2011 ». Une vie, une œuvre. Entretien avec son traducteur Jacques Outin, son unique traducteur en français.

 

RFI : Vous connaissez évidemment par cœur Tomas Tranströmer, mais pour le grand public c’est une découverte !
 
Jacques Outin : En fait oui et non. Etant donné que nous œuvrons depuis plus de vingt ans, en France, à faire connaître son œuvre, et évidemment, vous savez à l’heure actuelle, la situation de la poésie étant ce qu’elle est, il est extrêmement difficile de sortir du petit cénacle et en fin de compte… Oui, c’est un illustre inconnu, bien qu’il ait été publié, entre autres, par Gallimard.
 
RFI : On l’a découvert en France grâce à vous, à la fin des années 1980, alors qu’il est déjà traduit en 55 langues, et on dit en Suède que c’est l’un des rares auteurs à avoir joué un rôle dans la littérature mondiale. Dans quel sens ? 
 
J.O. : Je pense qu’il est assez simple de répondre. Il a été très peu influencé par l’extérieur, c’est à dire par la poésie mondiale, mais il a rencontré des gens extrêmement importants dans le domaine poétique. Le point de départ c’est le surréalisme français, et donc international, à travers des publications rarissimes quand même, en Suède, à la fin des années 1950. Et donc peu à peu, on a appris qu’il y avait un poète de dimension universelle, Tomas Tranströmer. Ils sont tous venus le voir, en Suède. Parmi eux évidemment, des auteurs qui eux, ont été les précurseurs. C'est-à-dire qu’ils ont eu le Prix Nobel avant lui.
 
RFI : Certains disent de Tranströmer qu’il est capable de provoquer l’admiration générale. Ca veut dire que sa poésie, ses textes, sont à la portée de tous ?
 
J.O. : Ses textes sont d’une simplicité extrême, tout un chacun se sent concerné, tout un chacun s’y retrouve, retrouve ses expériences, donc, marquantes. Et il est dans sa poésie, le reflet de toute existence, de toute existence individuelle, bien entendu. Il aborde des sujets qui sont universels, sa poésie est universelle, bien qu’elle soit suédoise. Il est d’autant plus suédois, qu’on ne retrouve la Suède nulle part dans son œuvre. On retrouve Shanghai, on retrouve New York, on retrouve un tas de choses ! On trouve Lisbonne, on trouve Venise ! C’est quelqu’un qui a beaucoup voyagé, qui voyage beaucoup ! Par contre on ne retrouve pour ainsi dire jamais Stockholm ou les villes moyennes dans lesquelles il a vécu. Ce qui fait qu’en fin de compte, on retrouve la Suède dans la nature suédoise : la forêt, l’archipel de Stockholm, les îles…
 
Il y a évidemment, quelques petits cailloux blancs qui nous mènent dans cet univers qui est si typique pour les Suédois, où tout un chacun se retrouve. Ils sont en communion avec la nature, c’est quelque chose de mystique. Et j’ai l’habitude – ou j’avais l’habitude – de dire que dans le domaine francophone, la nature c’est quelque chose qui se cultive. C’est un domaine agraire. Alors qu’en Suède c’est un domaine – non pas avec lequel – mais dans lequel, à l’intérieur duquel on vit. Donc ce qui donne un certain sens à cette forêt, à ces ciels, à ces crépuscules, à cette obscurité de l’hiver, à cette clarté de l’hiver. Toutes ces choses habituellement vécues comme une normalité, par tout un chacun qui vit dans le Nord ou qui a vécu dans le Nord.
 
RFI : Certains de ses poèmes sont sous la forme de haïku. Est-ce qu’il a effectivement été inspiré, influencé, par la poésie japonaise ?
 
J.O. : Oui, aussi. Il a été influencé par la philosophie chinoise et autre. C’est vrai. Mais il ne faut pas oublier une chose – c’est là que j’aimerais passer un petit peu à la biographie – c’est que Tomas Tranströmer a été terrassé par une commotion cérébrale, qui l’a laissé en 1990 aphasique d’une part, et hémiplégique d’autre part. Donc, sa mobilité est extrêmement réduite, et il était du jour au lendemain, quasiment dans l’impossibilité d’écrire des poèmes longs commeLes Baltiques, par exemple, immense symphonie poétique. Donc, le haïku est une solution face à l’aphasie.
 
 
Jacques Outin était l'invité de "Culture Vive". Ecoutez l'intégralité de l'interview avec le seul traducteur en français de Tomas Tranströmer, prix Nobel de littérature 2011.

Source Rfi.fr link

 

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Publié le 13 Septembre 2011

Comment écrire et quoi écrire Voici une collection de textes d’écrivains et de poètes Haïtiens présentant le tremblement de terre du 12 janvier 2010 en Haïti, tel que vécu par eux. Le volume doit son titre à la romancière Yanick Lahens (extrait du livre) dans sa réflexion sur le rôle de l’écrivain, comme artisan de l’histoire. Il s’agit d’une anthologie en 3 langues. La version e-book est gratuite link.

 

 

Yanick   Lahens

Comment écrire et quoi écrire?

HaiTi Le 28 Janvier 2010

 

http://www.hpnhaiti.com/site/images/stories/akwek.jpg


Dès le mercredi 13 janvier 2010 j’ai commencé par tenir une chronique avec une simple comptabilité des faits et une description que je voulais la plus précise qui soit des dommages. Et bien sûr de la détresse. Celle lointaine d’inconnus croisés dans les rues, dans les abris, dans les centres hospitaliers et celle plus proche d’un voisin dont nous avons suivi impuissants, la lente agonie sous les gravats du Ministère de la Justice, celle de cette jeune femme que nous avons hébergée et qui tous les matins jusqu’à la tombée de la nuit se rendait à cet hôtel qui s’était éffondré pour finalement répérer sous les décombres après dix jours le téléphone portable de son époux juste à coté de sa main puis son corps cinq jours plus tard. 


J’ai commencé à le faire et il fallait le faire. Il y a un travail de mémoire qui passe inévitablement par ce regard sans cillement sur l’événement, seul gage de connaître un jour le nécessaire commencement de l’oubli. Question de se tenir à hauteur d’humanité sur cette crête précaire qui faisait dire à un personnage d’ “Hiroshima mon amour” “Je suis douée de mémoire, je connais l’oubli.” Et puis deux images sont venues me le confirmer en me rappelant de surcroît que mon rôle d’écrivain ne pouvait pas se résumer à une comptabilité macabre ou à une simple transcription mécanique des faits mais consistait à inventer un monde qui amplifie, prolonge ou fait résonner  précisément celui-ci.


La première image est celle d’un enfant sorti des décombres, les bras levés au ciel, un sourire comme un fruit de saison et qui dit à sa mère “ j’ai soif et j’ai faim.” La deuxième est celle d’une jeune-fille aux abords d’un marché qui trois jours après le séisme se fait tresser les cheveux et se regarde dans un miroir. J’ai aimé ce garçon qui disait oui à la vie, qui faisait presqu’un pied de nez au malheur et regardait l’avenir avec des soleils dans les yeux. Pour la deuxième image je me suis dit que quand les jeunes filles veulent encore être belles pour courir au devant du désir et des mots à fleur de peau, tout espoir ne peut être perdu. Tous deux me ramenaient à une vérité essentielle: ne pas célébrer la vie malgré tout, ne pas la transformer par l’art ou la littérature, c’est nous faire terrasser une deuxième fois par la catastrophe. 


Cet événement si éprouvant soit-il n’est donc pas parvenu à éteindre l’écrivain en moi qui se pose aujourd’hui plus que jamais les questions suivantes: quoi écrire et comment écrire après une telle catastrophe? 


Alors j’ai eu hâte de retrouver toutes ces sensations que je ne connais que trop bien devant ma feuille blanche et mon clavier. D’abord celle d’être en retard sur la vie. Toujours. Ensuite celle de vouloir tourner autour des mêmes interrogations comme dans une sarabande obstinée. En tentant d’y apporter des réponses quelques-unes de forme, d’autres de fond en sachant qu’à ces questions je n’apporterai que des réponses provisoires, appelées à se renouveler encore et encore. J’aime la force que cet acte requiert. Parce qu’écrire ce n’est pas seulement tracer des mots, “il faut être plus fort que soi pour aborder l’écriture, il faut être plus fort que ce qu’on écrit.” J’essaie en ces jours difficiles d’accumuler un peu de cette force pour transcender l’événement et arriver de nouveau vers mes lecteurs avec des mots qui sauront les toucher comme des mains.



 

http://media.paperblog.fr/i/265/2651349/yannick-lahens-laureate-prix-rfo-livre-L-1.jpeg

Yanick Lahens vit en Haiti. Elle est auteure de nouvelles, de romans et de travaux critiques sur la littérature et la société haitiennes dans des revues haitiennes et étrangères. Son premier roman Dans la maison du père (2000) a reçu le prix LiBeraturpreis en Allemagne. Son second roman La couleur de l’aube a obtenu quatre prix: le Prix Millepages Littérature française 2008, le Prix Richelieu de la francophonie en mars 2009, le prix RfO en novembre 2009 et le Prix des lecteurs de la ville de Vincennes en septembre 2010. Yanick Lahens a été membre du premier Conseil de Direction élu de l’Ecole Normale Supérieure et y a enseigné.

 

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Publié le 8 Septembre 2011

 

uuuu Rassembleur de vie et de voix Thélyson Orélien est né aux Gonaïves en Haïti et habite à Montréal. Prix International Jeunes Auteurs pour Les couleurs de ma terre in poésie et prose poétique publié aux Éditions de l’Hèbe en suisse et Finaliste du Prix Arthur Rimbaud de la Fondation Émile Blémond de la maison de poésie de Paris, pour l’Ombre qui colle à mes pas. Il fait des études bidisciplinaires en économie et politique à la faculté des arts et des sciences de l'Université de Montréal et continue à écrire la nuit. Il a publié Poèmes déshabillés suivi de Fragments de voix en 2011. Thélyson Orélien a participé dans plusieurs revues et ouvrages collectifs en Haïti, en France, en Suisse, en Belgique et au Québec. Il travaille désormais sur son premier roman pour donner enfin une mémoire à l'oublie.

 

 

 

 


  Fragments de voix (extraits)

  Thélyson Orélien


 

I

 

Le vent pleure dans le sommeil des rues

rêve à nos conquêtes d’ile

nos corps à corps

Les eaux transportent nos rêves

des étincelles en fuites

Je tourne le temps

et m’entretiens avec le soleil .-

 

 

II

 

Terre inégale

enfoncée

dans un massif de songe

Terre jonchée de contrastes

 

Le clair de lune

tomba dans le bleu pur

comme un morceau de ciel

 

Quelquefois

la démarche du silence

n’est qu’une corvée

d’étreintes

 

Nuits

réverbères

de flaques promeneuses

comme grêles de piano

mon tango abracadabrant .-

  

 

III

 

Le souffle coupé

entrecoupé d’ailes

le cœur écorche

le silence de la chambre

comme un abime

 

Tous les boudoirs allumés

pour laisser tanguer

le vertige des mers

La lumière a brulé dans le silence

Verdict de nos quêtes

comme un rideau avant-gardiste

La faconde des palabres

et des récits disparus

 

L’avenir

est là

au creux de ma main .-

  

 

IV


Le soleil ronfle sous l’eau

pour le grand repos soulard

La vie est belle

laide

douce

aigre

Les langues décident

La nuit pleure en torse-nu

aux deux carrefours amis

 

Les icebergs sont dehors

ils attendent demain

pour couler une fois de plus

le paquebot de nos chimères

 

Echo de ma souffrance

réminiscence de mon bonheur

J’ai toujours su que c’est toi

l’ombre qui colle à mes pas

le papillon autour de ma lampe

 le miel qui emplit ma ruche

la brise à l’appel de mon sommeil

les mille fourmis du désir

qui traversentmes sens

les parcourent en tout sens .-

  


V

  

Sur les ruines détrempées

où je défie l’écho

les vieux guetteurs de l’aube

en clins d’œil complices

m’ont livré leur secret

 

Le soleil jette ses derniers reflets

Le temps s’achève et s’épuise

au Vésuve de nos déchéances

 

J’ai saveur tempo de lumières

dans ma courte et assourdissante folie

immobile perpétuel à l’envers d’un décor

Le décor toujours règne

dans la pesanteur de l’angoisse

 

Me voici fossoyeurde rêves étranges

paraphraséde bleus impénétrables

pourcontrefaire la mouvance nue

ensynthèse de voix fragmentées

 

Je m’explose en prose

d’illusions versifiées

en miettes morceaux

comme un œuf éclaté

sous le poids de jouets infantiles .-

  

 

VI

 

Je serai poète de faubourgs minijupes

en extase sens jubilatoires

Ma fumée tapageuse

à stupeur de songes agglutinés

Le néant transfiguré éparpillé

jusqu’à l’audace de l’étincelle

 

Mémoire mutilée

déchiquetée sous la terreur chaos frénétique

comme des seins de femme

ayant allaité le monde

dans la métamorphose des dieux somnambules

 

Dommage le temps

par degré d’averses

se déménage quelque fois

quelque part

de la quiddité des eaux

Commémoraison musicienne

frappée de transes épileptiques .-

 

 


Thélyson Orélien

 Montréal, le 08 Septembre 2011


 

 
 Extrait de ''Fragments de voix'' dit par d'Isabel Dion  
.

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Rédigé par Thélyson Orélien

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Publié le 8 Septembre 2011

 

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Photo: AFP/François Guillot

Dany Laferrière (archives)

 

Le romancier Dany Laferrière est le seul Haitien et Québécois qui court la chance de mettre la main sur le prix littéraire canadien Giller. Les noms des 16 livres sélectionnés en vue de la remise du prix Giller ont été dévoilés mardi matin.

 

Dany Laferrière a été retenu grâce à The Return, une traduction de son ouvrage L'Énigme du retour. Ce roman à succès, paru en 2009 en version originale française, a notamment permis à l'auteur québécois d'origine haïtienne de rafler le prestigieux prix Médicis, l'année de sa parution.

 

Deux auteurs qui ont été retenus, mardi, dans la courte liste du prestigieux prix littéraire britannique Man Booker, Esi Edugyan et Patrick deWitt, font également partie des finalistes du prix Giller.

 

Michael Ondaatje, l'auteur du livre Le patient anglais, qui a inspiré le film du même nom, fait également partie des 16 finalistes grâce à son plus récent ouvrage The Cat's Table.

 

Le jury a sélectionné 16 livres parmi les 143 titres qui lui ont été proposés par 55 maisons d'édition de partout au Canada. Selon les organisateurs, le nombre de soumissions a bondi de 50 % cette année pour atteindre un niveau jamais atteint depuis 1994, l'année inaugurale de cette remise de prix.

 

Le nombre de finalistes passera à cinq lors du dévoilement de la courte liste, le 4 octobre, à Toronto. Le gagnant sera couronné lors d'une cérémonie qui se déroulera dans la Ville Reine le 8 novembre, un événement qui sera diffusé sur les ondes de la CBC.

 

Le prix Giller est assorti d'une bourse de 50 000 $.

 

crédit : www.radio-canada.ca



Le 29 août 2010, l'Université du Québec, sous l'égide de l'Université du Québec à Rimouski, a accordé un doctorat honorifique à l'écrivain Dany Laferrière.


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Publié le 6 Septembre 2011

http://passiondelire.blog.24heures.ch/media/00/02/583259332.jpgL'Académie Goncourt a rendu public sa première sélection de romans en lice pour le plus prestigieux des prix littéraires français. Parmi les 15 romans de la liste se trouve '' La belle amour humaine '' de l'écrivain haitien, Lyonel Trouillot. Né à Port-au-Prince (Haïti) le 31 décembre 1956, Lyonel Trouillot a fait des études de droit. Fasciné par la littérature depuis son plus jeune âge, il a collaboré à différents journaux et revues d'Haïti et de la diaspora dans lesquels il a publié de nombreux poèmes et textes critiques; il a également écrit des textes de chansons interprétées par Tambou Libète, Manno Charlemagne, Toto Bissainthe, Jean Coulanges et Atis Endepandan.  

Professeur de littérature, journaliste, co-fondateur des revues LakansyèlTèm et Langaj. ''Chevalier des Arts et des Lettres de la France'', Lyonel Trouillot est aujourd'hui membre du Collectif de la revue Cahiers du Vendredi et co-directeur de la collection du même nom.

Le Goncourt sera décerné le 2 novembre. Les jurés du Goncourt se réuniront de nouveau les 4 et 25 octobre pour annoncer leur deuxième puis dernière sélection. 


La première sélection:

- Stéphane Audeguy, Rom@ (Gallimard)

- Emmanuel Carrère, Limonov (P.O.L)

- Sorj Chalandon, Retour à Killybegs (Grasset)

- Charles Dantzig, Dans un avion pour Caracas (Grasset)

- David Foenkinos, Les souvenirs (Gallimard)

- Alexis Jenni, L'Art français de la guerre (Gallimard) - premier roman

- Simon Libérati, Jayne Mansfield 1967 (Grasset)

- Ali Magoudi, Un sujet français (Albin Michel)

- Carole Martinez, Du Domaine des Murmures (Gallimard)

- Véronique Ovaldé, Des vies d'oiseaux (L'Olivier)

- Eric Reinhardt, Le Système Victoria (Stock)

- Romain Slocombe, Monsieur le Commandant (Nil)

- Morgan Sportès, Tout, tout de suite (Fayard)

- Lyonel Trouillot, La belle amour humaine (Actes Sud)

- Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit (JC Lattès)


Cette sélection est aussi valable pour le 24e Prix Goncourt des Lycéens, lancée en présence d'Alexandre Bompard, P-DG de la Fnac (organisatrice du prix). Pour la première fois, les lycéens participants rencontreront les Académiciens au restaurant Drouant aujourd'hui.

 


Nous l'avons lu pour vous...


 

La belle amour humaine


"Laissez les choses à leur mystère. Maintenant que je ne vois plus, je ne trouve meilleur usage de ma présence au monde que de regarder par la fenêtre. Oui, deux hommes sont morts, deux maisons ont brûlé. Mais est-ce là le plus important ! Un jour, vous aussi vous mourrez. Quand viendra l'heure, posez-vous la question qui compte : "Ais-je fait un bel usage de ma présence au monde ?" Si la réponse est non, ce sera trop tard, pour vous plaindre comme pour changer. Alors, n'attendez pas. Les circonstances de la mort n'offrent pas de clé pour comprendre. La mort demeure pour le vivant la plus banale des occurrences, la seule qui soit inévitable. La mort ne nous appartient pas, puisqu'elle nous précède. Mais la vie..."

Sur une île des Caraïbes, dans un taxi qui la mène à un village côtier, Anaïse, en quête de ses origines écoute patiemment parler son guide qui la met face à sa filiation, loue son village, digresse et philosophe. Peu d'actions pour ce récit, mais une vision du monde dans sa globalité, humaine et piquante. Une ode à la simplicité, à la générosité et à la beauté, à ces détails qui, lorsqu'on sait les voir, nous procurent beaucoup de bonheur. Ce livre est aussi une parabole sur cette entité, ce village qui rend justice aux belles âmes, à ses habitants solidaires qui pourraient être des personnages d'un tableau de Millet ou de Courbet, sauf qu'ici ce tableau a pour titre La belle amour humaine. Pas de manichéisme, de la subtilité et une question pénétrante et récurrente, quel usage faut-il faire de sa présence au monde ?

Loin des clichés de l'île d'Haïti -sans qu'elle ne soit jamais citée- et de la complaisance à décrire la misère humaine, Lyonel Trouillot nous offre un long chant profondément ancré dans la bienveillance, la douceur du monde, tout en pointant du doigt la violence des villes, la corruption. Il nous amène dans des territoires abyssaux, dans un style poétique, imagé, parfois acerbe mais ce que l'on retient, c'est cet énorme talent, cette immense qualité littéraire et ces diverses pistes de réflexion. Une musique contemplative, lyrique et richissime.

Nous avons trouvé ce texte bouleversant. Nous croyons même que c'est la première fois qu'un auteur français me touche autant et nous croyons savoir pourquoi. Lyonel Trouillot est francophone et manie la langue avec ses possibilités non soupçonnées, son altruisme, ses tripes et sa singularité.
La lecture de ce roman fut un moment de grâce, de vagabondage d'esprit et de bonté.

La belle amour humaine, Lyonel Trouillot éd. Actes Sud 17 €
Rue des pas-perdus, Lyonel Trouillot éd. Babel 6,50 €

Lyonel Trouillot, écrivain et poète

 

 

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