Publié le 14 Janvier 2012

FABIANSans bercer dans le sensationnalisme ambiant, alors qu'il faudrait plutot songer à ceux qui sont désormais nos ancetres, mais quand je me souviens pourquoi j'écris, cette révolte qui n'en finit pas, ce petit texte assez imaginatif pour purifier l'esprit...

 

Des pas sourds s’enchainent dans les roues d’une voiture accélérant sur la route la plus large du pays, le ciment dansant avec la voiture ralentissant brusquement son départ, le conteur à vitesse de cet engin doit désormais compter le nombre de kilomètre-heure moins trente-cinq secondes car elle vient de subir un recul dans le temps, tout un pays vient de subir un recul dans le temps avec elle. Je suis dans la voiture et je demande au chauffeur ce qui se passe, s’en suivent de longs moments de silence. Le temps défile parfois comme un miroir, marcher dans le temps serait marcher en arrière dans notre espace biographique, c’est se demander quel sens a eu notre vie et penser à l’avenir. Oui l’avenir, je prends d’une méthode un peu brusque le volant d’entre les mains du chauffeur et je me mets à rouler à toute vitesse, me diriger vers mes rêves avec un désir supersonique. Fuir la mort. Car le seul choix de vie qu’il me reste se serait incarné dans cette mer pas seulement autour de moi, vers les deux rives de la chaussée, mais surtout cette mer qui me suit. Et verra-t-on dans ce monde sans Dieu, entre elle et moi qui partira plus tôt. Je suis un homme décidé. Mes paumes accrochées au volant je me souviens de ces doigts accrochés aux ongles bleus de ma femme, à ce dernier destin qui me reste. Si je meurs je serai la victime d’une histoire gaspillé, un épisode banal dans le courant de plusieurs mondes, la partie infime de 200 000 victimes qui n’ont pas su sauvé leur pays, qui n’ont pas su se sauver. Je ne mourrai pas sans avoir accompli quelque chose, rien qu’une chose qui mérite qu’on se souvienne de moi. La plante de mes pieds ne fait plus qu’un avec l’accélérateur essayant d’augmenter le volume du moteur en fonction mais ce n’est qu’un bruit hélas déjà couvert par celui de l’eau qui enraye notre espoir. L’eau a pénétré ma voiture,  perdu, je n’emploie ici qu’un demi-mot. Mon esprit vous parlera peut-etre ou peut-être que si j’ouvre la porte, je me laisserai conduire par les flots de ce tsunami, et je nagerai avec elle jusqu’à sortir de ce désastre.

 

 

Fabian Charles,

Université Paris IV - Paris, 12 Janvier 2012

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 11 Janvier 2012

Nous dédions ce poème de Birago Diop pour saluer la mémoire de Schélomi Lacoste... 

Le poème tapé à la machine par Birago :

  
soufflestap.jpg

 

Extrait de "La Plume raboutée "

...j'étais adopté par ceux du village dès le premier jour où j'y montai. Notamment par M. Cassagne et son fils Charles, des « bourgeois » venus de Saint-Gaudens à 18 km pour fabriquer du beurre et élever des porcs. Charles, petit et sec, la tête de Voltaire vieilli sous son éternel béret basque, taquinait la muse et lisait beaucoup. Nous fûmes rapidement amis. Pour lui apprendre l'Afrique dont il était curieux d'une manière intelligente, je lui dédierai mes Souffles.

  

Birago Diop est né en 1906 à Dakar au Sénégal. Il exerce le métier de vétérinaire et occupe également un poste d’ambassadeur à Tunis. Il a écrit les Contes d’Amadou Koumba. La plupart des poèmes contenus dans le recueil Leurres et lueurs ont été inspiré par des contes africains.

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Publié le 1 Janvier 2012

 

"La belle amour humaine 1957"
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http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/photos/alexis.jpg

 Jacques-Stephen Alexis en 1961 

D.R. © photo des archives de Gérald Bloncourt
(cliquer pour voir la photo entière)


Extrait d'un message de vœux de Jacques Stephen Alexis adressé à l'être Humain, son ami. Publié, à l'origine, en janvier 1957, dans les Lettres françaises et repris ici dans un numéro spécial intitulé "Jacques Stephen Alexis et la littérature d’Haïti" de la Revue mensuelle Europe, en janvier 1971, 20-27pp.  Paru sur Parole en Archipel en ce 1er Janvier 2012.


 

Heureuse année à mon ami l'Homme !

 

Heureuse année aussi à ceux qui se cherchent et ne se trouvent pas encore.
Heureuse année aussi à ceux qui ont trébuché dans le chemin difficile.
Heureuse année quand même à ceux qui ne croient a rien, même pas a eux-mêmes.
Heureuse année, bien sûr, à tous ceux qui souffrent, luttent, espèrent et croient toujours.
Heureuse année à tous mes frères, mes amis, à tous mes compagnons du spirituel qui combattent pour trouver la joie, la paix du coeur, et le sentiment du devoir accompli.

 

Quand j'eus écrit ces voeux sur la page blanche, carré blème et interrogateur, qui attendait de recevoir l'image de moi-même qu'avec mes pauvres mots je dois transmettre à mes compagnons de rêves et de galères, j'ai posé la plume et j'ai réfléchi un long instant. Que sont en effet des voeux s'ils n'ont pas un objet précis, possible, réalisable? Je me suis alors dit qu'il serait peut-être plus sage de m'adresser à ceux dont la mission est de contribuer à rebâtir le coeur humain, à mes amis intellectuels, français d'abord, puisqu'il m'échoit encore de passer une fin d'année avec eux.

 

Avant que de regagner ma belle île au loin qui m'attend, c'est une joie que de pouvoir faire part de mes réflexions à mes amis intellectuels, si français dans la diversité même des nuances de leur pensée. C'est une véritable libération que d'avoir la chance de leur dire ce qui m'oppresse le coeur en cette fin d'année tourmentée. Je n'ai certes aucune qualité qui donnerait à mon propos une importance insigne, non, mais une parole issue d'un coeur clair et grand ouvert ne peut jamais se perdre. C'est pourquoi, pour que tous ensemble nous contribuions à faire que cette année soit meilleure pour tous les hommes de bonne volonté, je veux évoquer trois grandes et vieilles questions.

 

Comme on le sait, nègre, latino-américain et haïtien jusqu'à la moelle des os, je suis le produit de plusieurs races et de plusieurs civilisations. Avant tout et par-dessus tout fils de l'Afrique, je suis néanmoins héritier de la Caraïbe et de l'indien américain à cause d'un secret cheminement du sang et de la longue survie des cultures après leur mort. De la même manière, je suis dans une bonne mesure héritier de la vieille Europe, de l'Espagne, et de la France surtout. Ces deux dernières composantes sont décelables dans ma raison, dans mon affectivité comme dans ma sensibilité indiscutablement. Et si j'ai choisi sans équivoque les familles du humaines qui m'apparaissent comme plus proche de moi, la famille nègre et la famille latino américaine, avec une égale détermination je ne suis nullement disposé à rien renier de mes origines. Je suis proche de la pensée et de la sensibilité française, et la France m'a tant donné que j'ai l'obligation de rendre le peu que j'ai à offrir.

 

La question de l'humanisme est bien vieille, la discussion a dû commencer quelque jour dans la horde primitive qui nous est commune à tous, alors que le langage venait à peine d’être acquis par notre espèce. Néanmoins un homme comme moi peut avoir beaucoup à dire à des européens sur l’humanisme de notre temps, car il n’y a pas très longtemps on nous reléguait, moi et ma race dans les communs de la Maison Humaine. En 1957 la question est crucialement posée, causons donc.

 

Bien sûr, l’humanisme ne saurait être une chose achevée…

 

Jacques Stephen ALEXISJanvier 1957      

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 20 Décembre 2011

 

http://culture509.files.wordpress.com/2011/12/soukar.jpgHaïti: L'écrivain Michel Soukar va-t-il clore l'année 2011 - qui a vu décerner quelques prix littéraires à des auteurs haïtiens comme Lyonel Trouillot (Prix du Roman Métis), Joël Des Rosiers (Prix du Québec), Marvin Victor (Prix de la Société des gens de lettres) sans recevoir aucun prix ? 

L'Association des écrivains de langue française (Adelf) vient de lui attribuer la mention spéciale pour son roman historique, « Cora Geffrard », paru chez Mémoire d'Encrier. Il accueille cette distinction littéraire comme « un encouragement à poursuivre dans la veine des romans historiques, d'explorer l'histoire du pays, de fouiller la psychologie de ses personnages shakespeariens, absurdes ». 
« Ce qui m'intéresse, explique-t-il, est d'utiliser le roman pour reconstituer des périodes précises d'histoire du pays, de faire découvrir ou redécouvrir des personnages connus ou méconnus. Bref, un puzzle historique. » Cet historien, chroniqueur d'émissions radiophoniques sur l'histoire et conférencier, a d'autres oeuvres s'inscrivant dans la même veine telles que « L'âge du tigre » - un roman sur la période historique dominée par Nord Alexis, Anténor Firmin et le firminisme. « Il y en a un qui doit paraître le 1er trimestre de 2012 et l'autre à la fin de la même année. Ils portent tous sur des tranches d'histoire d'Haïti aux XIXe et XXe siècles et les personnages de l'histoire », annonce-t-il. 

Michel Soukar révèle dans le large lectorat son manque d'intérêt pour les ouvrages d'histoire, des « textes arides » auxquels s'intéressent surtout « des mordus ». Suite à cette constatation, ce passionné de l'histoire dit recourir au roman « pour reconstituer des périodes précises d'histoire, pour faire découvrir ou redécouvrir des personnages connus ou méconnus ». 

Inspiré d'une tranche d'histoire haïtienne de la moitie du XIXe siècle, « Cora Geffrard » raconte l'aventure de la fille chérie du président Fabre Nicolas Geffrard, assassinée dans des conditions non élucidées. Mais l'auteur se propose de lever le voile de cette zone d'ombre : qui sont les assassins de la princesse du président ? Michel Soukar se réfère à ses connaissances en histoire pour s'ériger en peintre d'une fresque historique. L'auteur donne à voir et à lire avec émotion une époque tumultueuse, des pratiques politiciennes faites de trahison, de jalousie, de luttes fratricides... Le tout se lit « dans une écriture fluide, puissante et lumineuse ».

Le récit tient le lecteur en haleine, le rend prisonnier de ses suspenses qui l'accrochent à chaque page de ce roman où se marient avec fascination réalité (historique) et fiction. Celle-ci apparaît tant au niveau des dialogues qu'à celui de la chronologie. 

Michel Soukar est le deuxième auteur haïtien à se voir récompensé par l'Adelf, après l'écrivain et poète Emmelie Prophète pour son récit, « Le Testament des solitudes », publié chez le même éditeur. La cérémonie de remise du 24e prix littéraire des Caraïbes (remporté par Emmanuel Goujon, pour « Imperméable », éditions Vents d'ailleurs) aura lieu en mai 2012.

   http://www.librairiepantoute.com/img/couvertures_300/tnbhmq48.jpg  
 
 
Michel Soukar, Cora Geffrard, éd. Mémoire d'Encrier, 2ème édition, Montréal, Québec, 554 pp.
 
Chenald Augustin

 

 

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 17 Décembre 2011

FV

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Collection Tremplin    

ISBN : 978-2-81215-907-7

Prix public : 12,50 euros

Format : Relié

Nombre de pages : 76

 

 

« Je ne suis

Que moi-même

Ne suis que rien

Un homme à l’envers

Un monde à l’envers dévirginé »

 

Thélyson Orélien nous offre la nudité du verbe. A prendre ou à laisser. Avec une douceur de ton et de forme il nous emmène à travers les courants, les déliés, les vides et les pleins du corps sublimé, du corps astral, austral, magnétique. Magique ? Un corps qui :

 

«avait la forme de mes bras  

 l’espace de mes yeux ». 

 

Il nous entraîne dans un voyage immobile mais (in)augural.   

 

« Et nous avons fait l’amour 

jusqu’au verso du temps ».  


C’est bien de l’amour qu’Orélien nous parle.  Et de lui.  Il sait que l’amour comporte des risques, des écueils et des revirements.  Il sait bien que l’amour est une substance qui peut brûler l’esprit aussi sûrement que l’eau enflamme le sodium.  Et pourtant il franchit le pas, se jette à l’eau et nous lance ses vers comme des étincelles du milieu de l’océan. Sa marche nue dans la lumière de cet amour n’est pas un choix, mais une nécessité.  L’homme n’a pas le pouvoir de décider, comme les loups il suit son instinct.  Il n’y a ici ni bien ni mal mais seulement l’évidence de l’action associée à la volupté de la pensée. 

 

Il nous dit son désarroi face à la solitude, à l’absence de l’être aimé, et aussi à l’absurdité de n’être qu’une goute de chair éperdue à la conscience du vide.  Il nous rappelle la perte originelle qui sépare les sexes et les enferme arbitrairement.  Il y a la blessure de celui que l’esseulement fait replonger dans la douleur et la mélancolie plus profondes de la séparation irrémédiable qui l’a vu naître homme.  Cette coupure franche qui nous fait passer de l’indistinct à l’individu.  D’un monde à l’autre, avec un aller simple. Ce que les mots s’évertuent à découvrir :

 

« comme une courte  

 et assourdissante folie », 

 

c’est bien le mystère du temps, le mystère du silence indissociables de l’absence.  Du vide.  Tel un mystique sans confession, sans plus d’attache, avec toujours au premier plan cet amour, l’ancien amour, qu’il croit étoile du berger à même de guider ses pas mais qui s’avère étoile filante ne laissant derrière elle qu’un sillage de soufre et la douleur au ventre.  Puis le creusement, l’affouillement de cette douleur jusqu’à atteindre la perle noire au centre pour :

 

redire l’aveu 

l’abime 

ou la spirale de l’extase

dans le vide prononcé ».  

 

Déconstruire chaque parcelle de sentiment pour de ses infimes réminiscences espérer refaire exister l’être aimé.  Recréer le présent de l’amour, cet Eden d’où il a été chassé sans crier gare « pour un débris de pain frileux ».  


Mais il n’est pas dupe.  La douleur aiguise l’intellect.  Il grandit. Il sait intimement qu’à défaut, ses poèmes de l’absence lui serviront tôt ou tard à conjurer un nouvel amour.

 

Dans l’écriture d’Orélien il y a le souffle et le rythme, le savoir intime du rythme.  La maîtrise des espaces de silence qui fondent les mots et les vers.  Ces vides et ces absences sont à lire au même titre.  Ils font écho à ce vide existentiel et pour cela constituent parfois le cœur du poème.  De la faille séparant deux versets surgit un autre poème non dit, non verbal, plus grave et plus profond, venu du lointain du songe ou de l’inconscient.  A nous d’en percevoir les formes dans la transparence.  Le poète nous convie parfois à un tango, comme il le dit, mais plus souvent au rythme du kompa ou de la musique racines de son pays.  Il y a la mélancolie des corps qui chaloupent nonchalamment pour oublier tout ce que la vie apporte de privations.  Le « rythme fatigué de la main », comme il est annoncé dès le premier poème.  Une main qui de crainte de tout perdre, de se perdre, s’efforce « de tout écrire / de tout produire », jusqu’à l’épuisement.

 

Le poète nous montre la lumière.  Dans un pays qui ne finit pas d’en baver au rythme des séismes, des cyclones et des dictateurs, dans un pays où manger est pour beaucoup une activité moins que quotidienne, dans un pays où l’idyllique beauté semble tromper si sûrement les hommes, la vie ne pourra malgré tout être complètement éradiquée.

 

Dans un pays blessé, écorché, aux chairs encore béantes, il reste place pour l’humanité.  Et pour l’amour.

 

Les poèmes de Thélyson Orélien déshabillent l’âme d’une certaine liberté.

  


Arnaud Delcorte,

Pennsylvanie, Septembre 2010

 


 

Paris, le 18 avril 2011

 

Note de lecture : " Poèmes déshabillés suivi de Fragments de voix " de Thélyson Orélien

 

Tenté par l’hermétisme, le recueil "Poèmes déshabillés suivi de Fragments de voix" de Thélyson Orélien porte néanmoins une parole forte, resserrée, qui vise juste et souvent fait mouche « L’écriture / Si cruelle des fois / ne s’écrit / Qu’à stylo de sang / Elle n’habite que l’air / Et valse avec la compréhension dérobée », page 8. Poèmes d’amour, poèmes sensuels qui exigent d’autant plus de maîtrise qu’ils expriment l’étendue « Ton corps / Avait la forme de mes bras / L’espace de mes yeux », page 15.  La préface signée Arnaud Delcorte relève  la proximité du physique, du charnel même, et du métaphysique qu’on retrouve constamment liés :


Bruno Doucey, éditeur 

 




uuuu Rassembleur de vie et de voix Thélyson Orélien est né aux Gonaïves en Haïti et habite à Montréal. Prix International Jeunes Auteurs pour Les couleurs de ma terre in poésie et prose poétique publié aux Éditions de l’Hèbe en suisse et Finaliste du Prix Arthur Rimbaud de la Fondation Émile Blémond de la maison de poésie de Paris, pour l’Ombre qui colle à mes pas. Il fait des études bidisciplinaires en économie et politique à la faculté des arts et des sciences de l'Université de Montréal et continue à écrire la nuit. Il a publié Poèmes déshabillés suivi de Fragments de voix en 2011. Thélyson Orélien a participé dans plusieurs revues et ouvrages collectifs en Haïti, en France, en Suisse, en Belgique et au Québec. Il travaille désormais sur son premier roman pour donner enfin une mémoire à l'oublie.

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 17 Décembre 2011

http://media.librairiedialogues.fr/media/attachments/large/2/7/4/001061274.jpg

ISBN : 978-2-36013-068-9

Prix public : 12 euros

Format : 12 × 20 cm

En librairie le 8 décembre 2011


Stoïcisme froid au milieu des big-bangs. Distance critique pour trucider le « je ». Ne vous y trompez pas. La logique poétique saisit sa musique et son intensité dans le point faible voulu de la démarche, presque au bord d’une psychologie de l’absurde. Le cadavre du moi trouve sa résurrection dans la dégringolade artistique du raisonnement. Là même où commence la faille, source improbable néanmoins réelle d’un renouveau esthétique. Ce n’est donc pas sans une déchirure adroitement mise en bémol que Jean-Robert Léonidas décide de tomber sa tenue et son outillage d’homme en blanc, pour risquer de vivre exclusivement en littérature. Et avec grand bonheur. De cette cassure radioactive et libératrice de chaleur est née, dans le feu et la flamme, Rythmique Incandescente. Né à Jérémie, Haïti, Jean-Robert Léonidas a mené de front des projets d’écriture et une carrière d’endocrinologue aux États-Unis. Essayiste, poète et romancier, il collabore pendant longtemps à la rubrique culturelle de l’hebdomadaire Haïti-Progrès (New York). Plus récemment, à travers sa poésie, il fait sentir à maintes reprises, sur le site du Nouvel Observateur et glissant le long des nuques, le souffle haletant mais accrocheur et tenace, de son pays, de sa culture. Auteur de maints articles scientifiques, ce créateur polyvalent est à son septième ouvrage littéraire. Aujourd’hui, naviguant entre son patelin et ailleurs, il fait rimer horticulture et littérature. Son écriture, racine et floraison, est ancrée dans la Grand-Anse natale comme les arbres qu’il y plante volontiers. L’auteur en empore le parfum dans les salons du monde qu’il fréquente, sans saison ni coordonnées, ni lisières.

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 2 Décembre 2011


uuuu Rassembleur de vie et de voix Thélyson Orélien est né aux Gonaïves en Haïti et habite à Montréal. Prix International Jeunes Auteurs pour Les couleurs de ma terre in poésie et prose poétique publié aux Éditions de l’Hèbe en suisse et Finaliste du Prix Arthur Rimbaud de la Fondation Émile Blémond de la maison de poésie de Paris, pour l’Ombre qui colle à mes pas. Il fait des études bidisciplinaires en économie et politique à la faculté des arts et des sciences de l'Université de Montréal et continue à écrire la nuit. Il a publié Poèmes déshabillés suivi de Fragments de voix en 2011. Thélyson Orélien a participé dans plusieurs revues et ouvrages collectifs en Haïti, en France, en Suisse, en Belgique et au Québec. Il travaille désormais sur son premier roman pour donner enfin une mémoire à l'oublie.

 

 

 

 oOo

 

Poèmes hachés, entrecoupés de la fixité des mots

Poèmes tout courts...

  

Le nu regard de tes yeux


Il ne me reste 

Rien à dire 

Sinon courir 

Vers l’horizon 

Habiter 

Le nu regard de tes yeux.

Lumières Intérieures 

   

Lumières en multiplication  

à la vie  

caricatures du danger    

Carcasses du vécu  

Epaves de l'être en rut  

en méfiance  

au dos des ténèbres  

 

Découpées en ruban mou  

Tête de corbeau  

Lumières perdues  

au dedans de l'ombre.

De la fixité des mots

 

Me voici nu 

Poète déshabillé 

Le corps dévêtu 

De regards aphones 

Autour du tu 

 

Nos yeux répètent 

Indéfiniment 

Des propos de cendre 

Et d’amour 

 

Dit du fou 

Léché au crépitement 

De ma parole 

  

Erosions 

De la fixité des mots. 

 Des images visionnées

 

Mes yeux signent 

La mégalomanie 

Des esprits 

 

Scène 

L’idéal capiteux 

Des images visionnées.

Chaque voix...

 

Chaque voix 

Chaque mot 

Chaque souffle 

 

Une rencontre 

Vers les maux 

Une naissance

Vers la mort.

De mes pas somnambules

 

Je sens dans tes rêves 

Les allers et retours 

De mon ombre 

Au rythme syncopé 

Des heures 

  

Sentir de tes cris 

L’odeur de mon corps 

Dans les fréquences 

De ton souffle 

 

Murmures tes cris 

Ta voix 

Usure féconde 

De mes pas somnambules.

 

Le vent pleuvait dans nos mains...

 

Le vent pleuvait dans nos mains 

D’un  millier de sens 

Et nous avons fait l’amour 

Jusqu’au verso du temps 


Les baisers 

Prendront nos salives 

Comme une chose 

Qui se lape tendrement 

Se parlent au pli des gestes 

 

Gouttes, gouttes, gouttes

Se sont mes spermatos 

Qui tentent de féconder 

La déesse du voyage 

Sur une vitre d’autobus. 

 

Le poème en furie 

  

J'ai quitté les vers en furie  

dans les recoins bordels  

l'aile frileuse s'effrite  

à l'aube fissile du neutron  

ancre la nuit  

de plumages dextrogyres  

  

Il y a trop d'artifices  aux réveils  

effets de grandiloquences  

en résumé banal  

  

Le visage pataugé  

dans le grimoire occulte  

abat la terreur  

d'ombre de martyres  

 

L'air du grand large asperge  

à l'encrage de la poésie  

de sève sans automne  

Brûle tous les bas-fonds  

pour l'en garder îvre-mort   

  

Le poème sera avalé  

 par la poubelle  

sa nourriture depuis Eden.

 

 

 

Thélyson Orélien

Montréal, le 30 Novembre 2011 

Animateur de Parole en Archipel  

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 25 Novembre 2011

http://www.grioo.com/images/rubriques/6/7710.jpgAux côtés du martiniquais Aimé Césaire et du sénégalais Léopold Sédar Senghor, il convient d'inscrire au panthéon des chantres de la négritude le guyanais Léon-Gontran Damas, qui épousa leur destin et leurs idéaux... De la même manière que ses deux illustres congénères, Léon-Gontran Damas s'illustra à la fois dans le domaine de la littérature et dans celui de la politique. Revenons sur le parcours de celui qui à travers ses poèmes et ses engagements politiques fut incontestablement l'un des fers de lance du mouvement de la négritude. C'est le 28 mars 1912 que voit le jour à Cayenne Léon-Gontran Damas, il est le dernier-né d'une fratrie de cinq membres, fruit du mariage d'un mulâtre européen-africain et d'une métisse amérindienne-africaine. Lorsqu'en 1913, sa mère décède, son père le confie avec ses frères et soeurs à sa soeur Gabrielle Damas, que l'on retrouvera souvent dans les recueils de poèmes de Léon Gontran-Damas sous les traits de « Man Gabi ». C'est une éducation bourgeoise qui sera donnée au jeune Léon-Gontran, qui ne prononce pas la moindre parole avant l'âge de 6 ans. En 1924, Léon-Gontran Damas quitte la Guyane pour la Martinique afin d'y étudier au lycée Victor Schoelcher, c'est là, sur les bancs du lycée qui porte le nom du martiniquais à qui l'on doit la loi d'abolition de l'esclavage en 1848, qu'il va faire la connaissance d'Aimé Césaire.

 

En 1928, Léon-Gontran Damas traverse l'Atlantique pour débuter des études secondaires au lycée de Meaux, puis s'installe l'année suivante à Paris pour y étudier le russe et le japonais à l'Ecole des langues orientales (qu'il quitte rapidement, taxant ses professeurs de racisme), et en parallèle le droit et la littérature. Il ne tarde pas à faire la connaissance de Léopold Sédar Senghor, lequel rencontre à son tour Aimé Césaire dans les couloirs du lycée Louis-le-Grand. Ensemble, les trois étudiants décident de fonder une revue dont le maître-mot sera d'oeuvrer à l'émancipation de la condition noire : c'est l'acte de naissance de l'Étudiant noir, dont le premier numéro paraît en 1935, et qui constitue l'étendard des premières heures du mouvement de la négritude, terme dont la paternité incombe au martiniquais Aimé Césaire.

 

En 1937 paraît Pigments, le premier recueil de poèmes de Léon-Gontran Damas, publié à compte d'auteur et préfacé avec enthousiasme par Robert Desnos. L'année suivante est publié Retour de Guyane, dont on peut imaginer que le titre influencera Césaire pour son Cahier d'un retour au pays natal. Suivront comme recueils de poèmes Graffitis en 1953, Black Label en 1956 et Névralgies en 1966. Sur le plan des activités politiques de Léon-Gontran Damas, nous retiendrons qu'il occupe de 1948 à 1951 le siège de député de Guyane sur les bancs de la SFIO. Par la suite, Léon-Gontran Damas parcourt le monde afin de donner des conférences sur des questions ayant trait à la condition noire et au colonialisme, les idées qu'il distille peuvent être rapprochées de celles du penseur radical martiniquais Frantz Fanon, qu'il rencontre en 1959 à Rome au Congrès des Ecrivains et Artistes noirs. De 1964 à 1969, il exerce des fonctions de délégué auprès de l'UNESCO pour la Société Africaine de Culture. À partir de 1970, Léon-Gontran Damas s'installe aux États-Unis où il devient professeur et conférencier dans diverses grandes universités, jusqu'à sa mort qui survient le 22 janvier 1978. Le retour de ses cendres en Guyane en septembre 1978 donne lieu à des cérémonies en grande pompe dans le cadre de la « semaine Culturelle Léon-Gontran Damas » décrétée pour l'occasion.



Anthologie 


 

1. - Solde    

                                                   Pour Aimé Césaire

 

J'ai l'impression d'être ridicule

dans leurs souliers

dans leur smoking

dans leur plastron

dans leur faux-col

dans leur monocle

dans leur melon

 

J'ai l'impression d'être ridicule

avec mes orteils qui ne sont pas faits

pour transpirer du matin jusqu'au soir qui déshabille a

vec l'emmaillotage qui m'affaiblit les membres

et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe

 

J'ai l'impression d'être ridicule

avec mon cou en cheminée d'usine

avec ces maux de tête qui cessent

chaque fois que je salue quelqu'un

 

J'ai l'impression d'être ridicule

dans leurs salons

dans leurs manières

dans leurs courbettes

dans leur multiple besoin de singeries

 

J'ai l'impression d'être ridicule

avec tout ce qu'ils racontent

jusqu'à ce qu'ils vous servent l'après-midi

un peu d'eau chaude et des gâteaux enrhumés

 

J'ai l'impression d'être ridicule

avec les théories qu'ils assaisonnent

au goût de leurs besoins

de leurs passions

de leurs instincts ouverts la nuit

en forme de paillasson

 

J'ai l'impression d'être ridicule

parmi eux complice

parmi eux souteneur

parmi eux égorgeur

les mains effroyablement rouges

du sang de leur ci-vi-li-sa-tion

 

 

   2. - Réalité 
                                                                 (extrait de Pigments)
 
De n'avoir jusqu'ici rien fait
détruit
bâti
osé
à la manière
du Juif
du Jaune
Pour l'évasion organisée en masse
de l'infériorité
C'est en vain que je cherche
le creux d'une épaule
où cacher mon visage
ma honte
de
    la
       Ré
           a
              li
                té.

 

 3. - Limbe

                                                                   Pour Robert Romain
 
Rendez-les-moi mes poupées noires
qu'elles dissipent
l'image des catins blêmes
marchands d'amour qui s'en vont viennent
sur le boulevard de mon ennui
 
Rendez-les-moi mes poupées noires
qu'elles dissipent l'image sempiternelle
l'image hallucinante
des fantoches empilés fessus
dont le vent porte au nez
la misère miséricorde
 
Donnez-moi l'illusion que je n'aurai plus à contenter
le besoin étale
des miséricordes ronflant
sous l'inconscient dédain du monde
 
Rendez-les-moi nies poupées noires
que je joue avec elles
les jeux naïfs de mon instinct
resté à l'ombre de ses lois
recouvrés mon courage
mon audace
redevenu moi-même
nouveau moi-même
de ce que Hier j'étais
hier
   sans complexité
              hier
quand est venue l'heure du déracinement
 
Le sauront-ils jamais cette rancune de mon coeur
A l'œil de ma méfiance ouvert trop tard
ils ont cambriolé l'espace qui était le mien
la coutume
les jours
la vie
la chanson
le rythme
l'effort
le sentier
l'eau
la case
la terre enfumée grise
la sagesse
les mots
les palabres
les vieux
la cadence
les mains
la mesure
les mains
les piétinements
le sol
 
Rendez-les-moi mes poupées noires
mes poupées noires
poupées noires
noires
    noires.
 
4. - Blanchi
 
                                                          Pour Christiane et Alioune Diop
 
Se peut-il donc qu'ils osent
me traiter de blanchi
alors que tout en moi
aspire à n'être que nègre
autant que mon Afrique
qu'ils ont cambriolée
 
Blanchi
 
Abominable injure
qu'ils me paieront fort cher
quand mon Afrique
qu'ils ont cambriolée
voudra la paix la paix rien que
la paix
 
Blanchi
 
Ma haine grossit en marge
de leur scélératesse
en marge
des coups de fusil
en marge
des coups de roulis
des négriers
des cargaisons fétides de l'esclavage cruel
 
Blanchi
 
Ma haine grossiten marge
de la culture
en marge des théories
en marge des bavardages
dont on a cru devoir me bourrer au berceau
alors que tout en moi aspire à n'être que nègre
autant que mon Afrique qu'ils ont cambriolée.
 
                                                              
5. - Obsession

 
Un goût de sang me vient
un goût de sang me monte
m'irrite le nez
la gorge
les yeux
 
Un goût de sang me vient
un goût de sangm'emplit
le nez
la gorge
les yeux
 
un goût de sang me vient
âcrement vertical
pareil
à l'obsession païenne
des encensoirs.
 
6. - Hoquet

                                                           Pour Vashti et Mercer Cook
 
Et j'ai beau avaler sept gorgées d'eau
trois à quatre fois par vingt-quatre heures
me revient mon enfance
dans un hoquet secouant
mon instinct
tel le flic voyou
Désastre
parlez-moi du désastre
parlez-m'en
 
Ma mère voulant d'un fils très bonne manière à table
les mains sur la table
le pain ne se coupe pas
le pain se rompt
le pain ne se gaspille pas
le pain de Dieu
le pain de la sueur dit front de votre Père
le pain du pain
 
Un os se mange avec mesure et discrétion
un estomac doit être sociable
et tout estomac sociable
se passe de rots
une fourchette n'est pas un cure-dents
défense de se moucher
au su
au vu de tout le monde
et puis tenez-vous droit
un nez bien élevé
ne balaye pas l'assiette
 
Et puis et puis et puis
au nom du Père
           du Fils
           du Saint-Esprit
à la fin de chaque repas
 
Et puis et puis
et puis désastre
parlez-moi du désastre
parlez-m'en
Ma mère voulant d'un fils mémorandum
 
Si votre leçon d'histoire n'est pas sue
vous n'irez pas à la messe
dimanche
avec vos effets des dimanches
 
Cet enfant sera la honte de notre nom
cet enfant sera notre nom de Dieu
 
Taisez-vous Vous ai-je ou non dit qu'il vous fallait parler français
le français de France
le français du français
le français français
 
Désastre
parlez-moi du désastre
parlez-m'en
 
Ma mère voulant d'un fils
fils de sa mère
 
Vous n'avez pas salué voisine
encore vos chaussures de sales
et que je vous y reprenne dans la rue
sur l'herbe ou la Savane
à l'ombre du Monument aux Morts
à jouer
à vous ébattre avec Untel
avec Untel qui n'a pas reçu le baptême
 
Désastre
parlez-moi du désastre
parlez-m'en
Ma mère voulant d'un fils très do
très ré
très mi
très fa
très sol
très la
très si
très do
ré-mi-fa
sol-la-si
do
 
Il m'est revenu que vous n'étiez encore pas
à votre leçon de vi-o-lon
Un banjo
vous dites un banjo
comment dites-vous
un banjo
laissez donc ça aux nègres.
un banjo
Non monsieur
   vous saurez qu'on ne souffre chez nous
ni ban
ni jo
ni gui
ni tare
les mulâtres ne font pas ça
laissez donc ça aux nègres.
 
7. - Bientôt
 
Bientôt
je n'aurai pas que dansé
Bientôt
je n'aurai pas que chanté
Bientôt
je n'aurai pas que frotté
Bientôt
je n'aurai pas que trempé
Bientôt
je n'aurai pas que dansé
chanté
frotté
trempé
frotté
chanté
dansé
    Bientôt
 
8. - Ils sont venus ce soir
 
                                                            Pour Léopold-Sédar Senghor
 
 
Ils sont venus ce soir oùle
tam
   tam
         roulait de
                      rythme
                                   en rythme
                                                   la frénésie
des yeux
la frénésie des mains
la frénésie
des pieds de statues
DEPUIS
combien de MOI MOI MOI
sont morts
depuis qu'ils sont venus ce soir où le
tam
    tam
         roulait de
                       rythme
                                  en rythme
                                                 la frénésie
des yeux
la frénésie
des mains
la frénésie
des pieds de statues.
 
                                                              
                                                                      9. - Et caetera
 
                                                        Devant la menace allemande,
                                                     les Anciens Combattants Sénégalais
                                         adressent un câblogramme d'indéfectible attachement.
                                                                      (Les Journaux.)
 
Aux Anciens Combattants Sénégalais
aux Futurs Combattants Sénégalais
à tout ce que le Sénégal peut accoucher
de combattants sénégalais futurs anciens
de quoi-je-me-mêle futurs anciens
de mercenaires futurs anciens
de pensionnés
de galonnés
de décorés
de décavés
de grands blessés
de mutilés
de calcinés
de gangrenés
de gueules cassées
de bras coupés
d'intoxiqués
et patati et patata
et caetera futurs anciens
 
Moi
je leur dis merde
et d'autres choses encore
 
Moi je leur demande
de remiserles
coupe-coupe
les accès de sadisme
le sentiment
la sensation
de saletés
de malpropretés à faire
 
Moi je leur demande
de taire le besoin qu'ils ressentent
de piller
de voler
de violer
de souiller à nouveau les bords antiques du Rhin
 
Moi je leur demande
de commencer par envahir le Sénégal
 
Moi je leur demande
                             de foutre aux « Boches » la paix 

 

 

Léon-Gontran Damas(Pigments. Névralgies, 1972, éd. Présence Africaine)


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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 17 Novembre 2011

 

À une ville démolie

Dépecée, devenue folle...


Le matin des sombres miroirs, sous les auspices d’une dalle en désuétude pleins de charmes et de liberté, les arts bafoués prôneront la récompense. Pourquoi toujours des plaintes, quand demain la barrière s’ouvrira pour des adieux simplifiés? Le dos à la mémoire. L’amnésie, ce cerf qui roule aux nuages de l’extase. Le rideau vert marchait, flottait, dansait déjà. Dommage le vent si doux nest présent. 

 

Tout était ruine et deuil dans la triste cité. La désolation habite dans les âmes. Les enfants sont partis. Les hommes et les femmes cherchent sous quelques toits un coin pour s'abriter. Après journées d'angoisse et nuits d'insomnie, la population conservait sa fierté dans le tohu-bohu. Presqu'un air de gaieté semble gagner la ville à l'âme endolorie.

 

Tout était ruine et deuil. Les blessés embrassant les morts, victimes du destin, tirés des décombres. Depuis le carrefour, jusqu'au détour du port. La rue en ses deux flancs n'entassait que des ombres. La cathédrale, les maisons qui montraient tant d'orgueil aux promeneurs lassés de la longue journée. Les balcons qui pointaient leur flèche spontanée. Rien ne subsiste plus. Tout est ruine et deuil.

 

La ville démolie. Brusquement fait la place à de pauvres sans-abri installés sous des tentes. L'humanité a le coeur contrit devant tant de disgrâce. Tout est anéanti dans le gouffre et le deuil. En conséquence, passait déjà, sous l’échelle du temps... 

          De verbes chantés

                 De verbes plantés

                        De verbes pansés

                               De verbes pressés

                                       De verbes palpés

                                              De verbes écrits 

Le charbon des jours creuxEn sens ascendant des rumeurs qui coulent. Disparates d’un sort d’une volonté accrue. Les désirs s’en vont après nos actes pervers. En contresens de vérités, d’obstacles et ambitions vers l’orgueil concentré. De la mort d’un rêve, d’un rêve de mort, de survivances qui passent. Un récit sans histoires, de simples passés, de soulagements à bouleverser le temps. Le son de rêves en sommeil. Une sortie pour de bon au bon début de débit d’encre. Je m’énerve de ne pas me perdre

On écrira, la profondeur d’une muse si confuse, si éminente, si teneuse, tumultueuse et sonore. Le nord de la tête plongé dans les murs. Le bonheur sous chloroforme. La profondeur en prose, poétique. Le sens bouleversera. D’ici. De là. De là-bas. Être poète. Être écrivain. Écrire la folie des êtres sur les marges de la vie. Et dépressions et déceptions écrites dans la boue, comme dans l’eau froide, pleins de peines. Illusion à l’envers d’une histoire de sel. J'irai à l’irréversibilité du temps, à l’accord de l’ordure aux palmiers, vers les buissons détendus. Voilà l’or qui n’est pas diamant en ce soir de meurtrissures ovales...


Thélyson Orélien

 

 



uuuu Rassembleur de vie et de voix Thélyson Orélien est né aux Gonaïves en Haïti et habite à Montréal. Prix International Jeunes Auteurs pour Les couleurs de ma terre in poésie et prose poétique publié aux Éditions de l’Hèbe en suisse et Finaliste du Prix Arthur Rimbaud de la Fondation Émile Blémond de la maison de poésie de Paris, pour l’Ombre qui colle à mes pas. Il fait des études bidisciplinaires en économie et politique à la faculté des arts et des sciences de l'Université de Montréal et continue à écrire la nuit. Il a publié Poèmes déshabillés suivi de Fragments de voix en 2011. Thélyson Orélien a participé dans plusieurs revues et ouvrages collectifs en Haïti, en France, en Suisse, en Belgique et au Québec. Il travaille désormais sur son premier roman pour donner enfin une mémoire à l'oublie.

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 17 Novembre 2011

Soro Victor

Le Salon du livre de Montréal (Québec) accueille cette semaine trois auteurs haïtiens, Gary Victor, Makenzy Orcel, Michel Soukar, à travers Mémoire d’encrier, une maison d’édition haïtienne établie au Canada.


Le jeune romancier Makenzy Orcel, avec Les latrines, un roman qui nous offre une plongée dans les bas-fonds de Port-au-Prince, et qui est très attendu au Salon du Livre. Il participera aux événements, lancements et signatures. Il sera accueilli à Radio-Canada, tout comme Gary Victor dont le roman Soro est édité chez Mémoire d’encrier. L’historien et romancier Michel Soukar rencontrera son public et signera son roman Cora Geffrard.


Ces initiatives font partie de la mission de Mémoire d’encrier, indique l’écrivain Rodney Saint-Éloi, fondateur de la maison d’édition. « Déterritorialiser Aménager des passerelles. Être dans le donner et le recevoir. L’imaginaire du pays est peut-être ce qui est de plus précieux à offrir au monde. C’est tout au moins ce qui console de la bêtise politique. Les meilleurs Ambassadeurs du pays, ce sont les écrivains », déclare-t-il.


L’espace de Mémoire d’encrier au Salon du livre de Montréal reçoit également l’auteure palestinienne Yara El-Gadban (L’ombre de l’olivier). À part les auteurs invités, le professeur André Corten signera au salon son essai L’État faible. Haïti et la République Dominicaine, et l’écrivain-géographe Jean Morisset présentera sa chronique Haïti délibérée.


La maison d’édition exhibera son catalogue au salon, mais misera sur les nouveautés dont la fameuse Controverse cubaine entre le tabac et le sucre de l’auteur cubain Fernando Ortiz, publié pour la première fois en français. Jean Price-Mars a dit de Fernando Ortiz : « Peu d’hommes ont consacré une aussi longue période de vie à un idéal de solidarité et de fraternité humaines que Fernando Ortiz ».


Un autre titre remarquable : Les printemps arabes, collectif sous la direction du psychanalyste Michel Peterson. L’actualité internationale est dominée par les révolutions dans le monde arabe ; l’exemple de la Tunisie et celui de l’Égypte ont été érigés en modèle. L’ouvrage Les printemps arabes rassemble une quinzaine de contributions, des regards qui innovent, misant sur la complexité de l’histoire et l’expérience du vécu.


D’autres auteurs haïtiens seront aussi de la fête du livre comme l’incontournable Dany Laferrière, qui vient de publier son dernier roman L’art presque perdu de ne rien faire aux éditions Boréal et le poète-essayiste Joël Des Rosiers, récipiendaire du prestigieux prix Athanase-David 2011.


Pour le romancier Gary Victor, qui est déjà sur place à Montréal, « Le salon est un moment exceptionnel afin de rencontrer les lecteurs, la communauté haïtienne, et les écrivains du monde entier. C’est réjouissant cette forme de convivialité entre les écrivains d’horizons différents. Ma présence est une façon de saluer le formidable travail de Mémoire d’encrier, qui s’est taillé une place de première importance dans la littérature-monde. »

 

Thélyson Orélien

blogueur, chroniqueur et poète 

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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