Publié le 7 Avril 2012

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Lundi 16 avril 2012 de 18h à 20h. La librairie Zone libre (262 rue Sainte-Catherine Est) et les éditions Mémoire d'encrier lancent une invitation spéciale, aux amis admirateurs de la littérature francophone et de la culture en générale, à une soirée lectures, débats, rhum-soleil...

 

Avec les auteurs Emmelie Prophète, Michel Soukar, Verly Dabel, Makenzy Orcel, Franz Benjamin, Gary Klang, Myrtelle Devilmé, Louis-Philippe Dalembert, Rodney Saint-Éloi,.

 

L'auteur sénégalais Baboucar Boris Diop fera l'honneur de sa présence.

 

Le poète de Bretagne Yvon Le Men sera l'invité surprise. Myriam Senghor-Ba de l'OIF sera avec nous à cette soirée. Thélyson Orélien poète, blogueur, chroniqueur servira d'attaché culturel pour Parole en Archipel par sa présence en tant qu'invité à cette soirée lectures et débats.

 

Lundi 16 avril 2012 de 18h à 20h

Librairie Zone libre
262 rue Sainte-Catherine Est

Montréal


 



Mémoire d’encrier

au Salon international du livre de Québec

 

Espace de la diversité, stand 538

 

COMMUNIQUÉ


Vous avez dit Diversité

Mémoire d’encrier vous invite à l’Espace de la diversité au Salon international du livre de Québec, qui se tient du 11 au 15 avril 2012. Trente-huit auteurs, catalans, haïtiens, amérindiens, belges, français, etc. nous aident à mieux épeler le monde. Ne ratez pas le train de la littérature et du vivre-ensemble.

 

 

La Programmation


 

Matinée catalane : Samedi, 14 avril, 9h-12h

Jaon-Lluis Lluis
Arnau Pons
Jaume Pont 
Francesc Serés 
Lluis-Anton Baulenas
Gabriel Janer Manila
Maite Carranza
Susanna Rafart
 

Après-midi autochtone : Samedi, 14 avril, 12h-14h30

Joséphine Bacon

Virginia Pésémapéo Bordeleau

Louis-Karl Picard-Sioui

Rita Mestokosho

Jean Désy

Naomi Fontaine

Maurizio Gatti

Louis-Jacques Dorais

Manon Sioui

Jean Sioui

 

Matinée haïtienne : Dimanche, 15 avril, 10h-12h30

Dany Laferrière

Makenzy Orcel

Michel Soukar

Emmelie Prophète

Verly Dabel

Gary Klang

Myrtelle Devilmé

Rodney Saint-Éloi

Louis-Philippe Dalembert

 

Lire le monde. Discussion et lectures avec les auteurs de la diversité

 

Vendredi, 13 avril, 18h-19h30 : Espace jeunesse Desjardins

Virginia Pésémapéo Bordeleau, Joséphine Bacon,  Emmelie Prophète, Makenzy Orcel, Dany Laferrière, Louis-Philippe Dalembert, Yvon Le Men, Francesc Serés

Animateur: Rodney Saint-Éloi

 

Spectacle littéraire Les bruits du monde

 

Samedi, 14 avril, 20h-22h Palais Montcalm, Salle D'Youville

Entrée libre

Joséphine Bacon, Virginia Pésémapéo Bordeleau, Louis-Philippe Dalembert, Jean Désy, Bruno Doucey, Naomi Fontaine, Dany Laferrière, Yvon Le Men, Mahigan Lepage, Rita Mestokosho, Jean Morisset, Laure Morali, Makenzy Orcel, Arnau Pons, Emmelie Prophète Louis-Karl Picard Sioui, Rodney Saint-Éloi, Michel Vézina, Ouanessa Younsi.

 

 

Transcription : Parole en Archipel

Avec la parfaite collaboration des Editions Mémoire d'Encrier 

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 7 Avril 2012

Gérard VERGNIAUD ÉTIENNE est né le 28 mai 1936 à Cap-Haïtien. À quinze ans, il quitte le foyer paternel, protestant ainsi contre la violence de son père à l’égard de sa mère, qui ne partage pas ses croyances vaudou. Il restera profondément marqué par cette période de sa vie. À Port-au-Prince, il participe à une insurrection contre le gouvernement de Paul E. Magloire. Arrêté en compagnie de Luc B. Innocent et de Windsor K. Laferrière, il est emprisonné et torturé. Disciple du romancier et médecin Jacques-Stephen Alexis (membre du Parti communiste haïtien), il participe à un complot contre le gouvernement de François Duvalier. Il est à nouveau arrêté et torturé, à l’âge de vingt-trois ans. 

Fondateur du groupe culturel Samba, qui deviendra Haïti-littéraire, il enseigne dans des collèges et au lycée. Il est en même temps critique littéraire et reporter aux quotidiens Le Nouvelliste (1961-1962) et Panorama (1962-1964). En août 1964, il s'exile au Canada, à Montréal, où il enseigne au Lycée Da Silva (1964-1965) et travaille comme reporter au quotidien Métro Express et au journal Quartier latin. Au cours de ses études de baccalauréat ès arts et de licence ès lettres à l’Université de Montréal (1964-1970), il travaille en usine puis comme infirmier à l'Hôtel-Dieu de Montréal. En 1965, il publie son premier livre au Canada, Lettres à Montréal, et rencontre en 1967 la compagne de sa vie, Natania Feuerwerker dont il a deux enfants, Joël et Michaëlla. Il enseigne au Collège de Matane (1968-1970) et collabore au journal La Voix canadienne. Il enseigne ensuite à l'Université de Moncton en 1971, obtient son doctorat en linguistique à Strasbourg, en 1974, et est professeur de linguistique et de grammaire supérieure àMoncton, en Acadie, jusqu'en 1978. En 1979, il y fonde le module information/communication, où il enseigne le journalisme. Il collabore au Devoir de 1972 à 1987 et est éditorialiste au quotidien Le Matin (1986-1987).

Malgré deux comas et une opération au cerveau, il continue à écrire dans l'hebdomadaire Le Voilier (1987-1989). Malgré une agression d'ordre politique en 1993 (voir L'Injustice, la désinformation, le mépris de la loi), il poursuit sa lutte pour le changement dans son pays d'origine, en collaborant au journal Haïti-Observateur. Cofondateur, lecteur et membre du conseil d’administration des Éditions de l’Acadie, il recevra de nombreux prix et distinctions, dont le Certificat d'honneur Maurice Cagnon du Conseil International des Études Francophones (CIEF), en 1996, et le Prix Cator de Vermeille, pour l'ensemble de son œuvre, en 1998.

Plusieurs de ses titres ont été traduits en langues étrangères (anglais, allemand, italien et portugais). Il a aussi poursuivi une carrière scientifique, découvrant une nouvelle discipline en sciences humaines, l'anthroposémiologie, et a publié deux essais, sans compter une cinquantaine d’études savantes en linguistique, en critique et en sémiologie. 

Gérard Étienne meurt le 14 décembre 2008, à Montréal.
_______________________
 Sources : Natania Feuerwerker, dans le site Île en île (www.lehman.edu/ile.en.ile) ;
 L'ÎLE (www.litterature.org).



Hommage de France Théoret

 

Je terminais une Licence ès lettres, en 1968, à l’université de Montréal, lorsque j’ai connu Gérard Étienne. Nous étions à l’atelier de création littéraire de Monique Bosco. Je l’ai retrouvé au Comité Langue et Souveraineté de l’UNEQ pendant les dernières années de sa vie.


Gérard Étienne témoigne de ce qu’il a subi. Il a été emprisonné deux fois et deux fois il a été torturé pour ses luttes contre la dictature politique. L’expérience de ses emprisonnements dans les geôles de Paul E. Magloire 1 et de François Duvalier reste gravée dans sa pensée.

La tragédie humaine est au fondement de son œuvre. Ces épisodes majeurs qu’il n’a jamais oubliés forment le lieu de sa mémoire habitée par des interrogations indéfiniment renouvelées. Son œuvre est née de là. Qu’il remémore ou non les souffrances extrêmes, le référent biographique et historique s’inscrit dans les questions graves, vitales, existentielles. C’est un témoin au sens fort du terme.

Comme auteur, il est un révolté. Peu importe que les révoltés aient mauvaise presse, qu’ils soient priés de se taire, qu’ils soient invités à louer la vie heureuse, jusqu’à la fin, il a fait de sa mémoire passée et présente un lieu d’écriture. Gérard Étienne rappelle qu’il a été un « Nègre crucifié » : cela ne l’a jamais quitté.

De la trentaine de livres qu’il a publiés, ceux que j’ai lus, recueils de poésie, romans et essais, se distinguent par une langue métaphorique, allusive, des envolées continuelles. C’est ainsi que j’identifie sa manière, tout ressemble au lyrisme discursif tant il y a de causes à défendre, de criminels à dénoncer, de tragédies collectives et individuelles à porter sur la place publique.

Je relève parmi les dénonciations une profonde réflexion passionnée sur le racisme. Les crimes commis par les racistes sont nombreux. Le racisme semble de mieux en mieux connu, identifié, étudié et doit l’être. Ce que dit Étienne : les victimes du racisme peuvent l’être à leur tour. Ils se servent du pouvoir de la langue, de l’étiquette « raciste » comme moyen d’intimidation, dans le dessein de faire taire, pour dominer. Québécois d’adoption bien intégré, il disait souvent aux réunions du Comité Langue et Souveraineté : je peux dire ces choses telles que vous, écrivains québécois, ne pouvez pas dire sans être accusés de racisme. Il écrivait alors un roman où il était question, entre autres, du racisme des Noirs.

On ne trouve pas chez lui ce qu’on appelle la haine de soi. Étienne écrit de beaux enthousiasmes, une volonté de vivre l’amour pour Natania, pour les écrivains et la vie intellectuelle, pour les grands mouvements de libération des peuples. Sa dénonciation de compatriotes abuseurs à l’égard de la femme noire et à l’égard « des petits Blancs du pays de Jacques Cartier » n’a pas à surprendre. Il s’agit de la même quête de justice et d’humanisme. Dans ses livres, je retrace des considérations et des analyses inouïes, détaillées, percutantes, approfondies sur le racisme des uns et des autres. On pourrait croire que Gérard Étienne s’est voué à l’étude du racisme.

France Théoret

1. Gérard Étienne a été un camarade de combat de Windsor K. Laferrière, le père de Dany Laferrière.
 

EXTRAIT  de Le Nègre Crucifié

Les soldats du Chef se réveillent et voient que je suis encore en vie. Ils s’énervent. Expliquent mal ma résistance. On ne résiste pas à leurs supplices et à leurs coups de fouet. Ils expliquent mal le souffle qui me reste après quarante-huit heures de torture. L’un dit : il doit être un Christ noir. L’autre répond si c’est vrai il va descendre de la croix. L’un dit à l’autre : ce n’est pas possible que par des tortures, il arrive ainsi à la hauteur de sa Révolution, par une résistance qui dépasse la mesure de nos forces.

Ma résistance fait vraiment peur aux miliciens du Chef. J’ai des recettes qui me permettent de supporter la douleur, ce que les miliciens ne peuvent pas admettre. Je devrais déjà avoir trépassé. Il y a longtemps qu’on fouille mon trou entouré de feuilles de bananier selon l’ordre du Chef. On doit aussi surveiller s’il n’y a pas un vaudouisant qui pourrait me ressusciter. La magie, pensent-ils, n’est pas le terrain privé du Président. On peut la vaincre avec des tanks aussi.

Les miliciens du Chef redoublent leur surveillance comme si j’allais m’envoler pour toujours, briser ma croix, faire ployer les clous qui agrandissent davantage les trous dans mes mains. Cela fait une grotte où les mouches cherchent asile. Les miliciens font un rapprochement entre les trous dans mes jambes et les trous de coups de dents des vaudouisant pendant leurs cérémonies.

Une voix dans le tonnerre dit : ça suffit. Tout Port-au-Prince entend la voix. Mais le Président répond à la voix avec ses canons. Qui ose parler contre sa décision. Il fait crucifier des nègres. C’est tout.
______________________
Source : Le Nègre Crucifié. Montréal, Éditions francophones, coll. «Nouvelle optique», 1974 ; Montréal : Éditions Balzac, coll. «Autres rives», 1994 ; Montréal : Éditions du Marais, 2008, pages 108-109.


L'Oeuvre de Gérard Étienne

Romans et récits

- Le nègre crucifié, Montréal : Éditions francophones, coll. «Nouvelle optique», 1974 ; Montréal : Éditions Balzac, coll. «Autres rives», 1994 ; Montréal : Éditions du marais, 2008. 

- La Reine soleil levée, Montréal : Guérin littérature, coll. «Roman», 1988,1987 ; Montréal : Éditions du Marais, 2008.

- Vous n'êtes pas seul, Montréal : Balzac, coll. «Autres rives», 2001. Montréal : Éditions du Marais, 2007.

- Au coeur de l'anorexie, Montréal : CIDIHCA, 2002.

- La romance en do mineur de maître Clo, Montréal : Balzac-Le Griot, coll. «Autres rives», 2000.

- La Pacotille, Montréal : L'Hexagone, coll. «Fictions», 1991.

- Une femme muette, Montréal : Éditions Nouvelle Optique, coll. «Fiction/Nouvelle Optique», 1984,1983.

- Un ambassadeur macoute à Montréal, Montréal : Nouvelle Optique, coll. «Caliban & Cie», 1979.

Poésie

- Natania : chant littéraire, Montréal : Éditions du Marais, 2008. 


- La charte des crépuscules - oeuvres poétiques, 1960-1980, Moncton (N.-B.) : Éditions d'Acadie, 1993.

- Cri pour ne pas crever de honte, Montréal : Éditions Nouvelle Optique, coll. «Poésie / Nouvelle Optique», 1983,1982.

- Dialogue avec mon ombre, Montréal : Éditions francophones du Canada, 1972. 

- Lettre à Montréal, Montréal : les Éditions Estérel, 1966. 

- Gladys, Port-au-Prince : Éditions Panorama, 1963.

- La Raison et mon amour, Port-au-Prince : Les Presses port-au-princiennes, 1961.

- Au milieu des larmes, Port-au-Prince : Togiram press, 1960.

- Plus large qu'un rêve, Port-au-Prince : Imprimerie Dorsainvil, 1960.

Essais

- Le créole, une langue, Montréal : Éditions du Marais, 2009.


- La femme noire dans le discours littéraire haïtien – éléments d'anthroposémiologie, Montréal : Balzac-Le Griot, coll. «Littératures à l'essai», 1998 ; Montréal : Éditions du Marais, 2007.

- L'injustice! - désinformation et mépris de la loi, Brossard : Humanitas, coll. «Circonstances», 1998.

- La question raciale et raciste dans le roman québécois - essai d'anthroposémiologie, Montréal : Éditions Balzac, coll. «Littératures à l'essai», 1995.

- Le Nationalisme dans la littérature haïtienne, Port-au-Prince : Éditions du Lycée Pétion, 1963.

- Essai sur la negritude, Port-au-Prince : Éditions Panorama, 1962.

Théâtre

- Monsieur le président [Gérard Étienne ; adaptation théâtrale, Vincent Monnier et Philippe Régnoux], Montréal : Éditions du Marais, 2008.


Œuvres traduites

- Crucified in haiti [translated by Claudia Harry ; introduction by Keith L. Walker] Côte St Luc : Du Marais Pub. House, impression 2006.

_______________________
Sources : BAnQL'ÎLE et les éditions Du Marais

Dossier Spécial

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 6 Avril 2012

           


Montauban


Aux victimes des tueries de Toulouse et Montauban 


 

 

                                                    Chère Céline,

 

 

il y a quelque chose de putride 

au pays des merveilles,

les rafales se succèdent,

et la chère tante saigne douloureusement

du sang de ses enfants,

l’absurde a pris le dessus

sur la raison cartésienne

abasourdie par tant d'aversion

 

le moment venu des thèmes porteurs

de gauche à droite

on s’interroge sur la nécessité

de mettre un brake

à un certain discours

qui enflamme les esprits simples

à qui on fait croire que l’enfer c’est les autres

 

clichés et amalgames

sont des explosifs dormants

placés dans tous les recoins de la grande maison

où le meurtre d’innocents devient une banalité.

 

la question dépasse

elle se pose 

en douloureuses épines

elle renvoie à la peste émotionnelle

qui ravage l'autre re-coin

aux injustices historiques

qui gonflent les rangs des fanatiques.-


 

— Thélyson Orélien

Montréal, 30 Mars 2012.




Le pays des merveilles


 

Cher Thélyson,

 


Le pays des merveilles
est un pays où
chaque femme, chaque homme et chaque enfant
sent dans ses veines la brillante puissance
de la sagesse et de la sincérité.

Le pays des merveilles
est un pays qui
du simple pouvoir de son âme et de son corps
décèle les toutes lumières et leurs permet
d'éclairer tous les gestes d'infini.

Ce beau pays des merveilles
si simple ! si vrai !
qu'un fort égoïste qui ne pardonne pas
refuse de le laisser vivre, refuse de le laisser croire
et alors, par des assassinats et
par des réactions sentimentales et sordides
cherche à prouver l'impossible.

Ce beau pays des merveilles
n'existera que si la balle
du fou, du fanatique, du jaloux, de la bêtise
saura te traverser sans te toucher.

Cette balle a été celle d'une arme brûlante
cette balle est aussi celle de la peur
cette balle est aussi celle de la faiblesse
cette balle est aussi celle de la sensibilité.

De question, en réalité, il n'y en a pas
De réponses, il en existe des centaines
De vérité, il n'y en a qu'une :
Créer au coeur de notre coeur
le pays des merveilles.-


— Céline Laboureau
Grenoble, le 2 avril 2012.



Thélyson et Céline sont des blogueurs, chroniqueurs et poètes, porteurs de deux cultures différentes. L'un est haitien et l'autre est Française. Visitez le blog de Céline: Céline Dehors

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 5 Avril 2012

 

salon 2012

Photo prise à l'ambassade d'Haiti à Rome : De gauche à droite: Dany Laferrière, l'Ambassadeur près le Saint-Siège Karl-Henry Guiteau, Johanne Larivière-Tieri, Attachée aux affaires culturelles et éducatives à la Délégation générale du Québec en Italie, le Représentant ad interim d’Haiti en Italie, Carl Benny Raymond, Robert Berrouët-Oriol, et les professionnelles de l'ambassade Monette Etienne, Nathalie Castera-Hahn et Laurence Durand.

 


 

Il est des temps de haute-lisse qui se tissent et s’engravent rive gauche de la mémoire... Mon dernier séjour en Europe, à l’aune d’une hospitalité de tous les instants, a été de cette cuvée --et je me réjouis que les Lettres haïtiennes en fussent le faîtage. Avec bonheur, j’ai encore une fois arpenté les venelles du Salon du livre de Paris, Porte de Versailles, du 16 au 19 mars 2012. Auteur invité par la Région Bretagne à la version 2012 de ce Salon, j’y étais, au stand de cette Région, en dédicace pour le livre «Poème du décours» (Éditions Triptyque et Prix du livre insulaire 2010 à Ouessant, France), ainsi que pour la réédition de «L’aménagement linguistique en Haïti: enjeux, défis et propositions» (Éditions du CIDIHCA et Éditions de l’Université d’État d’Haïti).

 

D’aucuns posent que le Salon du livre de Paris est l’un des deux plus importants événements mondiaux de ce champ…  Alors faut-il parler chiffres? En bref, ce Salon --qui s’honore de l’hospitalité offerte à une quarantaine de pays cette année--, regroupe environ 2 000 auteurs, toutes catégories confondues, campés pour 4 000 séances de dédicaces et plus de 400 conférences, rencontres, animations et débats. Pour sa 32e édition, les organisateurs du Salon attendaient plus de 200 000 visiteurs ainsi que 30 000 professionnels  des métiers du livre (libraires, etc.) et 1 200 éditeurs. 

 

La littérature japonaise était l’invitée d’honneur du Salon du livre de Paris cette année. Notamment à travers la venue d’écrivains-phare et largement représentatifs de ce qui s’est écrit hier et de ce qui s’écrit aujourd’hui au pays du Soleil levant: Moto HAGIO, Kaori EKUNI, Madoka MAYUZUMI et Kenzaburô OÉ, Prix Nobel de littérature en 1994. Nul hasard en l’espèce. Les séismes qui endeuillent les nations sont aussi des failles mémorielles traversant les artères et les veines de la littérature. Celle du Japon comme celle d’Haïti.

 

Honneur à la littérature haïtienne

 

Cette année encore nos écrivains ont fait honneur au pays de Jacques-Stéphen Alexis. Et parce que la littérature haïtienne est depuis des décennies polyphonique et hautement transnationale, plus précisément «métasporique» –j’emprunte ce concept à mon ami le poète et essayiste Joël Des Rosiers--, nos écrivains étaient à l’honneur chez leurs éditeurs et sur plusieurs stands amis. Parmi eux, on aura noté Anthony Phelps chez son éditeur parisien Bruno Doucey et à la Librairie du Sud pour sa très récente et magistrale anthologie personnelle «Nomade je fus de très vieille mémoire»; Jean-Robert Léonidas chez Riveneuve Continents pour «Rythmique incandescente»; Joël Des Rosiers, Prix Athanase-David 2011 au Québec, à Paris pour son somptueux «Gaïac» et en signature chez Jasor, Québec Éditions et à la Librairie du Sud; Gary Victor à la Librairie du Sud pour «Saison de porcs»; Dany Laferrière Chez Grasset et Fasquelle ainsi que chez VLB pour «Chronique de la dérive douce»; enfin Lyonel Trouillot chez Actes Sud pour «La belle amour humaine».

 

Aux portiques de ce Salon du livre, et par l’aimable entremise de mon ami le poète Jean-Durosier Desrivières –auteur de «Lang nou souse nan sous – Notre langue se ressource aux sources» (Éditions Caractères 2011)--, j’ai eu la joie de rencontrer Mme Francesca Palli, gestionnaire et animatrice du fameux portail «Potomitan» (www.potomitan.info), qui offre depuis quelques années une exceptionnelle fenêtre aux différentes variétés de créoles et aux cultures créoles. (En 2011, je le précise, 15 133 internautes, depuis Haïti, avaient consulté «Potomitan».) Cette rencontre s’est agréablement prolongée lors de la table-ronde tenue au théâtre de l'Échangeur à Bagnolet , en banlieue parisienne, rencontre à laquelle le poète Jean-Durosier Desrivières avait convié Gary Victor, «l’écrivain le plus populaire et le plus lu en Haïti», selon mes sources, ainsi que Guy Régis Jr, sur le registre de la traduction français-créole. Gary Victor est un romancier-phare de la littérature haïtienne contemporaine: son roman «À l’angle des rues parallèles» a obtenu en 2003 le prix de fiction du Livre insulaire à Ouessant, tandis que le Prix RFO 2004 lui a été décerné pour son titre «Je sais quand Dieu vient se promener dans mon jardin».

 

Animateur d'ateliers d'écriture, traducteur, connu notamment pour sa traduction en créole de «Le Petit prince» d'Antoine de Saint-Exupéry, Gary Victor a aussi obtenu le Prix Casa de las Americas 2012 dans la catégorie littérature caribéenne en langue française pour son roman «Le sang et la mer» publié à l’automne 2010 aux Éditions Vents d’ailleurs. Pour sa part, Guy Régis, auteur, comédien, poète, traducteur, metteur en scène et vidéaste, est actuellement en résidence d’écriture au théâtre de l'Échangeur  --résidence soutenue par le Conseil régional d’Île de France. Téméraire et innovant traducteur en créole de Maeterlinck, Camus et  Koltès, il poursuit, en cette résidence d’écriture, son ambitieuse traduction en créole de l’œuvre de Marcel Proust «À la recherche du temps perdu». Lauréat du Prix Jean Brière en 2000, et Prix international de poésie (Port-au-Prince et Dakar), pour son long poème «Le Temps des carnassiers», Guy Régis Jr a également réalisé deux courts métrages expérimentaux, «Blackout» et «Pays sauve qui peut» (2002). Il est également l'auteur d'une traduction en créole du roman d'Albert Camus «L’Étranger» paru aux Presses nationales d'Haïti en 2008.

 

OBSERVATION MAJEURE: je retiens de cette édition du Salon du livre de Paris que l’Institut français et son incontournable et très achalandé stand, la «Librairie du Sud»,  a été cette année encore l’un des plus importants carrefours de diffusion des littératures non hexagonales produites ou traduites en français. Comme l’an dernier, la «Librairie du Sud» a accueilli et soutenu les écrivains haïtiens avec cette festive hospitalité dont seuls sont capables les vrais lecteurs et passeurs de littérature.

 

Embrasser Rome et (re)naître

 

Seconde gésine, j’ai séjourné à Rome et à Naples, du 21 au 24 mars 2012, à l’invitation conjointe de la Délégation générale du Québec à Rome et de l’Ambassade d’Haïti en Italie, de concert avec les missions diplomatiques francophones accréditées à Rome. Ces deux représentations diplomatiques (celle de ma terre native et celle de ma terre d’enracinement) m’avaient en effet convié, à titre de Poète et de linguiste, à participer aux tables-rondes des fameuses «Journées romaines de la Francophonie».

 

Contexte: le 20 mars de chaque année la Journée internationale de la Francophonie est célébrée à l’échelle de la planète. Elle vise à sensibiliser le public international à la diversité et à la richesse culturelle des pays francophones ou ayant le français en partage. Á l’occasion de cette célébration le Groupe des chefs des missions francophones à Rome organise les «Journées romaines de la Francophonie», du 16 au 23 mars 2012, et ces journées aux multiples activités sont assorties d’une table-ronde.

 

Ainsi, le 21 mars 2012 j’ai participé à la table ronde «Le langage des jeunes francophones, c koi?» à laquelle a pris part avec brio et clarté le Commissaire général du Forum mondial de la langue française 2012, le Québécois Michel Audet, ainsi que des linguistes et spécialistes de différents pays. Il s’agissait d’échanger, de dialoguer sur «l’évolution de la langue française et ses variétés d’utilisation chez les jeunes générations». Cette table ronde s’est aussi tenue le lendemain, avec plusieurs intervenants de la précédente, à l’Université «L’Orientale» de Naples.

 

Pour bien cibler mon propos aux tables-rondes de Rome et de Naples --qui, ensemble, ont réuni environ 200 participants--, j’ai caractérisé la situation linguistique haïtienne sur quatre axes:

 

  1. un patrimoine linguistique national historiquement constitué en partage inégal, adossé à l’institution de l’usage dominant du français et à la minorisation institutionnelle du créole à l’échelle nationale; 
  2. une exemplaire insuffisance de provisions constitutionnelles au regard de l’aménagement linguistique, insuffisance en phase avec le déni des droits linguistiques de l’ensemble des locuteurs haïtiens; 
  3. l’inexistence –conséquence du déficit de vision et de leadership de l’État--, d’une politique linguistique publiquement énoncée et promue, préalable à la mise en oeuvre d’un plan national d’aménagement des deux langues haïtiennes; 
  4. la perduration d’une École haïtienne à deux vitesses qui engendre l’exclusion sociale, qui pratique la discrimination linguistique en contexte d’échec quasi-total des trois réformes du système éducatif haïtien à 80% gouverné et financé par le secteur privé national et international.

 

C’est donc dans ce cadre conceptuel que j’ai situé «l’évolution de la langue française et ses variétés d’utilisation chez les jeunes générations»: j’ai mis en évidence le fait que, dans la «Francocréolophonie haïtienne», l’on ne saurait valablement réfléchir à une quelconque «évolution de la langue française» chez les jeunes Haïtiens en dehors d’un diagnostic scientifique (et nullement idéologique) à l’œuvre à travers une pragmatique efficiente de l’aménagement de nos deux langues officielles. Et j’ai formulé le vœu que la Francophonie institutionnelle puisse être solidaire de manière innovante de la «Francocréolophonie haïtienne», en particulier dans la perspective de la refondation du système éducatif haïtien et quant aux défis programmatiques et didactiques qui nous attendent en ce qui a trait à la généralisation de l’utilisation du créole, dans la totalité du système éducatif national, aux côtés du français et à parité statutaire avec le français.

 

Ma participation aux «Journées romaines de la Francophonie» s’est achevée lors du cocktail donné le 23 mars 2012 par l’ambassade d’Haïti à Rome. J’en garde un souvenir précieux tant le raffinement, l’élégance, l’hospitalité, le savoir-faire et l’efficacité professionnelle du personnel de nos deux ambassades (près le Saint-Siège et près l’Italie) se sont avérés tout naturellement à la hauteur de ces «Journées romaines de la Francophonie». Et il m’est agréable de noter que ces savoir-faire, hospitalité et efficacité sont aussi le fait avéré de Mme Johanne Larivière-Tieri,  Attachée aux affaires culturelles et éducatives à la Délégation générale du Québec en Italie que dirige une amie d’Haiti, Mme Amalia Daniela Renosto. Le temps d’une réflexion ouverte, je me suis mis à rêver que nos représentations diplomatiques outre-mer puissent enfin, un jour prochain, être dotées d’un personnel aussi compétent, hautement professionnel et efficace que celui en poste en Italie… Cadrage: le cocktail offert par l’ambassade d’Haïti à Rome, bellement festif, et auquel participaient nombre de diplomates accrédités en Italie, avait le panache des grandes célébrations préparées avec soin et soucieuses de donner une image positive d’Haïti: exposition de sculptures, de fer forgé, de peintures et d’objet d’artisanat; dégustation de plats traditionnels haïtiens; exposition de livres et de revues haïtiennes; exposition des récentes créations vestimentaires de la designer italo-haïtienne Stella Maria Novarino, belle comme un poème d’eau fraîche…

 

La séquence littéraire de ce cocktail --présidé avec l’intelligence du coeur par l’ambassadeur Karl-Henry Guiteau, auquel a répondu symétriquement en introduction de bienvenue le représentant ad interim d’Haiti en Italie, Carl Benny Raymond, les deux admirablement secondés par Laurence Durand, une professionnelle de haut niveau, à l’instar de Mmes Nathalie Castera-Hahn, Monette Etienne Donat-Cattin et Danielle Longo--, a été brillamment introduite par l’Haïtienne Marie Hélène Laforest, professeure de lettres caribéennes à L’Università degli Studi di Napoli «L’Orientale». Elle a su circonscrire, avec rigueur et hauteur de propos, la poétique de Robert Berrouët-Oriol ainsi que le projet esthétique de Dany Laferrière. L’un des temps forts de cette soirée? La récitation d’extraits de mes livres «En haute rumeur des siècles» et «Poèmes du décours» aux côtés de l’ami Dany Laferrière lisant des extraits de «L’énigme du retour» (Éditions du Boréal et Éditions Grasset, Prix Médicis 2009). Plusieurs personnes de l’assistance, Italiens, Haïtiens et Français, m’ont confié en avoir été émues…

 

Mon séjour en Italie s’est éteint le 24 mars 2012 par une visite guidée de la Cité du Vatican, de ses jardins et de ses musées. Mais comment dire le torrentiel éblouissement esthétique que l’on ressent à la Chapelle Sixtine ou devant cette œuvre immortelle de Michel-Ange, «La Creazione dell’uomo»? Comment donc verbaliser l’émotion d’une âme païenne, la mienne, à chaque carrefour de Rome, ville-musée offrant à chacun de mes pas et avec volupté la diversité de son architecture et de ses cuisines régionales et ville pourtant branchée sur la modernité du XXIe siècle?

 

D’évidence, il faut (re)embrasser Rome, ses ruines, ses palais, ses dédales de sous-sols aux relents archéologiques, le grouillement ruche de ses venelles, ses innombrables  musées au participe passé comme au subjonctif présent et (re)naître pour en dire l’extraordinaire incipit…

 

Robert Berrouët-Oriol

Montréal, le 4 avril 2012

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 3 Avril 2012

 

34773_1537881528210_1270040785_31495835_4400913_n.jpgEn anglais la semaine dernière alors que nous étions dans le noir, on m'a posé une question rigolote: Céline pourquoi n'écoutes-tu ni ne lis-tu ni ne regardes-tu pas les médias? La question est venue lorsque j'ai clairement affirmé que je n'aimais pas les informations. Et avec étonnement, comme si j'énonçais là une aberration, on ma demandé pourquoi ! Bah oui, tiens, pourquoi ? Comme s'il était possible d'aimer ça ? Comme s'il était possible d'éprouver une opinion face à ça ? Et pour couronner le tout on me demande si je ne m'intéresse pas à ce qu'il se passe dans le monde ! Ah bah tiens donc !


Là n'est pas la question chers amis. Je vous parle là des médias, et non pas de ce qu'il se passe dans le monde. Le média n'est pas exactement ce qu'il se passe dans le monde. Il ne fait que de nous diriger vers tel ou tel évènement en fonction de ses humeurs, du calendrier lunaire ou je ne sais quoi. Et puis gentils petits  bonshommes nous l'écoutons et nous pensons et réfléchissons à ce qu'il nous raconte à l'instant t. S'il veut, il peut très facilement nous faire passer de la Turquie à Fukushima au PS en quelques jours. Comme ça ! Et même si on a peur encore du nucléaire, rien à faire, parce que les élections se préparent ! Voilà ce que sont les médias. Un joli chien de berger. Qui parle, fait de la lumière et écrit bien. Un chien de berger plutôt balaise à vrai dire car c'est le seul, me semble-t-il, qui sache en faire autant. Alors je n'aime pas les médias car je n'aime pas être stupidement dirigée. Je n'aime pas me rendre compte que vous écoutez tous, parlez tous ou réfléchissez tous sur la même chose, vous pensez à ce que ce fameux chien de berger vous a glissé à l'oreille. Je n'aime pas ça, ce mouvement de masse m'inquiète comme quand je vois la foule se diriger sans réfléchir dans une direction où je sais qu'un enfant est tombé par terre et que personne ne sera là pour le ramasser.

 

Je suis intéressée par ce qu'il se passe dans le monde car cela touche ma sensibilité personnelle et universelle. Par ce qu'il se passe autour de moi, je peux en conclure où en est mon monde dans son évolution et adapter la façon dont je le vois et le pense. Par contre je ne suis pas intéressée par les micro-trottoirs où les interview stupides qui engrange la population dans le cercle vicieux de l'auto-cogito-information : que penses-tu voisin des évènements ? Et le voisin du voisin qu'en penses-tu ? Donc, qu'en pense le voisin-premier ? Et hop ! Tout le monde pense à la même chose en même temps, suivant le même mouvement. Pratique et pas cher. Voyez un peu comment les sondages en tout genre se multiplient : utilisez notre site internet  pour nous dire si vous êtes pour ou contre la hausse de la TVA ! Et à la fin de l'émission on apprend (ou pas) que 86 % des auditeurs sont contre la hausse. Que doit-on en conclure ? Qu'on pense comme la majorité ? Que la majorité est contre nous ? Et l'information, ce qu'il se passe dans le monde, elle est  exactement ?? Il n'y a aucun monde là dedans, sinon votre voisin de palier et dieu seul sait combien il est stupide ! Tout ça, soyez honnêtes je vous en prie et avouez moi que vous savez : ce n'est que de la garderie !

 

Je sens venir là peu à peu ce que j'appellerai votre fatalisme à l'occidentale. Bah oui heu bah euh nous le savons bien tout ça, nous nous en méfions, mais bah euh on ne peut pas faire autrement. Faut bien s'informer, faut bien prendre ce que l'on nous donne !

 

Peut-être... Mais peut-être pas. Peut-être qu'on n'est pas obligé de manger toute la viande ou tout lethon qu'il y a dans notre supermarché ? Peut-être qu'on peut éteindre la télévision et s'informer une bonne fois pour toute sur ce qui nous intéresse (et non pas sur ce qu'on veut bien nous dire) ? Peut-être qu’on n’est pas obligé de suivre une société qu'on abhorre ? Peut-être qu'on est pas obligé de dire merde quand on trouve ça moche ? Peut-être qu'on a le droit de ne pas être fataliste et de penser qu'on est né dans le monde qu'on a choisi ? Mesdames, messieurs, ne me dites pas que vos mains et vos yeux agissent sans vous ?

 

La société, vous êtes dedans et vous êtes la société. C'est ce que je vous disais dans un de mes anciens articles Ce qu'une robe de chambre dit au matin. Ne pensez plus, s'il vous plait, la société comme une bête redoutable douée de sa propre conscience qu'il vaut mieux suivre sinon elle vous bouffe. Vous êtes ce qu'elle est, elle est ce que vous êtes. Ne soyez pas marginal non plus, soyez fidèles à vous même et heureux.


[Merci de ne pas trop réagir à cet article un peu impétueux. Oh et puis sinon tant pis ! Ça me fera de la pub]


J'en écris un autre plus cool dans la foulée.


PS : j'ai remarqué quelque chose qui m'a un peu mise en boule. Vous savez peut-être qu'avant décrire sous Céline-Dehors, j'avais écrit dans d'autres blogues qui sont toujours accessibles. Je regarde parfois leurs statistiques. Et bien figurez-vous qu'ils reçoivent encore des visites et parfois même en grand nombre ! Ce ne sont pas les articles les plus importants qui reçoivent le plus de visites mais ceux qui traitent succinctement de sujets d'actualité (entendez-moi dire ici : sujet dont tout le monde parle et parle toujours) Le nombre de visites pour ces articles et quasi-parfaitement périodique, de période 12 mois. Autrement dit, tous les 12 mois, la masse vient les lire, gentiment dirigés par nos fameux médias. Exactement tous les 12 mois. Comme quoi... ?

 

— Céline Laboureau

 

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 1 Avril 2012

 

 «La poésie sera faite pour tous non pour un»

Paul Eluard

 


Fossoyeur de rêves étranges


  

Chère Céline,

 

Me re-voici cette fois pas pour te faire marcher poisson d'Avril. Je suis encore là. Je suis finalement le fossoyeur de rêves étranges. Je m'invente des rêves, un carnet de rêves. Je suis le transfuge d'une sale catastrophe qui ne m'a pas fait mourir. Je m'éteins doucement dans une paix que j'ai re-trouvé en plein coeur de la ville. Je vis la peur avec la paix dans l'âme, à l'ombre des grands édifices. Mais j'ai toujours été un révolté, c'est n'est pas ma faute si j'ai grandi comme ça, dans la fierté d'une ville pauvre mais riche dans l'histoire. Tu diras plus tard que j'avais peut-être raison. Quand tu commences à faire connaissance au réaliste merveilleux de Jacques-Stéphen Alexis. Jusque là où tu es.

 

Nous avons tous bu à l'instar du Compère Général Soleil les eaux de cette perpétuelle révolution qui barbotent dans la même source. Toutes, tous, et comme lui nous avons descendu la plaine sans peur ni crainte. Nous étions témoins, il n’y a pas longtemps du jour où le chef d'une caravane s’est emparé de son vêtement et s'est fait vêtir aux yeux du monde, on nous a pris le tout pour un rien, ne reste que cette Indépendance parfois trop salée, je suis indigné d’avance, la vie m'a encore menti. Je refuse de rendre mon âme aux vidanges. Je me révolte des fois de manière trop excessive. J'avoue chère Céline. Mais autant que le ras-le-bol soit grand. La révolte sera grande.

 

J’ai vu ma vie rouillée prématurément. Comme une vielle tôle rongé par le sel. Ici je n'arrive plus à survivre aux tempêtes. Mes doigts se sont refroidis durant l'hivernage. Et les arbres passaient tous leurs temps dévêtues. Les arbres et moi nous avons une langue. Qui n'est pas celle des autres, pour nous parler. Les mots sont là bien sûr, Mais l'onde qui nous berce. Est celle d'une musique non écoutée. Il m'arrive de voir l'émotion quitter le corps d’un arbre. Et venir tranquillement vers le mien. Mais les gens qui nous entourent ne comprennent pas. Ils sont dépassés par ce jargon Qu’ils n’essaient même pas d’expliquer. Et ils nous laissent seuls.

 

Je ne tiens pas à faire le décompte de nos discussions. Autant nos échanges sont énormes. C’est à toi que j’aimerais parler tous les jours. Dans cette longue lettre qui n’en finit plus de s’étirer. Car autant que je t’écris. Le froid ne se répandra pas dans mon corps. Je suis prêt à le croire. Je me souviens d'elle, tu sais? Je t'avais parlé d'elle? Elle qui s’est aplatie entre deux bétons armés Dans la catastrophe. Et depuis la ville est devenue dévastée, dépecée, folle. Je fais d’elle mon héroïne. En érigeant des monuments en son nom.

 

J’ai déserté la ville. J’ai compris qu’on ne pouvait pas gagner toutes les batailles. Et je suis là à Montréal. Au moment où ma jeunesse se ventait de son isolement J’ai tout à coup les mains glacées et éteintes Comme celles d’un grand père J’écris ces mots les uns collés au bout des autres dans des lettres qui se confondent Des lettres que je continue à partager aux bels publics Mon histoire se résume à peu de chose Un jour, au beau milieu de ma vie Le cinéma muet se mettra à parler.-


 

Thélyson Orélien

Montréal, 1er avril 2012


 


      Montauban

 

    Aux victimes des tueries de Toulouse et Montauban 


 

      Chère Céline,

 


il y a quelque chose de putride 

au pays des merveilles,

les rafales se succèdent,

et la chère tante saigne douloureusement

du sang de ses enfants,

l’absurde a pris le dessus

sur la raison cartésienne

abasourdie par tant d'aversion

 

le moment venu des thèmes porteurs

de gauche à droite

on s’interroge sur la nécessité

de mettre un brake

à un certain discours

qui enflamme les esprits simples

à qui on fait croire que l’enfer c’est les autres

 

clichés et amalgames

sont des explosifs dormants

placés dans tous les recoins de la grande maison

où le meurtre d’innocents devient une banalité.

 

la question dépasse

elle se pose 

en douloureuses épines

elle renvoie à la peste émotionnelle

qui ravage l'autre re-coin

aux injustices historiques

qui gonflent les rangs des fanatiques.-


 

Thélyson Orélien

Montréal, 30 Mars 2012

 

 


 

telRassembleur de vie et de voix Thélyson Orélien est né aux Gonaïves en Haïti et habite à Montréal. Prix International Jeunes Auteurs pour Les couleurs de ma terre in poésie et prose poétique publié aux Éditions de l’Hèbe en suisse et Finaliste du Prix Arthur Rimbaud de la Fondation Émile Blémond de la maison de poésie de Paris, pour l’Ombre qui colle à mes pas. Il fait des études bidisciplinaires en économie et politique à la faculté des arts et des sciences de l'Université de Montréal et continue à écrire la nuit. Il a publié Poèmes déshabillés suivi de Fragments de voix en 2011. Thélyson Orélien a participé dans plusieurs revues et ouvrages collectifs en Haïti, en France, en Suisse, en Belgique et au Québec. Il travaille désormais sur son premier roman pour donner enfin une mémoire à l'oublie.

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 30 Mars 2012

Propos recueillis par Nathalie Philippe

  

Le 23 mars dernier, à la Mairie du XIe arrondissement de Paris, l’artiste haïtien Gérald Bloncourt s’est vu remettre la médaille de Chevalier des Arts et des Lettres entouré par sa famille, ses amis et de nombreuses personnalités haïtiennes du domaine des arts et des lettres. Résumer le parcours de Gérald Bloncourt est chose impossible, tant son œuvre et son parcours de vie sont denses : peintre, poète, photographe de presse, écrivain, autant de « créneaux » qui balisent son existence dédiée à la cause des autres. Révolutionnaire engagé dès sa prime jeunesse, il fut, aux côtés de Jacques Stephen Alexis, l’un des principaux leaders de la révolution haïtienne de 1946 qui se solda par le départ du Président Elie Lescot, et à l’issue de laquelle il se retrouva expulsé de son île natale pour la Martinique, puis la Métropole. Aujourd’hui, à quatre-vingt cinq ans, Gérald Bloncourt poursuit son parcours d’artiste engagé et met en relief son travail et celui des autres par le biais de son site Interne tet de son blog Enfin, pour plus de détails bio-bibliographiques, on pourra se reporter à la page qui lui est consacrée sur le site île en île L’artiste nous fait ici l’amitié de partager son allocution du 23 mars dernier, prononcée à l’occasion de la remise de la médaille de Chevalier des Arts et de Lettres. Voir aussi la galerie photo de l'événement par Yves Chemla.

 

 


 

Honneur et respect !


Mesdames, Messieurs, Chers amis, Chers Camarades, j’ai conscience ce soir de m’adresser à vous en une période tendue de notre histoire. Des évènements d’une gravité poignante ont marqué cette semaine. La violence et le crime,  plus que jamais, ont resurgi sur notre terre de France, déjà tant éprouvée au cours de son histoire. Nous sommes, je l’espère, de ceux qui luttons pour une vie meilleure, empreinte de justice, de tolérance et d’espoir en une humanité  fraternelle et solidaire. Après les intervenants qui m’ont présenté, et de quelle façon élogieuse, je vais tenter de vous dire quelques mots. Quelques mots pour témoigner de ma volonté de dire : Oui à la vie. Je me permets de citer en préambule,  le grand poète, Jacques Prévert :


…"Nous, nous resterons sur la terre 
Qui est quelquefois si jolie 
Avec ses mystères de New York 
Et puis ses mystères de Paris 
Qui valent bien celui de la Trinité 
Avec son petit canal de l'Ourcq 
Sa grande muraille de Chine 
Sa rivière de Morlaix 
Ses bêtises de Cambrai 
Avec son Océan Pacifique 
Et ses deux bassins aux Tuilleries 
Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets 
Avec toutes les merveilles du monde 
Qui sont là 
Simplement sur la terre 
Offertes à tout le monde 
Éparpillées 
Émerveillées elles-mêmes d'être de telles merveilles 
Et qui n'osent se l'avouer 
Comme une jolie fille nue qui n'ose se montrer 
Avec les épouvantables malheurs du monde 
Qui sont légion 
Avec leurs légionnaires 
Avec leur tortionnaires 
Avec les maîtres de ce monde 
Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres 
Avec les saisons 
Avec les années 
Avec les jolies filles et avec les vieux cons 
Avec la paille de la misère pourrissant dans l'acier des canons."

 

Pour poursuivre mon propos,  je remercie le Ministre de la Culture et de la Communication, Monsieur Frédéric Mitterand, qui m’a décerné cette décoration, sans doute, comme je le suppose, pour mon travail aux côtés des travailleurs, des humbles, des sans papier. Ceux que l’on a un jour qualifié : « la France d’en-bas ». Je remercie, avec sans doute plus d’affection, mon Député, Maire du 11e, Monsieur Patrick Bloche, et à travers lui, tous ses camarades, qui m’ont accueilli un jour, fraternellement, un certain lendemain du 1er mai 2002.

  

Je n’oublierai donc pas de remercier également : Michel Puzelat, Philippe Ducloux, François Vauglin, Stéphane Martinet, les élus du Conseil d’Arrondissement et ceux qu’il m’est impossible de tous citer ici, qui ont conforté en moi l’Espérance d’une France enfin fraternelle et digne de sa grande Révolution. Je dis merci aussi au maire de Paris, Monsieur Bertrand Dalanoë qui m’a  distingué, il y a deux ans, par la Médaille Vermeille de la Ville de Paris qui est une reconnaissance qui me tient à cœur. Je n’ai jamais eu l’occasion officielle de le lui dire. J’en profite aujourd’hui. Je dirai avec émotion : merci au peuple d’Haïti qui m’a vu naître. C’est en lui que j’ai puisé les valeurs qui m’ont accompagné au long de ma vie. C’est au milieu de ses habitants, héritiers de la première victoire contre l’esclavagisme que j’ai  compris le sens des mots : DIGNITÉ, LIBERTÉ, ÉGALITÉ et FRATERNITÉ. C’est dans ce pays, que j’ai appris à connaître et à aimer  les sons et les couleurs, les paroles et l’écrit. Je me sens profondément solidaire de ce peuple qui a connu et surmonté tant de souffrances et qui, aujourd’hui encore, se débat, accroché désespérément à l’ESPOIR. Espoir en un monde meilleur  et  juste.


Je veux aussi dire merci à Isabelle.

Isabelle REPITON

Pour moi : Isabelle de PARIS.

Durant mon dernier quart de siècle elle m’a soutenu, réconforté, encouragé.  Grâce à elle j’ai pu rester aux créneaux. Merci à mes filles Ludmilla et Morgane Bloncourt, dont l’affection me permet de tenir bon. Merci à ma fille Sandra Bloncourt que j’accueille ce soir, avec beaucoup d’émotion. Merci à Martine Uzan, la maman de Ludmilla, dont je me souviens le soutien lors de mon combat en tant que gréviste de la faim en l’Eglise St Merry, en 1981, et au moment de la Conférence de Panama qui regroupait les opposants haïtiens à la dictature Duvaliériste.

 

Merci aux Dockers du Havre, de Marseille ou de Dunkerque. 

Merci aux mineurs du Nord, de Trieux ou de Provins. 

Merci aux ouvrières de Roubaix ou de Valenciennes.

Merci aux sidérurgistes de Longwy ou de Gandrange.

Merci aux ouvriers  des usines Renault dont j’ai suivi les luttes durant plus d’un demi-siècle.Merci aux immigrés portugais, polonais, italiens ou Nord-Africains. J’ai témoigné de leur participation à la reconstruction de la France. Merci à tous ces travailleurs et travailleuses dont j’ai mangé le pain et bu le vin, et dont j’ai tenté de transmettre les luttes, la colère et l’espérance. Merci à tous ceux que j’ai rencontrés et qui m’ont enrichi. Merci à Jean Lurçat, Pablo Neruda, Georges Brassens, aux innombrables créateurs, aux multiples artistes qui ont contribué à me façonner. Merci à mes Editeurs sans lesquels je n’aurais pas pu faire connaître mes différents témoignages.  Ils sont trop nombreux pour que je les cite tous ici. Je rappellerai seulement quelques-uns des noms qui me viennent en tête. Ils sont devenu des amis : Medhi Lallaoui, Boris Danzer Kantof, Bruno Doucey, Rodney St-Eloi, Francis Combes, Emmanuel Lemieux, Jean Louis Celati, Lionel Mouraux, Emilie Morel, Yves Chemla, et Thomas Spear. Merci aussi à mes amis de l’Agence Photographique Rue des archives : Catherine Terk, Darius Shepard et Nicolas Patiou, ainsi qu’à toute leur équipe.

 

J’ajouterai encore trois noms : 

Ceux de mes frères d’images : Gérard Lavalette et Gérard Laurent. Encore celui d’un de mes frère de combat, ici présent, qui a lui seul, représente tous ceux qui sont tombés dans la lutte contre la dictature haïtienne : Max Bourjolly. Et un immense merci à vous tous, amis ici présents, qui m’aidez à être, merci de tout mon cœur. Votre présence me réconforte et m’aide à tenir bon. Merci cette fois, profondément, à Monsieur Patrick Zampa, qui fut directeur général du Conservatoire Libre du Cinéma Français qui m’a remis cette décoration, et qui a bien voulu prendre le temps de m’accompagner aujourd’hui. Nous avons pu auparavant échanger quelques idées. C’est un homme remarquable, pétri d’érudition, et dont le parcours de vie m’a rappelé des évènements que nous avons pu, l’un et l’autre connaître, sous un même angle critique. Merci à lui. Je suis honoré par son soutien.

 

Pour conclure, une petite anecdote :

Je disais récemment au cours d’une de mes expositions à St-Junien, non loin de Limoges, à des visiteurs qui m’interrogeaient sur mes images : « Je n’ai aucun mérite, je n’ai fait que recopier ce que j’ai vu. » Mes auditeurs ont eu l’air de s‘étonner. C’est pourtant vrai. Je n’ai été que le témoin de mon époque et ce sont ceux-là même, sur mes photos ou dans mes textes, qu’il faut féliciter. Ce sont eux qui m’ont appris à rêver « aux lendemains qui chantent ».

Je ne suis, quant à moi, qu’un passeur de mémoire.


Gérald Bloncourt.-

 

Pour compléter mon intervention je donne la parole à mon ami Jean Durosier Desrivière, écrivain et poète haïtien, qui a accepté de vous dire un de mes poèmes : LA PLUIE  écrit en Haïti, à Delmas, en 1987.

 

LA PLUIE

  

23 Heures - La pluie...

La pluie toutes ces larmes de pluie milliers de gouttes qui claquent éclatent sur les pierres chantent sur les feuilles tapent sur les tôles et par moment changent de cadence chante cette multiplication effrénée obstinée rageuse ample ces coups d’archets profonds de violoncelle ces voix fantômes qui s’entrecroisent et qui semblent livrer la sourde plainte des bidonvilles ruissellements obstinés laborieux infatigables ces cordes de guitares fluides de sons désaccordés la pluie de mon enfance rêveuse de mes yeux étonnés ouverts dans la nuit de mon amour des autres de toi à venir de mon être tendu croisant le désespoir des rues et mes forces à tenir le monde entre mes mains à soutenir l’ennui à saccager la mort à cueillir l’offrande de ma terre de mes premiers émois la pluie tombe dans mon crâne déborde mon âme inonde ma plaine la pluie la pluie qui tombe sur moi entre nous dans ta maison dans ta chambre sur ton coeur sur ton corps la pluie saison-été-caraïbe-éclaboussée la pluie encore ton visage mouillé tes larmes d’hier au soir ta robe bleue si belle tes épaules tes hanches ta taille et la pluie la pluie qui goutte à présent lentement précautionneusement tintinnabule au-dehors frisson humide de tes lèvres la pluie la pluie goutte stalactite de mes mille pensées en vrac en foule de toi pour toi la pluie de tes paupières empierrées de sommeil la pluie sur ta fatigue la pluie douce des mots sur ton front la pluie dors Sabine pluie couleur de mon désir pluie d’espace si grand de ta présence pluie du petit mendiant de ce midi de sa détresse de notre impassible impossibilité pluie de ta fuite en taxi pluie source pluie crevant le roc pour sourdre  à tes pieds sous tes pas pluie ma pluie notre pluie qui tombe à genoux devant toi sur nous qui nous aimons sous le ciel d’Haïti dans la nuit sourde de ton baiser fébrilement téléphoné fiévreusement cueilli... Je t’aime mon amour...Bonne nuit...

Gérald Bloncourt

Delmas - Haïti, Mai 1987

Source: Cultures Sud

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À lire aussi :  Est-on innocent parce-qu'on ne sait pas ?

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 28 Mars 2012

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«Mwen di silans-mwen pa silans

Silans-mwen se desans.»

(Vwa zando/La voix des mystères, Éditions Mémoire d'Encrier, 2007)

 

« Silans se chen ki mode an trèt. »

 

Apre evelman « Étonnants Voyageurs 2012 », an Ayiti a, mwen te bon vle gade silans, gade koze-mwen byen fon nan kè-mwen. Paske, pou repran Robert Berrouèt-Oriol, se : « yon literati ki sanble tètkoupe ak peyi a. »

 

Men apre yon refleksyon ak yon jenn powèt, ekriven, Thélyson Orélien, nan yon dyalòg sou rezo sosyal Facebook, sou kriz jenerasyon ki frape monn literè ayisyen an, mwen deside louvri bouch-mwen.

 

Nan sajès-li, powèt la di: «… mwen ta renmen pou tansyon an kalme paske li sanlè transfòme an kerèl ansyen ak modèn, paske gen anpil nan lajenès parèy mwen, se pa miyò yo t’ap fè. »

 

Nan rekonesans pou tou sa ansyen jenerasyon an déjà fè, powèt la ajoute : «… si mesye yo gen defo pa yo, yo itil literati Ayiti a. Mwen pa ta renmen … detwi sa nou t’ap eseye konstri depi de syèk. Tout moun gon ti defo, yon zanno kay òfèv,… anpil lòt ti jènn ta k’ap vini pipiti pirèd … »

 

Jenn powèt !

 

O ! Padon. Si mwen anplwaye mo « jenn powèt » la, se pa rapò ak pwòp laj pa-mwen. Mwen se yon senp vyewo alaretrèt. Yon zwezo k’ape kache trankilite nich-li. Sa pa genyen okenn rapò ni ak pwezi ni ak kalite lekriti. «Jenn powèt» ! Men non, pwezi pa genyen baryè. Pwezi, se koule larivyè ki touttan ape renouvle san fè distenngsyon ki gout ki te la anvan.

 

Chak jenerasyon powèt chawaye pwòp pwojè ekriti-yo oswa yon pwogram bèlteyis. Tout mouvman litrè genyen yon lit l'ape mennen, yon larèl lide l'ape defann. E, anndan yon menm jenerasyon kapab genyen divès tandans k’ape manifeste sou resepsyon èv yo, pou detèminen referans-yo, resanblans-yo ak yon lekòl, yon mouvman. Wol yon literati se ranfòse inyon lenguistik sosyete li fè pati a, se konsève epî transmèt patrimwàn kiltirèl ki nouri vivasyon pèp-li. Kifè, si yon jenerasyon pretann li genyen monopòl lapwezi nan men-li, se paske li déjà an patans pou lagonav.

 

Yon literati ki sanble tètkoupe ak peyi a

 

Kriz « Étonnants Voyageurs » a se yon revelasyon li ye, « sou eta merilan peyi a k’ape anvlimen sosyete ayisyen an depi nan fondas-li. Li se yon konsta sou yon fayit lapanse an Ayiti. E nan yon peyi, lè sektè ki sipoze reflechi a kontaminen, li pa anmezi pou pwodui yon panse ki kapab rekonsilye ni peyi a ak pitit-li, ni nasyon an ak pwòp tèt-li.

 

Yon literati pou ayiti

 

Nan atik : « Nous avons été éduqués pour détruire le projet de 1804 », Madam Roselor François montre lelit Ayiti a fòme ak yon ensten arenye pou li manje pòp pitit-li. Dapre-li, fayit sosyete ayisyen an se konsekans dirèk dirèk modèl enstriksyon yo ban-nou. Pou fini, li poze kesyon pou mande, kouman nou fè panse nou kapab chanje kichòy oubyen fè yon refòm an Ayiti kan nou pa menm konsyan vye enstriksyon nou kontinye voye piti-nou chache a pa bon.

 

Kit se klas politik, inivèsitè, sosyete sivil, palmantè, ekzekitif, ekriven, entelektyèl, elatriye, yo tout kontajye. Se enterè peyi etranje y’ape sèvi kont peyi a. Yo se pwodui pojè peyi kolonyal yo te pograme ; divize epi renye. Tankou Evens Dubois di-li : « Reflèks-yo vini nòmalman anti-Ayisyen

 

Yon panse ayisyen

 

Tout sosyete defini tèt-li nan mannyè li kòmante, li pwodui, li estoke epi li fè sikile enfòmasyon sou diskou oswa sou kalite mesay l ape pwodui sou tèt-li pou pwoteje epi ranfòse inite kiltirèl gwoup la. Sa ki vle di, devlopman yon lyen espesyal solid ant tout kouch sosyal yo, nan tradisyon-yo ki se nannan kilti a, pou li sa kontinye grandi epi vanse kontre lavni-li ak asirans. Sa ki genyen otomatikman rapò ak fondèt imajinasyon kolektif la. Pa egzanp, kouman nou kapab pale de Literati Ayisyen san nou pa genyen yon diskou sou literati nou vle pwodui a.

 

Yon Literati Ayisyen, se lè li anmezi amonize relasyon-li ak oralite a, nan sans yon atizay langaj tradisyonèl, kote fòm, koulè, sant, odè, sa ki mobil oubyen imobil, sa ki anvi ak sa ki pa anvi ape anwoule ansanm nan yon sèl ankè. Yon makonnay senbolik pou asire egzistans yon amoni sosyal. Se nan solidarite ak nan inyon kiltirèl sa a n’ape kapab sele lizaj nasyon an. Sa ki vle di, kiltive yon menm panse, nan yon menm imajinè kolektif ki pou penmèt ayisyen konnen, konprann pase-li, prezan-li epi pwojte tèt-li sou chimen pwogrè ak devlopman.

 

Literati n`ape pale la a, se jenès la k’ape boujonnen-li, paske li déjà ape pale, ekri langaj ki penmèt nou tout komike ansanm nan. Se chak jou n’ape konstate tout yon kreyativite kolektif k’ape manifeste lakay-yo, ki bezwen sèlman zouti nesesè ak mwayen pwodiksyon pou yon kreyasyon literè natifnatal ak yon piblikasyon masif nan enterè devlopman lanng ayisyen an.

 

Kidonk, malgre tou, eskandal « Étonnants Voyageurs » a, se yon siy ki pwouve pwojè sosyete kolonyal la se jouwoumou koule. Genyen yon relèv, yon jenès k’ape manifeste. Yon enstitisyon literè ayisyen k’ape pran fòm k ò-li : piblikasyon, atelye pwodiksyon, asosyasyon ekriven, revi literè, blok, sit, etid, akademi, elatriye. Alòs, tan an rive mezanmi pou nou renmèt badji a, nan men moun ki déjà ape tann-li. Ayibobo !

 

Manno Ejèn

powèt, manm Sosyete Koukouy,

chèf editorial Pawol Kreyol,

revi literè Sosyete Koukouy.

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 27 Mars 2012

Centre de la francophonie des Amériques

Parole en Archipel, pésente à ses lecteurs                                                          FRANCOTHÈQUE 2012 du Centre de la Francophonie des Amériques

 

Les mots de Dany Laferrière, de Gilles Vigneault ou de Maryse Condé pourraient se retrouver sur les 3 liseuses         électroniques d’une valeur de 300 $ chacun, que le Centre de la francophonie des Amériques vous offre dans le cadre du tirage de sa Francothèque numérique.

Comment faire pour avoir accès à toute cette richesse littéraire ?

Vous n’avez qu’à répondre, AVANT le 31 mars à 23 h 59, heure de Québec, au jeu-questionnaire que vous retrouverez sur la page d’accueil du site du Centre de la Francophonie des Amériques à :

 

PARTICIPEZ !

Bonne chance et bonne lecture !

 

Thélyson Orélien

Membre du Centre de la Francophonie des Amériques

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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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Publié le 21 Mars 2012

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Présenté par Thélyson Orélien   

 

21 poètes pour dire une journée...

   
Aujourd'hui, Journée mondiale de la poésie et hier a été celle de la Francophonie. Depuis l'an 2000 avec le Printemps des Poètes, le 21 Mars de chaque année a été désigné par l'UNESCO comme un jour spécial pour la poésie à travers le monde afin de la promouvoir comme un moyen de communication et de compréhension entre les hommes de toutes les nations. Ce jour a été observé depuis dans plusieurs pays, et sera de nouveau marqué cette année par différentes activités artistiques partout à travers le monde. Parole en Archipel décide de marcher au pas et à la cadence de cette journée dans sa propre façon, de la fêter avec la publication de 21 poètes haïtiens - des publications qui sont loin d'être une intention de classement. Car on ne doit pas concevoir la littérature d'une façon dont elle n'est pas. La poésie ce n'est pas comme dans un match de foot !

 

Notre invité spécial l'écrivain Rodney Saint-Éloi, éditeur chez Mémoire d'Encrier, est une des figures emblématiques de la littérature haïtienne de notre temps. Après avoir lu sa généreuse Lettre aux jeunes écrivains, publiée une année à l'avance, et que nous avons ré-publiée sur notre site, nous avons jugé bon de l'inviter à notre projet. Vous aurez la chance unique de faire connaissance de son dernier livre ancré de l'amour du monde, Récitatif au pays des ombres. Nous présentons également le pensionnaire de la Villa Médicis de l'Académie de France à Rome, le merveilleux James Noël avec Comment devenir poète pour mieux gagner sa vie?, une de ses chroniques déjà publiée sur Parole en Archipel, également d'autres poètes haïtiens de générations confondues, parce que Haïti est aussi cette terre à récolter les poètes.

 

Nous adressons en cette journée de poètes, un vibrant hommage au grand poète haitien Davertige ''On ne connaît de Davertige ni son corps ni son âme. Un poète secret se promène librement à Montréal. Cette manière de se perdre dans la foule me fait bien penser à Pessoa'' a dit Dany Laferrière. La poésie répond à des besoins personnels et sociaux de la société actuelle, elle permet de réfléchir aux thèmes universels. C'est un moyen de communication et de fraternisation entre les peuples. La poésie, une arme contre la violence et les guerres! Donc, la poésie serait parole d'espoir, malgré tout. De tous les avatars que nous traversons durant notre passage terrestre, que restera-t-il sinon ces paroles mille fois enroulées et déroulées, et quelques gestes qui nourriront les légendes ? Je vous laisse avec ces mots de Cocteau, qui m'interpellent : “la poésie dévoile, dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement.” mais vous êtes libres de concevoir la poésie à votre façon . -

 

- L'écrivain Rodney Saint-Éloi est notre invité Spécial

- Nous rendons hommage à Davertige !

 

LES AUTEURS

PS : Pour lire un auteur et son repère, il suffit de cliquer sur son nom. 

   

Rodney Saint-Eloi  Davertige  James Noël 
Thélyson Orélien André Fouad  Jean-Durosier Desrivières 
Beaudelaine Pierre Duccha Jeanie Bogart
Anderson Dovilas Fabian Charles Jean-Robert Léonidas
Samuel Dauphin Maggy de Coster Jean Watson Charles
Emmanuel Vilsaint Robert Berrouët-Oriol Fortestson Fenelon 
Joël Des Rosiers
Emmanuel Eugène Coutechève Lavoie Aupont

 

Présentation et conception : Thélyson Orélien

 


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Rédigé par Parole en Archipel de Thélyson Orélien

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